Obama, Sarkozy, Israël et l’effort pour stopper la course à la bombe iranienne

Publié janvier 23, 2012 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, islamisme, Les ennemis de l'Occident, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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d’après l’article du Monde 20/1/2012 de Natalie Nougayréde.

Dans le post précédent ,l”L’Iran commence à avoir peur” qui évoquait le fait que , pour la première fois depuis le début de la crise  créée par l’ambition de l’Iran de se doter de la bombenatomique, l’Iran montrait qu’il craignait vraiment les mesures radicales envisagées par l’Occident , nous nous interrogions sur la raison qui pouvait bien avoir fait attendre si longtemps pour mettre en place des sanctions radicales, alors que il était évident que les mesures antérieures étaient dénuées de tout impact sur les Iraniens.

L’article de Natalie Nougayréde dans le Monde apporte des lumières très convaincantes sur ce qui s’est joué entre les Etats Unis et la France  pendant toute la fin de l’année 2011  autour de cette question.

Derrière la facadede bonne entente affichée par les deux pays , des tensions sont apparues nous dit N.N. les responsables français reprochant à l’administration Obama d’avoir été hésitante pour la mise en oeuvre de sanctions radicales contre l(Iran, alors que selon eux un compte à rebours est engagé.

“Obama s’est fait imposer par le Congrès américain les mesures qu’il a signées le 31 décembre”portant sur un étouffement progressif des transactions internationales avec la Banque centrale iranienne,relève-t-on à Paris.”Il l’a fait à son corps défendant” souligne un officiel,rappelant que le Sénat américain avait voté par “100 voix contre zéro” pour imposer une politique plus stricte vis à vis de l’Iran, alors que la Maison Blanche voulait diluer ou retarder certaines mesures.

“Un diplomate français de haut rang”, dit elle, souligne que il a été difficilepour monsieur Obama d’envisager des mesures contre le pétrole iranien car le président américain serait prisonnier de considérations électorales: une flambée des cours du brut rejaillirait négativement sur sa campagne de rééletion;

“Placé sous la pression du parti Républicain, dont tous les candidats ne cessent d’agiter le danger iranien,Barack Obama aurait par ailleurs du mal à reconnaître  ce qui est perçu à Paris comme “l’échec de sa politique de la main tendue” à Téhéran.”

“Encore aujourd’tui, certains officiels  français se méfient d’une propension de l’administration américaine à rechercher un compromis “bancal” avec Téhéran..C’est pourquoi Paris insiste au sein du groupe des grandes puissances traitant cette crise pour que l’exigence de la suspension de l’enrichissement d’uranium inscrite dans les résolutions de l’ONU depuis 2006 soit constamment rappelée.”

Alors que Washington hésitait à frapper le secteur des exportations iraniennes de pétrole, l’Elysée avait rendu publique le 21 Novembre 2011 une lettre de M. Sarkosy aux autres dirigeants occidentaux, appelant à des mesures plus décisives: interruption des achats de brut iranien et gel des avoirs de la Banque centrale. Ce sont ces mesures- en particulier l’embargo pétrolier- que la France estime avoir réussi à imposer au niveau de l’Union européenne, qui devrait annoncer des mesures en ce sens le 23 janvier.

“La France, par son activisme en faveur de sanctions d’un registre nouveau, veut s’inscrire dansun triangle diplomatique avec Israëlet Washington , dans l’espoir d’occupper un rôle central. Les responsables français ont ainsi relayé lemessage israelien au sein de l’Europe et auprès de l’équipeObama pour la mise en place d’un embargo pétrolier. Non sans d’ailleurs s’appuyer sur des contacts au sein du Congrès américain manifestement conçu à Paris comme un allié, ainsi qu’il l’est par le premier ministre israelien Benyamin Netanyahou.”

Mais la France n’endosse pas pour autant la ligne des faucons du Likoud, insiste -t-on à Paris, car elle continue de faire l’analyse que le scénario militaire contre l’Iran serait une “catastrophe” , comme l’avait dit M. Sarkosy dès aout 2007.

Des frappes aériennes auraient pour effet de “souder les Iraniens derrière  Khamenei,souder tous les chiites derrière l’Iran, et elles ne feraient que retarder le programme nucléaire iranien sans lui porter un coup d’arrêt définitif” dit un officiel catégorique. et “c’est précisément pour chercher une alternative à ce qui serait une grosse bêtise israélienne” que la France déploie tant d’efforts en faveur des sanctions.

“Celles ci visent à convaincre l’Iran qu’il vaut mieux arrêter avant qu’il ne soit trop tard son programme nucléaire plutôt que d’encourir des mesures susceptibles d e provoquer un effondrement économique du pays et donc de mettre en péril le r”gime.Il y a urgence à faire aboutir cette stratégie car l’année 2012 est  ”cruciale”.”Nous sommes convaincus qu’il reste à peu près un an avant la bombe “iranienne, et que les Israeliens n’attendront pas un essai nucléaire iranien pour régler le problème” commente un responsable français.”

“Selon un diplomate français de haut rang,, si les Israéliens veulent “taper” avant qu’un stade irréversible soit atteint, le meilleur moment , c’est avant l’élection présidentielle américaine”. Car en pleine campagne électorale,Barack Obama” serait soumis à une pression politique irrésistible pour ne pas laisser Israël seul face à la tentation de frapper militairement”. “Si Israël frappe, souligne cette source, ce sera avantle 6 novembre.” En précisant :”Le moment de tous les dangers, c’est l’été 2012.”

Que peut on penser de cette situation et de ses implications?

La première chose , c’est  la surprise de découvrir l’attitude timorée de Barack Obama , dont on pensait qu’il avait plus d’audace et de clairvoyance , et que en particulier , il mesurait l’étendue du danger pour le monde  si l’Iran accédait à la bombe et pouvait à l’abri de celle ci poursuivre son programme nucléaire , menaçant de plus en plus de pays dans la région  , et pas seulement Israël. Le rique de prolifération  créé par le désir de ne pas laisser à l’Iran un avantage aussi énorme , ne peut que se concrétiser par l’entrée dans la course nucléaire des autres puissances régionales concurrentes: Arabie Séoudite, Egypte, Turquie , régimes éminemment instables , menacés de prise de contrôle par les islamistes , quand ce n’est pas déjà fait.

L’explication par les préoccupations électorales , face à un renchérissement du brut , à quelque chose de dérisoire et d’inquiétant. Que une crise vitale pour le monde soit suspendue à un enjeu si limité est effrayant.

Surtout , elle  montre que l’Etat Israélien ne peut pas confier son destin aveuglément à son ami et protecteur américain, qui a ses intérêts propres qui entrent parfois en contradiction avec ceux de son protégé.Les attaques contre Obama le présentant comme promusuman étaient viles et mensongères , mais ceux qui ont vu la possibilité d’un positionnement américain s’écartant de la défense vitale d’Israël n’ont pas eu complètement tort.

Israël , dépendanr économiquement et militairement de l’aide américaine est obligé de trouver une stratégie qui ne soit ni complètement subordonnée , ni complètement indépendante de celle des USA.

Un autre point intéressant est de voir la qualité de la détermination sarkozienne , l’obstination avec laquelle la diplomatie française trouve une voie propre dans l’imbroglio moyen oriental ,et la capacité à prendre des riques et à  assumer son rang, à côté du profil bas des autres pays européens , et cela , pour changer , sans posture déclamatoire et sans opposition systématique à la politique américaine.

Cependant des inconnues restent encore:

Les quelques mois qui séparent l’entrée en vigueur des sanctions de la date  d’obtention potentielle de la bombe par les Iraniens suffiront -ils à faire plier l’Iran , ou bien manquera-t-il quelques mois pour que le régime soit vraiment pris à la gorge et tiendra-t-il  désespérément jusqu’à l’obtention de la bombe?

L’Iran va-t-il tenter d’amener son féal libanais , le Hezbollah, à déclencher une offensive généralisée contre Israël, pour contraindre celui-ci à des représailles sanglantes au Liban, qui permettraient de créer un climat de haine d’Israêl qui lui permettrait de mobiliser la “rue arabe” et de pousser à un embrasement régional dans lequel ses intérêts seraient confondus avec ceux des palestiniens. Une vague de haine antioccidentale , attisée par les médias  excitateurs des chaînes islamistes ,dans le climat d’irrationnalité de ces pays pourrait menacer l’équilibre politique de ces régions. Cependant ,sur le plan purement israelien , il est évident, que ceuxci préfèrent subir une volée de missiles conventionnels plutôt que d’être sous la menace d’une seule bombe atomique qui pourrait anéantir la moitié de sa population.

Le régime iranien choisira-t-il la fuite en avant et l’escalade ou préfèrera-t-il limiter les dégâts , et jouer d’autres cartes que celle du nucléaire? Cèdera-t-il à ses  tendances au défi suicidaire ou essaiera-t-il de préserver quelques acquis. L’échec du bluff et de la provocation comme politique et comme base de sa propagande pourra-t-il être pris en considération par ses dirigeants? L’Histoire apparaît bien comme devant intégrer des éléments d’imprévisible , de calculs erronnés ou délirants, de mouvements irrationnels dont les conséquences sont imparables.

L’année 2012 sera celle de tous les dangers

GB

L’Iran commence à avoir peur

Publié janvier 4, 2012 par gb
Catégories : actualité au proche orient, guerre au proche orient, Les ennemis de l'Occident, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Le déferlement des menaces iraniennes dans les dernières semaines montre de façon indiscutable que , pour la première fois depuis que les sanctions ont été mises en place pour le contraindre à cesser sa stratégie de construction  d’un appareil militaire nucléaire , l’Iran à peur que les nouvelles sanctions envisagées soient mises en application.

Autant les sanctions antérieures lui paraissaient dérisoires par rapport à l’importance pour lui de posséder l’arme nucléaire , instrument de sanctuarisation du régime , d’accès au rang de puissance incontournable et dominante dans la région et d’obtention de la parité stratégique avec Israël, autant les deux mesures envisagées pat les USA et la France: gel des avoirs de la Banque Centrale iranienne,et interdiction des achats du pétrole iranien menacent l’économie iranienne d’effondrement total et mettent le régime aux abois.

Pour la première fois, les pays occidentaux,entraînés par la France et les USA,trouvent le moyen -enfin!- de contourner l’obstacle jusque là infranchissables des veto russe et chinois qui protégeaient le régime iranien.. Il est évident qu’il s’agit des dernières possibilités d’action en dehors de l’action militaire directe avant la date fatidique , proche de quelques mois ,où les iraniens disposeront de leur propre bombe nucléaire et commenceront à utiliser à  fond le chantage nucléaire, y compris pour protéger leur propre système de production d’autres bombes, d’autres missiles avec des portées de plus en plus grandes ,menaçant directement de plus en plus de pays.

Ces deux menaces ,porteuses d’un potentiel dévastateur pour l’économie iranienne , expliquent la réaction de menace de blocage du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz. En même temps , les dirigeant iraniens savent très bien que porter atteinte à l’économie mondiale (renchérissement du cours du pétrole ,raréfaction des sources, troubles politiques liés a l’augmentation des difficultés économiques de nombreux états) serait d’abord une violation de tous les traités internationaux sur la liberté de circulation maritime, ce qui est un casus belli caractérisé, qui entraînerait automatiquement l’intervention au minimum des USA et éventuellement d’autres pays pour restaurer un droit de passage dont le non respect serait une atteinte de leurs intérêts vitaux.

Le chantage à la paralysie économique du monde occidental s’est renversé en un chantage ( pour la bonne cause de contraindre l’Iran à la négociation pour l’arrêt de  sa fabrication d’armes nucléaires)à la paralysie économique de l’Iran que manifestement les Iraniens n’avaient pas prévu , pensant être protégés par les veto russe et chinois.

Les Iraniens ne savent plus comment se sortir de cette impasse , et ils voient l’échec de leur chantage qui se retourne contre eux.

Ils voient également que les pays occidentaux ne sont pas  effrayés par leurs menaces, alors que ces menaces risquent même de se retourner contre eux. Bloquer le détroit d’Ormuz est aussi s’empêcher d’exporter leur propre pétrole , en particulier vers l’Inde et la Chine qui ne prendront pas vraiment bien cette atteinte à leurs propres intérêts vitaux. Mécontenter la Chine ,  seule alliée de poids de l’Iran avec la Russie revient à se tirer une balle dans le pied.

Les dirigeants iraniens , qui ont essayé d’acheter avec la rente pétrolière le soutien de quelques fractions de la population se trouveront vite confrontés à une crise sociale et politique d’envergure qui leur fait très peur.

C’est pourquoi les menaces quasi délirantes adressées à la Marine américaine , affirmant que l’Iran ne tolèrerait pas la rentrée du porte avions américain dans le golfe Persique , comme si ces eaux n’étaient pas internationales , mais la propriété privée de l’Iran , montrent que les Iraniens ne savent plus quoi faire pour freiner le processus qui s’engage.

Les menaces d’attaque contre un navire de la flotte américaine  sont insensées, car une telle attaque , équivalente à un Pearl Harbour Moyen Oriental , ne pourrait que déclencher l’entrée en guerre , en état de légitime défense , de l’Amérique , qui pour le moment souhaite encore éviter si possible cette extrêmité. Or , si un navire américain était attaqué par l’Iran , et éventuellement détruit avec des pertes lourdes , le gouvernement américain n’aurait pas  d’autre choix que de riposter avec les moyens gigantesques qui sont les siens.

Menacer les Etats Unis d’une sorte de nouveau 11 Septembre est stupide politiquement et suicidaire miltairement. Les bombinettes iraniennes ne sont rien par rapport à la puissance de feu américaine . D’ailleurs les Américains ont immédiatement répondu qu’il n’était pas question pour eux  de prendre en considération les menaces iraniennes et que leur flotte continuerait à se déplacer comme auparavant dans le Golfe Persique.

Si les Américains maintiennent leur position  de sanctions très dures vis à vis de l’Iran  (et on ne voit pas pourquoi ils ne le feraient pas), on va se diriger immanquablement vers une épreuve de force militaire. L’Iran ne pourra pas supporter le blocus américain et réagira dans le Golfe , ce qui entraînera immanquablement une riposte américaine.

La seule alternative est maintenant une reculade de l’Iran , qui essaiera de manoeuvrer pour gagner du temps, en faisant semblant d’accepter les exigences occidentales .Mais tout le monde sait maintenant que l’Iran est tout proche d’avoir une bombe , qu’il a menti pour gagner du temps depuis des années , et que il n’y a plus de temps à perdre en faux semblants. Les lignes rouges ont été tracées , et il n’y aura plus de tricheries moyen -orientales acceptées.

Le langage rempli de suffisance et d’arrogance des chefs militaires iraniens  s’adressant à la Marine américaine et disant qu” l’avertissement ne sera pas répété” est à la fois dérisoire  (le moustique qui menace l’éléphant) et inquiétant parce que il rend manifeste la perte du sens des réalités chez ces militaires ( les erreurs de jugement et d’appréciation commises par les militaires peuvent conduire  à des massacres et la plupart des guerres sont déclenchées par des militaires qui se sont trompés dans leurs évaluations de la situation).

Peut être les Iraniens comptent -ils sur l’aide du Mahdi caché pour gagner face aux Occidentaux , mais dans ce cas, ils ne devraient pas oublier que Dieu est plus fréquemment du côté des gros bataillons.

La Turquie, incapable de se regarder en face depuis presque un siècle

Publié décembre 25, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit de gaza, identités collectives, identités nationales

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La polémique entre la Turquie et la France née de la proposition de loi votée à l’Assemblée Nationale et condamnant la négation des génocides  a pris des proportions de grave crise diplomatique entre les deux Etats. Même si on peut discuter de l’opportunité de voter maintenant un tel texte, et même si les préoccupations électoralistes ne peuvent être écartées, le fond de la question reste : le génocide des Arméniens par les Turcs est un fait historiquement incontestable, il s’est accompli dans des conditions de sauvagerie inouïe, il a été perpétré par l’Etat Turc avec la participation et la complicité de quasiment toute la population, et depuis, les gouvernements turcs s’obstinent à nier la vérité et mentent en prenant des airs offusqués quant on les met face à la vérité.

Le pays tout entier communie dans cette volonté de truquer l’histoire, considérant comme une offense à l’image qu’il a de lui même toute référence  à cette sauvagerie dont il a fait preuve.

Le fait qu’aucune conscience ne se dresse pour protester contre les crimes et les actes de barbarie commis il y a pourtant près de cent ans montre  le niveau d’immoralité et de non éducation politique dans ce pays.

Que peuvent peser les déclarations tentant de présenter la Turquie comme un parangon de démocratie et de modernité dans le Moyen Orient , quant la vérité  éclate dès que l’on touche à ce point sensible: le souci de la personne humaine n’existe pas , le souci de la vérité n’est pas plus fort que dans les régimes dictatoriaux arabes qui viennent d’être abattus, le nationalisme agressif et dominateur est toujours le seul langage autorisé, et les crimes commis en son nom sont toujours pardonnés.

La démagogie vulgaire de Erdogan qui dans ses diatribes anti françaises mêle les menaces et les mensonges ( le soi disant “genocide” commis par les français en Algérie, dont personne, même pas les Algériens, n’a jamais parlé jusqu’à aujourd’hui – ce qui ne veut pas dire que il n’y a pas eu de crimes de guerre commis dans la guerre avec le terrorisme à cette époque) montre que ce régime reste encore  prisonnier des modes moyen orientaux de gestion de la politique : terreur politique vis à vis des opposants, répression des médias (dizaines de journalistes et d’opposants emprisonnés), démagogie cynique et mensonges énormes comptant sur la désinformation pour faire passer des mensonges à la Goebbels, et, cerise sur le gâteau, la victimisation accusant celui qui présente le miroir d”‘islamophobie” – le grand slogan des islamistes  pour faire pièce à ceux qui dénoncent leurs tentatives d’extension de leur contrôle sur les populations.

La réalité est que loin de tenter de rapprocher les foules musulmanes de la démocratie, le parti islamiste qui s’est emparé du pouvoir en Turquie  contamine petit à petit la démocratie par les pratiques anti démocratiques des islamistes, qu’il y introduit une violence  et un déni de la réalité croissants, et qu’il pourrit la dimension éthique de la démocratie par le mensonge sur lequel il fonde le rapport fondamental entre l’Etat et le citoyen. C’est cette corruption éthique qui apparaît aux yeux du monde  dans le soutien complice aux génocidaires, et c’est la tache qui salit la nation turque, alors que le peuple allemend, en reconnaissant les crimes commis par lui et en son nom, a lavé son honneur et rejoint les autres nations civilisées, ce que la Turquie n’arrive pas à faire.

Accepter un pays de cette sorte dans l’Europe aurait été abaisser l’Europe toute entière  et la rabaisser au niveau de sauvagerie dont la Turquie n’arrive pas à se démarquer. La Turquie, qui a inventé -ou perfectionné – une nouvelle forme politique : celle de  la pseudo démocratie qui vide la démocratie de son contenu moral et humain, est ainsi le seul pays a avoir commis un génocide et à refuser de reconnaître ses crimes, alors que les Allemands, les Cambodgiens et mêmes les Rwandais ont fait passer en jugement leurs génocidaires. La Turquie, elle, les considère comme des victimes  et prend une attitude menaçante et arrogante quand on ose lui rafraîchir la mémoire. On comprend qu’elle soit un modèle pour les gouvernements islamistes issus du “printemps arabe”: avec ce modèle, les affaires peuvent marcher  et ce n’est pas le respect humain ou la vérité qui se mettront en travers de la mise au pas progressive de la société  et des consciences  par les religieux. La brutalité et le cynisme  étaient déja apparus dans la manipulation turque de la “flottille pour Gaza”. La violence de ses manières et de son langage laisse augurer du pire pour la suite, et l’évolution vers une dictature  de plus en plus ouverte , avec juste quelques formes démocratiques, semble de plus en plus vraisemblable. L’effort pour garder des formes démocratiques se justifiait par le désir de la Turquie d’entrer dans l’Europe et par les pressions exercées par celle-ci dans ce sens. L’abandon de cette perspective permet à la Turquie  de retrouver  librement ses traditions de despotisme oriental et ses nostalgies impériales et de se lancer dans la compétition avec les autres candidats à la domination du Moyen Orient (Iran ,Arabie , Egypte) ce qui implique de se plier aux modes politiques de la région (anti-occidentalisme, pouvoir donné à la religion, violence, mensonge et démagogie).

A quand la volonté de la Turquie d’entrer dans le club des puissances nucléaires militaires ?

Un Iran nucléaire mettrait la bombe à la disposition des terroristes d’Etat qui le contrôlent.

Publié novembre 19, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient, guerre au proche orient, islamisme, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Les écologistes qui ferraillent contre le nucléaire civil ne voient pas que le danger le plus extrême du nucléaire vient de ce que un régime dirigé par un groupe qui pratique le terrorisme d’état depuis des décennies ( attentat contre une institution juive en Argentine, soutien aux mouvements terroristes partout dans le monde , soutien  et organisation d’attentats en France ,prise d’otages  dans l’ambassade américaine , etc.) s’apprête a entrer en possession de l’arme la plus terrifiante qui existe dans le monde.

L’absolu cynisme du groupe dirigeant iranien qui se pense investi , de façon folle , d’une mission divine  d’expansion de l’Islam dans le monde entier, son utilisation constante de la torture et de l’assassinat comme moyen politique , sa haine obsessionnelle du monde occidental et par dessus tout , son intention déclarée de détruire l’Etat Israélien montrent que la possession de l’arme atomique par la mafia religieuse  qui a pris possession de l’Etat Iranien ouvrira une période de chantage et d’agressions qui risque de déboucher rapidement sur une catastrophe atomique.

De la même façon que l’Europe , en laissant l’Allemagne nazie réarmer à outrance  dans les années 30, a créé les conditions de possibilité des agressions allemandes , pourtant annoncées, qui ont conduit  à des dizaines de millions de morts dans la 2ème guerre mondiale , laisser entre les mains de terroristes, maîtres d’un Etat,  un engin d’une telle capacité de tuer mènera le monde au bord du gouffre, avec des  gens qui manient le suicide meurtrier  comme un outil quotidien.

Car un Etat qui  a obtenu des concessions de la plus grande puissance mondiale rien que en menaçant la vie de quelques centaines de diplomates, ne reculera  jamais devant l’utilisation d’une menace de tuer des millions de gens par l’utilisation d’une bombe , quel que soit le prix à payer par sa population.

La théorie de la dissuasion du faible au fort fonctionnera au bénéfice des Iraniens face au monde Occidental , soucieux de chaque vie humaine , alors que les Iraniens, qui n’ont pas hésité à envoyer leurs enfants dans les champs de mines pendant la guerre Iran-Irak , ne reculeront devant aucune perte , puisque c’est le Paradis et Dieu qui sont en cause pour eux.

En fait , le chantage a déjà commencé puisque c’est avec la menace de mettre le feu au Proche Orient par le biais de ses affidés  (Hezbollah au Liban , groupes chiites en Irak , minorités chiites dans les Emirats) et  de couper la route du pétrole qui passe par le golfe Persique  que l’Iran menace l’Occident d’une crise économique majeure et d’un conflit militaire qui s’ajouterait à l’Irak et à l’Afghanistan. En même temps , une attaque contre les sites nucléaires iraniens risquerait de resouder le peuple iranien avec un gouvernement qu’il conteste de plus en plus largement ,même si la contestation est étouffée par la terreur.

De plus l’attitude cynique  et opportuniste de la Chine et de la Russie , qui essaient de tirer profit du conflit entre l’Occident et l’Iran pour gagner du terrain dans la lutte d’influence et de contrôle des sources de matières premières du demisiècle qui commence, empêche tout consensus international et toute condamnation efficace du régime iranien.

Ce qui est certain , c’est que les” sanctions” contre l’Iran n’ont eu aucun effet d’arrêt sur la progression de l’Iran vers son but : la possession de l’arme atomique , sans commune mesure avec les broutilles perdues du fait de ces sanctions.On peut même penser que l’idée que les Occidentaux pensent les arrêter avec des obstacles  aussi minces doit les faire rire , car elle leur permet de gagner du temps , pendant que leurs adversaires se perdent en palabres inutiles qui buttent sur les mêmes limites, les mêmes obstacles insurmontables.

L’irresponsabilité de la Chine et de la Russie est effrayante , quand on pense qu’ils mesurent le danger d’une bombe dans de telles mains ,  mais qu’ils ne veulent pas renoncer aux avantages stratégiques à court terme qu’ils peuvent tirer de cette complaisance , et même cmplicité avec le régime fou et criminel de l’Iran.

L’Occident se trouve ainsi pris au piège et placé face à un dilemne inextricable : soit se précipiter dans une crise économique gravissime , qui pourrait prendre les proportions d’une crise égale à celle du krach des années 30 aux USA , et qui pourrait même s’étendre à une crise politique  avec montée au pouvoir des mouvements extrêmistes  devant l’extension de la misère , pour un résultat qui ne serait que un gain de temps.

Soit choisir une attitude attentiste , et donc laisser l’Iran construire la bombe et se constituer un arsenal de plus en plus important, la menace augmentant avec le nombre de bombes et surtout, le développement de vecteurs  capables d’atteindre les grands pays occidentaux, ce qui n’est pas encore le cas,  en espérant que le régime va s’écrouler un jour de l’intérieur. Sauf que le régime imprime une telle terreur que , à la différence de la Tunisie et de l’Egypte qui étaient certes des dictatures , mais plutôt des régimes de pouvoir personnel et corrompus que des régimes totalitaires, il ne laissera pas se développer de mouvement d’opposition et noiera dans le sang , sans la moindre hésitation , toute vélléité de le renverser. Il dispose de troupes puissantes et de relais dans une partie de la population qui lui permettent d’avoir une base qui empêche un mouvement généralisé de la population comme dans les pays arabes; L’islamisme est une idéologie qui a profondément pénétré les masses iraniennes et constitue un solide ancrage du régime à la différence des régimes renversés par le “printemps arabe” , très isolés de la population.Le cas de Khadafi est différent puisque il a fallu l’intervention armée de l’Occident pour écraser militairement le régime qui sans cela était prêt à massacrer tout son peuple pour se maintenir.

Attendre du régime qu’il s’effondre de l’intérieur est donc un voeu pieux , d’autant que il est assez probable que si il se sent menacé , il déclenchera de lui même un conflit régional , pour solidariser sa population avec lui. On se retrouverait donc devant le premier cas de figure , celui d’une guerre , économique et militaire avec l’Iran.

Les peuples d’Occident ne sont plus prêts , à l’exception peut être des Américains , à entrer dans des guerres coûteuses en vie humaine. Les échecs au Vietnam , en Somalie , en Afghanistan ont augmenté l’influence des mouvements pacifistes et l’état d’esprit des populations est  devenu  individualiste et jouisseur, reserré sur la recherche d’avantages immédiats , de sécurité et de tranquillité. La sympathie pour Israël s’est au fil du temps renversée en une relative indifférence  quand ce n’est pas une prise de parti pour les palestiniens présentés comme des victimes éternelles. L’enjeu local est devenu peu important aux yeux des peuples Occidentaux ,plus préoccuppés d’écologie et de niveau de vie que d’équilibre mondial et de paix dans d’autres régions. Les gouvernements et les élites politiques , conscients des dangers , ne veulent pas prendre le risque d’être désavoués par les peuples et préfèrent attendre.

Cependant , ces facteurs qui jouent dans le sens de l’attentisme, peuvent être neutralisés par plusieurs autres.

D’abord,le facteur israélien. Les Israéliens  ne peuvent pas accepter la menace mortelle suspendue au dessus de leur tête par les fous d’Allah qui ont juré leur perte et qui le réannoncent régulièrement. En dernier recours , et le dos au mur , ils attaqueront ,même si cela suscite la colère de leurs alliés , parce que c’est lalutte pour la survie , et que leur histoire ne leur permet pas d’attendre passivement la destruction. De plus , personne n’est dupe des protestations pacifistes des Iraniens , qui défient le monde entier dans leur course à l’atome, et mentent comme des arracheurs de dents. Personne n’accorde plus de crédit à leurs cris d’innocence qu’ à ceux de Khadafi quand il protestait contre l’intervention militaire en Lybie.

D’autre part , les Occidentaux savent que ils seront les cibles suivantes si ils laissent la puissance militaire iranienne devenir capable de les menacer. Ils sont donc obligés de penser à leur auto-défense et préparent eux mêmes des scénarions d’attaque préventive contre les sites nucléaires iraniens, ce qui montre la conscience de plus en plus nette du danger , et une compréhension des raisons qui pourraient entraînet les Isréliens à agir.

Ils ont d’ailleurs fait la démonstration , en Yougoslavie et en Lybie , de leur capacité à vaincre des armées bien équipées , sans intervention terrestre et sans pertes humaines , grace à leur très grande supériorité technique . Plusieurs candidats républicains ont annoncé -ce qui ne coûte rien évidemment-, leur intention de frapper l’Iran s’ ils viennent au pouvoir.

D’autre part , il est difficile d’évaluer la part de bluff dans l’annonce de la volonté iranienne de bloquer le trafic pétrolier du golfe persique , pour plusieurs raisons

D’abord ,plusieurs grands pays occidentaux disposent d’une certaine autonomie par rapport aux sources du Moyen Orient: Les Etats unis sont encore -plus pour longtemps- presque autosuffisants sur le plan pétrolier , la Grande Bretagne aussi avec le pétrole de mer du Nord , la France dispose de son parc nucléaire qui couvre 75 % de ses besoins énergétiques et des contrats avec les pays d’Afrique, etc.

D’autre part ,fermer le golfe entraînerait aussi la cessation des approvisionnements pour l’Inde et surtout la Chine , qui menacée dans ses apports vitaux , ne resterait pas longtemps amie de l’Iran à ce prix.

De plus , L’Iran se priverait lui-même de  sa principale source de devises et rentrerait dans une crise très grande , se trouvant dans la situation de l’Irak au moment de l’embargo pétroier lui interdisant de vendre son pétrole.

Enfin il n’est pas certain que l’Iran , avec son armée encore très rudimentaire malgré ses progrès en missiles et dans le domaine nucléaire , pourrait maintenir un blocus efficace du golfe  face aux moyens  technologiques hypersophistiqués des occidentaux.

De tout celà ressort une idée: la montée en puissance de l’arme atomique iranienne va d’elle-même produire la détermination d’un nombre grandissant de pays à la mettre en échec . La survie d’un monde libre est en jeu ,même si les Iraniens font monter les enchères très haut. Les sanctions , très légères à supporter pour le régime actuellement , ne pourraient avoir d’efficacité que si elles prenaient une forme extrême , conduisant à l’effondrement complet de l’économie du pays , et cela n’en prend pas le chemin, avec les vetos russes et chinois.

Dans ce contexte , on s’achemine vers des frappes et une guerre , quel qu’en soit le prix ,parce que ne rien faire , ou ne faire que des choses inefficaces , ne peut mener que  à une catastrophe mondiale. Qu’ elle le veuille ou non , l’humanité se rapproche d’une épreuve dramatique, que le fait de se mettre la tête dans le sable ne pourra en rien éviter. Munich , attention, souvenirs!

 

La force d’attraction des idéologies: le monde à la recherche d’une boussole

Publié octobre 17, 2011 par gb
Catégories : communautarisme, crise d'identité et islamisme, identités nationales, islamisme

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Il y a des périodes historiques ou le monde semble hésiter  quant à la voie qu’il va choisir,et où la visibilité est si réduite que le choix apparaît fondé sur tant d’incertitudes qu’il s’apparente à un pari hasardeux.

L’après guerre mondiale a été caractérisé par les développements de la guerre froide , la division du monde en deux blocs faisant planer le danger d’une guerre avec la destruction mutuelle des deux parties, et finalement ,avec la défaite du camp communiste et la suprématie idéologique et économique du libéralisme occidental; Ce paysage s’est brutalement transformé depuis les débuts du XXI ème siècle:

Les développements de la mondialisation  avec l’émergence  de nouvelles grandes puissances , la perte de la toute puissance américaine et la redistribution du pouvoir mondial , la crise financière très grave et les difficultés  des économies de tout le monde occidental, la montée des fondamentalismes religieux et l’universalisation du terrorisme , la prise de conscience des dangers écologiques menaçant  la vie même sur la terre bousculent tous les équilibres et toutes les certitudes du siècle précédent.

La disqualification complète du communisme , idéologie majeure du XXème siècle,qui ne subsiste plus que sous la forme de quelques dictatures momifiées ou de discours servant à maintenir au pouvoir  des groupes prédateurs qui ne croient plus un mot de leurs théories  a laissé un vide qui fait appel vers de nouvelles idéologies pour contester l’ ordre dominant et exprimer l’insatisfaction et les  rêves de larges masses devant  les errances du système actuel.

La social démocratie qui en est  un rejeton très modéré , mais partageant avec le communisme un fond commun d’alliances historiques et d’analyses de la société se trouve  écartelée entre  une aile tentée de reprendre l’héritage communiste à son compte et de verser dans le radicalisme irréaliste et une aile moderniste essayant de peser sur le plan social dans le cadre d’une économie libérale acceptée, à contre-coeur, comme seule viable économiquement.

L’écologie , qui a  alerté le monde sur les dangers que  lui fait courir   le non respect des équilibres naturels ,et qui se présente comme un discours  de la défense de la survie de l’humanité , s’est constituée comme une vision du monde  mettant au premier plan la protection de la qualité de la vie et de l’environnement , par opposition aux valeurs productivistes et de recherche de la puissance économique à tout prix.

Elle  a des affinités profondes avec l’altermondialisme , idéologie  multiforme qui exprime le rejet d’un monde gouverné par la seule rationalité économique et qui  coalise toutes les utopies contestatrices , sans parvenir à fournir un projet crédible et cohérent.

Face à ces idéologies contestant l’ordre  social et économique du monde , un autre groupe  idéologique a pris une ampleur inattendue: c’est celui de  la mise en avant de la croyance et de la pratique religieuse , qui est en quelques années devenu  le fondement des système politiques de nombreux pays musulmans , en même temps qu’il devenait , en Europe et aussi ailleurs , le support d’une communautarisation  rapidement expansive des populations musulmanes. s ‘appuyant sur le religieux pour former une quasi contre-société , comme le communisme a pu , à une certaine époque , fournir la base d’une contre société ambigüe en France , développant à la fois une culture parallèle et opposée à la culture environnante , et en même temps, fournissant parfois une voie d’intégration à des groupes marginalisés socialement .

En Europe , la puissance des effets de la mondialisation , avec ses effets de destruction économique de certains secteurs , en même temps que l’apparition d’instances supranationales , ont conduit à la réduction de fait des autonomies nationales , comme de la marge d’action du politique par rapport à l’économique.

Là encore , les esprits perdent leur repères , ne sachant plus ce qui est de l’ ordre de la réalité et ce qui est retard sur l’évolution du monde.

A ce sentiment d’impuissance qui produit une révolte s’ajoute la désorientation procurée par le sentiment , fondé, d’une  perte d’importance dans le monde  et d’un déclin de l’influence de la France , confrontée à l’arrogance grandissante des pays émergents.

En France , l’affadissement du référent national , y compris  dans sa transmission par l’Ecole , et la visibilité de plus en plus grande des cultures communautaires rend perplexe la population quant à l’importance  à leur  conférer ,entre  raidissement identitaire et multiculturalisme oecuménique.

La domination idéologique du libéralisme , appuyée sur l’effondrement politique et économique des sociétés socialistes , et sur la domination  politique sans partage  des Etats  Unis  a été ébranlée , avec ceux-ci, par  les attentats du 11 septembre , première faille dans leur invulnérabilité , puis par leur mise en échec en Irak devant la guérilla et le terrorisme ,et par la décrédibilisation du gouvernement américain quand ses mensonges ont été révélés au monde entier. La crise financière de 2008 , suivie de la crise de la dette en 2011  ,la stagnation des économies occidentales ,la montée du chômage,face au développement spectaculaire  des économies de pays émergents se démarquant ouvertement du souci de la démocratie , et voulant trouver des voies politiques négligeant ou méprisant la place de la démocratie, , ont fait naître le doute quant à la pertinence de l’idéologie libérale ,et même quant à l’universalité de l’idéologie démocratique.

Le paysage actuel est celui d’un monde ou personne ne peut  garantir que le système financier et économique mondial ne va pas s’effondrer dans une grande crise . Les spécialistes  sont divisés et s’affrontent dans des débats  diafoiresques ou affleurent leurs apriori politiques , les politiques restent prisonniers du court terme et pilotent à vue , les démagogues  se frottent les mains et demandent que  les élites leur laissent la place ,et assurent que des solutions simples  et radicales existent.

La disparition du pacte social qui a soutenu l’Etat-providence avec  la chute de la croissance pourvoyeuse de moyens crée le relâchement des solidarités , la méfiance entre groupes sociaux; parallèlement , les utopies sociales et politiques refleurissent partout , suggérant que l’union de la société n’est qu’une question de bonne volonté . Les démagogies se nourrissent de cet humus, les vieilles idées relèvent la tête , les masses attendent que quelque chose leur donne l’espoir d’une société meilleure , sans voir au delà des promesses , les catastrophes dont sont peut-être porteurs les prometteurs de pluie.

Le réalisme et le pragmatisme apparaissent comme insuffisamment porteurs de lendemains enchantés , le monde rêve de changements radicaux , les millenarismes religieux ou politiques ont le vent en poupe.

Dans cette conjoncture , les gens ne savent plus quoi penser , à quoi se rattacher , à qui se fier. Les marchands de rêve voient s’ouvrir des boulevards devant eux .

Les idéologies , religieuses ou politiques,  peuvent occuper le terrain. La demande est grande , d’entendre quelqu’un assurer que les solutions existent , pour peu qu’on lui fasse confiance et qu’on lui confie les rênes. Dans un monde ou le libéralisme s’accompagne d’une crise violente et inquiétante et ou les déboires du socialisme sont déjà oubliés, rien ne fait preuve , toutes les paroles se valent , les escrocs sont aussi vraisemblables que  les diseurs de vérité. La désorientation est générale et les gens ne trouvent plus que des vieux réflexes pour s’orienter: tel discours ressemble à celui qu’ils voudraient qu’on leur tienne , ou tel autre est “nouveau”  (‘puisque les anciens ne marchent pas , essayons autre chose).

Les idéologies du siècle précédent :communisme, tiers-mondisme,ont cédé la place aux  nouvelles constructions qui se lancent à l’assaut des esprits : altermondialisme , droits de l’hommisme,multiculturalisme,   écologie, toutes les combinaisons tentent leur chance , cherchent leur cible;

La guerre des idées fait rage , le choc des idées fait le même bruit que le choc des armes dans les mêlées des époques antérieures .”Gagner les esprits et les coeurs ” devient l’enjeu  décisif dans les guerres réelles qui se mènent dans le monde (Afghanistan , Irak, etc.)Les beaux parleurs , hommes politiques , avocats, journalistes  et personnages médiatiques , deviennent des éléments clefs de la bataille généralisée qui court entre les lignes de chaque discours médiatisé.

Les individus sont immergés dans cette mêlée confuse , essayant de  trouver des repères dans ce bouillon, continuellement hélés par les sergents recruteurs d’une ou l’autre des parties , parfois sollicités pour donner un avis , en général sommés de décliner leur camp d’appartenance, avec les implications d’adoption ou de rejet qui en découlent.

De la même façon que les totalitarismes ont proliféré sur le terrain de la crise des démocraties dans l’entre deux guerres , (hyperinflation en Allemagne, guerre civile en Russie , mais pas aux USA  après le krach des années 30) , la crise générale  actuelle  des pays capitalistes  réouvre la quête de systèmes promettant une issue aux problèmes angoissants qui s’accumulent et qui menacent d’abord les plus fragiles.

La solution présentée jusqu’à présent comme la panacée : la croissance économique , pourvoyeuse d’emplois et d’état-providence , ainsi que de progression du niveau de vie , n’est plus au rendez-vous, entraînant angoisse , précarité grandissante et distension des solidarités. L’insécurité économique entraîne  le pessimisme sur l’avenir du pays ; l’inimaginable : la faillite d’un état européen,  se produit à nos portes. Les populations comprennent intuitivement que les dirigeants politiques et économiques  sont eux-mêmes incertains de la validité de leurs choix , et en désaccord entre eux.

Les égoïsmes nationaux et les  défenses des intérêts immédiats menacent de l’emporter sur les visions plus larges  et plus porteuses d’avenir , mais nécessitant de la patience et d’aller parfois à contre-courant des réflexes d’auto-protection.

La droite est décrédibilisée par   l’absence de la croissance qui pouvait paraître justifier une politique fiscale injuste , et qu’elle n’arrive pas à  convoquer , parallèlement à l’accroissement de la dette , nécessaire pour éviter le krack , mais contraire  à ses principes de gestion . Plus que régulant simplement  la libre concurrence , elle apparaît liéé aux puissances d’argent qui tentent de déséquilibrer à leur avantage les mécanismes d’équilibre des pouvoirs entre producteurs et consommateurs.

La gauche  , dépassée face aux problèmes financiers vis-à-vis desquels elle est totalement démunie , accumule les promesses sociales sans trouver de véritable réponse à la crise de l’économie, faisant naître le doute sur  sa prise de conscience de l’étendue des problèmes et apparaissant comme recommençant à psalmodier les promesses qui menacent de mettre en faillite l’économie fragilisée du pays.

L’impuissance qui se cache derrière les discours ronflants  des uns et des autres ne trompe pas grand monde , et les discours-refuges , comme les postures de dénonciation,  se multiplient  et attirent dans leurs rets ceux qui cherchent une réassurance face à la tournure inquiétante que prend le monde , matériellement et moralement.

Car le discours religieux, lui,  ne promet pas de solution aux difficultés économiques ,mais se présente comme fournissant du sens , et des repères , dans un univers qui semble échapper à tout contrôle et  à tout ordre humainement maîtrisé. Là ou paraissent jouer seulement des forces aveugles et destructrices de l’humanité , il avance un discours  structuré et organisé autour de la primauté des valeurs (traditionnelles) qui semble faire face au laisser-faire des sociétés occidentales , et au désengagement des Etats  dans le domaine des normes  et des obligations.

Face au désordre apparent du monde , les armées des  idées bien rangées  en imposent facilement, avec leur belle ordonnance et leur rhétorique bien affûtée.

Esprits indépendants, s’abstenir !

GB

Idéologies et identités collectives

Publié octobre 10, 2011 par gb
Catégories : communautarisme, crise d'identité et islamisme, identités collectives, islamisme, laïcité, Les ennemis de l'Occident, questions d'identité

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Les idéologies sont  des systèmes de concepts , conçus par des individus ou des groupes  qui  construisent un édifice destiné à promouvoir  une vision du monde , basée sur la primauté accordée à certaines valeurs et à certaines formes de rapport entre l’individu et la société.

Elles proposent souvent une vision idéale de la société et des rapports inter-humains, et fournissent une argumentation , la plus convaincante possible, sur les moyens d’arriver à une telle fin.

Leur but est de susciter une adhésion intellectuelle , c’est à dire une adoption par les individus de leur manière  d’aborder les questions et finalement , d’obtenir une foi dans la validité des prémisses de cette vision des choses de telle façon que , si on accepte comme  juste une  partie des raisonnements , on est amené à  faire confiance pour le reste.

Le succès de ces idéologies est lié à la manière dont elles peuvent répondre , à un moment historique donné , aux attentes, aux craintes , aux difficultés de secteurs de la population.

Ensuite ,c’est la façon dont elles sont diffusées , et éventuellement martelées , par les médias et par les institutions de l ‘époque , la façon dont elles sont exemplifiées , l’incarnation par des figures prestigieuses ou des groupes sociaux provoquant un désir d’imitation, qui entraînent la contagion mentale qui fait que les idées se répandent et sont adoptées par un nombre grandissant de personnes.

Il existe à chaque époque une concurrence des systèmes d’idées dans laquelle des idées sont plus dans l’air du temps que d’autres; certaines idées paraissent plus porteuses de sens et de vérité que d’autres, à une époque définie et pour des populations particulières , eu égard aux conditions d’existence de ces populations

Par exemple , l’idée de société communiste a perdu après l’effondrement de l’Union Soviétique et la connaissance des méfaits des régimes staliniens et maoïstes toute crédibilité et tout pouvoir d’attraction et de conviction , à l’exception de quelques  îlots de croyance , contrôlés par des Etats maîtres des médias ou confinés à quelques cercles sectaires.

Un certain nombre de ces idéologies se réfèrent à des textes fondateurs ( la Bible , le Coran, les écrits de Marx et Lénine ou de Mao ) , qui ont entraîné la modification radicale d’un paradigme d’une époque , et qui deviennent la source d’interprétations concurrentes avec les phénomènes d’orthodoxie ou au contraire d’hérésie  qui en découlent, les textes fondateurs devenant  ce qui sert à trancher entre groupes rivaux divergents sur des poins secondaires du système élaboré.

Les querelles de légitimité deviennent  des luttes pour s’emparer d’un corps doctrinal qui permet de prétendre à des postes de pouvoir et en particulier  à celui  qui détermine ce qui est la compréhension “juste” d’un texte et donc le droit à faire disparaître les positions rivales , obtenant ainsi l’exclusivité de la position de porte parole du texte sacralisé.

On a vu ainsi les querelles de traduction ou d’interprétation des textes de Freud envahir les écoles de psychanalyse et déterminer des schismes et des excommunications ,des dissidences se créer et durcir en écoles et chapelles concurrentes , se disputant le “label” de psychanalyste , une compétition féroce existant pour se partager la domination intellectuelle accompagnée  de l’accession à des postes de pouvoir ( postes de direction et de recrutement dans des services hospitaliers ou des départements universitaires) permettant  d’assurer des positions d’influence et de renouvellement des candidats.

Les Eglises, les “écoles” mais aussi  les partis politiques deviennent les institutions dévolues à la conservation , à la reproduction et à l’expansion  de la “véritable” pensée du ou des fondateurs, en même temps que les lieux du pouvoir conféré par le maniement de ces formidables outils d’influence. Car celui qui contrôle l”expression et la forme de la pensée mise en position dominante contrôle la pensée et l’esprit des masses qui adhèrent à cette pensée ,  et peut même tenter de prévenir l’émergence d’une pensée dissidente et de la tuer dans l’oeuf.

C’est pourquoi le contrôle des médias et celui de l’éducation sont des enjeux absolument vitaux sur le plan politique , tous les mouvements politiques et religieux sentant bien que c’est dans ce “moulage” des esprits que se situe l’enjeu fondamental pour le maintien ou la perte de l’influence sur les populations.

C’est ce qui a fait que en France , l’Eglise  s’est défendue avec acharnement contre la perte de son magistère sur les consciences , luttant de toutes ses forces contre ceux qui cherchaient justement  à libérer la population du pouvoir d’influence des prêtres , à travers le ‘formatage” des jeunes esprits par toutes les institutions religieuses qui encadraient , à toutes les périodes de leur existence , la vie des paroissiens.

De la même façon , les grands mouvements totalitaires du XX ème siècle ( fascisme, nazisme et communisme) ont tenté d’encadrer les populations dès le plus jeune âge  à travers  par exemple les mouvements de jeunesse plus ou moins obligatoires dans lesquels l’idéologie de ces mouvements était serinée de façon continue et soutenue par des activités excitantes pour la jeunesse  ainsi que par l’esprit de groupe favorisant l’identification aux pairs.

Tous ces mouvements idéologiques ,ont visé une unification de la société à travers l’adhésion aux mêmes postulats de base et ont dû une large part de leurs succès au désir des populations de trouver un facteur d’intégration et d’unification dans ces croyances communes , les hommes cherchant à retrouver ce qui soude une communauté humaine et donne sens à son activité , contre les facteurs de division inévitables ( différences de culture   et d’intérêts qui dressent les gens les uns contre les autres) . L’universalisme des religions et des doctrines politiques totalitaires apparaît à nombre de personnes comme un antidote à l’individualisme séparant les personnes du corps social  et les coupant de la signification de leur existence. C’est ce qui donne parfois tant de foi à leur engagement  qui repose sur la conviction que la vie la meilleure est celle qui se consacre à un ensemble humain plus large ( même si c’est parfois au prix de la haine contre d’autres groupes humains).

Ce qui se passe actuellement  dans le monde avec la poussée de L’Islam et le poids grandissant du religieux pour les populations en difficulté d’intégration dans les sociétés d’Europe Occidentale montre bien comment les éléments psychologiques et sociologiques s’intriquent pour aboutir à des difficultés d’intégration et à des raidissements identitaires compensatoires.  Tout cela se conjugue dans  une tentative d’affirmation  et de valorisation de soi à travers l’identité islamique. Cette identité ,enveloppe d’une idéologie qui tente de nier la supériorité (intimement ressentie) de la culture occidentale en exaltant  l’effacement de l’individu dans la religion et la tradition, en essayant , de la même façon que les mouvements créationnistes aux Etats Unis , de contester la Science et la Raison  comme supports de la vérité , au profit d’une conception de la vérité bannissant relativisme et esprit critique et prônant la soumission absolue à des mythologies archaïques, fait écho aux blessures narcissiques vécues par les masses  musulmanes déshéritées du monde entier.

Elle est la tentative d’auto-réparation de  groupes sociaux marginalisés par les sociétés riches et modernes , mais qui malheureusement , comme beaucoup d’auto-médications comporte des risques très lourds pour ceux qui la pratiquent.

L’idéologie  (religieuse en l’occurrence) apparaît là  de façon très transparente comme la réponse à  des désirs  puissants de nature identitaire (affirmer la valeur de sa  culture et  manifester son rejet de la culture  environnante perçue comme  stigmatisant ce groupe), échapper à une destinée individuelle en affichant des signes de rattachement à une communauté qu’il s’agit en même temps de faire exister de façon volontariste, ce qui  permet de donner un sens communautaire à son existence.
Les systèmes traditionnels sont dans le monde moderne soumis à des épreuves de viabilité par la compétition mondiale  qui en ébranle les bases , ce qui retentit sur les représentations d’elles-mêmes de ces sociétés et entraîne des succès pour les idéologies qui essayent de restaurer ces systèmes en voie de désagrégation; Un grand nombre de personnes , en souffrance devant le constat  de leur impuissance à lutter contre l’organisation dominante de la société , se raccrochent à tous ceux qui leur parlent le langage du monde qu’ils ne veulent pas quitter et qui leur tiennent le discours qu’ils ont envie d’entendre : celui qui pourfend les valeurs de la modernité et qui avance l’idée que l’union “organique” de la société dans l’immobilité de la soumission totale à la pensée contenue dans un texte sacré  est meilleure que la  mobilité  de l’adaptation  au monde  vertigineusement changeant de la réalité actuelle. Certains choisissent de se faire les combattants de cette idée,jusqu’au meurtre et au sacrifice de leur vie.

Tous ceux pour qui la dureté de la société et la rapidité des adaptations mentales nécessitées par l’existence paraissent impossibles à gérer sont à la recherche de systèmes leur permettant de stabiliser leur pensée , d’expliquer le monde, et de s’y représenter comme doués de valeur. Les offres correspondant à cette attente sont nombreuses  qui se disputent ce “marché” des consciences  en plein désarroi.

Les discours religieux , politiques , et psychologiques , se pressent pour faire préférer leur offre , entre les produits bâclés et bas de gamme (la  camelote  à buts directement intéressés des sectes , les systèmes groupusculaires ne touchant que des cercles très étroits, mais parfois extrêmement déterminés , l’univers flou et labile des rumeurs) et les systèmes très élaborés et sophistiqués , appuyés sur des siècles de productions artistiques, esthétiques , théoriques, validés par la reconnaissance des élites culturelles et intellectuelles , qui finissent par constituer le fond  d’une culture dans une société.

A la différence des systèmes philosophiques purs , que leur complexité et leur difficulté d’accès réserve à  un nombre très réduit de personnes spécialisées dans la pensée , les idéologies sont des systèmes appliqués , formulés en termes non seulement accessibles à tout le monde , mais aussi construits pour séduire intellectuellement et  émotionellement , comme une voiture peut séduire à la fois par ses performances et par son esthétique , mais aussi par ce qu’elle fournit d’image sociale ,par sa référence  à un statut et à une façon de se situer par rapport à ce statut. (voyante ou discrète , puissante ou modeste , banale ou exceptionnelle , etc.).

Les choix idéologiques sont ,indépendamment des facteurs rationnels , des marqueurs d’appartenance  à des groupes sociaux ( marquage ou démarquage , d’ailleurs) dans  lesquels  le conformisme (ou son refus) est un facteur très important  ( Le film de Bertolucci “Le Conformiste” , exposait très bien comment un homme décidait d’adhérer au fascisme pour se fuir en  se fondant dans le système dominant . Plus les systèmes sont totalitaires ( c’est à dire visant l’alignement dans tous les secteurs de l’existence, en particulier privés) , plus la pression vers le conformisme est forte , plus le prix pour y échapper est élevé.

Mais la particularité des idéologies , quand elles sont des ensembles structurés , couvrant à peu près l’ensemble des  domaines de l’existence , est que elle peuvent éliminer  la pensée individuelle d’une personne , moins bien structurée , documentée ,étayée  comme certaines espèces animales ou végétales prédatrices éliminent parfois toutes les espèces concurrentes quand elle sont favorisées par un facteur climatique ou écologique et qu’il n’y a pas de prédateur pour cette espèce (algues vertes, carpes des grands lacs au Canada ,etc.

C’est ce qui pousse les groupes promouvant des idéologies à essayer  d’interdire  le droit à exister à  tous les systèmes concurrents susceptibles de donner une base de résistance  aux individus. Par nature , les idéologies sont expansionnistes et visent  à devenir le système de référence du plus grand nombre d’individus possible , comme les fournisseurs d’accès à Internet  ou les moteurs de recherche deviennent les filtres utilisés par des centaines de millions de gens pour découper la réalité  et accéder au monde.

De ce point de vue , la démocratie  est un système qui vise à préserver la liberté de pensée en luttant contre le monopole  sur la pensée  établi par un groupe (droits de la minorité , liberté d’expression, d’association et de manifestation , liberté de la presse et lutte contre la position de monopole dans les médias, neutralité de l’Etat dans les questions religieuses , choses bien plus complexes que la seule prise en compte d’une majorité numérique).

Finalement ,la démocratie , quand elle est assez au clair avec elle-même pour savoir  que elle doit se donner les moyens de lutter contre ceux  qui veulent laisser le champ libre  aux idéologies qui visent  le pouvoir sans partage et l’éradication de ce qui les conteste , est la seule forme politique qui défend la diversité de la pensée individuelle et sa liberté.

GB

Après Oslo: la captation des esprits par les idéologies, parfois meurtrières

Publié septembre 28, 2011 par gb
Catégories : identités collectives

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L’influence d’idéologies fournissant l’appareillage théorique qui justifie le terrorisme et les passages à l’acte meurtriers pose la question de savoir qu’est ce qui constitue la force d’attraction de ces systèmes , qu’est-ce qui fait s’aligner certains sur ces discours alors que d’autres résistent et gardent leur capacité critique et la liberté de refuser la violence meurtrière qui leur est suggérée

La capacité de certains discours à rencontrer un écho dans des pans entiers de la population ,y compris dans des couches éduquées et intellectuelles,et à emporter l’adhésion et parfois  l’enrôlement de grandes masses pose la question du besoin que ces discours viennent satisfaire ou combler.

La coexistence de discours concurrents et la division de la population en grandes masses représentées sur l’échiquier politique  découlent  du fait que les grandes lignes de démarcation correspondent  à des différences dans les hiérarchies des valeurs (liberté/égalité , justice/créativité , bien-être/ puissance,etc

Les discours politiques structurent des systèmes de valeurs sociales et culturelles matérialisés dans des projets de société où s’expriment à la fois les intérêts et les cultures  de groupes sociaux, des idéaux, et des espoirs collectifs.

C’est la nébuleuse de ces représentations chez chacun qui s’articule et se met en forme . autour des choix proposés par les mouvements politiques et les idéologues des différents bords.

Les politiques , qui sont à l’affût des attentes et des désirs profonds des masses, leurs renvoient en miroir une vision rationalisée et rendue cohérente de ces désirs ( par leurs théories , leurs discours ou leur image), et les masses les chargent alors de les réaliser, avec le pouvoir qu’elles leur confient.

Ce qui était jadis unifié et porté par les institutions et la tradition , et qui structurait la vie mentale des individus  (religion,appartenances locales , éducation) est maintenant éclaté entre les différentes sous cultures politiques et intellectuelles , ce qui produit incertitude et  désorientation

Mais les politiques ne sont pas que le reflet passif de l’opinion; ils la modèlent aussi par le développement d’idées qui frappent la sensibilité et font vibrer les sentiments sociaux : empathie pour différents groupes ou au contraire antipathie pour certains , représentation du “juste” ou du” politiquement correct”, etc.

Les médias , eux mêmes suivistes par rapport à l’opinion , la modèlent aussi , en diffusant à plus grande échelle encore que le livre , les idées reçues , les raccourcis qui plaisent , en partie par l’inculture des journalistes eux mêmes. Ce sont aussi des porte voix  de lobbies politiques ou idéologiques, qui délimitent des sphères d’influence  nationales , religieuses , sociologiques. dans lesquelles il n’est souvent pas question de laisser place à l’ambigüité ,ni à la contradiction , même partielle.

Dans certains pays, ce sont des territoires mentaux sur lesquels est revendiqué  le monopole, sous peine d’exclusion ou pire . La religion a été l’exemple même de cette emprise exercée sans partage sur les esprits , menaçant la libre pensée des sanctions les plus graves , de l’excommunication (= expulsion de la communauté) jusqu’au bûcher. Le recul du pouvoir de coercition religieux et de mainmise sur les esprits dans le monde occidental n’a pas eu d’équivalent dans le monde musulman ou la religion fonctionne encore , de façon obligatoire , comme la matrice des esprits.

C’est une caractéristique affolante de l’espèce humaine que elle n’arrête pas de confier à des petits noyaux de gens (Comité Central , concile ,etc.) la détermination de la pensée qui doit être diffusée , adoptée, encensée et dont tous les organes d’influence doivent reprendre l’antienne

Les mécanismes d’identification et de structuration font que sur la base de quelques assentiments se construisent des systèmes personnels , nourris par des postulats que les cultures politiques alimentent , organisent et durcissent. L’exemple en est l’alignement des représentations du monde  et  l’incorporation des raisonnements et des enchaînements  tout faits dans la logomachie marxiste ,  gauchiste ou nazie , ce qui aboutit à l’aspect stéréotypé des discours , à “la langue de bois”. Les jugements deviennent automatiques , les raisonnements impersonnels et standardisés.

Les embranchements  logiques sont fournis ,les objections contre argumentées ou omises , les systèmes de pensée se développent en réseau , fournissant des explications de plus en plus cohérentes et redondantes,  délégitimant de plus en plus les systèmes adverses ou simplement différents.

Les systèmes d’idéaux, capables de mobiliser sous l’étendard de leurs valeurs le dévouement total , l’énergie et la volonté de combat de populations entières tout en organisant le dénigrement des valeurs d’en face,  peuvent évoluer , quand ils sont instrumentalisés pour la captation du pouvoir , vers des systèmes d’emprise psychique  où des concepts très discutables ( le cours prévisible de l’histoire , le parti représentant du peuple ,  l’économie  raison dernière de toutes les structures culturelles, etc.) acquièrent  indument valeur de vérités scientifiques et d’évidences entraînant en cascade les raisonnements falsifiés et les adhésions biaisées.

L’adhésion affective à des valeurs, fondée avant tout sur la nature profonde d’une personne et  sur son histoire et ses rencontres ,  s’étaye ensuite de justifications boiteuses sur le plan véridique et rationnel , mais fournissant une certitude et une argumentation qui donnent une cohérence et une force de conviction entraînante à ce qui sans cela serait resté à l’état d’opinion vague et changeante. En effet l’argumentation logique stabilise la pensée et met à l’abri celui qui la produit , ou la reprend,  de la labilité des émotions qui rendrait les choix réversibles. L’argumentation rationnelle et l’imposition  de ses concepts sont ainsi des armes essentielles dans la lutte de l’idéologie  pour le gain et la conservation de l’opinion publique , dans la lutte continuelle pour la conquête des esprits.

Mais les gens eux mêmes sont désireux de cette stabilité de pensée et c’est pourquoi ils adhèrent facilement à des systèmes qui leur proposent des architectures toutes faites de  décodage du monde.

Le corpus de postulats qui constitue la croyance , initialement fondé sur des choix affectifs ou émotionnels , s’appuie sur des raisonnements pseudo objectifs qui font passer dans les profondeurs inconscientes  les rêves , les désirs , les identifications , les besoins qui ont déterminé au départ ces choix.

Nul besoin d’invoquer la folie pour faire référence à l’irrationnel qui irrigue en profondeur les choix soit disant rationnels invoqués par les gens pour justifier ces positions qui entraînent des choix passionnés.

C’est la manière dont les idéologies façonnent et contribuent aux identités , c’est à dire le regard porté sur soi et les autres,  qui entraîne les adhésions passionnelles , la violence  des affirmations et parfois les actes conçus comme des concrétisations des systèmes d’idées primordiaux pour les individus.

Toute la question de la suggestibilité de l’esprit humain est comprise dans  cette influence des systèmes tout faits sur les consciences individuelles.

Les individus ,pour un grand nombre d’entre eux , sont demandeurs d’une direction, d’un guide de l’existence. La raison pure ne suffit pas à trancher les apories de l’existence , elle ne peut en particulier déterminer le choix entre les valeurs concurrentes. C’est déjà une tromperie efficace des idéologies que de se présenter , très souvent ,  comme opérant un choix fondé sur la raison , alors que elles masquent le choix initial qui est celui d’un désir , souvent de nature identificatoire.

Penser librement est un travail permanent de distanciation des entreprises de suggestion qui nous environnent et se disputent l’influence et la maîtrise de nos esprits. Nombreux  sont ceux qui , pour suivre des impulsions profondes ,ouvrent leur pensée à ceux qui leurs paraissent avoir poussé plus loin que eux-mêmes leurs désirs et leurs raisonnements. Ils suspendent  ainsi leur capacité critique et risquent de devenir captifs de pensées élaborées  dans des cuisines parfois malsaines , quand ce n’est pas simplement criminelles.

GB

MASSACRE D’OSLO: ACTE DE FOLIE INDIVIDUELLE OU MONSTRUOSITE DES IDEOLOGIES

Publié septembre 12, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient

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L’assassinat de sang-froid de près d’une centaine de personnes , exécutées et parfois achevées calmement les unes après les autres , y compris des enfants , précédées d’un attentat à la bombe contre le siège du gouvernement , paraît une action tellement insensée et monstrueuse , que la question de la folie de son auteur se présente immédiatement à l’esprit .Le côté monstrueux de l’acte tend à faire penser qu’il s’agit de l’acte d’un fou , par l’établissement presque spontané de l’équation : monstruosité = inhumanité=folie.

Pourtant ,  les actes monstrueux, comme les crimes de masse et les génocides commis par différents régimes  ( régime nazi ,régime soviétique, régime cambodgien, et la liste est très longue), ne peuvent pas  se ramener uniquement à des pathologies individuelles, car ils ont entraîné dans leurs dérives criminelles des populations entières qui ont donné leur assentiment à ces horreurs ou à leur principe , sinon à leur exécution.

Or , si absurde que cet acte apparaisse , il rentre pourtant dans la catégorie des  crimes politiques, et en particulier dans la classe des  attentats terroristes. Même si il semble procéder d’une logique aberrante , il es motivé par un raisonnement qui  s’appuie sur les modes de pensée des activistes terroristes qui essaiment actuellement.: son but est de frapper l’opinion par un geste spectaculaire , il s’inspire de la pensée de groupes extrêmistes très minoritaires qui ne peuvent  espérer  se faire entendre que  en utilisant la démultiplication médiatique donnée à ce type d’actions. Les cibles ont été des cibles politiques “symboliques” : le siège du gouvernement et un rassemblement politique d’un parti qui focalisait la haine du tueur.

Bien sur , aucun parti ne préconisait l’ assassinat d’adolescents  pacifistes et  défenseurs de l’ouverture vis à vis des émigrés. Mais le discours de haine et de dénonciation qui a fait le lit de ces crimes était déjà là, en dehors du cerveau de l’assassin.

C’est ce qui fait la différence avec la folie au sens clinique  , qui , elle , se constitue d’éléments du monde interne  , produits de la raison déviée (hallucinations , troubles de la logique elle-même ), aboutissant  à une production à qui personne d’autre que l’individu pathologique ne peut apporter de croyance. Or , les postulats de base de la pensée de l’assassin  ( idée d’une attaque  et d’une mise en danger de la culture et de l’identité nationale  par la présence grandissante de populations immigrées) sont partagés par une minorité  certes , mais par une frange de la population , ce qui fait qu’il ne s’agit pas du délire construit dans son cerveau par un individu coupé du reste du monde.

La question du meurtre comme mode d’action politique est ancienne et traverse tous les débats de conscience dans les mouvements terroristes : débat sur les moyens et les fins , sur la justification du meurtre . Après , ce n’est plus qu’une question de quantité: un , dix, mille morts. Une fois que le pas du meurtre est franchi , le reste vient facilement. La frontière n’est pas entre fous et non-fous , mais entre ceux qui acceptent de tuer , et ceux qui ne s’y résolvent pas. Ce sera le cas de De Luca , qui suivra les gauchistes italiens jusqu’au bord du meurtre , mais ne franchira pas le pas , contrairement  aux terroristes  des Brigades Rouges , de la  Fraction Armée Rouge  ou de Action Directe , qui s’engageront dans la spirale du meurtre , visant des cibles de plus en plu innocentes et extérieures à leur combat.

L’assassinat de plus de 3000 américains dans l’ attentat du « nine eleven » a entraîné des manifestations de soutien et de satisfaction dans une grande part du monde musulman. Une grande part de cette population a refusé de les condamner et s’est même parfois sentie fière de ces actions.

Les exécutants de ces massacres trouvent des complicités et des approbations dans une large partie des peuples concernés.

Il existe donc une capacité de certains systèmes politiques et de certaines idéologies à  déconnecter les gens de leur humanité, et à  les conduire vers le meurtre et les comportements inhumains . En regard de cela , il existe aussi une capacité des êtres humains, hors d’un processus pathologique, à désigner un groupe comme ennemi, et même ennemi pernicieux du Bien tel qu’il est défini par certains, ce qui autorise à utiliser contre eux tous les moyens , y compris  des moyens inhumains.

Un certain nombre de définitions de l’Autre , proposées par des systèmes de croyance , (ennemi de Dieu , ennemi du Peuple , ennemi de la Révolution ,etc..) suffisent à retirer toute considération humaine aux représentants du « Mal » ainsi identifiés et justifient un combat à mort contre eux. A partir de là , se constitue une « armée du Bien » qui a tous les droits , puisque sa cause est bonne, et une quantité de gens s’enrôlent , et se vivent , avec exaltation , comme des soldats du Bien.

Mais ce qui est le plus étonnant dans cette situation , ce n’est pas que quelques esprits faibles ou quelques exaltés franchissent le Rubicon de l’action haineuse et meurtrière , c’est que des millions de gens adoptent des systèmes de pensée clivant le monde en personnes dignes de vivre et personnes indignes de vivre, que des intellectuels adoptent massivement des idéologies  (voir l’adhésion des grands intellectuels français , à peu d’exceptions près,  au marxisme dans las deux premiers tiers du siècle) dont certains développements conduisent aux crimes de masse (stalinisme ,maoîsme) sur lesquels ils s’aveuglent facilement.

La capacité de la politique à générer des systèmes de haine , à leur donner cohérence et vraisemblance qui entraînent l’adhésion,  trouve son symétrique dans la capacité humaine à aligner sa pensée sur des systèmes tout faits , à adhérer , à les reprendre à son compte et à s’en faire les défenseurs et les militants.

Ce n’est pas seulement la guerre qui est la continuation de la politique  par d’autres moyens , mais la politique qui  devient la transformation en guerre de la vie en société ,une guerre où tout devient permis pour faire triompher la cause du “Bien”.

De plus, la mise en jeu , à travers ces ensembles idéologiques , de l’identité personnelle et collective des gens explique la virulence des attitudes  qui déborde , de façon passionnelle , leurs  intérêts rationnels .

Un bon modèle pour comprendre ces mécanismes est celui des sectes religieuses où se croisent le contrôle du groupe sur l’individu et le désir de l’individu de s’intégrer et  de se fondre dans un système ou un groupe. L’un des mécanismes importants dans ces sectes est celui de la conversion. Dans cette configuration, un individu renverse sa vision du monde et la remplace par une nouvelle conception qui devient l’organisateur unique et suprême de sa vie . A partir de ce moment , tous les choix deviennent subordonnés à cette nouvelle foi , qui libère l’individu de la multiplicité et de la contradiction des valeurs et qui  lui permet de trouver son unification dans cette soumission.

C’est le principe de « l’Un » qui régule leur vie , tout se ramenant toujours à un  postulat primordial , celui de cette foi.( la soumission à Dieu ou au Parti, la supériorité ou la pureté de la race, etc.) Le fanatisme se constitue ainsi , comme un rassemblement autour de l’unicité d’une croyance  , et la haine de ce qui génère contradiction , complexité, ambigüité  des points de vue.

L’identification à une cause ou à un système de valeurs est un mécanisme  général, qui ne traduit pas la folie , mais la plasticité des consciences  et le besoin d’organiser l’attitude face au monde pour éviter  la désorientation et l’incohérence.

Certains individus et certains systèmes politiques servent,  par leur capacité de formulation et l’incarnation qu’ils en donnent , de caisses de résonance  à des désirs humains ( désir d’unité intérieure , désir de se sentir supérieur , haine des différences , envies sociales , désir d’intégration à un groupe). Ces désirs s’amplifient avec le soutien d’un système ou le prestige des institutions et passent un  degré quantitatif qui finit par leur donner un caractère monstrueux.Ce n’est pas la folie individuelle qui est alors en jeu (hormis quelques cas d’exception et le fait que certains discours favorisent l’émergence et le succès de  psychopathes avérés.)

L’identification massive du peuple allemand à Hitler , ou des masses musulmanes aux terroristes , traduit la satisfaction profonde que leur procure un discours qui les flatte ( en les considérant comme des surhommes ou des victimes ). Les aventuriers politiques savent mettre en forme ces désirs  et s’appuyer sur eux pour conquérir le pouvoir et le renforcer en appuyant sur ces points sensibles. La psychologie des foules , faite de pulsions élémentaires et d’actions spontanées et irréfléchies , est à la recherche d’une mise en forme et en cohérence. Même les intellectuels peuvent mettre en sourdine leur esprit critique et adhérer , dans l’espoir de sortir  de la complexité ou les plonge leur capacité réflexive . On peut même dire que ce sont eux qui fournissent les matériaux des systèmes dont s’inspirent ceux qui mettent en place les meurtres de masse , par goût de la construction des systèmes , quand ce n’est pas le goût de l’influence exercée.

Le fanatisme , qui nie toute autre valeur que celle de la foi concernée , est souvent inclus  dans le développement de l’idéologie  ( religion menant aux massacres de la Saint Barthelemy ou aux tueries de l’Inquisition , purges du Parti Communiste ou du Parti Nazi)  qui comprend  une clause de priorité ou d’exclusivité ( le Dieu des Juifs ayant été le premier à réclamer de son peuple l’exclusivité).

Le développement des haines par les idéologies politiques et religieuses, l’instrumentalisation des sentiments d’injustice ou de préjudice par les individus ou les groupes en quête de pouvoir, le besoin de donner un sens à son existence , et le  fond d’ hostilité rivalisante  avec tous les autres constituent le terreau sur lequel apparaissent quelques individus qui poussent à la limite les logiques de guerre totale sous-jacentes  à ces systèmes et enfoncent les fragiles barrières que l’humanité bâtit contre la sauvagerie.

Cette folie des systèmes et cet ensauvagement général ne constituent en rien une excuse ni une atténuation de responsabilité. L’humanité reste avant tout liée à la liberté de choix de chacun et à la responsabilté de ses actes. Mais la facilité d’accès aux moyens du meurtre et l’encouragement fourni par les exemples du pouvoir qu’il procure n’ont pas fini de faire germer ces projets dans les cerveaux déboussolés du siècle qui a commencé avec le 11 Septembre.

GB

LA TURQUIE EXPULSE L’AMBASSADEUR ISRAELIEN ET DEVELOPPE LA SURENCHERE ANTI ISRAELIENNE

Publié septembre 3, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient, antisémitisme, conflit de gaza, islamisme, Les ennemis de l'Occident

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La décision récente de la Turquie d’interrompre les relations diplomatiques normales avec Israël , sous prétexte du refus de celui -ci de présenter des excuses pour les citoyens turcs tués lors de la tentative de forcing du blocus de Gaza par “la flottille de  Gaza” , n’intervient pas à  n’importe quel moment . C’est juste  quand la commission d’enquête de l’ONU venait de rendre un avis très équilibré sur ces évènements ,critiquant l’excès de violence de la réaction israélienne , mais reconnaissant en même temps la légitimité du blocus et évoquant la dimension de provocation de la tentative de forçage du blocus que la Turquie , face à ce désaveu partiel de l’organisation internationale, franchit un pas dans l’escalade anti israélienne , et adopte un ton menaçant vis à vis  de l’Etat Hébreu. Elle va jusqu’à évoquer “la liberté de navigation à protéger par la force  si nécessaire” , sous entendant la possibilité d’une intervention maritime militaire de sa part, et la création possible d’un grave incident naval  continuant et aggravant  la provocation de forçage du blocus.

Ceci montre bien comment la carte de de la démagogie anti israélienne reste un mode opératoire   constant du monde islamique , auquel se rattache de plus en plus clairement le régime turc. L’anti-occidentalisme de plus en plus affiché , bien que en même temps démenti , apparaît comme un axe de plus en plus essentiel de ce régime .

On retrouve le double langage classique des mouvements islamistes qui  s’appuient sur une pseudo démocratie  pour être validés par les démocraties occidentales ,alors que ,même si ils trouvent un soutien majoritaire de leur population, ils masquent toutes les autres entorses à la démocratie (manipulations de l’opinion publique , inégalités des accès au moyens d’expression publique , menaces physiques et judiciaires contre l’opposition , privilèges accordés aux religieux dans l’éducation ,etc..).

La Turquie , qui a peu à peu renoncé à l’hypothèse d’une intégration dans l’Union Européenne , devant  le refus nettement posé  de la  France en particulier , largue de plus en plus tous les masques de civilité qu’elle avait maintenu pour cacher son orientation islamiste et remplace son rôle de candidate sage et bien intentionnée par un positionnement de plus en plus arrogant , persuadée d’être  une des futures grandes puissances du siècle , comme le Brésil ,la Russie  , la Chine et l’Inde.

Sauf que le désir de grandeur ne suffit pas à la réaliser , et que tout dépend de  à qui l’on se compare ; Il n’y a aucune commune mesure entre  les peuples continents que sont  les BRIC , leur élites intellectuelles et scientifiques  , leurs marchés immenses  et la Turquie , juste un peu plus évoluée que les pays du Moyen Orient, dont les contributions  à la science et la technique sont nulles , et qui ne se rend pas compte que développer l’islamisme est exactement le contraire de l’entrée dans un siècle ou la liberté de pensée et d’invention sera la clef de l’importance des nations.

La prise de position de la Turquie face à la révolte des Lybiens , qui s’est caractérisée par les réticences les plus grandes et l’opposition à toute intervention trop marquée  de l’OTAN , dont elle est pourtant membre, a montré la peur de l’influence occidentale , le désir de jouer contre cette influence ,tout en maintenant les apparences de l’appartenance à ce camp.

On peut imaginer la façon dont la Turquie , si elle était acceptée dans l’Europe, pèserait dans un sens anti européen dans la détermination de sa politique générale. Surtout  , l’alignement sur les forces anti démocratiques du Moyen Orient et de l’Afrique dans leurs tentatives ,plus ou moins avouées, de sauver la mise de Khadafi , montre le caractère purement formel de l’intérêt pour la démocratie de ce pays. Le discours pseudo-démocratique turc a surtout servi de paravent pour éliminer le pouvoir des militaires , certes anti démocratique , mais surtout attaché à la sauvegarde de la laïcité et seul barrage à la toute puissance des islamistes.Après le soutien à l’Iran ,dictature sauvage et rétrograde des religieux , c’est  l’essor d’une possibilité de démocratie dans un pays arabe que sacrifie  hypocritement l’islamisme turc , en essayant de chausser  les bottes trop grandes pour lui des grands pays émergents.

La logomachie agressive et prétentieuse de la Turquie montre la voie dans laquelle elle s’engage: pas celle de la modernité et de la liberté , mais celle de ses vieux démons ottomans: une politique anti européenne, la nostalgie d’une époque impériale au dessus de ses moyens , les traces d’un système de despotisme asiatique dont elle n’est pas vraiment dégagée et auquel la non admission dans l’Europe lui évite d’avoir à se confronter.

Bien sur l’Europe perd un marché de 80 millions d’habitants , mais elle y gagne la fidélité à elle même et à la démocratie dont l’usage en Turquie n’est que  la vitrine mensongère qui cache le retour de ses ennemis les plus acharnés: les islamistes. Le langage brutal , menaçant et provoquant de la nouvelle Turquie est bien , comme il l’a été dit au Parlement Allemand, celui d’un état voyou,voulant asseoir  son pouvoir régional sur  la force et la menace ,flattant les désirs des masses arabes qui rêvent  d’une confrontation aboutissant à l’éradication de l’Etat Israelien.

La violence verbale et l’agressivité anti israélienne sont là comme ailleurs le marqueur des pratiques de manipulation des masses qui sont le plus sûr indice des buts liberticides d’un régime. La Turquie , qui a été au début du 20ème siècle “l’homme malade” de l’Europe , serait avisée de ne pas confondre santé économique et santé politique : on ne soigne pas les pathologies profondes par des mouvements de menton.

GB

La “réconciliation” Hamas Olp prépare l’OPA islamiste sur le futur état palestinien

Publié mai 7, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, islamisme

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Avec la réconciliation Hamas OLP , les Palestiniens et les Israéliens se rapprochent petit à petit d’un affrontement mortel avec , ce qui est un comble ,l’aide active de l’Onu ,pourtant chargé de défendre la paix mondiale , à travers le projet de reconnaissance d’un Etat Palestinien sans  accord  négocié préalable

Une reconnaissance d’un état palestinien dans les frontières de 1967 , sans négociation, figerait définitivement le conflit au lieu d’aboutir à un compromis , auquel il est vrai que les Israéliens n’ont pas donné beaucoup de chances dans la dernière période.

Elle donnerait légitimité à l’Etat palestinien sans la moindre obligation de sa part de reconnaissance  de l’Etat israélien , constituant le premier comme une base de départ  pour la reconquête de l’espace israélien.

Elle n’exigerait aucune concession sur le problème des réfugiés , dont le maintien de la revendication de retour en Israël équivaut clairement à une destruction de celui-ci , noyé dans la supériorité  démographique de la multiplication de la population arabe.

En fixant les revendications  des deux états dans l’ incompatibilité  absolue où elles se trouvent actuellement , elle ne laisserait qu’une seule issue à la contradiction: la guerre ,et il est évident que le monde arabe tout entier se rangerait derrière les Palestiniens , dans le rêve d’une éradication de l’ennemi abhorré ,et dans la conjonction des intérêts les plus glauques , des dictatures désireuses de faire diversion jusqu’au islamistes soucieux  d’éliminer  toute dissonance dans le concert de l’idéologie unique de l’Islam.

A cette hypothèse inquiétante s’ajoute  maintenant le coup de maître du Hamas qui , en acceptant de participer à un gouvernement d’union avec l’OLP ,vient de mettre le pied dans la place , sans céder un iota de ses positions extrêmistes, progressant ainsi vers une reconnaissance de fait par la communauté internationale , alors qu’il maintient ses objectifs de destruction de l’ Etat  Israélien.

Peu importe alors que ce ne soient que des “techniciens” qui participent à  ce gouvernement: de cette place il pourra accéder  aux forces de sécurité palestiniennes, y intégrer leurs propres forces militaires dont on à vu à Gaza  l’absolue supériorité sur celles de l’OLP ,les noyauter et paralyser leur coopération anti- terroriste avec Israël. Il pourra reprendre à son compte la stratégie du Hezbollah au Liban , demander progressivement des ministères clefs, et préparer des élections ou il profitera des éventuelles concessions raisonnables faites par l’OLP  pour apparaître comme le plus efficace défenseur du peuple palestinien. Une fois installé , il appellera ,en tant que gouvernement indépendant , l’armée iranienne à lui fournir matériels ,cadres, et éventuellement “volontaires” pour “se défendre face à l’ennemi sioniste”. La région se trouvera simplement dans la situation de l’Europe en 1939 au moment ou tout le monde voyait la guerre arriver sans rien pouvoir faire pour l’empêcher. L’Iran y trouvera un moyen  de  tenter de prendre la tête d’une croisade anti israélienne qui redorerait son blason terni par la montée des mouvements pro démocratie dans le monde arabe et même sur son territoire. Les islamistes palestiniens pourront prendre  , avec délectation , la tête d’un djihad anti- israélien . La guerre qui aura lieu  sera féroce à cause de la haine anti israélienne qui sévit dans le monde arabe , et du fait que l’Etat israélien , le dos au mur , se battra avec l’énergie du désespoir.

Il existe encore quelques esprits libres , en Europe et aux Etats Unis pour voir clair dans la manipulation diplomatique qui est en train de s’amorcer. Angela Merkel et Barack Obama ont exprimé leur désaccord avec cette hypothèse d’une reconnaissance inconditionnée., et leur inquiétude pour la paix dans un tel cas. La France affiche une attitude ambigüe , annonçant  “réfléchir” à cette éventualité , manifestement dans le but de pousser Israël à des concessions . Mais  si elle finissait par se ranger aux côtés des partisans de la reconnaissance de l’Etat Palestinien en septembre , ce serait un vrai renversement d’alliance  , et , au nom de la soi-disant “politique arabe” de la France , une trahison et un abandon  de l’Etat ami israélien , dont la gravité équivaudrait à la lâcheté de Munich, où les puissances occidentales avaient accepté le démembrement de leur ami tchécoslovaque et l’avaient livré sans moyen de défense au loup hitlérien. Nicholas Sarkozy  y perdrait l’honneur gagné dans les décisions courageuses  d’intervention en Lybie et en Côte d’Ivoire , contre les figures hideuses de la dictature ,de la xénophobie meurtrière , et du mensonge éhonté.

En attendant Palestiniens et Israéliens, bloqués dans leurs intransigeances, continuent leur course à l’abîme, que ni  le fanatisme religieux ni l’angélisme pacifiste ne sont prêts de stopper.

Ben Laden mort , le Hamas condamne l’action américaine qui a permis son élimination

Publié mai 3, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient, guerre au proche orient, islamisme, Les ennemis de l'Occident

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“Justice est faite “, comme l’ a dit sobrement Obama , en annonçant   sa mort, après une traque qui a duré 10 ans.  La bête criminelle  qui se terrait  au Pakistan a été débusquée et abattue , ce qui ne vaut pas pour autant un gage de mise hors de combat de  son organisation toujours à la recherche de moyens de meurtre de masse plus efficaces. Mais le prestige du djihadisme international , fondé sur sa capacité à tuer les innocents en masse et à en exploiter les retombées médiatiques , a pris un coup important.

Mais le relais est en passe d’être pris par d’autres fanatiques religieux : l’islamisme qui avait deux fers au feu : le djihadisme er l’islamisme des frères musulmans passe la main aux seconds , qui se renforcent avec le développement des révoltes arabes et qui se préparent à sortir de l’ombre. En Egypte , ils sont la principale force organisée et les élections vont leur permettre  d’augmenter encore leur conquête des positions clefs dans l’appareil politique , juridique  et diplomatique de l’Egypte.  A Gaza , le Hamas , émanation directe des Frères Musulmans , a entrepris ,par l’accord réalisé avec l’autorité Palestinienne,  sur le même mode que le Hezbollah l’a fait au Liban , la conquête d’une position , d’abord de veto sur tout ce qu’il contestera , puis de constitution de la force militaire dominante dans l’équilibre interne aux forces palestiniennes , en attendant de ne garder que des potiches en façade quand il dirigera vraiment le pays si ce pays est reconnu internationalement.

L’hypothèse qui se profile actuellement d’une reconnaissance par l’ONU à l’automne d’un état Palestinien dans les frontières de 1967 sans négociations , annonce la réalité tragique qui va suivre: la domination du Hamas face à l’Autorité Palestinienne disqualifiée  qui aura servi de fourrier à  la prise de contrôle du pays par un Hamas, qui ne reconnaissant pas Israël, préparera avec le soutien du Hezbollah , maître du Liban ,et de l’Iran et de la Syrie la guerre d’éradication d’Israël de la “terre sacrée arabe”.

L’ islamisme “rampant” , stratégie de grignotage des positions clefs d’un pays , commençant par la création d’un réseau d’aide sociale et médicale  se substituant aux systèmes officiels carents , puis la conquête de postes enseignants et religieux  commençant très tôt à modeler les idées des enfants  ou des étudiants avec des  thèmes manichéens et des stéréotypes haineux , et la pression exercée sur les médias et les moyens d’information , se termine par la conquête du pouvoir politique  qui peut préserver l’enveloppe extérieure d’un système démocratique tout en le vidant progressivement de son contenu.

Les deux exemples les plus frappants sont ceux du Liban et de la Turquie , montrant la souplesse d’adaptation des islamistes aux différents contextes.

Au Liban , le Hezbollah a réussi à constituer un état dans l’état , une armée plus puissante que l’armée de l’ Etat , elle même divisée entre pro et anti -Hezbollah de telle façon que elle est réduite à l’impuissance et que de toute façon , on hésite à trop bien l’équiper de peur que ces armes tombent directement dans les mains du Hezbollah.Parallèlement à sa lutte “légale” par laquelle il a  réussi à faire admettre son droit de veto de fait par la paralysie du gouvernement qu’il a créée pendant plusieurs mois , le Hezbollah n’a pas hésité , en synergie avec le pouvoir du parrain syrien , à faire assassiner le chef de l’Etat , Hariri, et à faire un chantage au coup de force pour obtenir que le propre fils du chef de l’état assassiné désavoue les travaux de la commission internationale dont tout le monde sait que elle va incriminer non seulement la Syrie , mais aussi le Hezbollah lui même, ce qui lui fait très peur.

On voit ainsi  , dans un des rares états arabes ou existe une sorte d’état de droit , celui ci  se faire annuler sous la menace d’un coup d’état, et l’organisation qui dirige cette opération imposer son candidat à la présidence de la République . Face à cela , on voit les forces d’opposition se coucher devant la force , des partis chrétiens faire alliance avec le Hezbollah , les Druzes de Joumblat faire aussi allégeance aux vainqueurs et la constellation politique libanaise se déplacer lentement vers une mainmise totale des islamistes sur le pays.

En Turquie ,les islamistes “modérés” de l’AKP , ont commencé à jeter le masque eux aussi. Elus démocratiquement après la déroute des partis classiques , corrompus et inefficaces , ils ont organisé le retour progressif des éléments islamiques que l’ Armée , garante de la laïcité avait interdit , et  sous prétexte de démocratie , tentent de désarticuler les institutions donnant à l’armée un pouvoir d’intervention pour défendre la laïcité.  Pendant l’affaire de la flottille de Gaza , ils ont soutenus les provocations islamistes et tenu un discours haineux anti-israélien, et surtout , ils ont développé une politique de rapprochement avec l’Iran , refusant de condamner la politique  d’armement nucléaire de celui-ci , sous prétexte que “ils n’étaient pas convaincus” , et multiplié les déclarations d’amitié avec la Syrie et sa dictature sanguinaire.

La stratégie “d’entrisme” des islamistes sous prétexte de “démocratie” est similaire à la stratégie communiste en Tchécoslovaquie après la guerre de 1945 : le pouvoir par les élections et  ensuite une dictature policière impitoyable  qui supprime tous les éléments de la démocratie  ou à celle de Hitler en 1933 :une nomination légale à la chancellerie qui donne tous les pouvoirs pour supprimer la démocratie  dans la phase suivante.

Le Hamas , comme les Frères musulmans après lui , ont dénoncé “l’assassinat”  de Ben Laden par les Américains , montrant par là , que au delà des divergences stratégiques , ce “combattant sacré”, ce “saint guerrier”, était bien un membre de la Famille , que le but poursuivi était le même  , les valeurs les mêmes et les ennemis les mêmes.

La solidarité des mafias fanatiques est respectée et les plus dangereux d’entre eux sont les plus hypocrites.

C’est probablement la prochaine opération de “blanchiment” à laquelle nous allons assister: celle du passage de la déconnexion entre Islam et terrorisme  à la déconnexion entre Islamisme et terrorisme. Or les mouvements armés islamistes (talibans au Pakistan , Hamas à Gaza , Hezbollah au Liban ) restent des organisations basées sur la violence , le meurtre , la domination par la peur , et l’idée d’imposer  une religion par la force ainsi que des moeurs barbares.

En Lybie, la France prend l’initiative de sauver la rebellion au bord de l’écrasement.

Publié mars 20, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient, guerre au proche orient, identités nationales

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A l’heure actuelle , les puissance occidentales , accompagnées de quelques pays arabes, et s’appuyant sur la résolution de l’ONU  obtenue par le forcing diplomatique de la France, interviennent par des bombardements des forces de Khadafi , qui ont permis de sauver in extremis la rebellion, au bord de la débandade, et menacée d’un écrasement total.

Cette action prônée par Nicholas Sarkozy  contre l’attentisme de tous les autres gouvernements sauf celui de la Grande Bretagne  constitue  un succès majeur de la diplomatie française qui efface les atermoiements des moments et des gouvernements antérieurs.

En prenant le risque de provoquer la colère et la vengeance du Néron lybien ,la France  retrouve l’honneur de défendre  les libertés dont elle est encore dans l’esprit des peuples le héraut symbolique.

Elle rompt avec la politique dite “realpolitik” qui n’était que la défense des intérêts à court terme et l’absence de perspectives plus larges. Elle rompt avec la lâcheté de ceux qui ne veulent jamais prendre aucun risque , de Munich à la non intervention en Espagne.

Elle le fait sans les effets de manche de la déclaration de Villepin à l’ONU contre l’intervention en Irak , dans l’alliance avec ses amis fondamentaux, retrouvant les vieilles solidarités du monde libre.

Car une nouvelle ligne de démarcation apparaît avec les “puissances émergentes ” qui se font tirer l’oreille pour accepter une intervention la plus minimaliste possible et qui la critiquent dès que elle commence ( Russie et Chine) , Turquie et Brésil refusant toute intervention toujours au nom eu principe de non ingérence qui leur permet de défendre leurs partenariats économiques avec les dictatures  , ou d’éviter la critique  de leur propre régime.

De nouveau apparaît la division du monde entre les amis de la démocratie et ceux qui y sont totalement indifférents et à vrai dire sourdement hostiles.

Laissons de côté la normale solidarité des dictateurs entre eux , chacun criant plus fort que l’autre à l’”agression” par le monde occidental, avec une mention spéciale pour Hugo Chavez dont la solidarité avec Khadafi est un très bon indicateur de la vraie nature de son régime.

Prendre le risque de la guerre avec un dictateur  aussi prêt à utiliser tous les moyens que ne l’était Saddam Hussein, qui n’a pas hésité à faire exploser un avion civil pour se venger et qui est mitoyen de la France par la Mer Méditerrannée est un acte dont le courage égale celui de Thatcher  refusant de céder les Malouines, une petite île située à plus de 10000 km de la métropole , convoitée par des dictateurs menacés d’être privés de leur pouvoir et qui avaient espéré  détourner sur l’ennemi étranger la colère de leurs concitoyens.

La pertinence de l’analyse politique qui a mené à ce choix redonne du lustre  à la diplomatie française et  à sa place particulière dans le concert mondial ,autrement que selon les classifications basées seulement sur l’importance de la population ou  le PIB..

Elle fait sens dans l’histoire nationale , fait que l’on reconnaît la France à sa place particulière et nous procure le plaisir de voir  des populations agiter notre drapeau pour nous remercier de rester  (ou  redevenir) nous mêmes.

Les révoltes arabes et l’incertitude de la suite

Publié février 28, 2011 par gb
Catégories : actualité au proche orient, crise d'identité et islamisme, identités nationales

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Les bouleversements  qui se produisent dans le monde arabe  entraînent  des réactions complexes chez les spectateurs de ces  modifications de tout les équilibres antérieurs.

D’une façon générale , et sur le long terme, on peut penser que  la poussée formidable en faveur de la démocratie est un progrès extraordinaire, parce que il marque l’ apparition d’une issue politique à la situation bloquée auparavant dans tout le monde musulman du fait de l’absence d’alternative politique aux régimes  de dictatures politiques qui  apparaissaient comme les seul aptes  à contrôler les populations déshéritées , privées d’expression politique depuis la fin des nationalimes arabes et du socialisme.

Il y avait un cercle vicieux dans lesquels ces pays étaient enfermés : pour éviter le développement des mouvements islamistes , toutes les libertés étaient supprimées. Mais de ce fait ,l’inculture politique créait le danger de réactions incontrôlées des masses, l’islamisme devenait le seul vecteur d’expression  du mécontentement et de la frustration des masses , les pouvoirs en place  faisaient des compromis continuels avec  l’intégrisme religieux ..

Les populations,conscientes de la complicité des grandes puissances avec l’ordre établi des choses , et comprenant qu’elles étaient tenues pour facteur négligeable dans le mainien des grands équilibres politiques , diplomatiques et économiques , se sentant méprisées , tentaient de restaurer leur fierté malmenée en  accentuant leur révolte identitaire par l’accentuation du modèle islamique , archaïque ,anti démocratique , anti-occidental.

L’islamisme apparaissait comme la seule voie de revanche possible , toutes les autres formules politiques ayant échoué., comme le seul discours échappant à la résignation , à la passivité, ou  à la négation de soi.

L’intervention armée des Etats Unis en Irak ,en imposant de l’extérieur et par la force ce qui ne pouvait réussir que venant  de l’intérieur , aboutissait au contraire du but proclamé à dissuader les partisans de la démocratie dans le monde arabe , et à les faire passer pour des suppôts de l’Occident.

La conviction que le monde arabe était  constitutivement inapte  à la démocratie imprégnait tous les esprits, avec l’idée sous -jacente que les structures tribales et claniques de ces pays ne pouvaient déboucher que sur le remplacement d’un clan par un autre ,prêt à s’enrichir et à abuser du pouvoir dès qu’il en aurait acquis les moyens , à l’image de la quasi-totalité des pays africains actuels.

Il est vrai que une révolte ne fait pas la démocratie , et une révolution encore moins souvent.

Mais le fait que les revendications de liberté et de création d’institutions démocratiques soient au coeur des demandes dans les pays où les révoltes se développent laisse à penser que l’idée démocratique  a conquis beaucoup d’esprits  , que l’on croyait étrangers à ces préoccupations.

Il y a évidemment loin d’une émeute populaire à la mise en place d’un système démocratique , et les islamistes sont toujours en embuscade , prêts à profiter de toute faiblesse du système de toute faille à utiliser pour essayer de capter à leur profit l’affaiblissement des barrières qui avaient été mises à leur développement;

Mais si les masses musulmanes peuvent commencer à mettre leur espoir dans autre chose que le repli  sur la religion et l’ordre féodal que les islamistes leurs proposent , il y à une chance de sortir d’un des plus grands dangers qui menacent le monde : la constitution d’une armée de la misère , de l’inculture et de la haine , prête à se détruire pour avoir la satisfaction d’emporter le reste du monde  dans sa perte ,une armée de nihilistes que la haine de soi emporte dans la haine de toute l’humanité.

Bien sur , le danger existe  à tout moment d’une dérive de la violence accumulée et libérée ainsi.La foule reste une forme sociale instable ,gouvernée par les idées simplistes , favorable aux extrêmes, prête aux changements brutaux d’ennemis et toujours  susceptible d’être gouvernée par les rumeurs, l’excitation collective et la décharge de la violence sur des boucs émissaires.

C’est pourquoi rien ne peut être affirmé quant à la tournure rassurante de la situation tant que des institutions n’auront pas été mises en place ,et la démocratie  instituée et pas seulement demandée.

C’est ce qui agace visiblement l’extrême gauche et même une partie de la gauche dans la réserve et la position d’attente des intellectuels français vis à vis de ces révoltes , dans le fait de ce qu’ils ne s’enthousiasment pas  sans réseve  devant ce chambardement en abandonnant tout recul.

Déjà ,  Ségolène Royal balayait d’un revers de main  péremptoire et expéditif (“N’importe quoi”) ceux qui posaient la question d’une possible récupération islamiste de ces mouvements populaires.On voit bien comment certains se reprennent à rêver de schémas “révolutionnaires”, qui avaient été tellement disqualifiés par l’ évolution de tous les régimes révolutionnaires ‘ de l’Urss à Cuba en passant  par le Vietnam.

Ceux là pensent que réapparaît une ouverture pour un retour  aux illusions  de leur jeunesse , une possibilité de recycler  tous les mythes sur lesquels ils ont fonctionné , tous les stéréotypes de leur pensée. Ils pensent pouvoir retrouver le magistère intellectuel qu’ils s’étaient attribué et qu’il faut exploiter la brèche.

La réalité  ne rentre pas dans ces schémas utopistes – ou froidement calculateurs pour des motifs d’élection présidentielle à venir.

Elle est que la situation présente est porteuse de très grands espoirs , mais aussi de très grands dangers. L’équilibre mondial est à la merci dun chaos qui s’installerait dans le golfe Persique ( la monarchie de Bahrein est menacée par la majorité chiite ,faisant courir le risque d’une intervention de l’Arabie Saoudite qui embraserait la région ; la Lybie ,déstructurée politiquement risque d’éclater sur un mode somalien , les révoltes tunisienne et égyptienne   ne trouvent pas encore d’expression instituée et les islamistes attendent leur heure.

La frénésie dénonciatrice qui s’attaque à ceux qui voudraient garder un peu de recul devant  les risques de la situation nouvelle montre comment l’angélisme de ceux qui ne sont pas sortis de la mauvaise conscience post coloniale est encore actif.

L’équilibre du monde est en jeu, et certains s’en réjouissent , pensant que rien de mal ne peut surgir d’un mouvement populaire , par essence , et même que  tout mouvement populaire est Le bien par définition.

La déification du peuple  est le premier pas  qui conduit au populisme , lequel ouvre la voie à la confiscation du pouvoir au profit  des démagogues qui  flattent les désirs de ce peuple.

Mona Ozouf critique la conception de Ernest Renan de l’identité nationale

Publié janvier 16, 2011 par gb
Catégories : identités nationales, Nation et nationalisme, questions d'identité

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Dans le dernier numéro de l’hebdomadaire Le Point , consacré  à l’identité française , l’historienne Mona Ozouf écrit un article , passionnant comme tous ses écrits , dans lequel elle exprime ses regrets  quant à l’échec du débat sur l’identité souhaité par le gouvernement..

En effet , pour elle ,”chercher ce qui fonde chez les Français le sentiment mystérieux d’appartenir à un ensemble et les autorise à user d’un “nous” était loin d’être sans intérêt” Et , dit-elle ,” on a quelque raison de redouter une crise de l’identité nationale , vers laquelle convergent tant d’observations: pêle-mêle , la défiance accrue à l’égard de toutes les institutions autoritaires, la dilution de l’autarcie nationale dans l’Union Européenne, sa contestation par les mémoires particulières , l’extinction de toute foi dans le messianisme de la nation France . Tout contribue à nourrir l’interrogation sur notre identité”.

Pour elle , la cause principale de l’avortement  du débat n’est pas dans le couplage avec la question de l’immigration  ou dans la conception administrative d’un débat impulsé du haut vers le bas , mais dans l’adhésion généralement donnée à la formule renanienne de  la nation,”partout répétée comme un sésame: le sentiment national , à en croire ces lecteurs de Renan , c’est “le plébiscite de tous les jours” ,  une décision souveraine , un superbe geste inaugural. “Ce sont des lecteurs hâtifs , dit-elle , car  le pacte d’aujourd’hui, chez Renan , ne surgit pas comme Venus de l’écume marine. Il ne se conçoit pas sans le pacte d’hier ou d’avant -hier , il es accoté à une histoire et porté par la continuité de la tradition. Etre Français , c’est sans doute une décision , mais aussi un héritage , et compose constamment le choisi avec le reçu – ou le subi.

Cette conception volontariste atteste selon elle d’une obscure fidélité de la politique française à ses origines révolutionnaires. Mais cette allégeance porte en elle-même ses propres contraintes , remarque -t-elle : “Elle oriente la discussion vers la recherche d’une définition substantielle de l’identité. Et si on la tenait , cette formule de la francité éternelle , comme il serait facile , alors , d’en user comme d’une machine à contraindre ( en obligeant les êtres à camper sur un socle national immuable) à trier (entre bons et mauvais Français) à exclure enfin”.

Là , le discours de Mona Ozouf est parfaitement clair:  “La conscience de l’identité n’est jamais une expérience pure, sans enracinement historique , ni ancrage social. Elle est vécue et lentement apprise au travers des associations variées – parentés, voisinages, métiers, partis, églises – où s’intègrent les individus. Elle n’est jamais achevée , et constamment réinterprétée par les rencontres et les surprises de l’existence. Elle est une relation , non une essence; une alchimie , non une définition. Et le fait qu’elle soit plurielle est la meilleure garantie contre l’enfermement communautaire , ce croquemitaine contemporain.”

Peut -on être à la fois et également Breton ( ou juif ou tout autre chose) et Français?  A la fois , bien sur que oui ,puisque c’est ce que vivent sans trouble tant de Français aujourd’hui , répond Mona Ozouf . Egalement, évidemment non , et là , dit elle est le point crucial, si peu compris pourtant.

“Selon les temps et les lieux , les situations et les rôles, c’est une de ces appartenances qui tient le haut du pavé et impose de tenir les autres à leur place subordonnée. Quitte pour celles-ci à retrouver , en d’autres circonstances leur prééminence. En d’autres termes, une appartenance n’est prioritaire que relativement à la fin poursuivie et au bien escompté. Nous passons donc notre vie à arbitrer entre ces priorités , à organiser la coexistence de nos  multiples identités. Le plus humble de nos emplois du temps révèle la richesse de la donne, le tourment du choix , l’insatisfaction qu’il laisse. Bref la complexité du vivre qu’a tenté d’abolir, en vain , la simplicité ministérielle”.

Les chrétiens persécutés en terre d’Islam et poussés au départ

Publié janvier 8, 2011 par gb
Catégories : crise d'identité et islamisme, islamisme

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Le phénomène qui est en train de se dérouler sous nos yeux dans les pays ou l’Islam est la confession majoritaire montre la façon dont le monde musulman , échouant totalement quant à son entrée dans la modernité , s’isole peu à peu dans son refus de la réalité et bascule progressivement dans l’intolérance , la violence , et la destructivité.

Les références à l’âge d’or de l’Islam ou il y avait une soi disant tolérance à l’égard des “Autres” dans le Califat de Crdoue  -période d’ailleurs très discutable quant à son degré de tolérance , et très limitée dans le temps comme dans l’étendue géographique, ne sont plus de mise face à la réalité d’oppression et de haine qui se développe dans les pays ou l’Islam règne dans la société.

C’est dans l’ensemble du monde musulman que la vague de violence  monte contre les “autres” que ce soit les religions autres ou les Occidentaux de façon générale.

Les attentats du Caire qui ont fait  plus de 20 morts et une centaine de blessés parmi les fidèles venus prier dans une église sont peut être inspirés par Al Kaïda comme l’affirme le gouvernement égyptien , mais ils ne sont que le point culminant d’une longue série d’agressions , de plus en plus violentes et meurtrières perpétrées dans les campagnes égyptiennes contre les membres la communauté Copte par leurs voisins , et l’attitude du gouvernement égyptien  est profondément ambigüe face à ces violences. Le gouvernement égyptien , comme le gouvernement algérien face aux islamistes en Algérie , se présente comme l’adversaire principal des forces islamistes qu’il s’efforce de contenir , et en même temps , comme les autres pouvoirs des pays musulmans , il ne cesse de reculer devant les exigences des islamistes , de leur faire des concessions et de soutenir la réislamisation grandissante de ces pays. L’inexistence de mouvements politiques de contestation dans ces régimes dictatoriaux  ou policiers , du fait de leur anéantissement par les mesures d’interdiction et d’emprisonnement , et parfois de terreur politique ne laisse plus de place à autre chose qu’a l’alternative des mouvements radicaux islamistes  que le pouvoir renforce  en ne laissant pas d’autres choix aux populations pour exprimer leur révolte ou leur souffrance.

L’assassinat au Pakistan  , le 4 janvier ,  du  gouverneur du Penjab  Salman Taseer ,parce que il avait défendu une chrétienne ,Asia Bibi, condamnée à mort pour “blasphème” ,montre la progression du fanatisme , de la barbarie , et de la haine religieuse meurtrière  et la talibanisation du monde musulman. Les islamistes ont fait un héros de l’assassin du gouverneur , son propre garde du corps , et ont même trouvé le moyen de lui passer une couronne de fleurs à la sortie du tribunal. Un des derniers partisans d’un Islam tolérant et ouvert disparaît et la peur  s’étend de plus en plus sur le Pakistan<<<<; Plus de 900 personnes ont déjà été condamnées  à mort au Pakistan pour “blasphème”  . Même si la plupart des  condamnations ont été diminuées en appel , les exécutions extra judiciaires font des ravages parmi les condamnés qui ne sont pas quittes pour autant.

Le journal Le Monde rapportait que il n’existait plus au Pakistan que une seule personnalité  , Sherry Rehman , pour oser demander la révision de la loi sur le blasphème et abroger la peine de mort prévue comme comme seule sanction dans ce cas.

Partout , les islamistes grignotent  les lambeaux de laïcité qui restent dans les pays musulmans et , dans les pays occidentaux , ils cherchent les brèches qui , sous prétexte de liberté religieuse , leurs permettraient de s’étendre et de faire pression sur leur communauté..

Ceci montre deux choses: d’abord que l’islam modéré est en recul constant devant l’islam totalitaire , agressif et conquérant  ,qui constitue de plus en plus un système hybride religieux et politique ,lancé à la conquête du pouvoir politique et idéologique  comme le communisme l’a été dans le siècle précédent . Cette idéologie de conquête, qui s’appuie sur les échecs de la civilisation musulmane  à affronter , économiquement , socialement et intellectuellement les défis de la modernité tire profit de ces échecs et  de l’absence de perspectives  politiques pour les masses déshéritées de ces pays ,et leur propose une revanche politique , avec la prise d’un pouvoir et  l’éviction par la force et la terreur des minorités susceptibles d’être des ferments de relativisation de leur hégémonie.

Ensuite , cela montre l’habileté , mêlée de perversité , des dirigeants islamistes dont le but suprême est le contrôle des esprits pour instaurer le règne sans partage de leur idéologie ,et leur aptitude à  alterner suivant les besoins de la conjoncture  , entre pression juridico légale et pression communautaire  et avancées politiques ou militaires pour conquérir des positions de contrôle des esprits. Le politique est pour eux simplement le lieu de  la concentration des moyens les plus puissants ( police , armée , pouvoir judiciaire , contrôle des établissements d’”éducation” ) qui permettent d’assurer des positions inexpugnables dans le contrôle des populations . La façon dont les grands états musulmans “laïques” (Algérie ,Egypte , Turquie ) ont en quelques années reconfessionnalisé leur système  la transformation , visible à l’oeil nu , de l’apparence de la population dans les rues , envahies par le voile des femmes et par les tenues “intégristes” des hommes , montrent l’efficacité de la stratégie islamiste qui mène de front  pression mentale et pression politique.

Tout ceci montre l’importance à la fois de ne pas céder un pouce de terrain aux pressions des islamistes , parfois secondés au nom de la liberté religieuse ou de la culpabilité post coloniale par une gauche elle même plongée dans la confusion par la décomposition de son système idéologique devant la mondialisation , et de soutenir  , sans illusion exagérée , les partisans d’un islam ouvert et tolérant ,seule alternative  pour l’avenir ,à la dérive dans la barbarie de l’islam de cette phase historique.

La fureur éradicatrice et purificatrice  nourrie de croyance religieuse qui fait rage dans ces pays évoque le climat  de terreur  inquisitoriale  des guerres de religions en Europe au 16ème siècle , mais ce sont cette fois les chrétiens qui sont la cible directe des prédicateurs qui attisent la violence des foules , violence qui ne demande qu’à trouver un ennemi sur lequel se déchaîner.

L’expérience montre que les prédicateurs ne sont pas accessibles aux raisonnements.Il n’y a que la force , de la loi ou des armes ,qui peut les empêcher de nuire , les négociations n’étant vécues par eux que comme une “pause” en attendant la reprise de leur offensive.

C’est aussi un élément dont ne peuvent pas ne pas tenir compte les Israéliens dans leur rapports avec les Palestiniens ,à un moment historique ou les islamistes ne cessent de gagner du terrain au Proche Orient.

Le voile islamique, écarté des écoles, tente sa rentrée dans les crèches.

Publié novembre 1, 2010 par gb
Catégories : islamisme, laïcité, Les ennemis de l'Occident

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(D’après l’article  de Marie Christine Tabet du JDD  du 31/10 / 2010).

Le 8 novembre 2010 doit se rejuger devant les prud’hommes le licenciement d’une éducatrice de la crèche de Chanteloup  “Baby Loup” , qui après  deux congés parentaux successifs , a annoncé qu’elle viendrait désormais travailler voilée. Face au refus de l’établissement, préoccupé de préserver sa neutralité religieuse, elle a proposé une transaction : son départ contre   12000 euros (!!). Devant le rejet de sa demande, elle s’est tournée vers le conseil des prudhommes … qui lui a conseillé de s’adresser à la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre Les Discriminations)

Celle ci lui a donné raison, considérant que le règlement d’une association ne peut être supérieur à la liberté religieuse.

Elizabeth Badinter, marraine de cette crèche, est entrée dans la bataille pour défendre la direction de la crèche, et surtout, donner  à ce conflit la dimension réelle qui est la sienne: celle d’une récidive de ceux qui ont tenté de faire admettre le voile à l’école pour les élèves, et qui, après l’échec qu’ils ont subi au bout d’une bataille de 15 ans (entre 1989 et 2004) , essayent une nouvelle manoeuvre  pour exploiter les failles du système légal français.

Elle a fait appel à Manuel Valls, qui après avoir visité la crèche , a posé la question de cette affaire à l’Assemblée Nationale.

Surtout, Elizabeth Badinter, tout en affirmant son respect pour la Halde, a expliqué dans une interview au JDD que “la Halde  se place dans une optique anglo-saxonne “différencialiste” “. Une nouvelle demande va être adressée à la Halde , espérant que sa nouvelle présidente aura des positions plus républicaines  que le président précédent.

Bien que l’on puisse déceler  une démarche plus intéressée que fondamentalement religieuse ou politique   dans la tentative de monnayage de son départ par l’éducatrice , cette situation est très éclairante de la façon dont l’islamisme peut tirer parti de tous les précédents qui ouvrent des brèches  dans la laïcité française , même si ceux qui ont ouvert les brèches ne l’ont pas fait pour la “cause” religieuse. Surtout ce qui est impressionnant , c’est de voir comment l’engrenage s’est mis en place: à partir de ce qui ressemble à une  tentative de manipulation de l’employeur par une employée pour obtenir une prime de départ.  Le conseil des prud’hommes n’a pas jugé cela comme un problème de licenciement , et s’est défaussé sur une autre instance , la Halde. Celle -çi  a traité la question sous l’angle idéologique de la liberté religieuse , sans se soucier du principe général de préservation des  fondements de la société française. Elle s’est posée non comme juge d’un équilibre politique menacé par des libertés données aux ennemis de la liberté, mais comme un avocat qui trouve toutes les ficelles qui permettent de faire gagner son client. Continuellement sollicitée pour des questions de discriminations (embauche , logements , entrée dans des boîtes de nuit), elle n’a pas vu que la “victime” était peut -être une  manipulatrice , et que sa décision était une décision politique et idéologique dont les implications dépassaient très largement le problème d’une personne.

La crèche de Chanteloup est une association au service du public et vivant sur des fonds publics . Les personnes qui y travaillent y sont perçues comme “faisant fonction de public” comme c’est le cas par exemple dans des dispensaires d’hygiène mentale ou des services sociaux  où des associations privées reçoivent délégation de gestion  par l’état ou la commune . Les personnes y travaillant sont des travailleurs du privé , rémunérés par des associations privées, et n’ont pas le statut de fonctionnaires. Pourtant , les considérer comme n’ayant pas une ” fonction publique” est un tour de passe passe , une tricherie formelle , un “jésuitisme” si l’on peut utiliser le terme en matière d’islamisme.

C’est la confusion introduite par le discours victimaire des islamistes , et relayée par l’ambigüité des prises de position de la hiérarchie catholique qui  pense pouvoir bénéficier des brèches dans la laïcité  ouvertes par les intégristes musulmans , qui permet aux islamistes d’avancer leurs pions  dans leur offensive générale  qui tend à les mettre en position de contrôler les actes et les pensées  d’abord de la population musulmane, et ensuite de toute la population. Comme au temps de la bataille du voile , la liberté de penser des musulmans doit être protégée contre ceux qui parlent soi disant en leur nom , et en vérité à leur place.

Derrière la revendication de liberté d’expression religieuse , c’est la guerre ouverte à toutes les valeurs de la société française : démocratie , égalité des sexes , tolérance envers les différences et liberté de pensée ,  qui avance masquée. Derrière  le langage de la liberté de religion , c’est la haine de tout ce qui n’est pas  religion , et la volonté de le détruire.

La Nation , l’identité et le dépassement de soi

Publié septembre 11, 2010 par gb
Catégories : identités nationales, Nation et nationalisme, questions d'identité

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L’identité d’une société comme celle d’un individu est le condensé des valeurs  et des représentations de soi  qui donnent sens à son existence et qui construisent sa cohérence interne , cohérence des choix intérieurs pour l’individu , cohésion des groupes complémentaires mais aux intérêts divergents pour la société et la Nation .

La société est l”ensemble fonctionnel de ces groupes sociaux , la  Nation l’ensemble des références et des représentations qui en constitue le ciment, et avant tout la source des idéaux qui sont le véritable moteur des individus en donnant une signification à leurs actions.

Le débat avorté sur l’identité nationale n’a été qu’une péripétie dans la montée des interrogations sur le sens de ces termes : Nation , identité nationale,  souveraineté, nationalisme  et communautarisme, universalisme et particularismes.

Pour la France , à la suite du débat sur ses “racines  judéo-chrétiennes”, ce que l’on peut dire c’est que les racines des valeurs de la France sont aussi  bien  dans la culture gréco romaine ( la philosophie grecque , le droit romain , les racines de la langue elle mêmes , ce qui implique le découpage de la réalité , la mythologie gréco romaine , etc) ,  dans le fond celtique des tribus gauloises ou germaniques des envahisseurs francs ,  dans la culture féodale  et son univers guerrier et chevaleresque, dans la Renaissance et son esprit d’ouverture et d’humanisme opposé à la scholastique chrétienne, dans la société d’ordres  aristocratique  de la royauté et dans la passion révolutionnaire  et la révolution mentale des Lumières , etc..

C’est l”ensemble de ces visions idéales successives qui fournit le réservoir d’idéaux , la complexité et la richesse des modèles proposés .C”est cet ensemble qui a fourni les élans successifs qui ont produit les extraordinaires réalisations  où ils se sont incarnés .

Ces rêves partagés  , cet imaginaire (= répertoire d’images) qui constituent le vrai ciment de la société, vont bien au-delà  de la croyance religieuse. Celle ci a constitué une forme poétisée et affectivement extrêmement forte du pressentiment humain que  ce qui donne sens à l’existence humaine se situe dans un effort pour dépasser le donné pulsionnel , la simple survie et la simple recherche de la jouissance ;  La religion et l’ordre établi  en ont fourni une théorie cohérente  qui s’est concrétisée dans la soumission à une transcendance extérieure à l’homme. La modernité a peu à peu remplacé cette transcendance extérieure par une transcendance des valeurs humaines ,où ce sont les réalisations humaines qui constituent le merveilleux  qui justifie l’épopée de l”espèce et où l’humanité devient sa propre fin.

C’est pourquoi l’arrivée massive d’immigrants porteurs de valeurs différentes , essentiellement de sociétés traditionnelles qui sont des “sociétés de l’être” et non des “sociétés du faire” (Anne Marcovitch) , les premières étant celles ou la valeur est déterminée avant tout par le fait d’occuper la place prédéterminée par le destin social , ce qui suffit à assurer l’ordre social et la satisfaction  , les secondes étant celles ou c’est par ses oeuvres que l’individu acquiert sa valeur sociale , c’est à dire par son effort , éventuellement ses sacrifices et par ses qualités  , a produit  des réactions de rejet d’une part de la population.

C’est le prométhéisme de cette société moderne qui est vécu par les fondamentalistes comme un crime de lèse transcendance  et d’usurpation des prérogatives divines , et c’est ce qui crée le climat de guerre déclarée à la culture occidentale.

C’est la Nation qui fournit cette capacité d’aller au-delà du donné  (place dans la hiérarchie sociale ,  jouissance personnelle , intérêt individuel ) par les créations collectives qu’elle suscite et permet : grandes fresques mythiques et religieuses , héroïsmes historiques , chefs d’oeuvre de la création humaine artistiques et scientifiques que seul le collectif autorise. Seul le collectif permet cette transcendance de l’humanité et cette création des merveilles dont la fierté donne sens à l’existence humaine.

C’est d’ailleurs un problème des sociétés démocratiques contemporaines , par rapport aux anciennes sociétés aristocratiques . Comme l’avait prévu Tocqueville: ces dernières , libérées pour les classes dominantes , du souci de la survie , pouvaient se consacrer au “superflu” qu’était la beauté ou la gloire.  Les sociétés modernes , menacées devant la massification et la mondialisation d’être dominées par le souci de la survie , ne disposent pas toujours  de l’espace pour une telle ambition.

Comme le disait Renan , la valeur de la Nation est dans le souvenir des grandes choses réalisées qui soutient le désir de les égaler ou de les dépasser.

La Nation est ainsi le dépositaire des réalisations et des chefs d’oeuvre les plus inouïs de l’humanité, qui témoignent de l”élan humain vers le dépassement du donné. Les monuments poétiques de la pensée ,  de l’art et de l’architecture ,  subjuguants  de beauté, de force, et d’intelligence témoignent de cette capacité en l’homme à tirer de lui-même ce qui le porte au-delà de la survie et du bon fonctionnement. C’est le paradoxe de l’humain que sa capacité à produire ce qui le transcende avec le levier de la société et le trésor des modèles qui l’entourent.

La recherche de la grandeur collective n’est donc pas mégalomanie de groupe , narcissisme satisfait de soi , mais perpétuation de l’effort qui tire  l’homme au-delà de la simple jouissance et lui fait justifier son existence par la recherche des significations qu’il produit lui-même.

Le Gaullisme par exemple et son attachement souvent raillé à la grandeur de la France a représenté cette tension vers l’Idéal qui est l’âme d’un pays  quand elle n’est pas dévoyée dans l’égoïsme national ou la haine de l’autre.

La Résistance a montré comment une minorité courageuse peut représenter par sa capacité d’effort et de sacrifice , le noyau le plus précieux d’un groupe , celui qui tire l’ensemble vers le haut et qui finit par réaliser les rêves non formulés de tout le groupe;

L’identité des peuples est inséparable des processus d’édification de ces valeurs qui constituent le trésor des modèles qui soutiennent la structuration des groupes comme celle des individus.

Les religions judéo-chrétiennes ont fourni un support sans précédent à cette aspiration à l’élévation collective , si sensible dans l’architecture religieuse par exemple,  mais en la faisant passer par la soumission à un ordre transcendant extérieur à l’humain.

Le Communisme , dans ses débuts , a paru pouvoir susciter un élan de même type , suscitant l”enrôlement , la conviction et le sacrifice de millions d’hommes jusqu’à ce que la réalité vienne démentir l’ idéal resplendissant qu’ il prétendait incarner et que soit démasquée sa face hideuse et meurtrière.

Ceci montre comment c’est par le bout de l’Idéal qu’on capture les hommes, ce qu’ont bien compris les religions sacrées ou profanes; et “ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas  vibrent de la même façon aux récits des actes d’héroïsme de ceux qui ont incarné le meilleur des peuples.

Même l’engouement pour les compétitions sportives traduit cette attirance (populaire) pour le dépassement de soi ( la souffrance des coureurs cyclistes du Tour de France par exemple) , cette admiration pour les “héros” qui incarnent la tension vers le meilleur.

L’amour dont sont parfois entourés les champions ,admirés comme des héros ou en tout cas , des figures de l’excellence, traduit le sentiment qu’ils sont exemplaires de la lutte pour tirer le meilleur de soi. L’amour du”" Héros” traduit l’idée qu’il est le représentant du meilleur en soi, le stimulant et le rappel de ce devoir intérieur de ne pas oublier l’idéal, d’où la reconnaissance et l’affection dont ils sont entourés. Cet amour pour les  porteurs de l’Idéal, est un ressort essentiel de l”amour pour les parents comme pour les leaders charismatiques, et intervient aussi dans la dynamique de la passion amoureuse ( la cristallisation stendhalienne).

Ainsi la question de l’identité nationale et des idéaux dont elle est porteuse n’est pas du tout  réductible à un gadget électoraliste bien que elle se soit présentée comme telle en France. La Gauche française , privée de toute pensée sur ce plan du fait de  sa domination intellectuelle par le gauchisme théorique (rejet du “libéralisme”, pacifisme , tiers -mondisme ,droit de l’hommisme) a disparu du débat nécessaire sauf sa fraction “républicaine”, qui tente d’articuler une défense de l’Etat-Nation qui est surtout une défense de l’Etat Providence .

La Nation,  pensée trop unilatéralement  dans  l’idéologie  Républicaine comme une adhésion politique aux valeurs des Lumières    et de la Révolution , reste réduite au concept de citoyenneté et l’accord entre les Français  limité à un accord sur les valeurs de la République. Celui ci existe , pour une large majorité, mais ceci fait table rase de toutes les valeurs extra -politiques  touchant à tous les autres domaines de l’humain , et ceci depuis deux millénaires et non pas deux siècles comme l’héritage révolutionnaire. Encore une photo de l’histoire retouchée pour enlever les personnages qui ne rentrent pas dans l’hagiographie des tenants du discours. Les valeurs de la société française ne se ramènent pas au jacobinisme universaliste , même si celui ci y tient une place importante.

L’imaginaire partagé et les idéaux essentiels  ne se réduisent pas à la défense des droits de l’homme et à une conception juridicisée du monde. Les valeurs sont aussi ce qui élève l’homme et lui fait viser l’idéal d’un faire glorieux , au delà de l’ère des loisirs et des plaisirs.

Apporter sa pierre à l’édifice humain , d’abord en soutenant l’édifice collectif de la Nation est ce dont l’Histoire donne la mémoire et le désir aux hommes. Les destins collectifs sont la  seule manière de sortir de   l’ enfermement en soi et de l’égocentrisme ‘individualiste développé par la société moderne. L’attachement  des individus à leur Nation, en dehors de la sécurité donnée par le caractère familier de cet environnement , est lié au pressentiment que c’est là que gît la source des valeurs et des images  idéales qui soutiennent l’élan nécessaire à produire du sens, à l’époque de la dissolution des grands systèmes de croyance. Car nous sommes bien , comme le disait Nietzsche , à l’époque  non pas du retour au religieux et à la croyance ,  mais de la nostalgie de la croyance.

David Grossman suggère à Israël de négocier avec le Hamas : confusion et déni de réalité dans le monde pacifiste

Publié juillet 27, 2010 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit de gaza, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, identité juive, pacifisme en france, pacifistes en Israël, questions d'identité

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Dans un article publié dans le Monde du 19 juillet 2010 , l’écrivain pacifiste David Grossman propose que l’Etat israélien négocie globalement avec le Hamas un accord qui “imposerait un cessez lz feu total ,  mettrait un terme aux activités terroristes de Gaza et lèverait le siège de Gaza”.

On ne peut que rester sidéré devant la façon dont le désir de trouver  une solution par la négociation plutôt que  dans le combat finit par faire litière de toute réalité , et de toute analyse objective des faits. L’obsession de trouver un accord avec l’adversaire finit par conduire au déni de toutes les évidences sur son fonctionnement , ses buts fondamentaux , son idéologie , ses méthodes , sa stratégie.

A cela se substitue un écheveau de conjectures  et d’hypothèses de plus en plus hasardeuses qui expriment  des voeux et  non des analyses froides de la situation et des paramètres en présence.

Ainsi , Grossman s’interroge dans l’article : “Qui nous dit que le Hamas n’est pas assez mur et même souhaite un geste pour sortir de la camisole qu’il a nouée autour de lui-et de son attitude butée de refus? ” .La réalité est que le Hamas , qui tire son prestige du refus de tout compromis avec les israéliens , qui a l’impression que son isolement renforce sa mainmise sur la population gazaouie , et  que son intransigeance lui fait gagner du terrain sur l’autorité palestinienne , n’a aucun intérêt et aucune envie de négocier.

Le paradoxe , c’est que par désir de trouver à tout prix un “arrangement” avec l’adversaire , le pacifisme de Grosmam le conduit à donner  des armes aux ennemis des Palestiniens qui veulent vraiment négocier avec les Israéliens , c’est à dire aux partisans du refus total -le Hamas- contre l’Autorité Palestinienne. Cela a un nom : l’inconséquence.

L’hypothèse dont part Grossman est que Israêl s’est toujours raidi dans un refus de reconnaître l’ adversaire et de négocier qui l’a conduit à lâcher davantage quand il a fallu reculer. Les exemples qu’il prend sont ceux du refus de reconnaître l’OLP , du retrait du Liban et du retrait du Goush Katif en 2005 , et de l’affaire de la flottille  de Gaza qui l’ a obligé à desserer le blocus de Gaza.

On voit très facilement le côté spécieux de cet argumentation:

Le refus de reconnaître l’OLP a duré tant que l’OLP a maintenu un refus de reconnaître l’état israélien. C’est ce refus  de lâcher prise  face au maximalisme palestinien qui a justement fini par porter ses fruits et obligé l’organisation nationaliste palestinienne  à changer sa position et à admettre l’existence de l’Etat israélien. Il y a  chez Grossman , et chez les pacifistes et dans la gauche israélienne en général une telle culpabilité du fait d’avoir “imposé” par la force l’existence d’Israël et de ne pas avoir obtenu l’assentiment des arabes à la naissance de cet état , que ils ne peuvent s’empêcher de courir après cet assentiment , soixante ans après la création de cet Etat. Il y a pour eux un péché originel dans l’existence même d’Israêl et leur désir de se désolidariser de cet acte inaugural les conduit  à multiplier les concessions  pour se faire pardonner ;Chez certains cela touche à l’expiation , et ils sont prêts à offrir leur gorge au couteau sacrificateur  pour  effacer  cette tache sur leur conscience .

Plus généralement , ils sont prisonniers  de l’idée que l’identité juive est liée à une mission : celle d’incarner les valeurs morales qui feraient du peuple juif un peuple “plus” moral que les autres. Cette version transposée du “peuple élu” , qui ne fait que déplacer dans le langage  profane l’idée de mission divine exprime un désir de supériorité sur les autres , commune à tous les nationalismes , dont ils ne sont la plupart du temps même pas conscients.

Car les peuples n’ont aucune mission.Il peut arriver que leurs Etats assument à certaines époques critiques , la responsabilité de la défense de certaines valeurs ( les Etats Unis face au nazisme ou au communisme par exemple) , et que les peuples se sentent en accord avec ces positions , mais ils n’ont pas de “mission” sinon dans leur imaginaire.

Cette représentation de l’identité juive  comme étant liée à la prévalence de l’éthique sur la politique est l une retombée historique du destin diasporique ,dans lequel à aucun moment les Juifs n’ont assumé des responsabilités étatiques, ni eu à utiliser la force puisqu’ils en étaient dépourvus et avaient accepté ce statut de citoyens  livrés aux forces des autres.

C’est en tout cas une représentation extrêmement répandue dans le monde juif , en particulier pour ceux qui ne voient d’identité juive maintenable que dans  l’inspiration des conduites juives par la religion, quitte  à “moderniser” celle ci  en en gardant le contenu prescriptif ,et en changeant l’ enveloppe  formelle.

C’est un peu comme si les Français , par volonté de continuation de l’esprit du catholicisme qui a joué un rôle immense dans la formation des mentalités du peuple français , considéraient que ce qui doit déterminer la politique de l’Etat français , pour préserver  l’identité française , était l’amour du prochain, et les “vertus” chrétiennes.

Revenons  à l’apparente avalanche de reculs énumérés par Grossman:

La sortie du Liban , ou les Israéliens étaient entrés pour détruire le “Fatahland” , base de bombardement de leur territoire et de raids terroristes, ainsi que dans l’espoir d’aider les milices chrétiennes n’ a pas été négociée parce que rien n’était négociable pour l’état libanais; la division des forces chrétiennes et l’intervention de la Syrie, attachée  à créer la situation la pire possible dans la région, jointes à la domination démographique  de la fraction chiite qui a permis la montée en puissance du Hezbollah, état dans l’état, et bras armé de l’Iran. Le comble est que c’est la pression des pacifistes , avec son impact sur l’opinion publique , qui a conduit  Israël   à se retirer  sans contrepartie. Mais dans l’esprit des pacifistes , la représentation d’un Israël  jusqu’auboutiste arcbouté dans un refus de tout compromis face à des arabes désireux de paix et de négociation se superpose à toutes les réalités.

La réalité actuelle est que le peuple israélien , de plus en plus anxieux , est de plus en plus désireux de négocier (pas  le gouvernement de Netanyaou)   et les arabes ,  considérant que le rapport de forces évolue en leur faveur et  de plus en plus séduits par le discours  ultraradical islamiste , de moins en moins intéressés par le compromis , étant persuadés qu’ils approchent d’une victoire totale.

Le discours pacifiste continue à poursuivre le rêve d’une réconciliation hors de propos , celle ci ne pouvant se concevoir -si jamais elle est possible- que après que le temps aura joué et fait admettre  , mais des deux côtés , la  solution la moins mauvaise , celle de la coexistence des deux états.

La surenchère iranienne, et maintenant celle de la Turquie , montrent que l’on ne peut considérer le conflit israélo -palestinien indépendamment des facteurs extérieurs, c’est à dire  des Etats voisins ,lancés dans une escalade motivée par leurs ambitions de domination régionale ajoutée à leurs idéologies islamistes ,et prêts à utiliser cyniquement ce conflit comme moyen d’étendre  leur  contrôle sur les masses musulmanes.

L’angélisme pacifiste (Si on met de la bonne volonté dans la discussion , on doit arriver à un accord), se manifeste encore dans l’affaire de la flottille de Gaza,  ou ils font comme si  un accord avait pu se négocier avec le Hamas. L’impossibilité d’arriver à un accord avec ce mouvement , contrôlé par la Syrie et l’Iran , et aux ordres de ces ennemis mortels d’Israël, a été vérifiée après l’offensive israélienne sur Gaza en 2009, nécessitée par les tirs de roquettes contre sa population. Aucun accord n’avait pu être négocié , ni avant ,ni après l’offensive israélienne  Seul l’équilibre du rapport de force a joué , le Hamas renonçant à envoyer des missiles contre Israël , à quelques exceptions sporadiques près, et Israël laissant la mainmise totale du Hamas sur la population de Gaza , chacun trouvant son compte au gain obtenu. C’est toute la différence entre  une stabilisation quand des forces s’équilibrent , et une négociation , qui nécessite que les deux parties souhaitent un accord et soient prêts à des concessions dans ce but . l

Là encore , c’est la nature de l’adversaire  qui est l’ objet d’un déni de réalité : oubliée  la dépendance du Hamas aux puissances qui soufflent sur le brasier , oubliés le fanatisme religieux et l’indifférence profonde du Hamas au problème purement palestinien à côté du projet théocratique qui est le fond de son idéologie. Avec des nationalistes , le nationalisme israélien peut chercher un compromis , c’est le sens  des négociations qui devront s’ouvrir avec l’Autorité Palestinienne. Avec les fous de Dieu ,il n’y aura pas d’autre rapport que le rapport de force.

Les Européens ont fait l’expérience , avec la “paix” de Munich  en 1938 , de ce que coûtent les illusions face à une idéologie  de crime et de violence. Il y aura toujours des naïfs pour rêver d’un pacte avec le diable et oublier que tôt ou tard , le diable vient réclamer ce qu’il considère comme lui revenant.

La Turquie démasque son jeu islamiste et renverse ses alliances.

Publié juin 18, 2010 par gb
Catégories : actualité au proche orient, antisémitisme, conflit israélo arabe, crise d'identité et islamisme, identités nationales, islamisme, Les ennemis de l'Occident

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La fièvre propalestinienne et le flot de haine anti israélienne qui se développe dans le pays , attisé par le gouvernement qui multiplie les diatribes haineuses  après avoir organisé par le biais de l’organisation islamistes IHH , organisation pratiquement sous contrôle gouvernemental , le piège tendu à Israël , montrent clairement que les  islamistes qui ont pris la direction du pays ont décidé de tomber le masque.

Les indices se sont accumulés récemment ,provoquant l’inquiétude des Etats Unis, qui ont bien senti le virage en train de s’opérer . Les indices les plus importants ont été le refus de condamner l’Iran pour sa politique de fabrication de la bombe. Ahmadinejad est devenu “notre ami”,la Turquie a soutenu la tentative du Brésil de brouiller les cartes pour empêcher des sanctions plus fortes pour faire pression sur l’Iran, se disant non convaincue de la volonté d’accès à l’arme nucléaire des iraniens; les relations avec la Syrie, dictature féroce mise au ban des nations pour sa stratégie d’assassinats politiques au Liban ont été réactivées. La Turquie n’a pas de mots assez doux pour ces régimes de terreur. Les relations avec la Russie ,sont aussi rééxaminées, quitte à faire des pas (limités) vers la “normalisation” avec l’Arménie , protégé de la Russie dans la région.

En clair,si notre alliée la Turquie est l’amie de tous nos ennemis , ou de nos adversaires, est elle encore notre amie?

Les Américains , avec une certaine dose d’égoïsme, ont tenté de pousser l’Europe à intégrer la Turquie pour  tenter de la freiner dans sa glissade  de recentrement moyen oriental , sans bien réfléchir au risque qu’il y avait à introduire le loup islamiste dans la bergerie européenne. Heureusement , la France  a exprimé clairement son refus de se laisser ligoter par les promesses inconsidérées faites par les bureaucrates européens , qui se sont enfermés dans leurs engagements initiaux.

Manifestement pour tout le monde , les négociations d’admission de la Turquie en Europe sont dans le coma,et la nouvelle orientation de la politique turque produit une telle inquiétude que  cela ne va pas améliorer l’état clinique du patient.

Cela a évidemment joué un rôle dans la réorientation de la stratégie internationale turque. Les dirigeants turcs ont longtemps tenté de garder deux fers au feu . Ils ont craint à une certaine époque  que la fermeture de l’option européenne ne donne un coup d’accélérateur brutal  aux tendances  islamisantes  dont ils voulaient  maîtriser  le rythme du développement . Nous y sommes. Le balancier est revenu du côté islamisant.

Le gouvernement turc a lâché les freins et  a même poussé la machine pour lui donner de la vitesse dans la pente, et le phénomène va s’accélérer.La surenchère avec les groupes ultranationalistes a commencé , et le gouvernement s’efforce de ne pas être en reste avec les ultras qui lui demandent de rompre avec Israël , La démagogie,la haine , la désinformation battent leur plein. Dans l’ atmosphère de nationalisme exacerbé  et de violence larvée qui se développe , ce sont les extrêmes qui ont la main.

La couche fragile de valeurs occidentales ( laïcité , droits des femmes, démocratie) imposée à la population par le Kémalisme (nationalisme autoritaire et laïque) et  adoptée par une partie seulement du peuple a été déjà entamée par le travail de sape mené par le gouvernement islamiste lui même . Tentative de réintroduction du voile dans les universités , exemple de la famille du chef du gouvernement Erdogan  voilée dans ses apparitions publiques, mise à l’écart des leviers du pouvoir des militaires qui s’estimaient garants de la préservation de la laïcité , le grignotage par le parti islamiste au pouvoir des “acquis” laïques a été constant, et a contribué  à frayer la route au renversement de références qui se met en place.

Si les faits ne suffisaient pas , la modification du langage suffirait à démontrer le changement q ui s’opère: le langage haineux et menaçant utilisé par les responsables politiques eux mêmes montre que l’on change de moeurs politiques. On voit réapparaître  l’excitation des masses par les discours outranciers, la phraséologie incantatoire , l’irrationalisme et la violence caractéristiques des habitudes politiques dans le monde musulman; . Le style du discours se rapproche déjà des discours  tenus dans la région.

Si le virage effectué par la Turquie , et qui n’en est qu’ au début ,a l’ avantage de régler par lui même la question de son admission en Europe, les dangers qu’il implique pour la paix régionale sont quand même très grands. Jusqu’où ira la réintégration du giron islamique par la Turquie? Plus inquiétant encore , c’est la capacité même d’une société culturellement  organisée par l’ Islam a assimiler les valeurs de démocratie , de liberté et et d’égalité qui est mise en question. Car si la Turquie , après 85 ans de laïcité et d’amitié avec l’Occident choisit de retourner en arrière , de se réislamiser, et de rentrer  dans la surenchère avec  l’Iran et l’Egypte dans l’idée de dominer cette région  de règne total de l’Islam , quelle chance y a t-il que d’autres pays , qui ne se sont jamais confronté à la démocratie et à la liberté ,adoptent ces valeurs.?

“L’homme fort” qu’est la Turquie va-t-il s’aligner sur les brutes de la région?

L’attaque de la flottille de gaza: le piège islamiste a fonctionné

Publié juin 2, 2010 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit de gaza, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, islamisme, pacifistes en Israël

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… et au delà de tout ce qu’ils auraient pu rêver!

Le bilan en terme d’image s’avère catastrophique pour les Israéliens. L’isolement diplomatique s’accroît , les liens avec les Etats Unis se distendent encore un peu, la crédibilité de leur armée diminue , les extrêmistes palestiniens sortent renforcés et leur prestige augmenté  , la stature morale se ternit davantage , la Turquie trouve un prétexte pour en finir avec l’alliance stratégique et prendre une posture menaçante …

L’habileté perverse des islamistes est d’abord dans le camouflage des associations  politiques pro-palestiniennes en associations humanitaires – l’association “humanitaire” turque IHH n’a d’humanitaire que la forme: c’est une association islamiste , dont les réunions s’effectuent en séparant les hommes et les femmes , en présence de cartes  ou le drapeau israélien est remplacé ,sur tout le territoire israélien , par un drapeau palestinien A  des réunions de soutien à cette ONG , des chants à la mémoire des martyrs d’Allah avaient été entonnés ,un responsable du Hamas convié. Dans les années 1990 , cette association avait été soupçonnée de soutien aux mouvements radicaux en Algérie , et d’avoir aidé des combattants du Djihad à rejoindre la Bosnie et la Tchetchénie. Elle est d’autre part connue pour ses liens avec le gouvernement islamiste de l’AKP.

C’est d’ailleurs  à une échelle très large que ce procédé de  camouflage est utilisé: on se rappelle la façon dont les ONG islamistes avaient transformé le forum de Durban en manifestation antisémite , dans un détournement pervers de la neutralité politique des ONG  .

De la même manière, un certain nombre d’organisations militant pour “les Droits d l’Homme” sont devenues , les plate formes d’action et de propagande des éléments gauchistes et tiers mondistes , qui en ont pris le contrôle et fournissent la plus grande part de leurs éléments militants.

On se retrouve devant des organisations qui deviennent  des simples relais de mouvement politiques , comme à l’époque de la guerre froide  les partis communistes avaient mis en place une série d’organisations soi disant indépendantes , comme le  “Mouvement de la Paix” par exemple , qui n’étaient que des officines de la politique internationale des PC et de l’URSS. Actuellement   en France , un mouvement comme le MRAP a changé de nature et est devenu le porte parole des thèses islamistes sur la soi-disant islamophobie  , recrutant de façon privilégiée parmi la clientèle immigrée du PCF.

C’est à l’échelle mondiale que le phénomène s’est développé , donnant un levier multiplicateur à des associations  qui tirent un bénéfice médiatique disproportionné avec leur représentativité de s’envelopper dans les plis de la neutralité purement morale de leur raison sociale mensongère.

La ruse qui leur fait rechercher la statut de martyrs pour gagner la compassion des médias marche toujours , avec la dissimulation dans les populations civiles , la logorrhée grandiloquente et le maquillage des provocations en situations d’agression subie qui sont devenus la marque de fabrique de ces “faux nez” , habiles à trouver  un écho complaisant chez les médias avides de sensationnel et de discours compassionnel plutôt que de réflexion politique.

Sur le plan diplomatique , le changement de stratégie de la Turquie  participe aussi à cette méthode de  camouflage . La Turquie , qui se réislamise rapidement sous l’égide pseudo modérée du parti islamique AKP qui la dirige ( et qui veut une islamisation prudente pour ne pas provoquer une réaction des militaires laïques ) a compris qu’elle ne serait probablement pas admise dans l’Europe , qui ne supporterait pas 80 millions  de musulmans supplémentaires sans voir son identité  changée,. Elle a décidé de se réorienter , en douceur, vers le monde arabo musulman , et essaye d’y occuper une place de grande puissance régionale , en concurrence  et en association avec l’ Iran . Pour gagner cette place auprès des masses musulmanes , elle a décidé , il y a déjà quelque temps , de changer ses alliances stratégiques et de jouer de la carte propalestinienne . Elle saisit tous les prétextes pour rompre  l’alliance avec Israël , en essayant de ne pas se mettre à dos les Occidentaux. L’attaque des bateaux de Gaza lui fournit une occasion en or, à laquelle le gouvernement turc a sûrement  concouru par son soutien appuyé à l’opération et qu’il exploite en adoptant de plus en plus le  discours menaçant et insultant des propalestiniens à l’égard d’Israël.

C’est ce qui fait que ce pays , qui persiste dans le négationnisme du génocide qu’il a commis sur les Arméniens , qui persécute les Kurdes , qui a envahi un pays voisin (Chypre) , pratique la torture dans ses prisons et tolère les assassinats politiques , fait la morale à Israël , parle de “terrorisme d’Etat” quand lui même  couvre le meurtre de un million et demi de civils arméniens innocents.

L’impudence islamiste est bien en marche.

Il n’en reste pas moins que l’on reste atterré du manque de maîtrise et de jugement des Israéliens dans cette affaire. On se trouve à peu près dans une situation qui se serait produite en mai 68 si il y avait eu des morts dans les manifestations de l’époque . Même si on peut imaginer la haine et la violence des islamistes qui ont affronté les commandos israéliens , cela n’explique pas une telle perte de contrôle , ou une telle impréparation. D’autant que la voie est ouverte pour le renouvellement de la situation. Après le début de remise en cause de la possession de l’arme nucléaire israélienne ,celle du blocus de Gaza est en route . Le risque d’un changement “d’approche” de l’administration américaine se précise , le rapport de force global continue à se dégrader pour Israël; si la Turquie se range aux côtés des islamistes, c’est une des plus puissantes armées au monde qui s’ajoute aux forces hostiles à l’état hébreu. Il ne faut pas oublier que le Hamas ne se contentera pas d’une coexistence de deux états et que pour lui , ce n’est qu’une étape vers l’anéantissement d’Israël.

Comme on le prévoyait déjà au moment de la victoire de la droite dure aux élections israéliennes , l’intransigeance de Netanyaou amplifie de plus en plus l’isolement d’Israël ,et le coupe de ses soutiens essentiels , ceux du monde occidental , seuls à même de pouvoir contrebalancer le poids de la haine du monde islamique contre lui. On ne peut que constater cette aggravation et souhaiter que le gouvernement actuel  soit contraint à de nouvelles élections qui donnent une chance aux forces raisonnables du pays de stopper cette évolution. Pour le moment , ce n’est qu’un voeu pieux.

Intégrisme islamiste et refus des complexités identitaires

Publié mai 18, 2010 par gb
Catégories : crise d'identité et islamisme, islamisme, Les ennemis de l'Occident, questions d'identité

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d’après l’interview de Mohsin Hamid , écrivain, dans le Figaro du 18 /05/2010

Mohsin Hamid a publié en 2007 chez Denoël un roman , “l’intégriste malgré lui” qui décrit la dérive d’un jeune américano pakistanais parfaitement intégré vers un rejet haineux de l’Amérique. L’auteur livre dans cette interview ses réflexions sur les mécanismes qu’il relève dans cette sorte de dérive fondée sur une crise identitaire. Interrogé sur cette “rupture” identitaire ,il  remarque que la plupart des terroristes ont passé une grande partie de leur vie en Occident ou y sont nés. Son idée est que c’est le caractère hybride  de l’identité de ces hommes qui leur a fait problème , “non pas que l’on ne puisse pas vivre avec plusieurs identités mais il arrive que deux de ces identités essentielles se retrouvent en conflit et que nous décidions d’en renier une. Cette volonté de rompre avec une partie de votre identité a des causes multiples. Un traumatisme,une peine amoureuse, comme pour mon héros, une faillite comme dans le cas de Faizal Shahad (à l’origine de la voiture piégée de Times Square à New York désamorcée à temps), ou tout simplement le sentiment de ne pas être dans le tableau. Si je franchis ce pas, si je décide de renier mon identité américaine pour me proclamer exclusivement pakistanais et musulman, je ne le fait pas parce que c’est vrai -c’est faux! mais parce que je veux me libérer de la complexité de mon identité hybride. Beaucoup de gens remplissent ce malaise en sombrant dans l’alcool , la drogue , ou… en écrivant des romans. Mais si vous basculez vous allez chercher un récit idéologique qui justifie votre démarche. Vous dites que les Américains sont en Irak ,qu’ils bombardent votre peuple au Pakistan. Vous cherchez à recréer dans le monde extérieur la cassure qui est à l’intérieur de vous. “

A la question de l’interviewer de savoir si les affaires comme celle de Times Square risquent de galvaniser le sentiment antimusulman  et de créer par ricochet de nouvelles fêlures identitaires et de nouveaux apprentis terroristes , l’écrivain répond : ” Des millions de musulmans vivent en Occident. Les terroristes ne sont qu’une poignée. Il ne faut donc pas sombrer dans le pessimisme. Mais il y a un risque si on commence à penser qu’un Américain Pakistanais est un oxymoron , une contradiction dans les termes,  alors on verra grandir la crise d’identité de la minorité. Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides ,il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des Etats Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique , un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer , se rapprochant de ce qu’il est en Europe… Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également.De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles , menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen

Interrogé sur la question de savoir si il a éprouvé lui même le même rejet de l’Amérique que le héros de son roman , Mohsin Hamid répond avec franchise:”Même si je me sens totalement en accord avec mon identité multiple pakistanaise , américaine , européenne, je dois dire que après le 11 septembre, quand les tambours de la guerre résonnaient à travers le monde, j’ai ressenti moi aussi cet appel tribal , ce besoin d’une identité musulmane simpliste, même si elle ne correspondait pas à ce que je suis. En écrivant ce livre , j’ai voulu explorer les échos du tribalisme que je ressentais. Mais j’ai aussi voulu prendre le lecteur à témoin , un peu comme Camus le fait dans “La chute”. Montrer que l’issue de l’histoire dépend aussi de son regard à lui.”

Cette interview remarquable de lucidité rassemble bien des éléments fondamentaux du phénomène de conversion intérieure – par réduction- qui s’opère chez certains sujets  , effrayés par la difficulté de gérer une complexité interne , et qui , sous l’effet d’un choc ou d’une rencontre , font “un grand bond en arrière” vers à la fois l’unification forcée de soi et la fusion dans l’ensemble plus grand , que Hamid repère très bien comme de nature clanique.

Et  sa mise en parallèle des peurs identitaires symétriques en Occident et dans le monde musulman ,éclaire bien les tendances claniques , ou communautaristes, qui sont les modes de défense  des individus perdus  devant la perte des repères de la tradition , et sur lesquels misent les extrêmistes des deux mondes.

L’angoisse devant la dilution des repères identitaires crée une attitude réactionnelle d’affirmation exaltée ,qui précipite une réorganisation de l’échelle des valeurs ,t placée sous la domination absolue des valeurs  identitaires claniques . Il y a une absolutisation  et une essentialisation des  arguments fondés sur l’identité qui est choisie, là où les questions ne se posaient pas en terme de choix, mais d’équilibre.

A partir de là , se produit la rencontre , recherchée , avec une idéologie qui vient à point pour fournir sa cohérence et sa justification à ce choix; l’individu qui a opté pour l’unité totale ne supporte plus ce qui est élément de division intérieure. Toute ambigüité risque de réouvrir le dilemme qu’il a décidé de clore et de fragiliser sa reconstruction , de le priver de la source d’énergie que constitue pour lui l’unité de but et de point de vue sur le monde.

Désormais , il sait ce qu’il veut , et sa vie qu’il considérait comme privée de sens et de valeur a récupéré ceux-ci: il peut mourir en paix , pour la Cause, et même racheter ainsi toutes les imperfections du passé.

Ainsi se dessinent deux modèles identitaires fondamentaux : un modèle ouvert, qui tolère ses contradictions intérieures et les perçoit comme des souces de richesse , et de particularité; et un modèle fermé , qui tente de réduire à un seul principe cette identité et d’en faire tout découler . Cette réduction de l’être et de la pensée  est aussi dangereuse que la réduction progressive du vocabulaire dans le monde Orwellien de 1984. La pensée unique est le dernier stade avant la disparition totale de la pensée . Surtout l’Etre humain n’est plus un être de choix , mais d’effectuation d’une règle ou d’une essence. Un peuple , un Führer, un Empire, la règle du Un est celle de la mort de l’individu et de la conscience , c’est à dire de l’humain . La haine de la complexité , qui est ausi la haine de la liberté et de l’intelligence ,prépare le terrain des tables rases de la culture , de l’histoire , et de la mémoire. C’est la disparition de la part d’ombre au profit de la lumière des lampes d’opération qui préparent la lobotomisation si apaisante.

Le club des lobotomisés volontaires a encore beaucoup d’avenir devant lui!

JCALL l’apparition d’un nouveau lobby pacifiste juif en Europe

Publié avril 26, 2010 par gb
Catégories : élections israéliennes, Israël et sionisme, pacifisme en france, pacifistes en Israël, peuple juif

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L’ apparition en Europe à la fin du mois d’avril d’un nouveau site internet , Jcall , directement démarqué du site américain Jstreet, qui lui même avait constitué la riposte des juifs de gauche américains au lobby américain pro israélien  Aipac , connu pour ses affinités avec la droite américaine  , marque la tentative de réveil des pacifistes  juifs,  réduits au silence depuis plusieurs années par la désaffection de la population israélienne pour la gauche et pour le mouvement pacifiste “La paix maintenant” . Cette désaffection avait été créée par l’angoisse devant la montée de l’islamisme  lancé dans une lutte à mort avec l’Etat Juif , la complicité de la population arabe avec les attentats anti-civils de la 2ème intifada , et les critiques constantes contre l’armée israélienne rejoignant les accusations de crimes contre l’humanité de la propagande gauchiste et tiers mondiste pro-palestinienne.

L’inquiétude créée par le blocage du processus de paix , dont il est assez clair qu’il est du à la position du gouvernement de Netanyahou et à son intransigeance sur la question du partage de Jerusalem  et des implantations dans la ville , qui conduisent à créer une situation d’irréversibilité du fait accompli  , entraîne  cette résurgence  du courant pacifiste.

Mais au delà du fait que ” le camp de la paix” relève la tête et que  une vraie question reste suspendue quant aux moyens de sortir de l’impasse actuelle , il faut noter  une chose:

C’est  la modification de l’axe du combat des pacifistes , sous l’effet probablement de l’exemple américain ,très marqué par l”existence des” lobbies” politiques et économiques. En effet , si  dans le système américain , il y a une logique ,face à l’action d’un lobby organisé  de façon tout à fait ouverte , à susciter un lobby organisé  opposé , la situation en France et en Europe est tout à fait différente.

La communauté juive s’est  toujours défendue d’être un groupe de pression , et ce sont les ennemis des juifs qui ont toujours proféré des accusations de lobbyisme , de groupe de pressions et d’influence quand ce n’était pas de gouvernement occulte. La publication aux USA d’un livre prétendant que la politique d’alliance privilégiée des USA avec Israël était le résultat non d’un intérêt réel et d”une amitié sincère , mais d’une pression exercée par le lobby juif américain contre les intérêts propres du peuple américain a fait scandale;

Mais les éléments radicaux américains ( = gauchistes) ou européens sont toujours friands d’un discours dénonciateur de complots  soi-disant menés par des éléments du camp opposés , propres à susciter l’indignation de masses qu’ils se proposent d’éclairer à leur manière.

Le problème posé par cette nouvelle attitude des pacifistes est que ils ne se contentent  plus d’essayer de gagner l’opinion publique par leurs arguments , ce qui est le droit de chacun.

Ils annoncent explicitement leur nouvel objectif qui est de pousser leurs gouvernements à faire pression sur le gouvernement israélien pour le contraindre à changer sa politique. Les juifs de gauche se donnent donc désormais , au nom du risque couru d’échec du processus de paix , le droit de remettre en cause les choix électoraux du peuple israélien , quand ils leur déplaisent,  et d’apporter une limite à la souveraineté  de l’Etat israélien en encourageant les pressions économiques , politiques ou militaires exercées par les pays plus puissants. A quand par exemple des mesures de boycott économique ou scientifique comme ont déjà tenté  de les instaurer en France et en Angleterre les groupes gauchistes alliés aux groupes propalestiniens?

Surtout ,alors que la naissance de l’Etat israélien a été le moyen , pour la première fois dans l’ histoire du peuple juif depuis la destruction du Temple , d’exercer  un pouvoir politique et des responsabilités politiques en tant que peuple , alors que la survivance du peuple juif s’était jusque là payée d’un renoncement à tout pouvoir et d’une soumission à toutes les autorités  des pays  d’accueil ,   des juifs proposent de revenir à l’ancien état des choses . Les habitudes diasporiques reprennent le dessus : on vit mieux en étant les protégés des rois ou des seigneurs que en assumant les luttes et en en supportant les conséquences ( ce qui ne veut pas dire que il ne faut pas tenir compte des rapports de force complexes du monde environnant).

De plus , on peut penser que  cette prise  sur la politique israélienne permet à ceux qui ne risquent rien  de souhaiter réorienter à distance un pays dont les habitants savent très bien que ce seront eux qui feront les frais de  toute erreur politique , en souffrances et en pertes d’êtres chers.

Mais la bonne conscience pacifiste , la conviction un peu méprisante que le judaïsme diasporique est  le vrai support de la continuité du peuple juif , et l’incapacité à comprendre que il n’y a pas plus d’Etat parfait que de mission d’exemplarité pour un peuple ,font que nous risquons d’aller vers une nouvelle phase de la vie de la population juive en France , qui  par ses divisions ,ravira ses adversaires.

Ainsi est rompu le contrat ancien implicite qui faisait que les communautés en Diaspora , même si elles désapprouvaient certains aspects de la politique israélienne ,  respectaient les choix politiques de l’Etat israélien , et , au moins , ne donnaient pas d’armes à ceux qui luttaient contre lui.. La gauche  juive française  décide de faire pression sur l’Etat israélien , par gouvernements étrangers interposés et prend place dans un dispositif qui vise à dicter sa conduite à l’Etat Juif , au nom de son intérêt  mieux compris .

Le problème avec les peuples  pour qui on décide à leur place ce qui est le mieux pour eux , sans leur demander leur avis , est que c’est  en général l’intérêt de ceux qui décident plutôt que celui de ceux pour qui l’on décide qui est poursuivi; Les intérêts stratégiques et politiques des puissances ne coïncident pas avec ceux d’Israël , et leur confier un rôle directif dans la politique  de l’Etat israélien sur la foi de leurs bonnes intentions pourrait se révéler très couteux. Les grandes puissances ont eu déjà l’occasion , et elles en auront beaucoup d’autres , de montrer que la poursuite cynique de la défense de leurs propres intérêts , passe le plus souvent avant toutes les autres considérations. Les modifications  des rapports de force en cours au niveau international , peuvent laisser imaginer le pire dans ce domaine.

Il est vrai que il y a urgence à  empêcher l’irrémédiable au Proche-Orient et que la prise du pouvoir par la droite extrêmiste israélienne est génératrice de graves inquiétudes. Mais s’engager dans une lutte directe contre le gouvernement israélien  dans une situation ou l’Etat Juif est assiégé par des forces hostiles , déterminées  à le détruire en un ou plusieurs temps , si ce n’est pas l’atomiser, est un oubli de la solidarité minimale que certains sont prêts à jeter au panier pour préserver  leur besoin d’images idéales.

la volonté de domination et la haine, piliers des rêves fous des islamistes

Publié avril 12, 2010 par gb
Catégories : actualité au proche orient, antisémitisme, guerre au proche orient, islamisme, Les ennemis de l'Occident

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L’énigme posée à l’humanité par la vague de haine meurtrière qui a commencé à grandir dans le monde musulman parallèlement  au reflux des idéologies socialistes et tiers mondistes et à la croissance du fondamentalisme religieux ne peut pas être résolue  en l’ envisageant uniquement comme le produit direct de la religion islamique .

L’islamisme n’est pas la conséquence automatique du corpus  théorique de l’Islam , même s’il existe dans celui-ci des facteurs favorisant cette dérive . Il est plutôt la réponse trouvée par un petit groupe de penseurs politiques  doctrinaires qui , comprenant  que le socialisme n’apportait pas  de solution  au retard  croissant des sociétés musulmanes  et que  la démocratie nécessitait des siècles  avant de pouvoir   apporter ses fruits à la population, ont essayé de renverser la manière de poser les questions  en  substituant  une réponse identitaire à la question politique , économique et sociale posée par le retard des sociétés musulmanes.

Ce renversement complet de la façon d’envisager les problèmes était assez proche de la façon dont les nationalismes  ont pu être utilisés dans le passé pour  déplacer les problèmes politiques et sociaux vers des questions “affectives” de  fierté ou d’humiliations collectives , à cela près que ils ont parfaitement saisi que dans le monde arabo-musulman ,  la communauté religieuse était infiniment plus significative que l’appartenance à tel ou tel pays.

C’est un nouveau paradigme politique qui s’est ouvert à ce moment , de la même façon que dans l’entre deux guerres, la naissance des fascismes européens à complètement bouleversé le système classique des partis politiques , opérant un mixage  de différents éléments qui a complètement désemparé  les mouvements traditionnels , incapables de comprendre cette logique autre et donc de trouver la parade à son succès foudroyant auprès des masses.

Le fondamentalisme religieux qui s’est développé   massivement parallèlement, sans être lié directement à la volonté de prise de pouvoir politique était le produit des mêmes sentiments   d’échec culturel et d’infériorité civilisationnelle  que  ceux sur lesquels s’était bâtie la réaction politique islamiste.

La  défaite soviétique en Afghanistan ,la prise de pouvoir en Iran ,la démonstration de la fragilité des pouvoirs arabes  ( Liban , Algérie,) ont donné le sentiment  aux groupes islamistes que le pouvoir était à leur portée . Le fondamentalisme religieux et l’islamisme politique ont commencé à marcher la main dans la main , s’appuyant l’un et l’autre sur les blessures d’orgueil identitaire répandues dans le monde musulman  de plus en plus confronté  à son infériorité dans de nombreux domaines face à l’Occident .

La religion , facteur d’identité collective forte , comme elle avait pu l’être en Europe dans les siècles précédents , procurait un socle de certitudes partagées qui permettait de masquer les incapacités de ces sociétés  a s’adapter aux nécessités du monde moderne. Au contraire , c’est “le grand bond en arrière” , pour reprendre le mot de Martin Amis , qui était choisi , une forme de déni de la réalité  qui conduisait à s’enfermer dans un monde de plus en plus clos et contraint à de plus en plus de violence pour éviter la confrontation avec  cette réalité .

C’est ce qui apparaît dans les croyances quasi délirantes de  certains islamistes qui n’hésitent pas à annoncer la venue, non pas du Messie , mais d’un nouveau califat en Europe par exemple , dans des propos menaçants et d’une arrogance étrangère à tout sens des réalités.

Mais cette arrogance et cette injonction de se soumettre à eux, font écho au système politique des “dhimmis” , c’est à dire  au statut d’inférieurs réservé aux non musulmans dans les sociétés musulmanes , ou ils sont tolérés mais au prix de certaines mesures vexatoires délibérément établies pour montrer le statut supérieur de n’importe quel musulman sur les non-musulmans et la place de dominés de ceux-ci.

C’est cette division du monde  en dominants et dominés  qui structure toute la vie traditionnelle islamique : l’homme domine le femme , le père domine l’enfant, le dirigeant domine le simple citoyen , le musulman domine le non musulman. Quand il n’y a personne à dominer , on n’est plus rien.

Le modèle anthropologique , c’est le caïd , ou plutôt le despote asiatique.  C’est ce qui fait que le musulman qui a perdu son pouvoir sur  tout le monde devient le “perdant radical” qui peut penser à  un meurtre suicidaire . Il ne peut que rêver d’un retour du temps béni d’avant la rencontre avec le monde occidental moderne qui lui enjoint de cesser de dominer sa femme et ses enfants et de les traiter en égaux , qui lui interdit de se prétendre supérieur aux juifs et aux chrétiens et renverse même ce rapport de supériorité en rapport d’infériorité.

C’est la source de la haine que cultivent les militants islamiques pour les Juifs et les Chrétiens : non seulement ils sont des  tenants d’une foi qui conteste la leur, ce qui justifie leur élimination, mais profondément , ils sont les tenants d’un ordre social qui prive  les musulmans de tout pouvoir de domination ,ce qui équivaut pour ceux ci à subir eux mêmes une domination. Les islamistes ne se privent pas de rappeler  obsessionnellement l’âge d’or des conquêtes musulmanes , celui de la propagation par la force de cette religion. Cette nostalgie d’une restauration  de l’époque ou la domination par la force pure procurait les délices de la toute puissance nourrit les rêves  de compensation à la faiblesse réelle , et  ceux de violence sans limite exercée par le dominant sur le dominé.

Le Juif et le Chrétien ne sont pas seulement  ceux qui tiennent pour   barbare le système  de violence  et d’oppression qui structure la vie traditionnelle musulmane, et qui lui opposent l’égalité et la liberté , au moins théoriques, de leur culture. Ce sont aussi des envahisseurs, puisque le sol musulman est sacré et réservé aux seuls musulmans , et des tentateurs qui essayent par leur liberté sexuelle de pervertir les nobles principes religieux musulmans .

Martin Amis , dans son livre intitulé ; “Le second avion” , recueil de ses réactions après le 11 septembre , raconte de façon extrêmement drôle , la façon dont le fondateur de l’islamisme , Quotb ,  s’est senti agressé , selon son propre récit ,  par la présence d’une Américaine attirante  , et comment , à la façon d’un inhibé effarouché , il s’est sauvé et a conçu un système dénonçant la perversité des femmes occidentales.

Le système religieux de l’Islam, qui peut fournir , comme d’autres systèmes religieux ,un  échafaudage de pensée justifiant la supériorité  de ses partisans  sur le reste du monde  ( les peuples élus ) et donner une caution  au statut infériorisé de la femme ( les hommes ont presque tous les droits , les femmes presque aucun) . est le discours apte à mobiliser  tous les candidats à la domination , tous les privés de prestige et de pouvoir qui enragent à la recherche d’une idéologie leur promettant une revanche radicale , dans ce monde en attendant le suivant.

Car l’attirance des masses musulmanes pour ce discours leur promettant d’être enfin ce dont ils rêvent : de nouveau , les maîtres de l’humanité,  n’est pas seulement  l’effet de la résistance à l’effritement des structures sociales claniques et féodales . C’est aussi la réponse aux voeux profonds de toute puissance et de jouissance dans l’exercice de la domination dont ils voient  le spectacle  réverbéré en permanence dans le miroir de leur société.

Le discours religieux , comme celui de tous les fondamentalismes , devient la carapace secrétée pour faire barrage à la réalité , l’armure de mots et de rites  qui rend  invalides les faits au profit de l’interprétation toute puissante tirée des textes sacrés, et qui protège de la dépression totale ou du délire.

Et le pouvoir des ayatollahs , comme celui des terroristes , est un exemple  de pouvoir exercé sur les autres ( les candidats au suicide , qu’on envoie à la mort en dominant leur esprit , et les victimes impuissantes  qu’on tue ou mutile comme le feraient des archanges de la mort).

L’idéologie religieuse ,  marqueur identitaire et matérialisation de la tradition qui constitue l’ horizon des références à défaut d’un espace pour penser  les complexités de la modernité , est , au delà de l’armature mentale qu’elle donne à leur pensée  , pour les chefs religieux ou politiques , le support de leurs ambitions immédiates ,  le relais auprès des masses en demande  d’illusions cachant la faillite de leurs systèmes politiques et sociaux et la misère de leur destin. Ce sont ces masses qui sont l’arme de  la conquête du pouvoir (parfois au sens concret : des missiles humains) ,  et aussi les premiers sur qui il  s’exerce . Leur présenter comme atteignables leurs rêves conscients ou cachés est toujours un calcul gagnant , pour un temps.

Après , si le pouvoir est conquis , la situation change , et la terreur peut s’exercer sur ceux qui l’ont mise au pouvoir.  L’ utopie , toujours fondée sur l’espoir de la réalisation des rêves , conduit toujours , par oubli des réalités , à de  plus en plus de violence pour empêcher  le retour de ces réalités. L’utopie islamiste , elle , commence , se poursuit et finit par la violence et le meurtre.

La volonté de puissance nihiliste , point commun du terrorisme islamiste et de la terreur nazie

Publié mars 28, 2010 par gb
Catégories : antisémitisme, guerre au proche orient, islamisme, Les ennemis de l'Occident, notes de lecture, Uncategorized

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Klaus Mann , le fils de Thomas Mann ,  dans un de ses écrits anti -nazis publié sous la forme d’un recueil intitulé “Contre la barbarie” , racontait comment il s’était par hasard  trouvé assis dans une brasserie munichoise à quelques mètres de Hitler et s’interrogeait sur la façon dont le monde avait pu laisser un personnage aussi minable développer son système de crime et de folie . Il faisait déjà preuve d’une immense lucidité, à l’époque ,  en dénonçant sans relâche  les lâchetés et les bassesses des intellectuels qui se ralliaient ou faisaient preuve d’ambigüité vis à vis  du discours mensonger, criminel et ennemi de toutes les valeurs spirituelles et civilisées tenu par les nazis , et en révélant les deux ressorts fondamentaux de Hitler  ( dont il disait , reprenant la critique d’un autre , qu’il n’y avait pas à en faire la caricature tant il était lui-même sa propre caricature):

- un égocentrisme monstrueux, dont il avait lu la présence dans ce regard froid et vide qu’il avait croisé dans cette brasserie

–sa volonté de détruire tout ce qui l’entourait.

Dans sa lucidité prémonitoire, Klaus Mann avait perçu  ce qui était fondamental dans le nazisme , derrière le bazar idéologique raciste et nationaliste : le fait que tout cela pouvait être  toujours abandonné d’un instant à l’autre si la recherche du pouvoir l’exigeait – et malheur à l’idiot qui prenait au mot  ces idées ou ces déclarations. Les seuls nazis intelligents étaient ceux qui comprenaient que tout cela n’était que l’habillage nécessaire à la pure volonté de puissance , qui s’exprimait d’ailleurs  dans le discours  idéologique sur les êtres supérieurs et les êtres inférieurs , et dans le pouvoir absolu de vie et de mort résumé  dans le mot ou le geste -gauche -droite – qui dans les camps décidait de la vie ou de la mort des êtres humains.

La volonté de puissance nue, exprimée  dans le sadisme des rapports à l’intérieur du système lui même , comme dans l’idéologie débile du surhomme ,et dans la réduction  de l’existence aux purs rapports de force , ne pouvait conduire que à l’anéantissement de l’Autre indéfiniment renouvelé.

Klaus Mann l’avait parfaitement compris en disant très tôt après la guerre que même si les nazis avaient gagné la guerre contre les Américains et les Russes , , ils se seraient trouvé d’autres adversaires à combattre ( y compris dans leurs rangs s’il le fallait) par ce que justement la volonté de puissance ne s’éprouvait que dans l’anéantissement de l’autre répété à l’infini.

En même temps , la compréhension fulgurante qu’il avait eu , en un regard , de la minabilité de Hitler  donnait la clef de cette volonté de puissance exacerbée jusqu’au crime de masse: la “banalité du mal”  développée par Hannah Arendt était  l’effet de la médiocrité humaine  fondamentale de ces nazis  et du refus de se reconnaître en elle : La galerie de médiocres grotesques des dirigeants nazis est édifiante : Eichmann , le bureaucrate obséquieux ,Himmler , le “surhomme” grassouillet ,  Goering , l’obèse vaniteux , etc… Tous ces hommes, pour avoir le sentiment d’exister , ont choisi de se surpasser dans le Mal, à défaut d’être capables du Bien. C’est ainsi que se constitue une collection de cas de nihilistes , ivres d’orgueil et de toute puissance , choisissant d’être par le pouvoir de tuer , de détruire , de terroriser,et d’anéantir et jouissant de ce pouvoir.

C’est là que gît la nature perverse du nazisme et du terrorisme : ils sont pur plaisir de dominer , de maîtriser  , de faire souffrir et de détruire l’ Autre , pure jouissance tirée  de la haine déclenchée par le fait que l’ Autre existe malgré eux et mieux qu’eux.

On rejoint par là la thèse de H.M. Enzensberger sur le “perdant radical”  qu’il définit comme celui  qui a l’impression  de n’avoir aucune des raisons de de satisfaction qu’ont les autres ( réussite personnelle , familiale , sociale ) -le raté intégral qu’était Hitler , peintre raté et clochardisé – et qui est envahi par la rage et la haine contre les autres qui ont réussi ou qui ont au moins une part de satisfaction dans la reconnaissance d’un statut valorisant quelconque : machisme de certains groupes , orgueil des “petits blancs” de faire partie d’une “race supérieure” ,etc.

C’est ce qui se passe dans l’univers des terroristes islamistes , ou l’on voit se dessiner une opposition entre les petits soldats que l’on envoie se faire sauter,  qui croient  dans le fatras idéologico- religieux qu’on leur administre , et sont poussés par la rage et l’humiliation de leur sentiment de non existence , et la haine de voir les autres exister tranquillement à côté d’eux, et  les dirigeants , qui vivent une épopée du Mal , jouissent de faire irruption sur la scène de l’Histoire et des médias , prennent la mesure de leur puissance par les difficultés des démocraties à trouver la parade à  leurs techniques de meurtres de plus en plus raffinées ( les dernières trouvailles étaient les explosifs cachés dans l’anus des terroristes et  les explosifs liquides injectés dans la poitrine de femmes -kamikases).

Là encore , on retrouve  dans l’idéologie d’Al Kaïda (à distinguer du simple intégrisme musulman) des similitudes avec l’idéologie nazie : la domination de la religion musulmane  comme but à remplacé la domination de la race germanique , le “complot”  sionisto-américain  a remplacé le complot judéo-ploutocratico américain , la démocratie est méprisée comme il y a 60 ans et ses faiblesses  exploitées cyniquement .

La seule différence est la détermination des puissances occidentales – malgré l’existence d’un courant pacifiste dans les pays européens qui refuse l’idée de se battre contre le danger et préfère se fermer les yeux , à l’image des munichois de 1938 , inconscients des immenses souffrances qu’allaient leur infliger – en plus du déshonneur – leur lâcheté et leur aveuglement.

Comme à l’époque des nazis , il n’existe pas d’alternative. La lutte ne cessera que par la destruction de l’un des protagonistes.

Klaus Mann disait que “Hitler n’était pas un génie du Mal ni un surhomme diabolique.Il était simplement  d’une méchanceté peu commune et un peu cinglé”.

On peut ajouter que les hommes  sont souvent prêts à suivre ceux qui flattent leurs pulsions insatisfaites , ce que savent  tous ceux qui veulent le pouvoir , et que Hitler avait compris quelles étaient celles de la masse du peuple allemand, comme les dirigeant terroristes islamistes  comprennent les frustrations  , les humiliations et les souffrances des masses musulmanes. La volonté de puissance est une composante  fondamentale de l’humain. Elle rejoint quand elle devient un but en soi la pulsion de mort imaginée par Freud ,pulsion de haine et de destruction , et de lutte contre l’Esprit.

Le terrorisme islamique de notre époque montre que les masques que peut prendre la recherche perverse de cette jouissance  sont infiniment variés et renouvelables et que tous les peuples peuvent céder à l’appel des sirènes séductrices de la volonté de puissance , même les plus cultivés et les plus éduqués , comme les peuples européens de l’entre -deux- guerres.

LA DERNIERE UTOPIE , un livre de Caroline Fourest sur les menaces qui pèsent sur l’ universalisme

Publié mars 12, 2010 par gb
Catégories : communautarisme, identités nationales, laïcité, notes de lecture, questions d'identité

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Une utopie se meurt, l’universalisme: c’est la conclusion que tire Caroline Fourest en disant que cette ambition au coeur de la révolution Française, gravée dans le marbre de la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948, lui semble à bout de souffle.

Aux Nations Unies, certains états invoquent des “circonstances nationales” pour ne pas appliquer les droits de l’homme, et le “respect des religions”pour limiter la liberté d’expression. Au nom de la “diversité” des politiques cultivent le droit à la différence contre le droit à l’égalité. Au nom de la résistance à l’impérialisme, des militants amalgament universalisme et néo-colonialisme. Au nom de la tolérance , on tolère le fanatisme..

Peut-on tout tolérer -l’excision et l’infanticide -  au nom des coutumes ? Faut – il organiser des créneaux non mixtes dans les piscines ? Retirer les sapins de Noël des places publiques ?

Comment être antiraciste sans tolérer l’intégrisme, refuser la confusion multiculturaliste et la tentation monoculturaliste?

Droit à la différence ou droit à l’indifférence:

CF examine  la façon  opposée dont l’antiracisme s’est constitué en France et dans les pays anglo-saxons.

Elle remarque entre autre chose la façon dont en France ,le rapport à l’identité  à été lié  plutôt à l’idée de choix de vie fondé sur un libre arbitre (cf Renan et l’idée de nation et les conceptions philosophiques existentialistes) plutôt que à l’idée d’une nature  biologique ou constituée  principalement du legs des générations antérieures.

Revenant sur le succès récent du terme de “diversité” , elle montre comment la volonté manifestée par  le gouvernement à un moment d’introduire le terme dans la constitution aurait eu , si le Conseil  Constitutionnel ne s’y était pas opposé, pour effet d’orienter dans un sens plus “différentialiste” les politiques publiques , favorisant le droit à la différence plutôt que celui à l’indifférence.

La question des statistiques ethniques, souhaitée par le gouvernement, montre comment dans tous les secteurs, l’influence des modèles anglo-saxons , supposés affronter la question des différences ethniques avec plus de courage que  en France, a poussé dans un sens corrigeant l’universalisme républicain et le faisant glisser vers le modèle multiculturel  anglo-saxon.

Les lobbies communautaristes se sont engouffrés dans la brèche, espérant trouver dans  ces statistiques  des arguments leur permettant d’exercer une pression pour obtenir une proportionnalité avec les chiffres des populations “particulières” , avec  à la fois un argument “égalitariste” (tant de membres du groupe nécessitant un nombre proportionnel d’élus,  un pourcentage égal d’admis dans les universités, les directions d’entreprises et finalement dans toutes les professions,), et une menace  électorale sous jacente.

On a vu ainsi le CRAN , se présentant comme le représentant des Noirs en France, défendre les statistiques ethniques contre les mouvements antiracistes ,  en s’appuyant d’ailleurs sur des statistiques  fantaisistes, surestimant largement l’importance de la communauté noire en France

Ce problème rejoint celui de la “discrimination positive”,  où , là aussi , le gouvernement a commencé par envisager des mesures à l’américaine avant de revenir à des positions plus républicaines, c’est à dire visant à corriger les inégalités sur la base de critères sociaux et économiques et non communautaires ( exemple: l’admission d’élèves venant de milieux défavorisés  dans des grandes écoles non par des places automatiquement réservées ou un concours spécial, mais par la mise en place de moyens de soutien plus adaptés ( bourses, tutorat, classes de préparation adaptées ).

Inversement, les excès de l’”affirmative action” montrent les dérives possibles de ce système . La loi, en Union Sud Africaine qui  interdit d’embaucher un Blanc si un Noir à les compétences pour l’ emploi, a pour but initial de lutter contre le chômage de masse des Noirs, en partie consécutif à l’Apartheid antérieur, mais elle  conduit à la mise au chômage  et à la misère des petits blancs sans qualification. De plus , la loi a été biaisée en qualifiant les Chinois de “Noirs”, sous prétexte que dans l’apartheid ,ils étaient rangés dans la catégorie de métis, alors que cette loi permet en fait, non pas de réparer l’injustice subie, mais d’embaucher les centaines de milliers de chinois émigrants récents avec l’implantation de la Chine dans le pays.

“  Comment faire société, comment maintenir un minimum de valeurs communes tout en répondant à l’inflation de dérogations demandées au nom de la culture ou du du religieux ?” s’interroge CF Il  y a bien longtemps remarque -t-elle que la plupart des sociétés humaines ne sont plus des tribus homogènes. La nouveauté vient du fait que” la coexistence culturelle ne se fait plus par la force,la conquête ou la colonisation, mais de plus en plus sur la base du consentement. Ce qui  oblige à penser le pacte entre minorités et majorité là ou la norme et le rapport de force l’imposaient jadis. Où mettre le curseur pour respecter la diversité sans défaire l’unité.Répondre à ces questions suppose d’arbitrer entre différents types de liberté comme la liberté d’expression et la liberté religieuse; mais aussi d’arbitrer entre les priorités des différentes communautés lorsque les intérêts d’une minorité entrent en collision avec ceux de la communauté nationale ou avec ceux d’une autre minorité au sein de l’espace national”.

Sur la  question de l’équilibre entre langues régionales et langue nationale ,  reprenant la question ouverte par Mona Ozouf dans son livre  remarquable”Composition française ” (voir article sur le blog), CF exprime un point de vue partagé entre résistance à l’uniformisation et crainte de voir les particularismes régionaux menacer l’idéal commun. Ce problème rejoint celui de la coexistence entre langue nationale et langue des migrants. Elle cite l’exemple de la Californie ou plus du quart des habitants sont hispanophones, beaucoup exclusivement: une société peut elle se permettre de laisser un trop grand nombre de citoyens ne pas maîtriser la langue commune? N’est ce pas le meilleur moyen de conduire à la ghettoïsation des migrants et de les rendre vulnérables à l’exploitation?

Elle conclut que l’enseignement de la langue d’accueil est une condition sine qua non de l’égalité et de l’universalité, ce qui justifie la décision prise part de plus en plus de pays européens (Pays bas , France, etc.) d’imposer des tests de langue comme condition pour émigrer.. Elle remarque également le changement de contexte lié au fait que , contrairement à l’émigration de la génération précédente, la nouvelle n’envisage plus vraiment le retour au pays , ce qui à l’époque avait entraîné un programme d’apprentissage de la langue du pays d’origine, qui est tout à fait à contre-temps maintenant ou les enfants d’émigrés se retrouvent dans un entre-deux identitaire ou la double culture est plutôt source de déchirement.

Communauté et communautarisme :

CF  oppose les deux notions, la communauté n’étant rien d’autre qu’un regroupement sur la base d’une identité ou d’affinités culturelles , alors que le communautarisme est une démarche plus radicale conduisant à se regrouper dans le rejet des autres ou des règles communes, au point de vouloir déroger à l’universel.

Les exemples abondent du désarroi des institutions confrontées à ces demandes communautaristes qui se présentent sous le visage d’expressions  de la liberté religieuse et qui grignotent l’espace  des libertés publiques (demandes d’horaires de piscine interdits aux hommes ou réservés à ceux qui portent des tenues dites “pudiques” au sens religieux, refus de soins en urgence si il s’agit d’un médecin homme pour une femme,( plusieurs hôpitaux anglais se sont dotés d’une burka chirurgicale!)etc.

Le modèle d’intégration en débat:

CF reprend la définition donnée par Emile Durkheim de l’intégration: “Un processus par lequel une société parvient à s’attacher les individus, les constituant en membres solidaires d’une collectivité unifiée”. Elle rapproche cette définition de celle produite par le Haut Conseil à  l’intégration :”Sans nier les différences, en sachant les prendre en compte sans les exalter, c’est sur les ressemblances qu’une politique d’intégration met l’accent afin, dans l”égalité des droits et des obligations,de rendre solidaire les différentes composantes ethniques et culturelles de notre société, et de donner à chacun, quelle que soit son origine, la possibilité de vivre de cette société dont il a accepté les règles, dont il devient un élément constituant.”. CF souligne que ce modèle français d’intégration ne signifie en aucun cas la négation des différences, mais insiste pour que tous les citoyens se sentent partie prenante de la société. Ainsi, dit-elle , l’intégration se présente comme un juste milieu entre l’assimilation – cette contrainte normative poussée à l’excès-et l’absence de projet commun, sans lequel une société humaine se résume au partage de la richesse économique.

La confusion entre intégration et assimilation vécue comme uniformisation ne touche pas que les citoyens ordinaires.Le tableau que CF dresse  des positions prises par les sociologues face à ces questions , au coeur de leurs pratiques et de leurs réflexions, est effrayant par l’aveuglement , les parti-pris idéologiques, les préjugés, la fermeture aux réalités  et la foire d’empoigne dépourvue de toute objectivité qui caractérise  les points de vue dans ce secteur des sciences humaines.Entre l’assimilationnisme “franc” de Emmanuel Todd qui propose la fusion complète par exemple des Juifs dans la population , et le communautarisme revendiqué d’un Tobie Nathan , pour qui il n’existe pas ” de souffrance du migrant en dehors de son groupe” et pour qui tout universalisme est “une forme de domination occidentale” (sic) existent des innombrables intermédiaires.

CF insiste sur le fait que un certain multiculturalisme, qui il y a 20 ou 30 ans s’était développé en réaction au côté abstrait et conservateur du républicanisme de l’époque, n’a pas pris en compte les nouveaux défis et les nouveaux rapports de force qui traversent la société:percée de l’intégrisme,dégradation du vivre ensemble, montée des pressions communautaires sur les individus, recul du droit des femmes dans les quartiers populaires.Aujourd’hui  ou des mouvements réellement communautaristes et rétrogrades  veulent être tolérés au nom du respect des cultures et de la religion, le credo républicain vise moins à conserver une norme dominante qu’à protéger les acquis émancipateurs.. Dès lors, il change de sens et devient plus progressiste que normatif. Un certain nombre de sociologues refusent de revoir leur grille de lecture et hurlent de façon pavlovienne contre toute  exigence envers une minorité comme s’il s’agissait toujours d’une injonction raciste , xénophobe ou néocolonialiste.

Le Canada , berceau du multiculturalisme :

CF lui consacre une étude fouillée et au passage examine les théories du chantre canadien  et international du multiculturalisme: Charles Taylor , philosophe et homme politique de gauche (candidat aux élections): celui- ci a bâti tout un système philosophique qui distingue trois stades dans l’histoire mondiale des sociétés:: les sociétés hiérarchiques de l’Ancien Régime, valorisant l’honneur; l’idéal universaliste, valorisant au contraire l’égale dignité. Le troisième stade,tout en maintenant une dose d’universalisme, doit selon lui reconnaître “l’authenticité” comme étant la base de” l’idéal moderne”. “Avec la politique d’égale dignité , ce qui est établi est censé être universellement le même, un ensemble identique de droits et de privilèges; avec la politique de la différence, ce que l’on nous demande  de reconnaître, c’est l’identité unique de cet individu ou de ce groupe, ce qui le distingue de tous les autres.

On reste confondus devant le simplisme ridicule de la vision de l’histoire et la réduction des problèmes  de constitution des sociétés à un seul critère psychologique :celui d’un équivalent  de la crise d’originalité adolescente  , à la recherche d’une petite différence qui fonde  une identité en recherche d’elle même; La dimension vague du concept d’authenticité , dont on devine qu’il fonde une normativité de la collectivité restreinte ouvre la porte à tous les essentialismes suspects  (volkgeist, âme du peuple, voix du sang ,etc.) et à toutes les obligations de conformité (pour être un Allemand authentique, ou un musulman ou un juif authentique).

La polémique sur les signes extérieurs religieux; le problème du voile.

CF montre comment la bonne volonté  multiculturaliste se transforme en passoire face à des revendications religieuses radicales. “Empruntant le visage du minoritaire et l’accent du culturel, les exigences les plus intolérantes, notamment contraires à l’égalité hommes- femmes et à la liberté d’expression brouillent sa grille de lecture”

“Ainsi, le voile s’inscrit dans une reconquête politique qui défie le processus de libération des moeurs en proposant le sexisme comme réponse à la convoitise. Il est revendiqué par des mouvements qui veulent imposer cet uniforme pour mieux unifier les différentes communautés musulmanes sous la bannière d’un islam radical. Contrairement au pendantif en forme de croix , le voile  ne pose pas que la question de la laïcité, mais aussi celui de  l’égalité hommes-femmes.”

“Confrontée à un voile de plus en plus politisé et revendicatif au sein de l’école publique, la commission Stasi avait choisi de soutenir en priorité les élèves dont les convictions s’approchaient le plus de l’idéal républicain: celles qui ne souhaitent pas porter le voile à l’école et redoutaient de se voir accuser de “trahir” si ce voile était alors toléré.. Ce pari de la République a été gagné. Un nombre infime de lycéennes et de collégiennes ont choisi de quitter l’école publique et la loi a largement contribué à apaiser le climat scolaire”.

Pour éclairer ces différences d’approche dans les rapports avec les minorités religieuses et culturelles , CF examine encore la différence de relation entre l’Etat et la religion aux USA et en France. Aujourd’hui , la plupart des pays reconnaissent et subventionnent les religion , USA en tête. La France , elle, “ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte”.  En France la République a du s’arracher à une monarchie de droit divin et donc à la religion.. L ‘Amérique, au contraire sert de refuge à toutes les religions et sectes persécutées. Aux USA, les intégristes peuvent s’identifier aux “pères fondateurs” et le religieux conserve une part de supériorité morale sur le politique. En France, depuis Voltaire, ceux qui veulent mettre le loi de Dieu au-dessus de celle des hommes sont considérés comme des “fanatiques”. Ainsi s’opposent le  “freedom  from religion ” ( se libérer de la religion) de la France et le  “freedom for religion”  (liberté de religion) des Etats-Unis. Contrairement à la laïcité de la reconnaissance (américaine) , la laîcité française ne suppose pas un état neutre ,  mais un état au service de l’émancipation et de la citoyenneté.

Pour conclure CF revient sur ce qui constitue l’ axe de son livre: le fait que les revendications émanant de minorités victimes de racisme ou de ségrégation ont changé de sens avec l’apparition de mouvements réactionnaires ou intégristes , dont l’intolérance trompe la vigilance avec d’autant plus d’impact que la religion n’est pas seulement une culture, mais un système de valeurs pouvant entrer en concurrence avec la loi.

“Si le croyant opte pour une vision intransigeante de sa foi et entend placer  ses convictions religieuses au dessus des lois communes , ce n’est pas à l’Etat mais à l’intransigeant de s’accommoder”, sinon “la tolérance sert à tolérer l’intolérance”.

La haine de l’Occident rassemble toutes les dictatures et tous les archaismes fanatiques

Publié février 2, 2010 par gb
Catégories : actualité au proche orient, communautarisme, conflit israélo arabe, Les ennemis de l'Occident

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A l’heure de la mondialisation et de l’obligation impitoyable  de s’adapter à une modernité qui accélère la mutation des sociétés  et modifie les paysages sociaux  à une vitesse telle que il n’y a plus de temps comme auparavant pour que les gens aient le temps d’intégrer ce nouveau paysage mental , c’est l’Occident qui est désigné  comme le responsable de cette modification , confondue avec le règne d’un capitalisme débridé.

En France même, la perte d’identité du prolétariat ouvrier, diminué numériquement par la désindustrialisation et le développement de la société de services,  , la  précarisation liée à la crise et  aux emplois à durée déterminée qui empêchent la projection dans l’avenir ,  le sentiment d’un recul social par rapport à la génération précédente qui avait, dans les grandes entreprises une certaine sécurité en contrepartie de ses bas revenus , le recul de la force de  négociation des syndicats , le mélange avec un sous prolétariat immigré qui dévalue l’image traditionnelle des savoir faire  ouvriers , conduisent à une forme de désespérance sociale , qui ronge la solidarité nationale.

Sur ce terreau de souffrance sociale , de crainte du déclassement et d’horizon bouché pour une part de la jeunesse ,  renaît  le refus radical du système accusé  d’indifférence  ,et se redéploient les idéologies gauchistes  et tiers -mondistes qui lient dans une même diabolisation les Etats Unis , grand Satan universel , les dirigeants , de gauche ou de droite en charge des affaires du pays, et Israël, figure symbolisant, à travers  l’imagerie d’Epinal qui fait du Palestinien la victime absolue , le bourreau de tous les “damnés de la Terre”. la puissance maléfique et perverse qui fait obstacle au bonheur des peuples et qui permet de haïr en toute bonne conscience.

Dans le monde arabo-musulman , la rage de faire le constat de l’incapacité essentielle de la société traditionnelle , clanique et communautariste,  à enfourcher le cheval de la modernité ,et à apporter des pierres supplémentaires à la production scientifique et intellectuelle du siècle , se traduit par une fuite en arrière  dans l’archaïsme religieux, dans l’agrippement  aux rapports sociaux de domination d’un sexe sur l’autre, et dans la soumission  à des modes  momifiés d’autorité fondés sur  l’exclusivité de la référence à un texte sacré   qui rend sacrilège tout exercice de la pensée  indépendant des canons religieux.

La société arabo-musulmane , figée dans sa soumission à” l’homme fort” , aux rapports de filiation et de clientèle qui empêchent la constitution d’élites dévouées à l’Etat et au bien public que des  siècles d’élaboration ont constitué en Occident , craque dans la confrontation avec  ce monde moderne face auquel elle est démunie des outils indispensables que sont l’instruction (le taux d’analphabètisme reste très élevé) et  l’exercice de la pensée libre.

L’Occident est alors vécu comme le destructeur de cette société que le contact avec le monde extérieur menace comme les épidémies qui ont décimé les mondes écartés des germes européens vis à vis desquels les Européens avaient pu élaborer des défenses immunitaires

De même que l’Europe est passée d’une civilisation paysanne à une civilisation industrielle, puis post industrielle en un siècle , le tiers monde aborde ces mutations sans guides intellectuels , sans élites qui ouvrent le chemin , sans amortisseurs sociaux. Les déséquilibres économiques s’ajoutent aux désorientations culturelles ,ne laissant que des visions de désespoir aux populations. La seule issue conçue spontanément par les populations est alors le renfermement protecteur dans le système ancien et l’éradication la plus grande possible de tous les éléments rattachés à cette culture occidentale vécue comme antagoniste et dangereuse.

Chez une minorité, cela deviendra l’idéologie du “djihad” , avec la référence mythique à l’époque des Croisés et à la victoire des Musulmans sur les envahisseurs Occidentaux

Pour le plus grand nombre , la religion fournira sa consolation et  son appui structurant face à l’incompréhensible du malheur qui s’accumule,et donnera l’impression que l’impuissance n’est pas totale face à ce destin , surtout évidemment si Dieu mets son poids dans la balance.

Le troisième grand groupe d’ennemis de l’Occident se trouve du côté des deux grands ex empires de l’époque communiste, la Russie et la Chine.

La Russie qui sort de 70 ans de dictature communiste n’a jamais véritablement connu de système démocratique. Le peuple russe est passé  directement de  deux siècles de domination mongole à la dictature autocratique des Tsars et au servage maintenu jusqu’au 19ème siècle ; puis il est entré dans le régime de terreur camouflé  en discours démocratique du régime soviétique jusqu’à l’écroulement de celui -çi.

Le lent apprentissage du maniement de la démocratie par les pays européens et l’Amérique depuis le 18ème siècle , la lente mise en place de systèmes d’équilibre des pouvoirs qui ne paralysent pas pour autant les énergies , la constitution d’édifices juridiques, administratifs, politiques , éducatifs, qui permettent  l’expression d’une volonté collective et l’éducation des masses  tout en évitant la confiscation du pouvoir par des groupes qui ensuite  organisent la non réversibilité de cette prise de pouvoir , toutes ces étapes ont été manquées par le peuple russe , ce qui a permis à l’ancien régime de se  perpétuer sous une autre forme : un nouveau régime autoritaire et policier, ou l’opposition es un délit et ou les journalistes dissidents meurent sous les balles des sbires du régime.

L’ouverture vers la démocratie s’est confondue dans la pensée du peuple avec le capitalisme sauvage qui a précipité dans la misère une partie du peuple  qui avait accepté sa soumission au despotisme en échange d’une relative sécurité  et  d’une influence sur le cours des évènements mondiaux. Le régime policier et autoritaire qui s’est mis en place est apparu comme  un mal moindre que la dislocation de l’empire et la rétrogradation  au rang de pays quasi sous développé, comme l’ était la Russie ancienne , toujours en retard sur les puissances européennes. C’est ce statut de puissance de 2ème ordre , retardée et  rétrécie d’un tiers de sa surface et de sa population , que les Russes rejettent , espérant une revanche qui lavera l’humiliation subie  par l’échec  de leur tentative d’être  les égaux de l’Occident.

Là aussi , la nostalgie de l’homme fort , de Ivan le Terrible à Staline, qui instaure une dictature sans limite, mais satisfait le désir de revanche lié au retard économique et social par rapport à l’Occident , et donne au peuple le sentiment de sa puissance collective ce qui le console de son absolue impuissance individuelle devant le pouvoir ,compense l’humiliation de la déchéance de la place de maître du monde à  égalité avec les USA de la période de la guerre froide.

En Chine enfin,ce n’est pas tant la haine de l’Occident que la froide défense du système en place, qui  est conçu comme ne pouvant pas résister à l’introduction de la liberté  ,  qui détermine l’étrange mélange de capitalisme sauvage, de restes réchauffés  du régime communiste maintenu en place tout en étant vidé de son idéologie ,et d’un orgueil national qui reflète le sentiment de puissance en vertigineuse ascension et qui aspire à une domination mondiale dont le tenant du titre, et donc l’adversaire est l’Occident.

Déja se dessine , non pas la collaboration  dont rêvent les optimistes, mais le rapport de force de plus en plus tendu entre le tenant du titre et le challenger. Les adversaires accumulent les forces ,bâtissent les alliances,  les zones d’influence, anticipent les épuisements de matières premières ,assurent les approvisionnements.

La Chine applique sa vieille stratégie: modifier insensiblement le rapport de force de telle façon que à un moment l’adversaire n’ait même plus le désir de se battre devant la disproportion des forces: la vraie victoire est celle pour laquelle on n’ a même pas eu besoin de se battre.

Outre le passage par le communisme et les années de terreur dans ces deux grands pays , on retrouve la même histoire d’absence  d’opposition entre forces sociales s’équilibrant , comme la noblesse et la royauté, l’Eglise et le pouvoir royal , la bourgeoisie et l’aristocratie dans les pays occidentaux ,et qui ont conduit à des protocoles de compromis,  à l’expression de désaccords , à l’ acquisition d’une culture des contre pouvoirs. Les régimes asiatiques n’ont connu  que le pouvoir absolu et la soumission face à l’arbitraire et à la cruauté du pouvoir. Les pays occidentaux ont connu historiquement les chartes , les Lois , les constitutions , qui protégeaient les libertés contre l’arbitraire des puissants. C’est ce qui fait que les textes de lois en Russie ou en Chine sont inexistants (justice chinoise) ou purement formels, en Russie, aucun des droits constitutionnels n’ayant de force devant le pouvoir concret des dirigeants et des services de l’Etat à leur entière dévotion.

Toute cette hostilité ,qui bénéficie aux dictateurs et aux démagogues qui excitent la rage, l’humiliation , la frustration des masses malheureuses et leur désignent des boucs émissaires  montrent que si la haine l’emporte actuellement sur l’envie et l’admiration antérieures , la supériorité morale du système qui développe l’aptitude à penser  et à vivre librement  et à construire la dignité de l’homme par sa participation à son destin ,en lui donnant les outils intellectuels et institutionnels pour cela ,  reste inentamée. C’est pourquoi l’Occident doit maintenir l’universalité de ses valeurs et ne pas se désolidariser de ceux qui , Etats Unis et Israël au premier chef , sont élus comme cibles par ceux que les libertés rendent malades.

Le plan de paix américain au Moyen Orient

Publié janvier 13, 2010 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, pacifistes en Israël

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d’après l’article de Adrien Jaulmes du “Figaro” du 13/01/2010.

Les Américains, conscients de l’impasse dans lesquels ils se sont mis avec l’exigence d’arrêt complet de la colonisation que Netanyaou ne pouvait accorder sans faire exploser son gouvernement ( mais dont il n’était pas partisan de toutes façon), ont apparemment décidé de laisser de côté ce qui était devenu un préalable pour les Palestiniens.

Leur objectif , qui serait d’obtenir un accord final dans les deux ans, est de relancer les discussions . L’idée serait de laisser de côté pour le moment les points les plus ardus à résoudre, c’est à dire la question de Jerusalem et celle du retour des réfugiés, et à essayer dans un premier temps, dans un délai de 9 mois d’arriver à un accord sur les frontières des deux Etats.  Les frontières ainsi tracées , avec des corrections mineures et des échanges de territoires, permettraient à l’Etat Israélien de reprendre les constructions dans les parties qui lui seraient reconnues , avant la fin du moratoire de 10 mois annoncé pour la Cisjordanie.

L’élément nouveau apporté dans cet article est l’ information selon laquelle les Américains auraient commencé à évoquer des pressions financières sur l’Etat Israélien, à travers  les garanties fournies par les Américains pour les lignes de crédits.

Parallèlement, les Américains font pression sur Abbas pour qu’il renonce au préalable de gel total de la colonisation avant la reprise des pourparlers.
Les deux interlocuteurs des Américains ont leur fragilités : celle de la coalition de Netanyaou du côté israélien, celle de Abbas , déconsidéré aux yeux des Palestiniens par  l’ absence de contrepartie à ses concessions aux  Israéliens en matière de sécurité et par la corruption de son administration.

Là encore, le parti pris des mouvements pacifistes pour l’arrêt total de la colonisation, si il est justifié du point de vue du sentiment d’injustice des Palestiniens, aboutit à un alignement complet sur le maximalisme palestinien et à une justification de ne pas reprendre les pourparlers qui en définitive est une prime à l’intransigeance et au refus de tout compromis.

Inversement, le maximalisme des colons israéliens , leur refus fanatique de toute concession et la pression qu’ils entretiennent sur le gouvernement israélien risquent de produire l’effet le plus dangereux qui soit: que le s Etats Unis cessent de voir en Israël un allié privilégié et un ami précieux, mais plutôt un petit état obstiné à ne voir que son avantage à court terme et  dont une pression économique est un moyen simple de le faire plier, ce d’autant plus que les Américains ont le sentiment de chercher à faire le bien d’Israël malgré lui, puisque une cohabitation de deux états pour les deux peuples est la seule solution qui  peut éviter, peut être, une guerre à outrance sans répit jusqu’à ce qu’un jour advienne une défaite israélienne.

Ce plan a évidemment le mérite d’exister et de fournir une base aux tentatives d’avancée dans les négociations.

Mais  le fond du problème reste  que le poids du Hamas , l’affaiblissement de l’AP , la possibilité pour l’Iran de maintenir par le canal de ses affidés la menace d’une relance  du terrorisme, la prévisibilité d’un nouveau round militaire ave le Hamas certainement, et avec le Hezbollah si les extemistes de l’Iran de Ahmadinejad le décident,  rendent plus probable un pas de plus vers une nouvelle conflagration que vers la paix. Il n’est pas indispensable d’espérer pour entreprendre , mais le pessimisme reste plus justifié que l’optimisme. Les préparatifs de guerre , au Moyen Orient, ne sont pas en général un moyen  d’obtenir la Paix, et les négociations de paix ne prémunissent en rien contre la guerre.

Iran: le pouvoir, de plus en plus isolé, choisit la fuite en avant dans la violence et la terreur

Publié janvier 1, 2010 par gb
Catégories : islamisme, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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La rapidité avec laquelle le mouvement de contestation en Iran se développe et s’intensifie étonne le monde et ouvre une période d’incertitude ou se mélangent l’espoir et la crainte du pire.

L’espoir, car pour la première fois depuis le début de l’existence de la République Islamique, le régime est inquiété par l’existence de forces qui contestent son habilitation à régenter la société uniquement sur la base des décisions des potentats religieux, sans que le peuple ne manifeste en quoi que ce soit sa volonté, et en particulier une désapprobation des orientations choisies par le “guide suprême” et son aéropage de grands prêtres.

La prise de conscience par une part grandissante de la population  de ce qu’ils sont devenus les otages d’un groupe ultra extremiste , qui est déterminé à ne tenir aucun compte de leurs aspirations ni de leurs intérêts et à les utiliser comme masse de manoeuvre  pour la réalisation de ses  fantasmes théocratiques entraîne un mouvement de panique du côté   du groupe qui a pris le contrôle de l’appareil d’Etat, qui sent le terrain se dérober sous ses pieds.

D’abord parce que c’est une déconsidération morale qui les frappe, en les démasquant de leur apparence de dirigeants respectueux des désirs du peuple,  et parlant au nom de ce peuple. Ils n’apparaissent plus maintenant que comme un groupe prêt à tous les mensonges, toutes les menaces et toutes les violences pour garder le pouvoir, et n’ayant que mépris pour ceux qui se démarquent de leur folie extremiste.

Ensuite, parce que chaque manifestation de résistance à la terreur policière et para-policière  du régime entraîne une disqualification plus grande  du pouvoir, une perte de respect pour  son autorité, et une prise de distance avec ses fondements mêmes, c’est à dire le pouvoir discrétionnaire des religieux sur le pays.

A l’étranger également, le prestige du régime “fort” des ayatollahs est ébranlé par la  vision de sa  difficulté à contrôler sa population ,et par le spectacle de l’inquiétude qui le saisit, alors qu’il est au pouvoir depuis trente ans.

Sur le plan diplomatique international, l’extrême agressivité du régime, ses menaces , ses insultes , et ses provocations continues, signent de plus en plus la nature ultra-religieuse de ses déterminations, la volonté de puissance étant de plus en plus visiblement l’expression  des buts d’expansion idéologique qui priment sur tout le reste aux yeux de la petite secte dogmatique qui  contrôle le pays. De cela, les autres pays sont obligés de tenir compte, d’abord dans la réduction des illusions qui existaient sur sa capacité à “faire des choix raisonnables”.

En effet, face aux considérations idéologiques religieuses, les paramètres “rationnels”(  économie, intérêt national, bien être de la population ) sont d’une importance insignifiante aux yeux de ceux pour qui  l’important est la venue de l’Imam caché et la mise en oeuvre du règne de Dieu.

Il y a eu une volonté systématique des gouvernements occidentaux de refuser de voir ce qui était parfaitement visible: la nature idéologique  et irrationnelle du régime iranien.  La volonté de croire  à une continuité profonde de la politique iranienne au delà des  orientations idéologiques a conduit à un déni de la réalité: celle de la cohérence profonde  du régime avec  l’idéologie  intégriste qui en est l’âme et qui le structure de part en part. C’est le propre de cette idéologie de mettre toutes les considérations au second plan  derrière la volonté d’étendre le règne de Dieu.

Il en est résulté un contresens sur la nature et les intentions du pouvoir iranien, qui ont conduit à penser possible de conclure un “arrangement” avec celui-ci. Le contre sens était l’idée que la religion était mise au service d’une politique de puissance, qui n’était que la continuation sous une autre forme de l’ “éternelle” volonté de puissance de la Perse intemporelle, un peu comme si l’URSS n’avait pas été un régime dépendant plus de l’idéologie communiste et de son expansionnisme logique plutôt que  de l’ancienne Russie;

Or, ce n’est pas la religion qui est mise au service de la politique en Iran , mais l’inverse:la politique est mise au service de la religion et ce choix entraîne comme conséquence  une indifférence à la réalité, qui doit se soumettre au système religieux ou bien être combattue, et même détruite. De plus , comme dans tout système idéologique, la conviction de se battre pour le “Bien” entraîne l’autorisation d’avoir recours à tous les moyens, et même tous les crimes, ce qui aboutit très souvent  au minimum à des dictatures féroces (il n’est pas question de laisser une chance au “Mal” de reprendre le pouvoir qu’on lui a ravi) , parfois à des génocides (nazisme, meurtres de masse de la paysannerie en URSS, génocide du peuple cambodgien par les Khmers rouges  au nom d’un “maoisme” poussé à des extrêmes de délire imbécile).

C’est ce qui constitue le danger de la phase actuelle.

Car les observateurs de l’Iran  pointent la volonté actuelle du clan Ahmadinejad de faire évoluer le régime vers une dictature militaro-policière , ce dont témoigne la place de plus en plus décisive attribuée aux Gardiens de la Révolution , qui prennent une part de plus en plus importante dans les décisions politiques, tout en acquérant le contrôle direct de certains secteurs économiques, comme la SS , elle aussi garde prétorienne du régime , dans la dernière période du nazisme, gérait des pans entiers de l’économie allemande .

Le parallèle avec le nazisme doit être examiné, non à cause du négativisme et de l’antisémitisme ouvertement étalé par Ahmadinejad, mais à cause du nihilisme recelé par l’idéologie du système (indifférence à la vie humaine , exaltation du sacrifice, absence d’autre stratégie que l’escalade  de la menace )

Il existe donc un danger que le régime se transforme en  dictature militaro -théologique, et que la terreur prenne encore une dimension plus terrible que celle qui existe actuellement.

La menace agitée par le procureur de Téhéran d’inculper les dirigeants de l’opposition pour “défi à Dieu” pour cause de manifestations pendant l’ Achoura ( période pendant laquelle la police, qui a ouvert le feu ,  et les milices auraient fait plus d’une centaine de morts) donne la mesure à la fois du danger qui menace l’opposition et du délire dans lequel s’engage le pouvoir.

L’autre danger est celui de voir les dirigeants iraniens tenter de provoquer un conflit à l’extérieur pour tenter de ressouder la population dans un réflexe nationaliste. La guerre Iran-Irak avait été pour eux une aubaine de ce  point de vue. Il est sur que ils y pensent et gardent cette carte en réserve, si les choses empirent encore pour eux. Il leur suffirait de créer un incident aérien ou naval (les nazis avaient bien fabriqué un faux incident de frontière avec la Pologne pour justifier en apparence, auprès avant tout de leur propre population, l’invasion de la Pologne.) ou bien  de donner au Hezbollah la consigne de lancer des roquettes sur Israël pour mettre toute la région en feu.

De  toute façon, il est évident que les Iraniens au pouvoir actuellement ne cèderont pas sur l’accès au nucléaire militaire , maintenant encore moins que auparavant, puisque la possession  de la bombe serait pour eux , comme pour la Corée du Nord, un gage d’inexpugnabilité, ce qui est leur objectif minimum.

Par contre des sanctions économiquement efficaces pourraient  précipiter la contestation , si des difficultés économiques s’ajoutaient au difficultés politiques.

Il y a donc une course contre la montre qui double celle de l’effort iranien pour acquérir la bombe le plus rapidement possible : celle qui produirait un changement de régime  remettant en cause  la trajectoire dotant l’islamisme radical de la puissance atomique jointe à la folie de son discours expansionniste. Mais les enjeux sont tellement essentiels pour le camp islamiste que l’on peut être sur qu’il utilisera tous les moyens et la violence la plus extrême pour ne pas être privé de ce qui une des seules cartes efficaces dont il pourrait disposer.

Désemparés par la perte de toute prise sur le processus qui s’est enclenché, les islamistes n’ont le choix que entre deux solutions : lâcher du lest en se séparant de leur clan le plus extremiste et en sacrifiant  ceux qui se sont disqualifiés aux yeux du pays, mais il est probablement trop tard et les extremistes qui ont peu à peu noyauté les centres de pouvoir et de décision ne se laisseront pas mettre sur la touche sans se battre.. et ils disposent des milices , des services secrets et  de la force armée des gardiens de la Révolution.

Ou bien , ils utiliseront cette opportunité pour écraser par la terreur toute capacité d’opposition et constitueront un régime d’oppression et de terreur impitoyable pire que celui qui existe déjà, et prêt à toutes les folies  que peut  nourrir  le délire collectif fanatique dans lequel ils sont enfoncés.

Le monde à connu, après la folie hitlérienne et les dizaines de millions  de morts qu’elle a entraîné, quelques exemples de  délires meurtriers absurdes qui ont entraîné  des meurtres de masse inouïs, la palme revenant sans doute aux Khmers rouges  avec lesquels le port d’une paire de lunettes suffisait à équivaloir à une condamnation à mort.

La folie qui s’est emparée d’une partie du monde musulman, décidé à soumettre la société et le monde à ses croyances et à les imposer par la force  si la conviction ne suffit pas, est porteuse du plus grave danger qui menace l’humanité depuis la défaite de la dernière idéologie qui visait elle aussi à s’imposer au monde entier: celle du communisme , qui n’a laissé derrière elle que des  affairistes cyniques et des pays  dont l’étoffe sociale a été rongée par la peur , le mensonge et la délation.

L’échéance qui approche sera capitale: ou bien  la seule tentative aboutie de prise du pouvoir par les islamistes sera vomie par ceux qui l’ont portée à ses débuts et depuis une génération, ou bien elle obtiendra une position d’inexpugnabilité d’où elle menacera sans relâche la paix et la liberté dans le monde entier.

Le débat sur l’identité nationale:la Nation assure le dépassement des intérêts locaux pour atteindre des buts plus élevés

Publié décembre 18, 2009 par gb
Catégories : identités nationales, Nation et nationalisme, questions d'identité

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Le développement de l’Etat Nation français,son extension historique jusqu’à sa stabilisation à l’intérieur de frontières quasi naturelles, montre comment , avec une certaine avance sur l’Allemagne et l’Italie voisines, s’est constituée une forme stable d’unité entre une série de régions et de groupes sociaux ,dépassant des différences liées aux sphères culturelles différentes dont ils étaient issus, (monde méditerranéen et latin du Sud, celtique de la Bretagne,germanique de l’Est , etc.) La création de l’Etat centralisateur, non seulement a permis de dépasser les rivalités des grands féodaux qui suspendaient la vie politique à la lutte d’orgueil et de pouvoir des grands clans nobiliaires, mais il a donné des moyens, économiques, éducatifs,militaires,culturels, sans commune mesure avec ceux des époques antérieures.

La grandeur et le rayonnement de la France au 17ème et au 18ème siècle ,ont été liées autant à sa  puissance démographique (poids de la plus grande population européenne de l’époque), que à la cohérence des politiques publiques menées par des dirigeants préoccupés de construire les bases de la force de cet ensemble.

L’union a fait la force et a nourri les moyens d’un développement culturel, politique, qui a ébloui et bouleversé le monde. De cette unité sont nées les réalisations et les idées qui ont changé l’évolution du monde par la révolution des idées .

Le peuple français conserve la mémoire de ces moments historiques ou il a été le levier qui a  modifié  l’univers, donnant collectivement à chacun un pouvoir d’action sur la réalité qui surpasse de très loin tout ce qui pouvait se réaliser à l’échelle limitée des individus , des  régions ou des villes.

Ce levier donné à chacun par le multiplicateur qu’est la nation, incubatrice des idées dont elle fournit le milieu de culture ,et support de la force armée qui est parfois nécessaire pour  imposer les changements au monde qui s’y refuse, c’est ce qui fournit à chaque citoyen un moyen de s’élever au dessus  à la fois des petits intérêts personnels et du cercle à peine plus large des intérêts du clan, de la classe sociale ou de la corporation.

Cela a été valable à l’époque de la chrétienté dominante, ou la France a été à l’avant garde de l’ élan collectif spirituel , architectural avec les cathédrales,  guerrier avec  les Croisades . A l’époque de la Révolution Française , elle a collectivement renversé le plus intangible des ordres sociaux et des cadres de la pensée humaine.

Le contre exemple le plus évident actuellement, est celui de la faillite de nombreux états du tiers -monde, qui ne peuvent arriver à transcender l’esprit tribal ou clanique, et dans lesquels l’Etat n’est rien d’autre que une position de pouvoir accaparée soit par un individu, soit par un clan . Dans ces cas , la vie politique se réduit à cette lutte pour l’occupation d’une place génératrice d’avantages redistribués aux membres du groupe (ethnie,tribu, ) sur un mode ressemblant aux moeurs féodales avec leurs liens de clientèlisme et de népotisme , et la succession monotone d’abus qui anticipent sur les abus futurs des groupes concurrents.

Le recul de la religion dans le monde, du moins dans le monde occidental, avec celui d’une foi dans des buts autres que la simple satisfaction  pulsionnelle ,et de l’adhésion à des grands mythes universalisants, a laissé la place , en France , au 19 ème siècle et au début du 20ème à la “religion de la patrie” ( jusqu’à la guerre de 14-18 environ), qui a été la source d’une tension élévatrice transcendant les intérêts particuliers.

Le marxisme et ses retombées sociales ont joué un rôle dans la dévaluation  de cette vision unitaire d’un pays au profit d’une vision rétrécie aux intérêts d’une seule classe sociale ,justifiant  la guerre sociale intérieure (“classe contre classe”), contestant la valeur des ensembles nationaux uniquement identifiés par cette idéologie  à une mystification par les classes dominantes, prônant la solidarité d’une classe  à travers diverses nations au détriment de la solidarité entre différentes couches sociales dans un même ensemble national, historiquement, géographiquement et culturellement constitué. L’inquiétude ressentie en France devant le danger d’une “fracture sociale” , c’est à dire devant le danger d’un dénouage de la solidarité entre les groupes sociaux, montre rétroactivement l’importance que les Français accordent  à cette unité  et leur crainte des conséquences catastrophiques d’une dissolution de cette complémentarité essentielle;

Les deux guerres mondiales du XX ème siècle ont contribué, par l’horreur suscitée par la folie meurtrière  déclenchée par les nationalismes, à ce que “les nationalismes nous cachent la Nation”, pour reprendre l’expression de Pierre Nora. La déconsidération de la politique coloniale qui a accompagné la décolonisation et la montée des nations nouvellement indépendantes accompagnant les défaites françaises ont participé à l’effacement de l’imaginaire guerrier qui était une des composantes de l’histoire française.

Le renouveau des régionalismes, et le sentiment de perte d’identité  lié au progrès de l’Europe, ensemble encore trop abstrait et trop administratif pour susciter le développement de valeurs propres, montrent que la Nation  a constitué un équilibre unique, à l’époque récente et actuelle, pour servir de support à la mobilisation d’énergies créatrices et d’idées qui vont au delà de la simple survie confortable.

Par là , la Nation donne forme et stimule une réflexion et une action collectives qui sans elle restent privées  d’ampleur et de moyens  dans un cadre plus petit (classe, clan…), ou bien  menacées par les impératifs de la politique de compromis entre les composantes dans les ensembles trop larges comme l’Europe actuelle, ou les empires multinationaux antérieurs.

Ce milieu fertile et fertilisant pour  le foisonnement de la pensée et des initiatives, né du creuset des  caractères de différentes régions et de différents milieux culturels et sociaux, ainsi que de la sélection des meilleurs, fait de la Nation ce qui est son immense avantage: un multiplicateur des talents et un  moteur de l’élévation des buts, tout en évitant l’abstraction de la pure universalité. Car la Nation garde quand même  quelque chose de  la relation affective des unités plus petites (famille, clan, , ethnie), par l’attachement affectif à un paysage historique, culturel,linguistique, etc. ce qui risque parfois de la faire verser dans les travers communautaristes: l’exclusion des Autres, le déni de justice à leur égard, le nationalisme agressif et belliqueux.

Elle reste pourtant actuellement le meilleur état d”équilibre entre l’abstraction universaliste détachée de tout ressort affectif et le particularisme plus ou moins tribal, position de repli en Occident ou point d’arrêt de la progression dans le Tiers Monde.

(Voir aussi sur le blog l’article : “Qu’est ce qu’une Nation? l’analyse du texte de Renan  , et “Mona Ozouf critique la conception de Ernest Renan de l’identité nationale”)

L’islamisme est le totalitarisme du XXI ème siècle

Publié novembre 16, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit israélo arabe, islamisme, laïcité, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Le vingtième siècle a vu l’apparition des deux grands totalitarismes qui ont produit l’enrégimentement des masses dans des systèmes qui contrôlaient tous les secteurs de leur existence, faisaient régner la terreur sur leurs populations, imposaient un système de pensée officiel auquel il n’était pas possible de s’opposer ouvertement, et visaient la conquête du monde entier par l’usage de la violence politique et militaire et la suppression de toute pensée et activité dissidente.

L’un et l’autre ont causé une masse de souffrances humaines inouïes, en s’appuyant sur la terreur, mais aussi sur la foi aveugle de millions de militants, prêts à tous les sacrifices pour réaliser le monde présenté comme idéal par  leur système de pensée,  leurrés par une propagande  cyniquement mensongère, mais misant sur l’effet de répétition et sur l’écrasement de toute information véridique par le moyen  du contrôle de tous les médias.

Ces deux systèmes, le système nazi et le système communiste, ont eu en commun le mépris pour les systèmes démocratiques, l’endoctrinement systématique de la jeunesse dès le plus jeune âge, l’instauration de systèmes de surveillance utilisant toute la puissance de l’Etat pour traquer  les opposants,.

Le premier n’a été vaincu que par l’union de toutes les puissances démocratiques, dans une lutte sans merci, et une guerre mondiale qui a laissé l’ Europe en ruines  et qui est passée près d’une défaite mortelle pour l’humanité.

Le second ne s’est écroulé, après 70 ans de souffrances pour les peuples, que par une déroute économique  liée à  l’aberration de son propre système, après avoir mené le monde au bord de l’affrontement nucléaire à plusieurs reprises.

Ni l’un ni l’autre n’ont cédé à une opposition venue de leurs propre monde. Ce n’est que la défaite de leurs forces dans le combat, militaire ou économique, avec les démocraties liguées contre eux qui a permis aux oppositions  de les terrasser et de reprendre une existence dans ces pays.

Les deux systèmes se sont constitués autour d’une idéologie centrée sur une valeur fondamentale, qui devait prendre le pas sur toutes les autres et annuler toute autre valeur que elle  même:

-la race, dans le système nazi, conduisant à l’élimination des autres races, et des valeurs humaines contradictoires avec  l’idée de privilégier une race au détriment de toutes les autres.

-La classe sociale, dans le système communiste, avec la négation de toute valeur autre que celle utile à la classe du peuple, puis au parti prétendant la représenter.

Dans les deux cas,  la subordination de toutes les valeurs à une seule aboutit de fait à la suppression de  toute valeur, puisque la “valeur” mise en exergue n’en est pas une réellement, puisque elle se réduit à la défense des intérêts d’un groupe qui pour prendre le pouvoir  annule tout l’édifice  de ce qui l’ a précédé pour reformuler les droits et les devoirs en fonction de ce qui permet son maintien   sans vergogne. Morale, éducation, justice,  culture, institutions politiques, tout devient seulement une arme pour perenniser la prise de pouvoir par un groupe et l’omniprésence des idées qu’il soutient. en même temps que la haine pour les idées divergentes est encouragée dans les masses.

Les deux systèmes ont eu en commun cette mise sous tutelle de la totalité des  pouvoirs et l’utilisation de tous les leviers sociaux et politiques dans un seul but: promouvoir  une seule pensée de la vie des humains et détruire toute idée concurrente.

Ce qui caractérise donc ces systèmes totalisants, c’est la conjonction de ces deux facteurs: une prise de pouvoir qui est suivie de mesures empêchant par la violence, légale et illégale, tout retour à l’état antérieur , et le développement d’un système de pensée    à la fois  effaçant les systèmes de valeurs opposés et  antérieurs,  se proposant comme un système de vie global, régissant toute la hiérarchie des valeurs en les réduisant à  une seule ( le dévouement au guide ou au parti, en dernier recours), supprimant avant tout l’idée qu’il peut y avoir des valeurs diverses entre lesquelles les individus ont la capacité de choisir, ce qui fonde leur liberté, leur responsabilité et donc leur dignité.

L’islamisme, c’est à dire le courant d’idées qui veut obtenir le pouvoir politique pour les représentants de la religion et donner tout le pouvoir politique aux chefs religieux dans le monde arabo- musulman réunit les caractères du totalitarisme  qui s’est imposé  dans une partie du monde au 20 ème siècle.

Sur le plan politique, l’ Iran, modèle de la révolution islamique , est un état ou règne la terreur politique, la persécution et la torture des opposants, et à l’extérieur, une politique expansionniste appuyée sur  le soutien à des mouvements terroristes en attendant le chantage à l’arme nucléaire. Les dernières élections présidentielles ont fourni la preuve de la volonté d’éradiquer, par tous les moyens (fraude électorale, terreur physique, procès faits aux opposants) toute ligne politique divergente de la théocratie absolue défendue par le noyau dirigeant;

Sur le plan idéologique, l’Islam, dans sa version exclusivement chiite, et sur le mode intégriste , est instauré en système de pensée unique , dans une intolérance totale à toute pensée dissidente. La vision de la religion qui est développée n’est pas celle de  quelques points de repères dans l’existence, en particulier sur le plan moral, mais celle d’un code impératif réglant tous les  domaines de l’existence  et interdisant le jugement personnel, puisque ce sont les autorités religieuses qui sont dépositaires de l’interprétation du texte sacré. Tous les secteurs de la vie collective et privée sont soumis à un seul impératif:  la conformité avec le texte source , tous ceux  de la  relation aux autres nations  ramenés au projet d’extension de l’Islam et de sa puissance dans le monde.

Ce qui a permis au christianisme d’échapper au contrôle omnipotent des esprits et de sortir de l’époque  de l’Inquisition, cela a été la lutte constante du pouvoir politique aux différentes époques pour circonscrire le pouvoir de l’Eglise et ne pas lui donner les moyens de l’Etat en plus de sa puissance d’influence sur les esprits. C’est ce qui a abouti, à la suite de longues luttes, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, élément fondamental de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs qui sont la principale garantie des libertés face à la pente naturelle du pouvoir de se renforcer et d’utiliser ses moyens supérieurs à tous ceux de la société civile pour s’exercer sans limite.

L’inexistence dans la pensée islamique d’une telle division, conçue comme blasphématoire puisque fondant ailleurs que dans la parole divine une institution, quelle qu’elle soit, place la pensée politique islamique sous le signe du règne de l’”Un”. Toute remise en question d’un écrit coranique est une critique de Dieu, qui a “inspiré” ces textes et est donc une faute suprême. La démocratie, en donnant la souveraineté au peuple plutôt qu’à Dieu, est aussi un système mécréant. Le monde est divisé en deux camps: celui de Dieu, et de ceux qui se soumettent totalement à sers volontés exprimées par les dignitaires religieux, et celui de ses ennemis qui ne méritent aucune pitié.

On retrouve la dénégation de toute valeur humaine à ceux qui ne partagent pas la foi de ces croyants, comme dans le nazisme la dénégation du caractère humain des juifs et dans le communisme l’absence de droits accordés aux soi-disants ennemis de classe ou ennemis du Parti.

De la même façon que les systèmes nazi et marxistes ont réussi à entraîner des masses énormes, à l’échelle d’un pays pour le nazisme et du monde entier pour le communisme,  en se présentant comme une révolution dans les valeurs, et en apportant à la fois l’idée d’une revanche ( pour le peuple allemand d’un côté, pour les masses  misérables de l’autre) et  le rêve d’une humanité sortie de ses contradictions: le rêve de “purification ” et d’unité par l’anéantissement de l’altérité des nazis, le rêve d’une humanité ayant dépassé les conflits d’intérêts et de classe dans la “société sans classe” du communisme , l’Islamisme  prolifère sur le fond de rancoeur et et d’humiliation des masses  musulmanes et promet une société délivrée de la pensée du variable et du choix subjectif  par l’obéissance à Dieu.

Car la religion possède deux facettes: celle d’une boussole morale pour les masses qui ne peuvent par elles mêmes répondre aux questions sur le sens de l’existence et les principes sur lesquels fonder ses choix existentiels, et qui peuvent trouver dans les grands mythes religieux l’affirmation de principes humains qui permettent de ne pas vivre simplement au jour le jour de ses appétits et de ses besoins immédiats;

Celle d’un système qui au lieu de permettre de penser les interrogations humaines, se propose comme la réponse à toutes les questions et qui interdit de poser d’autres questions que celles qu’elle formule ou d’y répondre autrement. Elle devient alors au contraire un outil d’évitement de la pensée, et fournit un recueil de questions -réponses dont il est interdit de sortir, formule qui convient très bien à de très nombreux esprits non formés à la réflexion indépendante, et qui nourrissent même une sourde hostilité vis à vis de cette liberté qui leur échappe.

C’est la raison du succès planétaire des grandes idéologies qui se présentent comme fournissant un système de réponses cohérent, impressionnant par  la dimension monumentale et par l’unification  de la vision du monde qu’il promet, et faisant rapidement oublier les éléments contradictoires qu’il a écartés dans la phase initiale de sa construction.

Ces idéologies, plutôt dévaluées dans le monde occidental qui a payé le prix pour savoir quel danger elles recèlent, possèdent encore un pouvoir d’attraction dans le monde arabo-musulman, à la recherche d’idées  susceptibles de fournir un étayage à un désir de puissance frustré et  à un besoin de valorisation identitaire qui passe par tout ce qui peut nier  l’influence culturelle occidentale.

L’intégrisme religieux, qui est une réaction de déni  et de recul face à la rapidité d’évolution et de transformation du monde, à laquelle s’oppose la fixité du dogme et du texte sacré, progresse partout en réaction à l’accélération des changements dans les modes de vie sociaux, particulièrement dans les sociétés traditionnelles, rurales ou  paléo industrielles, dont les populations ne sont pas armées pour s’adapter aux mutations.

C’est le cas du monde arabo-musulman, qui a manqué le train de la modernité , au moins intellectuelle , et qui choisit d’accentuer le côté traditionnel plutôt que de tenter de trouver les réponses suscitées par les bouleversements sociaux et économiques du monde actuel.

Ce déni de la réalité est dangereux car il pousse ses acteurs à s’enfermer de plus en plus dans leur monde anachronique et à agresser ceux dont l’existence est un démenti à leur  aveuglement volontaire. Surtout, les régimes totalitaires peuvent se contenter de n’entraîner qu’une minorité de leurs populations si les autres sont suffisamment terrorisés par la répression pour ne pas exprimer leurs désaccords et se résigner à laisser le champ libre à la violence de ceux qui les gouvernent, pourvu qu’on les laisse en paix, ce qui en général ne dure  pas.

La fuite en avant du régime totalitaire, qui est menacé par la porosité des barrières mises au contact avec les sociétés libres, et qui a besoin du mouvement perpétuel pour ne pas être miné par  l’infiltration du progrès mental venu de l’extérieur, comporte un danger constant d’escalade et de jusqu’auboutisme,  dernier recours pour mobiliser et embrigader les masses qui peuvent lui échapper .

Le fanatisme  généré par l’idée de valeur unique  et de sacrifice  comme signification suprême de l’existence  constitue un élément d’irrationnel qui doit être pesé dans l’évaluation des stratégies de lutte contre ces ennemis mortels des libertés.

Le choix fait par une partie des masses musulmanes de tourner le dos à la liberté et de se murer volontairement, comme le symbolise parfaitement le voile islamique, dans un monde hors du temps, par désespoir  de réussir à trouver une place valorisée dans le monde moderne , et par refus d’accepter de prendre acte du retard moral et intellectuel accumulé par rapport au monde occidental, mais par rapport aux autres cultures aussi, les jette dans les bras du parti de l’obscurantisme, de la haine, et de la soumission aveugle au refus de la pensée.

C’est  ce qui crée la situation de montée de l’extrêmisme qui évoque la situation de montée des fascismes dans l’entre deux guerres en Europe. L’absence de classe intellectuelle dans le monde islamique, hormis les cadres religieux gardiens du dogme , empêche que  une autre voix se fasse entendre pour proposer au monde arabe une autre issue que  succomber à ses propres démons.

Tous les intégrismes religieux et politiques, par leur vision littéraliste du monde ramenée à une vérité unique, résumée à un texte, sont des ennemis de la liberté de penser , et à terme, de s’exprimer. Mais quand s’y adjoint la prise de possesion de tous les leviers de pouvoir et d’information et la terreur politique , on entre dans le monde de l’horreur et du crime de masse, qui est l’aboutissement inévitable du totalitarisme.

Le débat sur l’identité nationale: la Nation incarne des valeurs dans un mode de vivre ensemble

Publié novembre 8, 2009 par gb
Catégories : identités nationales, laïcité, Nation et nationalisme, questions d'identité

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Le lancement par le ministère de l’identité nationale , de l’intégration et de l’immigration d’un débat sur la question de l’identité nationale a  soulevé  dès sa création des réactions très diverses allant de la méfiance à priori à l’intérêt profond, mais un sondage a montré une certaine lucidité chez les gens interrogés: ils sont une majorité à considérer que la relance de cette question, à ce moment précis, répond à des objectifs politiciens: mettre la gauche en difficulté et la diviser face à ces questions qu’elle n’a pas pensé depuis des dizaines d’années et ou elle est particulièrement vide d’idées et de propositions, et cela à la veille des élections régionales, tout en enlevant au Front National l’exclusivité du thème  national. Et en même temps , ils sont une majorité également à trouver intéressante et fondée, à l’époque présente, la réflexion sur  cette question, qui relaie une interrogation profondément actuelle, à l’heure de la mondialisation, de la mise en place de l’Europe, et des communautarismes , sur la spécificité et les limites de la particularité française.

D’emblée, le débat reprend  pour bases l’opposition  entre les deux visions  traditionnellement opposées de la Nation: l’opposition entre la vision de Renan , issue de la vision rationaliste et universaliste des Lumières,  fondée sur l’adhésion renouvelée à une conception citoyenne , c’est à dire un projet commun, donc une communauté de destin voulue et choisie, et la conception “romantique”  à l’allemande, ou ce qui est  considéré comme primordial,est le “Volkgeist”, l’âme du peuple fondé sur la langue, les traditions, la religion, les mythes reçus et ayant constitué l’ héritage qui s’est sédimenté dans le caractère national.

La différence évidente entre ces deux conceptions est que la deuxième exclut de l’identité nationale ceux qui, étant des arrivants plus récents, n’ont pas dans leur identité les mêmes sédiments que les nationaux “de souche”. Ils  restent , dans cet esprit , des nationaux incomplets, et finalement, toujours des suspects de ne rejoindre que superficiellement les valeurs des “anciens” nationaux .

C’est une conception de l’identité “essentialiste” ou l’on a ou pas  un héritage qui fonde la qualité de Français , ou d’ Anglais, de naissance. On est bien là dans une opposition entre identité de choix et identité d’origine, qui rejoint évidemment le conflit entre droit du sang et droit du sol. On voit aisément comment une telle conception peut dériver vers une vision raciste de l’appartenance nationale. On voit également ce qu’a de fondamentalement conservateur l’idéologie du “Volkgeist”, puisque, l’homme étant considéré comme avant tout un héritier, le sens principal de son existence est de préserver et transmettre cet héritage. Il devient ainsi un gardien, de trésors certes, mais tourné vers le passé ou sont placées toutes les valeurs essentielles

On peut, pour figurer cette opposition , la transposer dans ce qui se présente sur le plan de l’identité d’un individu isolé.Là aussi on peut définir l’identité d’une personne par ses caractères   hérités : le tempérament naturel, les dons du milieu social dans lequel il a évolué, en fait, toutes ses déterminations.

Pourtant, ce qui fait dans les conceptions modernes la valeur fondamentale d’un individu, et sa dignité, c’est le fait  qu’il dispose d’une capacité de choisir librement d’accepter ou de refuser ces dons de la nature, de l’histoire et de la société, en fonction  des valeurs qu’il choisit de privilégier ,  selon une hiérarchie  dont il est seul à pouvoir juger, et qui peut changer  selon les époques de sa vie.

Ce qui est présenté par les tenants du Volkgeist romantique comme un déterminisme auquel il faut se soumettre, est vu par les tenants de la vision de Renan, celle des Lumières, comme une adhésion libre à un système de valeurs. Le paradoxe de la vision romantique de l’identité nationale, qui conduit directement à un nationalisme exclueur  et agressif à l’égard des minorités et des étrangers, c’est que elle prend le caractère qu’elle critique dans les communautarismes: la communauté  s’arroge des droits sur les individus, définit une identité modèle à laquelle ils doivent se conformer, les interpelle sur leurs écarts avec ce modèle. Elle décrète quelles sont les valeurs conformes à  la défense  , la perpétuation et l’extension de la communauté. Elle stigmatise ceux qui s’en écartent.

Pour éviter de se perdre dans le déterminisme essentialiste des mystiques de l’âme du peuple , il faut séparer ce qui est l’identité de chaque français -qui comporte , individuellement,des traits d’attachement , variables dans leur extension,  au patrimoine culturel, historique, langagier et religieux de la France, constituant par là leur sentiment national, et ce qui est  la  particularité des valeurs françaises, sur lesquelles existent un consensus essentiel qui réunit les différentes couches de la population .

Ces valeurs sont celles d’une démocratie profondément enracinée dans tous les aspects de la vie sociale  et dans toutes les institutions de la France (équilibre des pouvoirs judiciaire, éxécutif et législatif, liberté de parole, de manifestation, d’association, réalisant un immense réseau de la société civile équilibrant le pouvoir de l’ Etat, limitant et contrôlant le pouvoir de la police, de l’armée, contrebalançant (partiellement) le pouvoir des forces économiques.

C’est l’existence  de puissantes aspirations égalitaristes, manifestées dans les différents évènements révolutionnaires de l’histoire, coexistant avec une idéologie méritocratique et des structures souvent très hiérarchiques héritées de l’ancien régime,qui constituent un équilibre ménageant ces contraires.

C’est la laïcité qui a permis de préserver le goût de la liberté de penser et l’esprit de tolérance malgré les mouvements passionnels, et qui a permis le dépassement   et la séparation du politique et du religieux, plus que dans aucun autre pays.

C’est une forme de tolérance de l’autre qui s’est inscrite dans l’universalisme de la vision politique  française, issue du rationalisme et de l’universalité des valeurs des Lumières, et qui à fait de la France un porte parole des droits universels dans un monde soumis  à la dictature des intérêts particuliers.Les valeurs politiques  incarnées par la Nation Française se ramènent finalement à des valeurs morales: égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains, caractère primordial de la liberté pour chaque individu, nécessité d’une solidarité entre les êtres humains à l’opposé de l’égoïsme et de la loi du plus fort.

Cet ensemble de valeurs est le ciment profond  des groupes de la nation française. Il prend la forme d’un équilibre richement nuancé entre des valeurs parfois contradictoires, qui s’est approfondi et ancré au fil des générations et qui aboutit à une forme d’art de vivre ensemble dont on voit l’effet de l’ absence chez certaines nouvelles nations. Il peut être ébranlé par des moments de crises , de clivage, ou  les passions dressent les uns contre les autres ou donnent à  certains le sentiment qu’ils sont oubliés du reste de la nation.

Il est ce qui fonde le sentiment d’être privilégié par le fait d’être Français. Il est le produit de l’évolution  de la Nation  depuis ses origines, et il intègre aussi bien les éléments religieux  ( reconnaissance de l’égale dignité des êtres humains par la religion, souvenir des ravages  créés par les guerres de religion) que les éléments révolutionnaires ( traditions de révolte du peuple, traces de la révolution de la pensée créée par l’abolition de l’Ancien Régime, souvenir des abus de la Révolution).

Le système politique , social et culturel de la France constitue un tout. Il est un mode de réalisation de valeurs humaines ( liberté, raison, universalité) , et de promotion de ces valeurs qui donne un prolongement dans la réalité aux valeurs intérieures de chaque français.

Etre Français, se reconnaître et se vouloir Français est une façon d’adhérer au parti de la liberté, de la raison universelle, de la tolérance, et cela même si certains français ne sont ni rationnels, ni amis de la liberté, ni tolérants.

Il y a eu des périodes ou des Français, au nom de la France, trahissaient ces valeurs et l’identité  intemporelle de la France (Vichy par exemple). Mais  l’identité de la France n’a pas été changée par cette période sombre. L’identité de la France n’est donc pas réduite à un gouvernement ou un autre, mais elle résume les choix fondamentaux sur le long terme,les valeurs qui perdurent et structurent le pays sur la durée.

C’est aussi une inquiétude sur la possibilité de rester fidèle à ces valeurs qui naît de l’apparition  en France de minorités qui contestent ces valeurs mêmes (laîcité, liberté de pensée, universalisme) au nom de valeurs opposées. C’est la raison  qui rend  attentifs et fermes  sur les critères de ce qui est  dangereux pour la préservation de ces principes fondamentaux. L’inquiétude qui se développe vis à vis de l’immigration, comme vis à vis de l’intégration européenne naît, dans les deux cas , de la crainte de ce que le poids de la démographie joue dans le sens d’une modification insidieuse du consensus sur ces valeurs, partagées  mais pas forcément explicitées.

Pour la première fois dans l’histoire de la Nation, apparaît un risque que le consensus soit modifié sans que les Français aient à se prononcer sur cette évolution. Or,  ce consensus sur les valeurs ne veut pas dire que les Français soient d’accord sur tout (on en est évidemment très loin), mais qu’ils partagent ce dénominateur commun, qui donne son unité à la nation, et donc aussi sa force.

C’est pourquoi formuler ce qui est le noyau même de l’unité et de la spécificité française à de l’importance, aussi bien relativement aux formes de l’acceptation des populations désireuses de devenir françaises que par rapport aux limites acceptables des renoncements de souveraineté nécessités par l’intégration européenne. Il n’y a pas lieu de s’en effrayer en craignant que se mettent en place des moyens d’exclure sur un mode xénophobe, si  la formulation qui fait sortir de l’ineffable  pose au contraire simplement les règles du vivre ensemble qui évitent le développement  de réactions extremistes, et si elle pose au contraire clairement les raisons que l’on peut avoir de partager  cette histoire avec ceux qui se reconnaissent dans les fins du peuple français.

Parallèlement, rien n’interdit d’ajouter aux valeurs partagées par la Nation d’autres valeurs plus particulières, qui peuvent être celles de groupes plus restreints (attachements régionalistes, religieux, politiques) Ce que la nation demande, ce n’est pas l’exclusivité, mais la non contradiction avec ces valeurs fondatrices.

(Voir aussi sur le blog l’article : “Qu’est ce qu’une Nation ? ” , l’analyse du texte de Renan , et “Mona Ozouf critique la conception de Renan de l’identité nationale )

l’antisémitisme , produit de la haine générée par les passions identitaires, et au premier plan le nationalisme.

Publié octobre 5, 2009 par gb
Catégories : identités nationales, islamisme, Nation et nationalisme, questions d'identité, Uncategorized

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La résurgence d’un antisémitisme massif dans le monde arabo-musulman, entretenu par une propagande qui   joue continuellement la confusion entre les catégories Juif et Israélien et qui entrelace  les clichés  et les stéréotypes antisémites avec les thèmes de persécution par l’Etat Israélien, en misant sur la haine comme facteur de mobilisation des masses arabes, conduit à s’interroger, une fois encore sur les mécanismes de développement de ce phénomène social et politique qu’est l’antisémitisme.

C’est le développement de l’antisémitisme nazi qui reste l’exemple à la fois le plus absolu et le plus mystérieux de cette forme de psychose collective qui peut s’emparer d’un peuple, et le mener à la destruction de lui-même en même temps que à la destruction de l’autre.

Les catégories manquent pour qualifier cette dérive de la pensée qui conduit aux déchaînements de bestialité qui se sont produit dans l’Allemagne nazie, avec la participation de la population et des élites toutes entières, à l’exception de rares individus.

D’un point de vue simplement psychiatrique, si il n’y a aucun doute quant à la nature paranoïaque de la personne de Hitler, on ne peut penser que toute la population allemande était elle aussi paranoïaque, et le mystère reste  entier de la prise de ce discours sur les masses allemandes et leur adhésion enthousiaste à ses affirmations.

Pourtant, si on examine toute la période de montée du nazisme dans l’entre deux guerres, ce qui apparaît  comme fondamental, c’est la montée d’un sentiment national exacerbé par l’incompréhension de la défaite de 1918, par les réparations exigées par les vainqueurs, par l’occupation d’une partie du pays et son maintien sous tutelle par les puissances alliées.

Or le sentiment national allemand s’est toujours développé sur un mode différent de celui des Français: contrairement à la vision “contractuelle” du sentiment français, fondée sur l’adhésion aux valeurs de la République, c’est une vision  anti-rationnelle basée sur l’idée du “Volkgeist”, c’est à dire d’une âme profonde  du peuple, issue de la langue, des traditions, des mythes et qui constituerait l’essence véritable de la Nation. C’est le passé collectif qui ferait de chaque individu ce qu’il est et sa valeur réelle.

Les conséquences de cette vision,qui n’est pas propre au nazisme,  que l’on trouve dans beaucoup de mouvements nationalistes, et qui privilégie un seul aspect de l’identité de chacun, celui qui est le produit passif de l’histoire du peuple, sont décisives pour le rejet de ce qui n’est pas partie prenante de toute cette histoire. Toutes les minorités nationales, tous les groupes qui ne  possèdent pas cette référence  à la culture originelle sont vécus comme des menaces pour cette idée de la collectivité, comme  des “corps étrangers” qui empêchent la réalisation de l’unité mythique de la nation quand ils ne sont pas vécus comme hostiles “par nature”, puisque ils sont soupconnés de fonctionner en miroir, et donc de vouloir imposer leur culture propre. Pour les nationalistes, chaque peuple ne peut être que un organisme visant à réaliser son essence contre les autres qui ont le même projet.

Tout mouvement nationaliste, qui peut se résumer à  un mouvement passionnel identitaire,posant comme base que la dimension collective de l’identité ( le legs des générations antérieures) est plus importante  que les qualités propres et les choix libres de l’individu, conduit, par sa logique interne, à la fois  à l’hostilité aux groupes minoritaires,vécus comme trahissant le groupe principal, et à la négation de l’individu qui doit s’effacer devant le groupe, seule entité porteuse de valeurs. Parallèlement, tout nationalisme , qui se veut défenseur des intérêts de sa collectivité nationale, est un “égoïsme à plusieurs”, et plus le nationalisme sera passionnel, plus il négligera les droits de l’”Autre”, considérant que son sacrifice pour sa Nation l’exonère de  toute prise en compte des droits ou des intérêts de l’autre.

Ce qui est particulier au nationalisme, comme représentation d’un système d’identité, c’est  son aptitude à virer  à la haine de l’Autre qui est vécu comme obstacle à la réalisation de l’identité propre,et, facilement, comme complotant pour affirmer la sienne de façon déloyale.

On rejoint par là la façon dont les conflits identitaires sont générateurs d’animosités aigues, et  de violences pouvant aller jusqu’au génocide.

Le conflit  yougoslave récent a montré comment les peuples pris dans ces conflits identitaires pouvaient aboutir à des impossibilités de cohabitation pacifique allant jusqu’au nettoyage  ethnique, aux meurtres entre voisins et aux tentatives de génocide.

Cette conception de l’identité comme conférée par le groupe conduit à une exaltation de ce fonds collectif culturel, historique, linguistique  et à la production de mythes, que l’on trouve dans tous les mouvements nationalistes, célébrant les “supériorités”  de ce legs.

La particularité du nazisme a été de fabriquer une synthèse entre ces thèmes de “supériorité” nationale et  un racisme biologique qui donnait une apparence de scientificité  à cette conception de l’essence nationale en l’ancrant dans le ‘naturel” en plus du culturel.

Cela s’est fait évidemment au mépris de toute réalité et de toute scientificité, mais l’avantage de propagande a été très grand , donnant une caution de pseudo objectivité, dans une période de grand prestige de la science (parallèlement d’ailleurs aux prétentions “scientifiques” du “socialisme scientifique”, aussi mythiques que les divagations racistes nazies), et aboutissant  à une apparence de cohérence et de force du système mythique élaboré en bricolant des fragments récupérés dans les champs les plus divers.

On voit là comment se constitue une mythologie politique. A la différence d’un délire à  proprement parler, qui est une production pathologique de l’esprit d’un seul individu, construite avec les éléments particuliers à cet individu (idées, hallucinations, produits de l’imagination et des angoisses vitales de cette personne) le mythe est une construction collective, à laquelle collaborent de nombreuses personnes qui assemblent, recyclent,relient des fragments  de théories ou de réponses ou de mythes antérieurs pour construire un système doué d’une capacité d’emporter la conviction.

On peut y trouver des correspondances avec le phénomène de la construction d’une rumeur: dans les cas récents : négation de la réalité des attentats du 11 septembre par exemple, rumeur de la responsabilité de Paris dans les inondations de la vallée de la Somme, rumeurs ayant couru sur  le maire de Toulouse Dominique Baudis, rumeur de trafic d’organes par l’armée israélienne avec les corps des Palestiniens

Dans ces cas, la croyance se développe dans un espace déterminé par un champ paranoïaque: il y a un complot, les élites mentent, il y a des systèmes de puissances occultes. A partir de cette croyance vague, la rumeur naît, enfle et s’accroche à un évènement surmédiatisé en en proposant une interprétation “comploteuse”. Un groupe détesté ( les élites, les “gros”, les riches, les Juifs..) est considéré comme étant à la source du crime ou de la manipulation.

La rumeur est donc  une croyance aberrante qui exprime une défiance envers les savoirs rationnels ou communément admis et la préférence pour les impressions du sujet, largement infiltrées par  les préjugés , les idées toutes faites, et les mouvements affectifs .

Le monde étant trop compliqué à décrypter, une explication simplifiante est proposée qui a en plus le mérite de donner un label d’intelligence à ceux qui l’adoptent ( eux ne sont pas dupes et sont donc plus forts que  le commun des naïfs qui les entourent).

De la même façon, les Allemands, décontenancés par leur défaite, désorientés par la crise  économique catastrophique qui menait le pays au bord de la décomposition,  frustrés dans leur orgueil national et rêvant de revanche, ont cessé de croire en la brève et inefficace expérience de démocratie qu’ils ont eu et se sont raccrochés aux joueurs de flûte de la rumeur nazie, qui flattaient leur envie de se sentir supérieurs et de dominer les autres.

Dans le monde musulman actuel, on voit bien des facteurs du même ordre se mettre en place:  sentiment d’humiliation et désir de revanche, théories du complot “judéo américain”, absence de moyens de décryptage de la réalité politique liée à l’analphabétisme et à la propagande des pouvoirs en place, absence d’avenir pour des générations entières,  exaltation identitaire accompagnant le développement de l’Islam et  constituant un retournement de la dévalorisation générale.

Mais dans la question de l’antisémitisme, l’utilisation politique est toujours un élément déterminant. Les dirigeants nazis ,qui étaient convaincus par leur propre mythe nationaliste et raciste, au point de penser  à la fin de la guerre plus important de terminer leur oeuvre d’extermination plutôt que de consacrer toutes leurs forces au combat, ont utilisé constamment l’antisémitisme comme ressort de mobilisation de la population, en essayant de créer un monde manichéen ou le mal absolu -qu’ils étaient eux mêmes- était constitué par les Juifs, dont ils faisaient le négatif de leur identité. Les mécanismes de tromperie, de projection et de propagande éhontée se voyaient bien quand par exemple  ils accusaient les juifs d’avoir déclenché la 2 ème guerre mondiale (après leur avoir fait perdre la 1ère !)et justifiaient ainsi l ‘extermination dont ils les menacaient.

La fascination exercée par la violence des discours nazis, l’excitation produite par le sentiment de la force collective, la libération d’énergie   créée par la suppression des barrières morales et l’économie du travail de conscience, la déculpabilisation de tous les instincts bas    et l’abandon des sentiments humains promus par le système tout entier, ses responsables, ses légistes, l’orgie de meurtres montrée en spectacle à la population entière, trouvent leur source  dans les pulsions les plus élémentaires, contenues par l’appareil civilisationnel.

Chez les nazis,c’est la civilisation elle-même qui a été l’objet de la volonté de destruction, et la sauvagerie qui ,dans un retournement pervers, a été placée en position d’idéal à atteindre, et déguisée en  civilisation.

Dans l’islamisme terroriste actuel, il ya une volonté d’éradication de la civilisation occidentale, au nom de l’identité musulmane, qui conduit  aussi à la plus extrême sauvagerie , elle aussi déguisée en “culture” musulmane. L’orgie de meurtres, et l’inversion des valeurs au nom de la religion, et derrière elle, d’une fallacieuse revalorisation de l’identité musulmane réutilise les vieilles formules, qui marchent auprès des peuples. En flattant l’Ego des masses, on les mobilise encore plus que en leur promettant des richesses matérielles.

ANATOMIE D’UN DESASTRE un livre de ENYO (chez Denoël): l’Occident, l’Islam et la guerre au XXI ème siècle

Publié septembre 19, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, communautarisme, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, islamisme, questions d'identité

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Enyo, déesse grecque des batailles, est le pseudonyme d’une haute responsable des renseignements de son pays, qui a enseigné plusieurs années à l’université et occupé des postes diplomatiques dans des pays de culture islamique.

Malgré le combat mené par les Etats Unis et l’ Europe  contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001, l’Afghanistan et l’Irak sont loin d’être pacifiés, le radicalisme islamiste s’étend, les valeurs  promues par l’ Occident reculent partout.

Ce livre s’efforce de décrypter la logique interne du projet islamiste et la façon dont les contradictions occidentales face à lui , et avant tout la négation de la réalité du conflit, lui ouvrent la voie  de succès très inquiétants.

La perception de l’Islam dans le monde musulman

Enyo décrit avec clarté la façon dont les facteurs religieux sont à la base même de ce tout qui constitue le monde musulman, réalisant une unité de l’Islam sans équivalent dans le monde chrétien,signifiant à la fois l’espace constitué par la communauté des croyants, l’Oumma, la civilisation qui s’y est développée au cours de l’histoire, et un corpus doctrinal.

“Pour un musulman, l’histoire qui  se déploie dans une dimension pleinement humaine commence avec Mahomet, l’Envoyé , venu annoncer aux hommes leur salut, qui se gagne par conformation à une série de normes à décliner en suivant la voie (charia) qui passe par l’entière soumission au pouvoir infini de Dieu. “Musulman” veut dire en arabe le “soumis” ( se convertir  à l’Islam se dit “aslama”, c’est à dire littéralement “reddition”.).”

“Le Coran, constitué  des enseignements de l’Envoyé, fruit d’une présence fugitive du divin, qui s’est ouvert à lui, fait de l’entité souveraine islamique la seule puissance mondaine légitime et de la communauté des croyants l’unique dépositaire de la vérité dans un un univers d’humanité inaboutie”. (La ressemblance est frappante avec les discours ultra orthodoxes juifs, tenus par le personnage du père dans le film israélien “My father, my lord” qui avançait l’idée que les seuls vrais êtres humains étaient ceux qui respectaient la Torah, les autres n’ayant été créés par Dieu que pour les servir, et n’ayant pas vraiment d’identité propre.)

Ainsi,” la révélation de l’Islam au monde est que l’essence de l’humain est d’être musulman, essence accomplie en réglant sa vie sur la “charia”. Les musulmans forment “le meilleur des peuples sortis du milieu des hommes”. “Tout enfant qui naît jouit  à priori d’une disposition innée à être musulman et , s’il se fourvoie vers d’autres religions, la faute en incombe à sers parents.”

“Dès lors pour un  penseur musulman, toute moralité, toute idée juste, toute vérité, toute beauté est intrinsèquement islamique.”-

C’est selon Enyo, une des  racines de l’absence de quête du progrès dans le monde islamique au moment où cette quête va exploser dans le monde occidental, créant le retard de plus en plus irrattrapable des pays islamiques. En effet tout changement , dans le monde islamique, apparaît dès lors comme une forme de transgression, toute innovation par rapport à la tradition (“sunna”) compilant les faits et les dits (“hadith”) de l’Envoyé et faisant autorité, une forme d’hérésie.”… Puisque Dieu est tout puissant, tout ce qui est  est le fait de sa volonté, et changer le monde est une présomption humaine qui touche au blasphème.

Modernisme, fondamentalisme, islamisme.

La frustration produite au 19è siècle par la soumission aux pouvoirs étrangers entraîne plusieurs réactions successives:

les mouvements nationalistes ou panarabes obtiennent l’émancipation politique avec le départ des puissances occupantes, mais ne permettent pas de surmonter les retards économiques et sociaux, et les tentatives de “socialisme” ne font qu’ ajouter les retards dus à ces systèmes à ceux qui existaient auparavant.

Les modernistes , “qui souhaitaient réouvrir les portes du jugement personnel (ijtihad) fermées au 10 ème siècle par les docteurs de la loi, au motif que les principales questions ont trouvé leur réponse , pour éviter la multiplication anarchique de règles contradictoires susceptibles de mettre en péril l’unité des croyants”, s’appuient sur , en particulier, les pensées de Rachid Rida,qui imprime un fort anti occidentalisme à ce mouvement de pensée qui veut rendre à l’Islam sa force originelle, en le purgeant de la casuistique des docteurs de la loi.

En 1941 Mawdudi crée le parti Islamique, appelant à la création d’un Etat islamique. Son véritable théoricien sera Qotb, théorisant la conquête d’un pouvoir s’il refuse de se soumettre à la charia, notamment par le combat sacré ( djihad) et l’excommunication du déviant.

“Ce que Qotb considère comme l’échec de l’individualisme occidental et du collectivisme soviétique doit ouvrir la 3 ème voie, celle de l’Islam, seul capable désormais de guider l’humanité destinée à la fusion avec l’”oumma”.”

La première victoire de l’islamisme,  la prise de pouvoir en Iran par l’ayatollah Khomeini,”ouvre une ère d’espoir pour les islamistes , qui voient pointer la possibilité de l’ “Etat islamique révolutionnaire”. Le coup d’état  au Soudan est leur deuxième victoire, mais “semble être la dernière.Les partis islamistes ne rassemblent que des minorités dans le monde musulman,les Etats se défendent brutalement en éliminant physiquement nombre d’islamistes, et choisissent de pratiquer une surenchère qui désamorce les velléités, de contestation. Ils intègrent de plue en plus d’éléments islamiques dans leurs législations et dans leur discours., qui se chargent d’un vocabulaire religieux. La polygamie est réintroduite au Yemen, l’Inde accorde à sa minorité musulmane une législation privant les divorcées de leurs droits à pension, l’Egypte islamise sa constitution, etc.;

“Ces réponses aux demandes des islamistes ou ces anticipations de leurs exigences contribuent à créér un “horizon d’attente”.Les Etats montrent qu’ils cèdent;il est donc possible d’exiger plus. Ceux qui ne cèdent pas et promeuvent des législations en contradiction avec la charia deviennent des cibles;le choix de l’islam par les pouvoirs en place sert aussi une politique de puissance, permet à certains pays de fonder leur identité nouvelle, surmontant les divisions ethniques, tribales ou claniques, et purifiant l’Etat importé de toutes les structures de fonctionnement occidentales”. L’Islam est instrumentalisé  par les volontés de puissance, mais à son tour, il instrumentalise les sentiments nationalistes par le rejet de l’”étranger” et la flatterie des désirs de puissance.

La nouvelle culture islamiste

Les journaux, la radio et les cassettes assurent la diffusion omniprésente du message coranique et déterminent un regain de religiosité populaire. C’est dans cette”nouvelle culture islamique  créée de toutes pièces par les dirigeants musulmans” qu’apparaît une génération ,frustrée par le piétinement des islamistes  qui voulaient donner le pouvoir politique aux religieux. Cette génération que Enyo caractérise comme  “néofondamentaliste”, souhaite , elle, renouer avec l’ambition de la société parfaite , c’est à dire islamique, mais en contournant le problème de la prise du pouvoir politique.

Enyo montre comment l’écroulement des sociétés traditionnelles, sous l’assaut du modernisme occidental, et l’échec des modèles de substitution modernistes, ont créé un vide dans lequel s’engouffre l’activisme, épaulé par l”illettrisme caractéristique de la civilisation islamique.

“Les néofondamentalistes ont fait du retour à l’islam la clef du relèvement, mais contrairement aux islamistes, ils n’attendent pas la victoire du succès par les urnes ou par les armes, mais choisissent l’orthopraxie. Leur renoncement à la conquête directe de l’Etat paraît à Enyo la marque de l’époque , celle de la mondialisation; La conséquence est que les stratégies d’endiguement de l’islamisme, qui lui visait le pouvoir politique, restent  inefficaces contre le néofondamentalisme qui se concentre sur la régulation des moeurs”.  Son but est la conquête des esprits, et l’extension  du domaine de l’application de la charia ( par la conviction, la pression ou la force).

“Avancer que cet islam n’est pas l’islam authentique fait penser aux lamentations des militants dénonçant le stalinisme comme un communisme dévoyé. Si les idées sculptent les hommes, les hommes font vivre les idées. De même que les communistes ont eu l’idéologie qu’ils méritaient, de même les musulmans vivent l’Islam qu’ils laissent prospérer en leur sein”.

“En conclure que le fanatisme des néofondamentalistes est un dévoiement de l’islam repose sur une conception essentialiste, héritée des orientalistes du 19 ème siècle. L’islam écrit tout simplement une nouvelle page de son histoire après celle des modernistes, des nationalistes et des islamistes.”.

Le contournement du politique.

La thèse que défend Enyo est celle d’une forme d’”apolitisme ” de  ces mouvances islamiques, dans la mesure où  elles tiennent pour illégitimes tous les régimes au monde, monarchies, oligarchies, et surtout démocraties parlementaires à l’occidentale qui osent revendiquer la souveraineté d’un corps politique en lieu et place de Dieu. “Il n’y a donc jamais d’usurpateur en terre d’islam. La légitimité d’un pouvoir est garantie par sa réussite, puisque Dieu la favorise . La politique devient donc inutile puisque le but collectif est de réunir les conditions d’application de la charia dans sa totalité. La parole de Dieu seule pourvoit à l’organisation sociale, par sa fonction législatrice, et une fois la charia mise en oeuvre, cette organisation peut être considérée comme accomplie”.

C’est ce qui rend si important le travail local de maillage de la population musulmane par les prêches, les associations sportives et périscolaires, les associations caritatives, qui n’affrontent pas directement le pouvoir démocratique dans les pays occidentaux, mais instaurent insidieusement une influence, un discours qui systématiquement mine les valeurs du pays accueillant.

Le rapport du religieux au politique est différent dans le judaïsme et le christianisme. “Pour les Juifs la séparation des pouvoirs est quasi constitutionnelle, et c’est le Roi, inspiré par le Sanhédrin, qui assure la vie sociopolitique.. Pour les chrétiens, le royaume du Christ n’étant pas de ce monde et Jésus n’ayant pas l”intention de créer un Etat, l’Eglise ne peut que se faire reconnaître par l’Etat et la distinction doit demeurer, d’où naîtra, au coeur de l’Occident Chrétien, l’idée de laïcité.”

Pour un musulman, selon Enyo, le débat sur la légitimité d’un pouvoir n’a pas de sens , le pouvoir légitime n’appartient qu’à Dieu, qui n’en délègue rien aux hommes.”L’Islam nie la dualité du politique et du religieux, parce qu’il nie le politique”.  La conséquence, pour elle, est que l’histoire  politique islamique est “celle d’une résignation face à la volonté des tyrans,doublée d’un espoir de voir surgir un jour le Sauveur guidé par Dieu (le “Mahdi”), destiné à faire régner enfin la vertu. Le pouvoir politique est injuste par nature, parce que c’est un puvoir humain. Pour un Occidental, la loi fonde le pouvoir du souverain. Pour un musulman, la loi reste du domaine de l’idéal, opposable au souverain qui ne la met jamais intégralement en oeuvre; la solution aux problèmes humains ne saurait être de nature humaine.”

“La conséquence en est que l’univers du politique étant un vide juridique, l’établissement de pouvoirs  de fait par la violence n’a jamais rien de choquant pour un musulman. Le pouvoir étant un individu, et non une institution, le système lui-même ouvre la voie à tous les contournements possibles:népotisme, faveurs, spoliation et corruption qui remplacent la compétition, la concurrence et l’émulation au fondement des modèles occidentaux; L’Etat dans les pays islamiques ne fait que renforcer un système arbitraire en mettent à sa disposition une efficacité supérieure, permettant à la violence d’atteindre son apogée au XX ème siècle.”

La violence dans la société islamique.

Cette violence, Enyo la constate “à tous les niveaux de l’ordonnancement social, depuis le fonctionnement violent et monolithique de l’appareil éducatif arabo musulman jusqu’à celui du despotisme politique…Dans  les faits, tous soutiennent l’arbitraire de l’homme fort pour légitimer leur place dans la hiérarchie des oppressions. Le dominant est moqué; et le dominé sabote son travail pour prix de son humiliation. La violence  est la manière de recomposer un espace politique privé de règles de fonctionnement.”

“Ce  schéma régit tout particulièrement la société islamique arabe: chaque groupe, comme chaque individu, doit pouvoir montrer qu’il est le maître à la fois d’un inférieur et de la situation. La quasi intégralité des relations humaines s’épanouit selon les règles de préservation de l’honneur et d’évitement de la honte, en vue de défendre sa position et celle de son clan. Exploiter les faiblesses de l’autre pour se garantir un statut de domination dans la plus futile des situations est un impératif social. Le politicien ne peut donc être qu’un professionnel du mensonge, de la conspiration, de l’assassinat sans encourir le moindre jugement défavorable.”

De tout cela découle l’absurdité aux yeux d’Enyo, d’une notion comme celle d’une “démocratisation de l’Islam”, pour autant que la démocratie n’est pas simplement identifiée au règime de la majorité, mais  “à celui de la souveraineté populaire éclairée en raison, agissant en conformité avec un idéal universalisable à défaut d’être  effectivement universel”. C’est selon elle, la raison de l’échec des “unilatéralistes” américains du groupe des néoconservateurs qui ont cru en une possibilité de remodeler  le monde islamique, négligeant trois facteurs: l’apolitisme de l’Islam, la préférence de certains Irakiens pour un tyran musulman plutôt que pour une démocratie à l’occidentale, et l’impossibilité de surmonter les clivages  tribaux autrement que par l’unification religieuse.

Parallèlement,elle s’oppose à la conception des mouvements terroristes islamistes ou neofondamentalistes comme des groupes  sectaires ou simplement criminels. “Ni le communisme, ni le nazisme ne sont des sectes. Ils ont embrigadé les esprits par millions. Le millénarisme européen de la fin du Moyen Age garnissait des bataillons de marginaux par dizaines de milliers- paysans sans terre, journaliers, manoeuvres, mendiants et vagabonds Mais, dit elle en citant Jean Delumeau, les vrais responsables des carnages entres chrétiens des 16ème et 17 ème siècle ” furent d’obscurs orateurs fanatisés, des militants travaillant en pleine pâte humaine parce qu’ils disposaient d’une chaire, et sur le plan local, organisaient avec d’évidentes intentions agressives, des chants publics de psaumes ou  des processions armées.” (ce qui pose le problème de l’interaction entre des leaders disposant de moyens médiatiques puissants, et de la flamme de leur conviction et de leur cohérence extrémiste et des foules rendues disponibles par  leur marginalisation ou leurs frustrations liées à des crises de société, voire des destreucturations profondes: Russie de 1917, Allemagne de l’entre deux guerres,etc.).

La guerre à la culture occidentale

Pour Enyo, Ben Laden et ses émules sont des combattants de l’Islam, certes en rupture avec les communautés islamiques, mais toutes les communautés islamiques ne sont pas en rupture avec eux; Pour de nombreux musulmans, les bombes terroristes sont une vengeance de l’humiliation de la vie ordinaire  et du sentiment d’infériorité ressenti face  aux réussites du reste du monde. Au fond,ce que dit Enyo, c’est que l ‘on refuse  d’entendre le discours des acteurs (terroristes) tel qu’il est: un discours de guerre de civilisation, parce que le discours sur le “choc des civilisations ” aboutirait à une sorte de légitimation du combat des islamistes. Or Enyo s’oppose totalement à la conception huntingtonienne, parce que elle aboutit à un relativisme total,remettant en cause l’universalisme de la pensée occidentale (droits de l’homme,laïcité, démocratie).

La thèse de Enyo est que l’Islam subit une mutation historique interne, liée à la mondialisation, au recul  et au rejet des valeurs occidentales, à l’affirmation des identités   à la perte relative de puissance de l’Occident et à l’affaiblissement du rôle de ses Etats  dans l’espace politique. Cette mutation , se traduit par sa radicalisation et  une   possibilité d’expansion , pour la première fois depuis le 18 ème siècle, qui  lui permet de viser  à nouveau à la domination du monde, inscrite dans son projet initial. C’est la conjonction de l’affaiblissement de la domination occidentale et de la déstructuration des sociétés  traditionnelles musulmanes qui ouvre la possibilité de cette expansion, qui trouve  dès lors naturellement ses militants et ses guerriers.

Enyo analyse le rapport de l’islamisme à la modernité sur la base du constat de ce que , contrairement aux idées préconçues,  la plupart des militants et les cadres terroristes sont passés par l’école et l’université, ont souvent fait des études scientifiques ou techniques, car la science exacte n’est pas un danger pour la foi . Cette science est coupée du moteur intellectuel  du doute  et de la remise en cause de la vérité établie qui permet le progrès, mais s’adapte parfaitement au mode d’enseignement en vigueur dans le monde islamique: la répétition pure et simple en commençant par celle du Coran mécaniquement mémorisé.

Les sciences humaines islamiques ne recherchent donc pas la vérité,qui se trouve dans le Coran, mais le moyen de mettre le monde en conformité avec cette vérité.. Le doute cartésien, la critique kantienne, la psychanalyse sont l’ennemi par excellence des islamistes. Pour Enyo, plus largement, l’ennemi des islamistes n’est pas la modernité, mais  l’occidentalisation , qui est le processus d’avènement de l’universel, la participation à l’histoire des idées philosophiques, scientifiques et techniques. L’occidentalisation implique l’éviction de Dieu comme centre d’intérêt  principal pour  l’humanité et son remplacement par l’homme, en un mot l’humanisme.. Ainsi, alors que, selon Gauchet, le christianisme est “la religion de la sortie de la religion”, l’islam est celle du retour vers la religion. C’est pourquoi, Enyo s’inscrit en faux contre l’idée du terrorisme “nihiliste” . L’Islam est , selon elle, pour certains , au contraire, “la dernière aventure” produisant le sentiment de vivre une épopée.

Tradition, modernisme, postmodernisme.

C’est pourquoi  la non défense par l’Occident de  ses fondements philosophiques de doutes,  de critiques, et de liberté politique,  et leur dilution dans les” fadaises du multiculturalisme “ouvre des brèches immenses qu’exploitent les militants de l’islam. Enyo voit une  alliance de fait entre les postmodernistes européens et américains, les multiculturalistes et les relativistes culturels pour abandonner les schémas séculaires du savoir établis par la Renaissance et les Lumières.

Enyo oppose ainsi trois types d’individus dans le monde actuel:

-l’individu traditionnel, “constitué par la norme collective qu’il porte en lui”, d’où “une assurance et une solidité”, catégorie dans laquelle se range le musulman orthodoxe

-l’individu moderne ” sans nier la préséance du groupe, revendique sa liberté de choix en droit, son indépendance individuelle dont le critère réside dans le droit de critique et de proposition à l’ égard des normes en vigueur, celui qui revendique sa citoyenneté et s’affirme responsable, prend du recul par rapport à ses principes, sans les abandonner, conscient qu’à ses droits sont liés des devoirs.”

-l’individu post-moderne, qui veut  “ignorer qu’il est en société, “pour lequel il n’y a pas de sens à se placer du point de vue de l’ensemble, pour qui il n’existe pas de raison de sacrifier sa liberté au nom de la religion, de l’histoire ou de la tradition.”

En gros, ces trois configurations “relèvent respectivement de l’économie agricole et de l’Etat prémoderne, du développement industriel et de l’Etat moderne, enfin de la production de masse et de l’ère des services. Les Européens sont devenus postmodernes, les Etats Unis n’ont pas encore sauté le pas au début du XXI ème siècle”.

Pour Enyo, ce postmodernisme s’intrique avec les “Droits de l’homme”, dans la mesure ou ce  juridisme s’accompagne  d’un recul du politique. Contre l’idéologie de l’Etat faible, et la substitution du juridique au politique , elle plaide au contraire pour la raison d’Etat, qui a vaincu les guerres de religion et pacifié l’Europe” et qui est l’arme selon elle capable de bouter l’esprit religieux hors du politique”;  l’Ecole, pour elle,  reste “en première ligne” pour la défense des libertés. L’ abandon de l’universalisme des Lumières par une grande partie de la gauche, égarée dans le relativisme et le multiculturalisme,  a contribué, à l’exception peut-être du “républicanisme” à affaiblir la “force civique” dont elle pense qu’elle  est un des facteurs de résistance à l’expansion de l’islam.

Que conclure, que faire?

Que penser donc de cet ouvrage, qui modifie l’angle d’abord  du problème de la lutte contre l’islamisme?

D’abord, il présente un intérêt profond par la mise en perspective du mouvement  intrinsèque de développement  de l’Islam au vingtième  et unième siècle, comme réaction de  rejet, par une culture traditionnelle, au sens du rejet d’une greffe,  de tous les éléments  du monde occidental  représentant  la libération de la pensée et  de la vie politique. C’est l’humanisme, au sens de la responsabilité, de la liberté, de l’autonomie des hommes qui est rejeté par une idéologie cohérente  avec une société largement tribale et coulée dans le moule de la tradition, qui peut satisfaire tous ceux qui n’ont pas suivi le long chemin progressif conduisant à cette liberté,  qui leur échappe, qu’ils haïssent, et qu’ils rêvent de supprimer.

Ensuite il démontre très clairement la façon dont cette idéologie est, par elle même, la source de la guerre déclarée sous différents angles ( terrorisme, “brigades internationales” islamistes, conquête des masses immigrées par le prêche, infiltration et pressions exercées sur les Etats  des peuples musulmans) à tout ce qui est la culture occidentale.La nature totalitaire du système religieux est au delà des versets tolérants ou des versets belliqueux qui coexistent, suivant l’époque ou ils ont été rédigés  et la position dominante ou vulnérable de  Mahomet en Arabie, dans le Coran. Ceci écarte aussi la question des pathologies individuelles, qui trouvent bien sûr un aliment dans ce combat.

Cette guerre est une guerre des idées, des conceptions du monde, des valeurs vitales, de part et d’autre.

Face à cette offensive, Enyo dit nettement que l’Occident ne doit pas se contenter de mesures militaires et policières , bien sûr indispensables. Il  doit réaffirmer ses valeurs, qui sont celles de l’humanisme, de la liberté de pensée, de la liberté politique, de l’universel, les valeurs issues de la Renaissance et des Lumières, contre l’obscurantisme et l’irrationnel qui séduisent les populations prises dans la logique de la religion comme d’autres l’ont été dans celle du communisme ou du nazisme; C’est bien de la survie de notre monde qu’il s’agit.

Or , le désastre dont il s’agit dans le titre, c’est que  l’Occident apparaît divisé par le post modernisme d’une  de ses composantes,  par l’idéologie de l’Etat faible de l’ultralibéralisme,  par le politiquement correct et par la complicité de ceux qui à l’intérieur de la société occidentale souhaitent l’abattre (gauchistes, altermondialistes). Fatigué des grandes guerres qu’il a menées et qui l’ont saigné, il n’ a pas envie  de regarder en face le conflit qui arrive et qui lui paraît anachronique.Surtout, il néglige, aux yeux d’Enyo,  le danger principal, qui est la propagation du néofondamentalisme, c’est à dire du retour au religieux comme cadre  et horizon de la pensée des populations musulmanes,  à l’extérieur comme à l’intérieur du monde occidental, puis comme cadre du mode de vie, dans un rejet de plus en plus radical  du non religieux, disqualifié, puis diabolisé, ce qui apparaît même  maintenant dans les écoles ou des jeunes refusent d’entendre des théories évolutionnistes du monde.

La convergence des intégrismes et des fondamentalismes chrétiens et juif avec ceux de l’Islam diminue la vigueur de la réponse occidentale à la stratégie de la tache d’huile, dans le monde et en Occident même,et  à  la conquête de “territoires” dans les banlieues ou l’ordre républicain n’est plus reconnu, mais ou au contraires les autorités républicaines délèguent une part de la gestion de la population aux religieux. Cette recrudescence des fondamentalismes dans les autres religions pose la question plus largement de la recherche des repères  dans le monde actuel, moderne et postmoderne.  La remise en question de la laïcité (affaire du voile,  des caricatures,demandes de sports séparés, refus de soins des femmes par des hommes)  constitue une des formes  d’une lutte sourde contre la société occidentale, laïque, ouverte,accueillante, menée avec l’idée d’instaurer un rapport de force  obligeant la société d’accueil à admettre l’existence d’enclaves, échappant à la loi commune, et soumises au pouvoir grandissant des religieux.Les Anglais et les Hollandais, dont le multiculturalisme avait laissé se créer  des “Londonistans” hors contrôle se sont réveillés brutalement quand  la violence islamiste, retenue le temps des avantages qu’elle y trouvait, s’est libérée dans des  déchaînements meurtriers qui les ont choqués.

L’état de guerre qui s’est instauré entre l’ambition  de domination du monde de fanatiques religieux et la société occidentale dépasse le cadre du terrorisme.De même que à l’époque de la lutte contre le nazisme ou le communisme, c’est la guerre des idées et des idéaux  qui fait rage et elle ne se limite pas à l’affrontement militaire des blocs, elle est aussi  multiforme que l’était la guerre froide avec le monde communiste: lutte pour la conquête des opinions publique, conquête de positions stratégiques sur le plan diplomatique, pressions économiques, utilisations de masses de manoeuvre à l’intérieur du camp adverse, exploitation des divisions internes de l’adversaire.

Malraux disait que le 21 ème siècle serait religieux ou qu’il ne serait pas. Il faut souhaiter que la prédiction ne se réalisera pas et que le monde ne reculera  pas  de 10 siècles, à l’époque du cri terrible qui générait les massacres:  “Dieu le veut!”.

La version iranienne des procès de Moscou

Publié août 4, 2009 par gb
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Le régime  iranien, de plus en plus isolé, continue sa fuite en avant dans l’escalade de terreur politique destinée à dissuader les opposants, c’est à dire toute la population sauf les soutiens directs du régime.  En fait, il y a une forme de panique  qui apparaît dans la violence inouïe mise en oeuvre, d’abord dans la rue, puis maintenant dans les tortures et dans la mise en scène grotesque des pseudo procès ou l’on voit des accusés, comme au temps des pires procès staliniens, reconnaître qu’ils ont fait partie d’un complot étranger monté par les puissances diaboliques qui entourent l’Iran, avouer les fautes imaginaires inventées par leurs procureurs et réciter les aveux extorqués sous la torture.

Ce qui est surprenant, c’est que le régime n’a même pas l’intelligence de comprendre l’aspect contre-productif de cette escroquerie judiciaire, qui ne fait que attirer davantage l’attention sur l’escroquerie éléctorale qui l’ a précédée, et qui est soulignée  par l’évidence immédiate du mensonge, de la propagande, et de la volonté de teroriser qui l’inspire.. Au contraire, il semble que le ministre du renseignement qui lui se serait opposé à cette mise en scène grotesque, ait été limogé pour cette raison;

De plus en plus de témoignages filtrent, au fur et à mesure de l’accentuation de la répression, sur les tortures et les assassinats perpétrés dans les geôles du régime. Auparavant, on connaissait déja la cruauté inhumaine avec laquelle le régime traitait ceux qui lui résistaient ( mutilations d’un pied et d’une mainpour les chefs de Moujahidines livrés par les pays voisins, pour les réduire à l’état de loques infirmes, et donner une “leçon” à ceux qui les suivent). Mais cette fois ce sont les dirigeants réformateurs qui sont la cible des traitements inhumains.

On trouve là une version contemporaine de l’Inquisition,  qui était à l’époque l’expression de la volonté de contrôle complet des consciences par l’Eglise, prête à assurer son pouvoir sur les esprits par la terreur publiquement exposée.La folie à laquelle conduit l’idée d’être le défenseur de Dieu, et l’absence de  respect d’aucune loi, ni d’aucune limite pour ceux qui pensent incarner sa volonté et  faire respecter “sa” loi, rejoint la folie du régime stalinien, privé de toute boussole morale par l’idée que tout ce qui sert le Parti est bon et tout ce qui le dessert est le Mal, ce qui aboutit  aux procès ou les propres militants du Parti sont pris au piège du syllogisme:Le Parti a toujours raison,-en tout- donc si des responsables du Parti les accusent d’être des traîtres, ou bien ils ont raison, ou bien c’est qu’ ils contestent l’idée qu’ils ont eux -mêmes toujours défendue,celle  du Parti comme source unique de toute vérité, et ils sont donc des traîtres au Parti, puisqu’ils le désavouent, en même temps qu’ils se désavouent eux mêmes

On retrouve dans cette convergence entre le fonctionnement religieux des Partis Communistes  et celui des partis fondamentalistes religieux la même convergence que l’on commence  à repérer entre les mouvements ultragauchistes (PCF, trotzkistes,altermondialistes,etc.)de notre époque  et l’islamisme, unis dans leur haine commune du monde occidental et libéral, et qui se rejoignent dans la diabolisation du sionisme, identifié  à la pénétration odieuse à leurs yeux du monde occidental sur la terre sacrée (selon eux) des musulmans, et chargé de toutes les ignominies du monde ( en général celles qu’ils pratiquent allégrement eux mêmes)

En attendant, le régime iranien perd chaque jour davantage de crédit dans le monde, et démontre  à chaque fois davantage  son enfermement dans l’extremisme religieux, qui pour la première fois depuis la prise de pouvoir par Khomeyni, n’est plus en phase avec la population. Toutes les critiques adressées  auparavant au régime du Shah  s’appliquent désormais au régime des mollahs: refus de la démocratie, terreur policière,etc… Surtout, le régime est lui -même divisé entre les partisans d’aller jusqu’au bout de la violence pour garder le pouvoir, et ceux qui pressentent que ce n’est pas seulement le gouvernement qui est menacé par la colère populaire, mais le régime islamique lui-même, ce qui mènerait à l’inutilité de leurs efforts depuis trente ans.

Cependant rien n’est évidemment joué. La terreur politique a montré sa capacité à perdurer malgré les révoltes de la population (Cuba, Chine,etc), et l’attitude ambigüe de la Russie et de la Chine restent encore un facteur d’incertitude dans l”évolution de la crise de ce régime

Terreur politique en Iran: est ce le début de la fin?

Publié juin 29, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, guerre au proche orient, islamisme, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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La férocité de la répression, destinée à terroriser les opposants, qui se développe en Iran, par le biais des meurtres de manifestants, des emprisonnements, tortures et disparitions, indique àla fois le durcissement du régime  et l’incapacité ou il se trouve de maintenir les leurres démocratiques qu’il a essayé de développer pour ne pas affronter directement le peuple iranien.

Mais pour ,la première fois, l’écart entre la visée théocratique du régime,qui vise le contrôle total du politique par le religieux, et l’attente démocratique de la population, qui accepte le statut privilégié de la religion, mais pas son pouvoir exclusif de tout pouvoir populaire s’est manifesté de façon incontestable au cours de l’élection présidentielle.

Pour la première fois depuis la révolution iranienne, les religieux, qui pratiquaient l’ambiguité et le maquillage  de leurs objectifs, ont montré, alors que l’adhésion à la République islamique n’était pas en jeu, que la République était une fiction, et que ils étaient prêts à la jeter par dessus bord pour plonger dans une théocratie à l’état pur, c’est à dire un système ou le fondement de tout le pouvoir  était le clergé, et ou le peuple n’était souverain en rien.

Les menaces tout à fait explicites qu’ils ont adressées aux partis d’opposition (très limitée) ont montré que, au delà du trucage des élections, il n’était tout simplement pas question que la moindre opposition existe, dans le champ  politique, aux représentants  directs de l’autorité religieuse. C’est la loi du silence qui s’impose, par la force brutale de la police politique et de ses auxiliaires miliciens – qui faisaient régner l’ordre dans la rue par le meurtre et l’intimidation, de la même façon que les milices fascistes (SA,Chemises Noires) le faisaient à l’époque de la montée en puissance des fascismes européens. Cette étape évoque en effet l’époque ou les fascismes européens, ayant conquis l’ appareil d’état par les urnes et la défaillance des systèmes démocratiques,décidèrent de passer à la phase suivante de la conquête du pouvoir, celle de l’éradication de toute opposition de façon à écarter la possibilité même d’une alternative à leur régime. Cela s’était fait avec les mêmes modalités: la complicité de l’appareil policier et judiciaire progressivement noyauté par les membres des partis fascistes et leur action conjointe avec la violence extralégale des troupes de choc, appuyées sur la bienveillance policière,  et assurées de l’impunité dans leurs actions de terreur contre l’opposition.

Les parallèles sont nombreux entre l’arrogance folle des nazis et celle des dirigeants iraniens, qui insultent et provoquent le monde entier, et commencent à agiter la menace de reprendre leurs pratiques de chantage aux otages d’il y a 20 ans, en menaçant l’ambassade britannique et en essayant d’obtenir des gages politiques par l’intimidation.

Le fait qu’ils mènent cette politique d’intimidation avec seulement quelques diplomates potentiellement prenables en otages   fait froid dans le dos quand on pense à ce qu’ils pourraient exiger s’ils avaient la bombe.

Ce qui est essentiel dans le tournant qui vient de s’opérer, c’est que l’incertitude qui planait sur la volonté du régime, et à vrai dire, la dualité d’interprétation qui existait quand à  son fondement: politique essentiellement religieuse, ou politique essentiellement nationaliste, cette incertitude commence à se dissiper. Le but et le fondement  du système est avant tout religieux, c’est à dire idéologique.

Le système n’est pas la continuation sous la forme religieuse, de l’ambition de puissance de l’Iran. Son ambition est “au service de Dieu”. Il est prêt à utiliser la force des sentiments nationalistes, mais bien que limité à un pays  ( et à ses séides du Hezbollah et  du chiisme irakien), il est transnational.

En cela il se rapproche des talibans, et on peut dire que c’est une version chiite, bien sur, mais localisée, du fondamentalisme terroriste de Al Khaida, même si, pour des raisons religieuses et stratégiques, l’ antagonisme est très fort entre ces deux pôles de l’islamisme extrême.

C’est pourquoi l’air de “respectabilité” donné à ces extrêmistes par la gestion d’un grand état ne doit pas tromper. Il n’ y a pas une énorme différence entre laisser la bombe à l’Iran et la laisser à Al Khaida. L’Iran est plus facile à identifier comme éventuel origine d’une action nucléaire, mais il a par contre le bouclier humain de dizaines de millions d’innocents et les moyens   de nuisance internationale que n’ a pas Al Khaida, ne serait ce que à cause de sa puissance pétrolière et de ses moyens de provoquer une crise mondiale qui serait évidemment encore plus dommageable dans la période de crise générale ectuelle.

La question reste donc toujours ouverte: que faire si l’Iran ne dévie pas de sa route vers la bombe. Quels sont les moyens de le stopper?

Le régime théocratico terroriste iranien a montré son vrai visage

Publié juin 26, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, guerre au proche orient, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Le trucage électoral massif suivi  de l’entreprise de terrorisation de la population quand elle tente de protester a montré quelle est la réalité du pouvoir iranien actuel: un clan extrêmiste, décidé à employer tous les moyens et principalement la terreur,  a écarté les éléments modérés, qui  croyaient que les 20 % de démocratie tolérés  comme caution démocratique à  côté des 80 % de dictature politique allaient permettre l’ existence d’une contestation de la ligne dure  représentée par Ahmadinejad.

Le pouvoir a dû jeter le masque et le “guide suprême” a été obligé de se montrer au grand jour comme le véritable inspirateur de cette ligne dure,  alors qu’il était camouflé en élément maintenant  un équilibre entre plusieurs tendances dont il pouvait jouer alternativement.

Ahmadinejad  est apparu sans plus aucune ambigüité comme le candidat  du” guide suprême” chargé d’une mission décisive: l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire. C’est certes un affaiblissement du régime qui  pouvait, en faisant semblant de laisser un peu d’air aux couches modernistes (bourgeoisie, jeunes, intellectuels) laisser planer le doute sur sa nature profonde et  faire croire en une sorte de légitimité au moins “par défaut” ou par abstention.

Ce dévoilement le révèle tel qu’il est : une dictature terroriste qui a confisqué le pouvoir au profit des forces les plus rétrogrades de la société: garde prétorienne des “Gardiens de la Révolution,milices de nervis des “Bassidj”, chargés de terroriser les manifestants par les meurtres de manifestants au couteau, au pistolet, ou à la matraque, police politique pratiquant des rafles débouchant sur emprisonnements, tortures et disparitions, menaces adressées à toutes les forces politiques dissidentes d’avec la ligne de confrontation avec l’Occident.

En même temps, l’espace politique des dirigeants iraniens s’est brusquement rétréci, par la coupure irrémédiable avec le peuple iranien qui a compris que ces gens ne le représentaient pas et voulaient engager leur pays sur une voie qui n’était pas celle de l’intérêt collectif, mais celle de la surenchère nécessaire à la survie politique du petit clan extrêmiste qui en a pris le contrôle.

Le pouvoir garde une assise dans certaines franges de la population (couches deshéritées flattées par le discours de Ahmadinejad,hiérarchie religieuse  intéressée au maintien de son pouvoir et de ses trafics économiques,intégristes religieux et troupes de choc du régime, mais il s’est clairement coupé de la majorité du pays, celle qui s’est sentie volée de son vote, et qui ne croit plus un mot des discours officiels.

En même temps, le régime s’est d’emblée disqualifié aux yeux de tous les Occidentaux, et cette disqualification va jouer un grand rôle dans la négociation qui doit s’engager avec les Etats Unis. Obama va devoir tenir compte de ce que  c’est la ligne extrêmiste  qui est la seule à être son interlocutrice, comme le montrent les rodomontades renouvelées de Ahmadinejad qui demande maintenant aux  Etats Unis de “s’excuser” d’avoir “voulu intervenir dans l’élection présidentielle iranienne”. Quel crédit accorder à ce tricheur électoral et à ce sinistre pitre.

C’est un soulagement partiel pour Israël que les Américains soient d’emblée désillusionnés sur leurs interlocuteurs, et qu’ils soient prévenus  quant au danger que représentent pour la paix l’extrêmisme, en rien atténué par le temps, de ceux qu’ils ont en face d’eux.

S’ il apparaît clair que la bombe reste l’objectif  fondamental des Iraniens, les manoeuvres dilatoires qu’ils utiliseront ne tromperont pas les Américains, et l’on se trouvera rapidement ramené à l’équation de départ: comment empêcher ces gens fondamentalement dangereux  pour la paix et la sécurité du monde de nuire. Peut on vraiment  parler avec des fanatiques religieux un autre langage que celui de la force ?

Quels sont les moyens de faire s’écrouler un régime fascisant, qui ne reculera devant aucune violence ni aucune escalade ( y compris un embrasement régional) pour assurer sa survie. Il est tout à fait possible que le clan Ahmadinejad mise sur un affrontement anti occidental pour susciter un réflexe nationaliste qui  solidariserait la population avec un régime qu’elle commence à vomir.

COMPOSITION FRANCAISE, un livre éclairant de MONA OZOUF, sur les contradictions entre l’universalisme républicain et les particularismes identitaires

Publié juin 14, 2009 par gb
Catégories : communautarisme, communauté juive, identité juive, identités nationales, Nation et nationalisme, notes de lecture, questions d'identité

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Comment vivre l’articulation entre l’attachement à la patrie et les fidélités aux groupes communautaires, la dette envers la nation et celle envers les racines concrètes quand elles ne coincident pas  avec l’histoire collective  nationale, c’est la question posée par Mona Ozouf à travers sa propre histoire, dans l’autobiographie qu’elle publie aprés ses travaux de recherches historiques.

C’est cette” tension entre l’universel et le particulier, entre l’esprit national et le génie des pays qui la composent “que Mona Ozouf décrit comme ayant été ressentie tout au long de son enfance bretonne, marquée par la volonté de rester fidèle au combat d’un père instituteur militant infatigable de la cause bretonne, mort très précocément, ce qui la laisse vivre seule entre sa mère, institutrice elle aussi, et la grandmère, figure très forte de l’attachement à la langue et à la tradition bretonnes,  en même temps que l’école ,ou elle réside, est  le relais de l’idéologie centralisatrice française et du républicanisme.

Avec la religion se constitue un trio de croyances concurrentes, disparates, que son existence sera occupée à tenter de rendre compatibles et sur lesquelles elle axera sa réflexion historique en particulier sur la Révolution Française, dont elle sera une spécialiste reconnue.

Elle parlera ainsi de “croyances désaccordées” et d’une “existence à codes multiples” dont résultera “un perpétuel inconfort” qui constitue l’exemple même des conflits d’appartenance que peuvent vivre des minorités au sein des nations, les Juifs par exemple.

“Où donc était le Beau, le Vrai, le Bien, s’interrogeait-elle. Entre l’Ecole, la Maison et l’Eglise, quelle voix écouter. L’école, “au nom de l’universel , ignorait et en un sens humiliait la particularité. Et la maison, au nom des richesses du particulier, contestait l’universel de l’école qu’elle soupçonnait d’être menteur: l’école ne professait elle pas en réalité sans le dire une particularité aussi, la française,qu’elle enveloppait , ou dissimulait, dans le manteau de l’universel.”

“La liberté de l’école était sans équivoque possible la liberté des individus, obtenue par l’abstraction des différences; celle de la maison était celle d’un groupe humain particulier, la liberté des Bretons,à nulle autre pareille,une liberté collective proche du privilège; et quant à l’égalité, que l’une et l’autre semblaient célébrer d’une même voix, celle de l’école était celle de la ressemblance, qu’elle nous invitait continument à développer, en mettant de côté tout ce qui pouvait nous particulariser;celle de la maison était celle du droit égal des hommes à  exprimer leurs différences et même à les accentuer dans leurs aspérités provocantes. L’égalité, ici, en cela bien différente de celle de l’école, était l’abolition de l’injustice faite aux différences.”

Mais cette constatation d’un antagonisme se nuance toujours chez Mona Ozouf d’une réserve et d’une prise en considération que l’opposition n’est pas si tranchée que au premier regard.

“Egaux et  semblables, égaux parce que semblables, comme le professait l’école; ou égaux et dissemblables, pour faire valoir nos dissemblances comme le professait la maison?… “Un écheveau de perplexités que je ne suis pas sûre de débrouiller aujourd’hui”, écrit elle.

Sa carrière de chercheuse commencera donc par une recherche et une réflexion sur l’école républicaine, mais aussi sur la Révolution Française et la façon dont l’universelle patrie des droits de l’homme se substituera ” à la bigarrure d’une société d’ordres” et dont l’idéologie de Lumières opposera “à l’empirisme historique le projet d’un système politique issu non de l’histoire, mais des spéculations de la raison, seule capable de fournir à tous des principes clairs et incontestables”. La République, “une et indivisible”, se substitue à l’empilement de singularités juridiques, linguistiques, culturelles,à la juxtaposition de libertés inégales,un univers social fait d’une pyramide de corps ou les individus n’avaient d’existence qu’à travers leurs appartenances.”

…”La Révolution n’a cessé de  manifester sa répugnance à concevoir qu’il y ait des mondes différents et différemment régis. Elle fustige continûment le multiple. C’est cette allergie à la dualité qui sert à Robespierre à justifier, le 18 juin 1793, l’expulsion des Girondins.. “Un peuple qui a deux espèces de représentants cesse d’ëtre un peuple unique”

“Toute appartenance, par conséquent,est vue comme une prison; l’émancipation ne peut alors être pensée que comme un arrachement. Les particularités, pour les révolutionnaires,appartiennent au passé, à la longue sédimentation des habitudes, à un temps immémorial, à tout ce qu’on peut ranger dans l’ordre obscur et confus de la coutume, dont doit triompher le génie clair et simple des principes. A leurs yeux, on ne peut légitimer aucune décision en invoquant l’histoire: le passé ne peut en rien éclairer l’avenir”.

“Avec pareille vision des particularités, entraves au patriotisme,obstacles à la constitution d’un homme universel, ferments criminels de discorde, le seul impératif que comprenne la pensée révolutionnaire est de les repousser à l’extérieur de l’espace national: l’Etre Un fabrique de la scission, la passion d’unir ne se comprend pas sans son versant d’exclusion.”

Mona Ozouf s’intéressera aux témoignages des voyageurs et des administrateurs envoyés dans les provinces par la Révolution, et qui découvriront l’influence de la langue sur le comportement des hommes:”ils découvriront qu’il y a des langues âpres et laconiques, comme le breton, qui développent chez leurs locuteurs des passions abruptes et encouragent l’esprit de secession. Il y a des langues rapides et passionnées, comme l’Occitan parlé en Bigorre, qui fait les tempéraments irréfléchis et les passions vives, ce qui leur fait découvrir que les “patois”, c’est à dire ces langues locales, sont connexes avec le “génie” d’un peuple “(c’est à dire leur personnalité, leur tempérament, leur rapport au monde et leurs valeurs).

Ils font comprendre” pourquoi la Révolution tolérait si mal la mauvaise grâce montrée par les terroirs à  son entreprise d’homogénéité. Nul ne l’ a mieux dit, nous dit elle, que Benjamin Constant: “Les intérêts et les souvenirs qui naissent des habitudes locales contiennent un germe de résistance que l’autorité ne souffre qu’à regret, et qu’elle s’empresse de déraciner. Elle a meilleur marché des individus, elle roule sur eux sans effort son poids énorme sur le sable.”

Etudiant cette Révolution , elle découvre que l’idée républicaine n’a pas eu qu’un seul visage, au contraire.

“Le premier de ces visages est un groupe, une secte républicaine formée autour du couvent des Cordeliers, qui rêve d’une communauté soudée par la vertu, et dont le rêve d’une démocratie immédiate, permanente et fusionnelle est moins sous tendu par le sentiment de l’égalité des êtres que par celui de leur similitude. Aucune place ici pour la reconnaissance du particulier: on postule d’emblée la volonté unitaire du peuple. L’unité cordelière, supposée conjurer la déliaison des individus, est autoritaire et étatiste, imposée d’en haut et identique pour tous.

L’autre groupe, formé autour de Brissot et des députés fréquentant le salon de Mme Roland,n’ a pas le fétichisme de l’unanimité, se méfie des rituels qui fabriquent une fausse unité émotionnelle.Pour lui,la formation d’une opinion publique cohérente est aussi importante, mais ne peut s’imposer d’en haut. Elle est une résultante, qui se fabrique de bas en haut, à partir du fourmillement des opinions individuelles. L’intérêt commun doit se dégager de l’irréductible diversité des intérêts individuels.”

Elle découvre donc “des résistances à une république jacobine à l’intérieur même du projet républicain, et l’existence d’hommes attachés à une autre république, plus accueillante aux dissidences et aux particularités que la république du “jacobinisme émeutier”.”

Dans la réflexion qu’elle mènera sur la 3ème République et sur Jules Ferry,décentralisateur, admirateur des libertés locales anglo-saxonnes, et donc espérant qu’il puisse exister en France,face à l’Etat, le contrepoids d’une société autonome, riche comme en Angleterre d’une presse libre  pour enseigner aux individus leurs droits, d’associations pour les défendre, de meetings pour les proclamer “.

“Il essaye “, dit elle , “de bâtir une République unifiée sur une liberté qu’il tient pour principielle:les hommes , selon lui, doivent être laissés libres d’errer, car la liberté, fut elle payée de l’erreur, est plus désirable que le bien.”

La loi de 1901 sur les associations créera le troisième terme entre l’Etat et le citoyen, redonnant à la société,divisée en groupes particuliers et traversée d’intérêts divergents, la capacité de s’exprimer. Ainsi la République assouplira -t-elle le modèle jacobin, en prenant appui sur les particularités locales (statut religieux de l’Alsace Lorraine,laïcité non intégriste entraînant des compromis: aumôniers dans les lycées,calendrier scolaire aligné sur les fêtes religieuses, carrés religieux dans les cimetières,etc.);

Pourtant, dit elle, malgré ce siècle de compromis accordés aux groupes particuliers, la République n’a pu se défaire de son surmoi jacobin: “Le culte de l’Un, coeur même du jacobinisme,a survécu à l’aménagement empirique de  la politique jacobine.”

Thermidor avait pourtant porté un coup terrible à l’idéologie jacobine, en dénonçant le lien entre l’abstraction et l’inhumanité. Mais Mona Ozouf constate la victoire” dans l’ordre de la mémoire et des symboles, de l’imaginaire du jacobinisme.

C’est ce qui fonde sa critique du “républicanisme” français actuel, dont elle souligne ” la volonté de renouer avec un âge d’or, largement mythifié, de la politique républicaine et de recomposer son bloc de certitudes.”

“Les articles de cette foi renouvelée sont pour elle que  l’espace public est peuplé d’individus rationnels, dégagés de tout lien antérieur. Que leurs particularités doivent être réléguées dans la sphère privée. Qu’il est non seulement possible, mais hautement souhaitable de faire partager à tous les citoyens une même conception de la vie bonne, dans la définition de laquelle l’Etat doit jouer un rôle prépondérant.”

” Ce républicanisme mythique doit son regain de séduction et d’énergie  à l’alternative qu’il semble offrir à la tièdeur des sociétés modernes, où les individus cherchent le bonheur dans leurs attaches et activités privées, et se détournent de la vie publique. Se dire républicain aujourd’hui, c’est souvent affirmer qu’il existe une foi capable de renverser celles qui se sont écroulées, au premier rang desquelles le marxisme. C’est avant tout, en oubliant tout ce que le républicanisme a emprunté à la tradition libérale, se proclamer antilibéral.”

Après cette critique générale des  mythes du néorépublicanisme, Mona Ozouf s’attaque à l’épouvantail du communautarisme brandi par les Républicains pour remplacer l’ Eglise comme adversaire mobilisateur: “On brandit la menace communautariste chaque fois qu’un individu fait référence à  son identité en réclamant pour elle une manière de visibilité ou de reconnaissance sociale. On suppose alors qu’il valorise sa culture particulière au détriment de son humanité commune, qu’il plaide pour sa tribu, et pour elle seule, qu’il annonce une France éclatée, infiniment divisible, déchirée entre intérêts affrontés, mémoires jalouses, inexpiables discordes.”

“L’exagération dramatique est partout dans la présentation du communautarisme par ses adversaires républicains. Et d’abord dans sa définition même. Dans le miroir républicain,la communauté est une prison qui exerce un contrôle absolu et exclusif sur ses membres: une entité close, compacte et cadenassée, telle qu’ils sont soustraits à toute influence extérieure, pris dans la fascination identitaire des origines, sans jamais pouvoir ni les contester ni les quitter.Les voilà réduits à  se confondre avec la norme du  groupe, codamnés à n’établir de rapport avec l’ensemble national qu’à travers l’autorité communautaire, voués à n’user jamais du “je”, mais d’un “nous” péremptoire, impérieux, étouffant. Le pire est que ces possédés n’ont pas conscience de cette contrainte  et se complaisent dans leurs chaînes. La conséquence de cette dévotion est la guerre de toutes les identités les unes contre les autres. Derrière cette présentation dramatique se cache la peur de l’immigration maghrebine et la menace que l’Islam  (est censé faire peser) sur l’identité française. C’est désormais sur le modèle de cette communauté de croyants qu’on pense toutes les autres communautés , si différentes soient elles.”( ce qui ne dispense pas  de penser la spécificité de cette menace. Mona Ozouf en dit plus un peu après à propos de la polémique autour du ” voile”.

Toutes ces interrogations dit-elle peuvent être ramenées à  sa question essentielle: “faut-il penser qu’entre l’obligation d’appartenir et la revendication d’indépendance nulle négociation ne peut s’ouvrir? qu’entre les attaches et la liberté il y a une invincible incompatibilité? L’interrogation est d’autant plus insistante qu’en réalité chacun de nous abrite en lui l’une et l’autre de ces exigences.”

“En chacun de nous, poursuit-elle, existe un être concaincu de la beauté et de la noblesse des valeurs universelles, séduit par l’intention d’égalité qui les anime et l’espérance d’un monde commun, mais aussi un être lié par son histoire, sa mémoire et sa tradition particulière. Il nous faut vivre, tant bien que mal entre cette universalité idéale et ces particularités réelles.

Or “sous la plume des pourfendeurs du communautarisme, tous les vocables qui désignent identité, appartenances,racines évoquent pour eux l’étroitesse, l’enfermement, la servitude, voire la faute

On ne peut donc selon eux, devenir humain qu’en niant ce qui nous individualise et qu’au prix de l’arrachement  à nos entours immédiats”.

“Pareille conception si on la pousse à  son extrême logique est vertigineuse, car elle tient que toutes les attaches sont des chaînes:la fidélité aux êtres qu’on aime,la pratique d’une langue, l’entretien d’une mémoire, le goût pour les couleurs d’un paysage familier ou la forme d’une ville, autant de servitudes. Dans ses versions les plus exaltées, elle voit dans toute détermination une limite et un manque.Mais que serait un individu sans déterminations? Nous naissons au milieu d’elles, d’emblée héritiers d’une nation, d’une région, d’une famille, d’une race, d’une langue, d’une culture. Ce sont elles qui constituent et nourrissent notre individualité.”

Or, “dans une société de la division, de la contradiction , de la mobilité, aucune appartenance n’est exclusive, aucune n’est suffisante  à assurer une identité, aucune ne saurait prétendre à exprimer le moi intime de la personne, si bien qu’on peut se sentir à la fois ,français, breton,,chercheur, fils, parent, membre d’un parti, d’une église, d’un syndicat ou d’un club. Chacun doit composer son identité en empruntant à des fidélités différentes.

“Reconnaître la pluralité de ces identités croisées, complexes, hétérogènes, variables, a plusieurs conséquences de grande importance. Pour commencer, la multiplicité s’inscrit en faux contre l’enfermement et la secession identitaire. Dans un paysage aussi mouvant, l’identité ne peut plus être ce qu’on nous décrit comme une assignation à résidence dans une communauté culturelle immuable, une prison sans levée d’écrou.”

“La multiplicité, par ailleurs nous interdit de considérer les identités comme passivement reçues. Certes bien des groupes auxquels nous appartenons n’ont pas été volontairement élus par nous. Mais précisément, leur foisonnement même nous invite à ne pas les essentialiser, nous entraîne à les comparer, ménage pour chacun de nous la possibilité de la déprise; car cette part non choisie de l’existence, nous pouvons la cultiver, l’approfondir, la chéri; mais nous pouvons aussi nous en déprendre, la refuser, l’oublier. L’appartenance n’a plus tout uniment le visage de la contrainte, elle n’est plus la marque autoritaire du collectif sur l’individu. Elle peut même être la signature de l’individu sur sa vie.”

Ainsi termine t-elle-, nous pouvons nous reconnaître comme participant d’une humanité commune,,non pas bien que, mais parce que, différents. Nous découvrons et respectons l’autre dans sa particularité sans que celle ci  remette en cause le partage d’un espace commun.Nous nous reconnaissons dans ce que nous ne sommes pas, et peut-être moins en faisant appel à la raison universaliste qu’ à l’imagination.”

Ce livre constitue ainsi un contrepoint au texte célèbre de Renan, “Qu’est ce qu’une Nation?”, qui montrait comment une nation se construisait dans le dépassement des particularismes et l’oubli des blessures infligées à ces particularismes, pour aboutir à une synthèse supérieure.

L’époque actuelle, marquée par la mondialisation et l’effacement accéléré des traditions, produit le retour d’une réflexion sur la “chair” des individus, pour reprendre le terme de Finkielkraut, cette histoire  qui les a modelés et à laquelle ils tiennent comme au plus précieux d’eux-mêmes, faite de souvenirs, de liens, de formes particulières de sociabilité, et sans laquelle l’existence perd toute sa part affective et émotionnelle,et se réduit  à un schéma abstrait vide de sentiment. Les systèmes politiques qui ont voulu réduire les hommes à ces schémas théoriques ont produit des monstruosités (nazisme, soviétisme, maoisme, polpotisme, etc., se sont tous accompagnés d’une forme de terreur politique, et d’une condamnation de l’individu, supposé s’effacer pour se consacrer entièrement au bien commun, à vrai dire identifié au bien de l’Etat.). Mona Ozouf exprime parfaitement la façon dont le dégagement de la coutume est ambigu  dans sa signification, porteur à la fois de libération et de désafférentation,  comment la droite et la gauche ont souvent mis en opposition ce qui nécessite, comme elle l’appelle, une “négociation”, et  comment la défense et la protection de l’identité individuelle et collective est une protection contre l’inhumain.

Le peuple juif et le peuple noir américain: deux peuples parias, témoins de l’inhumain dans la civilisation

Publié mai 8, 2009 par gb
Catégories : antisémitisme, communauté juive, peuple juif, questions d'identité

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Le peuple noir américain et le peuple juif  ont en commun l’expérience, dans leur histoire et dans leur mémoire, de la négation de leur humanité et du mépris et de la haine racistes portés au point le plus extrême.

L’un et l’autre ont connu , sous des formes différentes,l’exil forcé, la ségrégation sociale par la mise en place de ghettos,la haine poussée jusqu’au meurtre, la négation de leur humanité par les cultures dites civilisées.

L’un et l’autre ont développé des stratégies de survie et de résistance  aux pratiques de ségrégation et d’humiliation,appuyées sur l’utilisation de la force et de la terreur par des sociétés ou ils  se trouvaient dans un statut de minorité sans moyens de défense.

L’un et l’autre ont lutté pour pouvoir occupper une place à part entière dans ces sociétés, ce qui a produit une division dans ces pays entre les forces agrippées à la préservation de cette exclusion, et celles soucieuses  de défendre les  principes de respect humain  qui étaient au fondement de leurs valeurs,

Ces deux peuples sont ainsi devenus les témoins vivants de la capacité de clivage des sociétés humaines autour de groupes minoritaires qui polarisent frustrations,haines, besoin d’affirmation de soi et désirs de destruction de l’autre, égoïsmes sans retenue et volonté d’abuser de sa force, dans l’oubli total de toutes les valeurs morales  fondées sur la reconnaissance de la valeur humaine de chacun.

Les deux peuples ont éprouvé la souffrance de constater la fragilité des constructions morales de la civilisation,la capacité de cruauté infinie qui existe chez l’homme et  dont aucune culture ne met à l’abri, l’aptitude de l’être humain à oublier l’empathie  et l’identification à l’autre qui sont au fondement même de la nature sociale des hommes, dès qu’un indice de différence est élevé au rang de différence d’essence avec l’autre;

Tous les deux ont pu constater la capacité de résurgence de la sauvagerie humaine  , en particulier quand des forces politiques s’emparent des passions mauvaises qui existent en l’homme et s’en servent comme support pour leur conquête d’un pouvoir, utilisant la très ancienne recette du bouc émissaire comme moyen de manipulation des esprits.

Surtout, tous les deux ont été contraints de lutter contre l’incroyable force du préjugé, qui semblait renaître chaque fois  qu’un de ses éléments avait été abattu, montrant la faiblesse  de la rationalité face à l’empire des croyances et des passions.

En même temps, chacun des individus de ces peuples a  combattu pour maintenir le sentiment de sa dignité personnelle contre la volonté de la lui ôter, et, de façon différente  dans les deux cas, la religion a constitué un support pour le maintien de cette dignité. Pour les Juifs, dans l’attachement indéfectible aux commandements éthiques  qui signifiaient la  véritable valeur humaine de ceux qui s’y soumettaient;pour les Noirs, dans la consolation d’un système chrétien qui affirmait la valeur égale de tous les humains au regard du Christ, et l’idéal d’un amour pour l’homme à l’opposé du  traitement bestial qui leur était imposé.

Ces situations ont été différentes de la simple  cruauté des vainqueurs sur les vaincus dans les innombrables conflits inter humains, où les vainqueurs pouvaient abuser de leurs victoires, mais n’avaient pas besoin de nier l’humanité de ceux qu’ils avaient vaincu.

Mais cette fondamentale similitude dans les destins ne cache pas certaines différences.

La première était que la différences des Noirs était visible, alors que celle des Juifs ne l’était pas toujours, ce qui  suscitait d’ailleurs un surcroît de méfiance et de paranoïa à leur égard.

La deuxième était que les Juifs  avaient pu accéder à l’instruction,privilégiée par leur rapport au Livre, ce qui avait permis à certains d’entre eux d’accéder aux élites , intellectuelles ou commerciales de la Nation, statut pouvant toujours d’un moment à l’autre être remis en question, mais source d’un sentiment d’envie dans leur entourage.

La troisième est  que la misère économique à laquelle étaient réduits les Noirs avait ajouté un  fossé culturel et sociologique au fossé racial et rajouté des  facteurs supplémentaires au préjugés d’infériorité développés à leur encontre.

La situation actuelle est paradoxale avec l’apparition d’un antagonisme communautaire aux Etats Unis entre Noirs et Juifs, dont  des échos étouffés arrivent en France avec  la tentative  de Dieudonné de créer un vrai mouvement antisémite chez les Noirs Français, tentative coïncidant, sans qu’il n’y ait aucun hasard à cela , avec le premier assassinat antisémite commis en France depuis la 2 ème guerre mondiale (si on exclut les assassinats liés à l’exportation du terrorisme proche-oriental), celui de Ilan Halimi, et qui est le fait d’un Noir.(affaire du “gang des barbares”)

L’explication de ce ressentiment des Noirs à l’égard des Juifs  se trouve dans deux facteurs. Le premier et le plus important est le développement de l’influence de l’Islam dans la communauté noire.Ce développement de l’Islam est lié à la signification de refus des valeurs américaines que prend cette  adhésion , contre pied absolu à la religion chrétienne , identifiée par les extrêmistes noirs à l’idéologie des “bons noirs”  qui rêvent d’intégration à la société américaine. La haine des exclus trouve  dans ce rejet des valeurs  religieuses américaines une façon de chercher une identité par l’opposition à tout ce qui est identifié à la culture des Etats Unis. Les prédicateurs musulmans reprennent les clichés antisémites les plus éculés, et la propagande la plus grossièrement mensongère, jusqu’à prétendre que ce sont (evidemment) les Juifs qui on été les principaux metteurs en oeuvre de la traite des Noirs.

Le deuxième facteur était, jusqu’à l’élection de Obama, la conviction de la communauté noire que , contrairement à ses espoirs, et en particulier à ceux nés de l’”affirmative action” visant à promouvoir l’accès des Noirs à des filières scolaires ou d’emploi jusque là inaccessibles,elle restait enfermée dans un cercle de misère auquel les autres minorités (hispanique, asiatique) échappaient rapidement, accédant plus rapidement aux cercles aisés ou dirigeants de la société. La comparaison avec la communauté juive, largement intégrée aux couches aiséees , lui donnait par comparaison, le sentiment que les Juifs étaient  une minorité  avantagée par rapport à elle même.

L’élection de Obama, par la révélation stupéfiante qu’elle apporte de l’évolution  des esprits en Amérique, par le fait de confier la responsabilité suprême du pays ( et en partie du monde) à un Noir change  fondamentalement la vision d’exclusion des Noirs quant à leur place dans la société américaine, et dans la représentation qu’en ont les Américains.

Quelle que soit la  soi-disant compétition victimaire des deux peuples, ils restent tous les deux marqués dans leur chair et leur mémoire par le sceau du préjugé négateur, et par la lutte pour faire reconnaître l’humanité , c’est à dire le respect des humains, comme la valeur fondamentale de la civilisation, celle qui fait la ligne de partage entre civilisation et sauvagerie.

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DURBAN2: L’ANTISEMITE NEGATIONNISTE AHMADINEJAD PROVOQUE LE MONDE CIVILISE A LA TRIBUNE DE L’ONU

Publié avril 21, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, antisémitisme, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Comme  on pouvait s”y attendre,  et comme à l’habitude, le président de la République Islamique d’Iran a profité de la tribune que lui offrait l’Onu pour éructer son  discours de haine et d’incitation  à l’agression contre l’Etat d’Israël, avec le soutien des états islamiques et des dictatures les plus grossières du monde.

Le monde de l’ ONU est bien un monde loufoque où la commission des libertés est dirigée par  la Lybie de Khadafi, assistée par le Vénézuela de Chavez et Cuba de Castro, tous  respectueux des libertés comme chacun sait, et où  la Conférence sur le racisme confirme  la puissance des états les plus racistes(racismes anti-femmes, anti juifs, anti homosexuels), et désireux de faire adopter des résolutions empêchant la liberté de pensée (sous prétexte de lois “anti blasphème”) permettant de réduire au silence toute  contestation de leur prosélytisme ou de la mainmise des religieux sur leurs états ou leurs communautés.

Ceci confirme l’alliance de fait des dictatures politiques, jusqu”aux plus barbares, isolées face au monde libre, et des régimes  plus ou moins islamiques d’Afrique et du Moyen Orient  qui  refusent les Droits de l’Homme présentés comme , comble du paradoxe, une insupportable marque d’impérialisme de la part des anciennes puissances coloniales, alibi démagogique à tous les obscurantismes, toutes les violences, et toutes les atteintes aux droits élémentaires.

L’ONU  donne ainsi  une représentation de l’état du monde actuel dans lequel les régimes les plus infâmes non seulement ne font plus profil bas, mais au contraire se permettent le luxe de ridiculiser les états libres, devenus numériquement minoritaires, et de développer leurs discours de haine et de barbarie  avec l’aplomb de gangsters narguant les policiers qui ne peuvent pas les attrapper.

Mais le côté le plus inquiétant de tout cela, c’est le sentiment d’impuissance des démocraties face à l’impudence des dictatures, fortes de leur contrôle sur leurs populations et de leurs richesses économiques, et la gangrène des institutions internationales qui s’ensuit, par le détournement de leur esprit et le cynisme de leur utilisation.

On ne peut pas s’empêcher d’établir un parallèle avec l’entre deux guerres, à l’époque où la faiblesse des démocraties avait laissé le champ libre aux fascismes européens qui avaient manifesté le même mépris des libertés,la même arrogance provocatrice convaincue que les démocraties plieraient devant la force brute, la même absence de scrupules meurtrière et la même démagogie effrénée que les régimes islamiques actuels.

Mais surtout, c’est l’Iran qui constitue la source d’inquiétude maximale. Sa volonté inexorable d’établir son hégémonie sur la région en unissant les extrêmismes sunnites et chiites, sa marche déterminée vers la possession de la bombe qui lui permettrait de tenir sous la menace, renforcée par sa progression dans la possession de vecteurs balistiques pour les armes nucléaires, les pays de la région et même les pays  Européens, ses menaces sans cesse réitérées de destruction de l’Etat d’Israêl, en font l’équivalent de l’Allemagne nazie dans les années 30-40. Comme celle -ci s”était appuyée sur le ressentiment des Allemands écrasés par le Pacte de Versailles, l’Iran développe un discours flattant  un désir de revanche propre à mobiliser le monde musulman enfermé dans son refus de la modernité et son sentiment de frustration et d’échec, en lui fournissant le bouc émissaire propre à le déculpabiliser et à libérer toutes les pulsions de haine: Israël. Comme l’Allemagne nazie, l’Iran manipule en sous main les communautés chiites ainsi que les Allemands l’avaient fait avec les communautés germanophones en  Europe,  et exaspère les conflits  pour étendre son influence. De la même manière que Hitler, elle crée  un régime de terreur qui éradique toute opposition au régime et ne laisse de marge de manoeuvre que à l’intérieur du système, développe unsystéme politique ou le pouvoir religieux, comme le Part nazi ou le pouvoir bolchevique,  double et contrôle à tous les étages les instances légales politiques, sous la férule du “Guide Suprême”, titre très semblable à celui de “Fuhrer”, même si il n’y a pas la part de dévotion fanatique obligatoire à sa personne qui existait dans le nazisme. Mais plus profondément encore, pour justifier le régime auprès de la population, la République Islamique propose à son peuple la promesse de satisfaire son besoin de puissance, dans la démarche propre à de nombreuses dictatures, qui échangent le renoncement du peuple à la liberté contre l’ivresse du sentiment de puissance collective tirée  de l’arrogance internationale et de la politique de force pratiquée sur les peuples adjacents. La logorrhée arrogante et provocatrice de Ahmadinejad répond très profondément à ce désir de puissance frustré du monde arabe, qu’il cherche à séduire, comme à celui du peuple iranien lui-rmême. C’est toujours trop tard que les peuples comprennent le prix qu’ils ont à payer pour cette stratégie de l’arrogance et du mépris. Surtout, ce que l’Histoire a montré, c’est que le plus souvent, ces démagogues, entraînés par leur propres discours et leurs premiers succès, finissent par y croire eux mêmes -comme Hitler_ et entraînent avec eux  dans la catastrophe leurs pays tout entier, après la phase de réussite initiale.

En même temps, comme ils baillonnent tout discours critique, à aucun moment ils ne peuvent entendre quoi que ce soit qui remette en question leurs choix, car toute critique est immédiatement assimilée à une trahison. Au fond, les petites dictatures modestes qui ne gênent personne sauf leur propre peuple, peuvent survivre longtemps,comme les dictatures nord coréenne ou cubaine. Mais dès que elle sont prises de mégalomanie, ce qui est une pente très fréquente, le compte à rebours de leur existence commence.

La différence entre l’Allemagne nazie et l’Iran, c’est que l’Allemagne était une puissance industrielle,technique, économique, et militaire énorme, et que  son erreur a été de vouloir s’attaquer à toutes les puissances mondiales ,y compris au super grand qu’étaient déja les Etats Unis. L’Iran n’est qu’un pays retardé  technologiquement ,en proie à des difficultés économiques majeures malgré ses ressouces énergétiques , militairement archaîque, et dont l’importance est surtout liée à sa capacité de nuisance, plus qu’à une puissance  réelle. Les Iraniens joueront ils à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf, ou sauront ils s’arrêter à temps? La stratégie de la guerre asymétrique pourra t elle s’appliquer à un Etat et non à une guérilla? La stratégie de la dissuasion du faible au fort, base de la stratégie nucléaire française pourra -t-elle s’appliquer à l’Iran, et les Etats -Unis laisseront ils se développer une telle menace sur leurs intérêts stratégiques. Nous le verront dans le cours de l’année qui vient, car là aussi, le compte à rebours a commencé.

Le monde civilisé retient son souffle.

Identité juive,traumatisme et résilience

Publié avril 12, 2009 par gb
Catégories : culture et judaïsme, identité juive, identités nationales, Israël et sionisme, pacifistes en Israël, peuple juif, questions d'identité

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La parution d’un ouvrage intitulé “L’invention du peuple juif”, écrit par Shlomo Sand,un  ultra gauchiste israélien, coutumier des dénonciations de l’Etat d’Israël, mais qui pousse cette fois les choses infiniment plus loin, puisque il conteste l’idée même d’un peuple juif (pour aboutir à la conclusion  que ce sont les Palestiniens qui sont les seuls Juifs authentiques), peut être l’occasion de réfléchir sur cette identité juive qui est l’objet de tant de discussions  à l’intérieur même de la communauté  juive.

Cette notion d’identité est elle même un terme d’usage relativement récent. Elle recouvre plusieurs dimensions, – l’identité administrative,les qualifications sociales d’un individu, l’idée  de ce qui est permanent  dans sa personnalité au delà des variations liées à son évolution dans l’âge et dans les rencontres au cours de son existence, toutes choses que l’on peut ranger dans la série des déterminations objectives d’une personne.

Mais il existe aussi un sens subjectif à ce terme d’identité, qui est le récit sur soi que chaque homme établit et réécrit en permanence, et qui est la signification humaine qu’il donne à son existence, c’est à  dire la façon dont cette existence s’inscrit dans une collectivité humaine, se relie à elle  (y compris éventuellement dans le refus), faute de quoi elle est privée de toute signification.
Cette collectivité peut être concrète ou abstraite, étendue à l’humanité entière ou rétrécie  à la bande de l’immeuble HLM, mais aucun homme ne peut se passer de situer ses actes, ses pensées et ses choix en relation avec son être humain, c’est à dire avec le fait qu’il partage son existence avec d’autres êtres humains et qu’il doit constamment penser la façon dont son existence s’articule avec celle des autres hommes.

Le récit intérieur est la forme que prend cette pensée,rationnelle ou affective, illusoire ou réaliste, de la représentation de soi de chaque individu et de sa dépendance aux formes de la société qui l’entoure.

On peut considérer que il ya, parmi d’autres, deux propriétés de ce récit sur soi qui  est le mode constitutif de la représentation de soi:

La première est que, comme l’a développé Maurice Godelier dans ses derniers ouvrages,  une part de cette identité est vécue comme constituée par des dons reçus des groupes sociaux qui  entourent les sujets, qui ont contribué à les façonner tels qu’ils sont, et qui font qu’ils s’estiment en continuité avec ces groupes. Toute attaque contre ces groupes est vécue comme une attaque contre eux-mêmes, toute valeur reconnue au groupe est une valeur qui rejaillit sur eux.

Une partie de l’identité personnelle est donc partagée avec le groupe, elle en est une inclusion dans la personne, une mise en commun de l’identité collective.

En même temps, cette mise en commun constitue une inscription dans le groupe, il y a réciprocité de devoirs et d’avantages dans ce système qui fonctionne comme une héraldique, ou chacun arbore le blason ou le drapeau qui symbolise cette appartenance ( ou la renie) et se sent lié dans un rapport de dette au groupe qui lui fournit valeurs, références culturelles et capital social.

Une autre propriété de ce récit intérieur est le fait qu’il est en continuelle interaction avec les discours tenus par les autres sur le sujet. La reconnaissance, la valorisation ou au contraire la disqualification, le déni de la valeur ou pire encore de l’humanité  entraînent  l’obligation d’intégrer ces éléments et de remodeler  cette représentation de soi pour tenir compte de ce retour venu  des représentants de l’espèce humaine. L’absence de réintégration de ces éléments laisse le sujet dans une situation de dénuement psychique et d’impossibilité de symboliser sa place dans l’ordre humain par perte de l’interface avec le monde environnant.

C’est évidemment ce qui s’est produit au cours de la 2ème guerre mondiale avec l’extermination et  la déshumanisation systématiquement mise en oeuvre, avec un raffinement pervers , par le système nazi, à un degré encore jamais atteint au cours des siècles antérieurs.

Cette confrontation soudaine à l’horreur et à l’insensé  constitue le noyau causal de ce que l’on a reconnu actuellement comme étant des états traumatiques, états que l’on constate dans les  grandes catastrophes :génocides rwandais , cambodgien, arménien, juif,tremblements de terre, accidents d’avion et de trains, soldats choqués dans certains épisodes de guerre. Ces états sont caractérisés par des modifications profondes du fonctionnement psychique avec reviviscence répétée des évènements, modification du caractère, développement de formes d’asocialité,états dépressifs, qui traduisent l’écroulement de l’édifice psychique élaboré au fil du temps  et la ruine  psychologique qui s’y substitue.

Boris Cyrulnik, lui même enfant juif caché pendant la guerre, a étudié ces phénomènes et a remarqué comment la capacité de résilience, c’est à dire d’échappement  à l’écrasement par cette catastrophe psychique dépendait de plusieurs facteurs: la confiance en soi préalable au traumatisme, la possibilité d’être actif d’une façon ou d’une autre face à l’évènement,l’entourage soutenant après l’évènement et, en particulier, les discours tenus par cet  entourage fournissant des mots qui permettent de retisser ce récit sur soi bloqué par la sidération du traumatisme.

Dans la question de l’identité juive, le nonsens et l’horreur du génocide hitlérien ont créé un traumatisme collectif qui continue ses effets deux générations après les faits.
Cyrulnik a bien montré comment le silence qui a été fait, pour des raisons politiques ou de confort psychologique le plus souvent, a laissé les victimes démunies face à la détresse  et la destruction psychique subies.

Ceci a été vrai dans les pays ou la terreur nazie s’est exercée,après la guerre, et aussi en partie en Israël quand les Israéliens ont voulu construire un “homme nouveau” basé sur  le déni de la faiblesse juive antérieure.

Or ce qui est difficilement admissible, c’est que au moment ou les choses ont évolué et ou les Israéliens ont commencé à écouter les récits des rescapés et à donner une place et une dignité aux histoires de la Shoah, les anti sionistes gauchistes israéliens ou européens ont commencé à développer une idée pernicieuse: celle de la “religion civile de la Shoah” qui consistait à dire que les Juifs instrumentalisaient  cette catastrophe pour justifier  l’existence d’Israël et la “maltraitance “des Palestiniens, oubliant que l’idée sioniste était bien antérieure à la Shoah. C’est à dire que pour ces gens, le  combat pour la mémoire menacée par les forces de l’oubli et du déni devenait un alibi pour une politique d’oppression et une justification falsificatrice pour l’ existence d’Israël.

A partir de là, ils se trouvaient en position de  minimiser le traumatisme  en traitant les victimes de victimaires, dans un mécanisme de déni causé par la nécessité de trouver des arguments pour soutenir leur idéologie tiersmondiste . Pour celle-ci, les seules victimes prenables en considération sont celles du capitalisme, et  tout nationalisme sauf celui des peuples du tiers monde est forcément criminel. Le livre de Shlomo Sand est une sorte de sommet dans le mécanisme d’inversion: les Juifs ne sont pas un peuple, mais les Palestiniens le sont,l’identité juive est un leurre qu’il faut détruire, etc…

Ce qui est ainsi occulté, c’est  une double dimension de l’identité juive:

d’une part, celle qui est liée aux dons reçus par chaque individu de sa culture,  des valeurs dont il est imprégné, et qui se transmettent parfois plus subtilement que par l’apprentissage direct. La religion juive, l’acharnement à rester soi-même, la résistance à l’oppression et à l’humiliation, l’ethique juive en font partie et créent des devoirs, en particulier de continuation de ce qui a été conservé à un tel prix;

d’autre part, l’histoire continue d’humiliations, de violences et finalement de volonté de destruction totale constitue un traumatisme  global face auquel chaque juif doit pouvoir trouver les formes de sa résilience: que ce soit dans la réussite personnelle, dans le combat pour maintenir vivante la culture juive  ou  dans la réalisation d’un Etat qui symbolise l’accès à l’autodéfense et à la volonté de se battre, par tous les moyens, contre ceux qui sont acharnés à sa perte. Chacun a été, est ou peut être confronté au traumatisme  de la haine insensée qui vise  à le blesser ou le détruire psychiquement.Face au traumatisme renouvelé ou renouvelable, et à la menace de ruine psychique suspendue au dessus de sa tête le peuple juif tout entier est en résilience, même s’ il n’est pas le seul.

GB

L’état binational prôné par les extrêmistes palestiniens recouvre un projet de libanisation d’Israël

Publié mars 30, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit israélo arabe, identité juive, identités nationales, Israël et sionisme, Nation et nationalisme, notes de lecture

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d’après l’article de Gil Mihaely,historien et journaliste israélien, paru dans Le Monde du 21 mars 2009

Mihaely expose clairement en quoi l’idée très ancienne de l’Etat binational qui refait surface dans certains milieux palestiniens est une fausse bonne idée et de quelle façon le bon sens apparent qu’elle présente cache une négation des besoins fondamentaux humains porteuse de catastrophes et de guerres interminables.

Il explique que l’être humain n’est pas une créature seulement rationnelle,  et que  la religion et la nation sont des besoins impossibles à supprimer et qui répondent au besoin fondamental de donner du sens.”l’Etat- Nation est ce lieu irremplaçable ou s’articulent tant bien que mal le particulier et l’universel, l’individuel et le collectif.

Or, dit-il, à partir du moment ou il n’y a plus coïncidence entre Etat et Nation- soit que plusieurs nations cohabitent dans un seul Etat, soit que des nations soient dispersés entre plusieurs Etats,  cette cellule de base du système international ne fonctionne pas si bien. Si un Etat peut abriter une ou plusieurs minorités nationales, il ne peut jamais concilier deux communautés nationales d’importance égale.

Or si on peut exiger d’un Etat-nation le respect des droits de tous ses habitants, on peut difficilement lui demander de respecter des aspirations nationales  concurrentes, pas plus qu’on ne peutd’ailleurs exiger  de ceux qui appartiennent à la communauté nationale vaincue en 1948 d’accepter de gaité de coeur le drapeau, l’hymne et autres symboles des vainqueurs. Ils on pleinement le droit d’avoir les leurs.”

“Mais que serait ce fameux état binational sinon la garantie d’une frustration générale et permanente? Un Etat n’est n’est ni un ectoplasme distributeur d’allocations, ni une mairie en plus grand. Ce serait une grave erreur de négliger cette dimension anthropologique, surtout dans le contexte d’u conflit qui exaspère les réflexes nationaux de ses protagonistes.”

“Comment peut-on espérer que Palestiniens et Israéliens réussissent là ou Tchèques et Slovaques ont échoué, là où Flamands et Wallons se perdent?” Appliquée a Israël, la solution d’un seul Etat bi-national ne peut aboutir que à une libanisation et à un non-Etat.”

“Reste cependant, dit il, la question de savoir si la solution “Deux peuples, deux Etats” est encore applicable sur le terrain, compte tenu de la politique constante des gouvernements Israéliens successifs de la rendre inapplicable. En outre, dit il, l’incapacité des Palestiniens à  contrôler leur violence et à  accepter des compromis raisonnables ont créé chez les Israéliens une crispation sécuritaire visible aux dernières élections.”

“Cela dit, ajoute-t-il, si Israël a su conquérir et coloniser, il s’st montré aussi capable de se retirer des territoires occupés comme en 1982 eans le Sinaï;et en 2005 à Gaza. Bref,aussi difficile soit-elle à mettre en oeuvre,la solution des deux Etatsn’est pas seulement la moins injuste. Elle est la seule”

Un livre sur l’invention du peuple juif introduit la confusion avec l’idée des races

Publié mars 29, 2009 par gb
Catégories : identité juive, identités nationales, Israël et sionisme, Nation et nationalisme, peuple juif, questions d'identité, Revue de presse

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D’après l’article de Eric Marty, professeur de littérature à l’Université Paris Diderot,publié par Le Monde du 29 mars 2009.

L’article de Marty est remarquable d’efficacité dans la démonstration de la perversité et de la bêtise de la thèse de Shlomo Sand dont le livre intitulé “”Comment le peuple juif fut inventé de la Bible au sionisme” vient de sortir et rencontre , sans doute grâce au titre choc qui le résume, un certain succès de librairie. Marty passe rapidement sur la nature superficielle et approximative  du traitement d’informations “de seconde main ” de cet historien autodidacte, pour aller au  centre du problème.

Découvrant que il n’y a pas de race juive- ce qui est une  vérité éculée- Sand en conclut que le peuple juif est une invention historique récente, et, “divine surprise”, que le peuple juif n’existe pas.

Tout le livre consiste ainsi  à vouloir prouver que les Juifs actuels ne sont pas “génétiquement “les descendants  des Hébreux.

Or ce qui fait le peuple juif n’a jamais été une question de race, contrairement aux affirmations nazies, et comme le montre la diversité des couleurs des juifs (noirs, blancs, jaunes, bruns, blonds,etc.),mais la religion, l’histoire, la langue.

Comme le dit Marty, il y a un peuple juif , bienque il n’y ait pas de race juive. Il met à jour l’ambition de Sand de mimer le discours de Michel Foucault affirmant que “l’homme est une invention récente”. Mais pour Foucault, dit Marty,il était fondamental de réfléchir à cette invention dans les savoirs et de la déconstruire.”

Or, souligne Marty, “c’est sur ce point que le livre de Sand se révèle vide.Car s’il dénie aux Juifs une aspiration qu’ils n’ont jamais eue comme peuple, celle de se constituer en race, il ne déconstruit pas la notion de race.Au contraire, il lui confère un statut de vérité qui se donne comme vérité ultime. “En effet, la conclusion proprement perverse de son livre, est d’attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs,à savoir qu’ils sont -eux les Palestiniens- les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires.”

“Cet épilogue est révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l’inversion dont le peuple juif est la victime coutumière: les Juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens des juifs génétiques. On peut donc en déduire qui est l’occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas l’héritage génétique, en en faisant au contraire bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l’impensé qui obscurément pourrit ce qu’il tient pour une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu’il emploie et tout simplement mystificatrice, et ce d’autant plus qu’elle voudrait être au service de l’entente entre les ennemis.”

“Nier l’identité juive est une vieille marotte, aujourd’hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D’où vient ce vertige du négatif? On l’aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand; d’un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l’errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s’éteindre, ne cesse de renaître, avec désormais, un nouvel allié mythologique: les Palestiniens.”

Shlomo Sand pousse ainsi à la limite ce qui était déja en filigrane de toute son oeuvre de “nouvel historien” acharné à tenter de “déconstruire”  tout sentiment national juif. L’ultra gauchiste conséquent qu’il est , partisan de l’Etat binational en Palestine et donc de la destruction de l’ Etat Juif, termine en apothéose sa trajectoire de haine du sionisme: par quelque chose qui est une forme de  négation radicale et absolue de l’identité juive pour laquelle un mot s’impose: le négationnisme. En effet, cette passion de nier la réalité historique au nom d’une soi-disant lutte contre un “conformisme” de la vision historique est le  double symétrique du faurissonisme, de plus en plus enfoncé dans un discours de dénonciation des “historiens officiels”, aveugle à sa haine qui est le substrat caché de ses constructions abracadabrantes  , constructions dont la base est le déni d’une réalité incompatible avec les préjugés idéologiques qui constituent l’armature  d’une pensée elle même plus stéréotypée que ses cibles. A quand une invitation de Shlomo Sand au prochain spectacle de Dieudonné ?

LES ISRAELIENS REPLIQUENT AUX ACCUSATIONS SUR LE COMPORTEMENT DE TSAHAL

Publié mars 28, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit de gaza, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, pacifisme en france, pacifistes en Israël

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Face à la campagne médiatique sans précédent menée contre eux après la guerre de Gaza et aux accusations de crimes de guerre,  les Israéliens ont commencé  à développer leur défense, pour parer à l’offensive  venue de plusieurs horizons à la fois  et visant à  développer la haine anti israélienne et à les couper des opinions publiques dans le monde entier.

La première riposte s’est située sur le plan des chiffres des pertes humaines durant l’offensive.Le choix de l’état major ayant été de ne pas autoriser les journalistes à accéder au champ de bataille, la conséquence en a été que les seuls à commenter et à rapporter les évènements en ont été les Palestiniens eux mêmes.

On se trouve à peu près dans une situation équivalente à celle qui se produirait si au cours de la grande journée de protestation sociale et de manifestations en France du mois de marssi  les seuls chiffres de manifestants et de pourcentages de grévistes avaient été fournis par les syndicats. Quand on sait que l’ écart a varié de presque 1 à 3 (1,2 millions de manifestants pour la police, 3millions pour les syndicats) et que il y a une surenchère systématique des syndicats pour des raisons faciles à comprendre :le nombre annoncé est celui qui signifie l’échec ou la réussite du mouvement, et il n’y a pas d’indicateur indiscutable de ces chiffres, sans parler des traditions de propagande  inscrites dans les mentalités militantes depuis des décennies,on comprend que la plupart des gens, sauf les manifestants eux mêmes, ont l’habitude de couper la poire en deux entre les deux estimations.

Toujours est il que les Palestiniens, dont les associations  “non gouvernementales” sont constituées de militants hautement politisés et engagés dans le combat nationaliste contre Israël, considèrent la propagande anti israélienne comme un de leurs devoirs essentiels, et ne se sont pas privés  de gonfler les chiffres globaux des pertes humaines, pendant que le Hamas  rétrécissait jusqu’au grotesque le nombre de ses propres pertes.

Les organisations de “défense des droits de l’homme “palestiniennes sont des organisations de défense des intérêts palestiniens qui ont compris l’avantage médiatique qu’elles trouvent, en Occident, à se parer de ce titre. Elles n’ont jamais condamné la moindre atteinte aux droits de l’ Homme dans les rangs palestiniens (crimes contre l’humanité que sont les attentats contre les civils, tortures exercées par le Hamas et le Fatah l’un contre l’autre,etc..;)

Les chiffres de Tsahal diffèrent donc énormément de ceux des organisations palestiniennes, dont le but est de présenter l’Etat israélien comme un monstre criminel.

Pour les Israéliens, le nombre total de victmes palestiniennes de l’offensive se monte à 1166, dont 709 ont été identifiés comme membres actifs de la branche armée du Hamas.295 civils (dont 49 femmes et 89 mineurs de moins de 16 ans)ont été reconnus comme victimes de l’offensive( c’est à dire approximativement un quart des victimes, contrairement aux chiffres des organisations palestiniennes qui affirment eux  dénombrer 926 civils sur 1417 victimes (et 236 combattants (soit 4 fois plus de civils que de combattants) (Le Hamas n’en “reconnaît” qu’une cinquantaine) auxquels il rajoute 255 policiers du Hamas  (La différence entre la Police du Hamas, qui traque et torture les opposants,  et maintient le pouvoir du Hamas sur Gaza et est en fait une milice armée à son service et la branche militaire qui ne fait pas grand chose à part lancer des roquettes sur la population civile israélienne est assez spécieuse.Ce d’autant plus que la nuance entre “militaires” se camouflant en civils en ôtant leurs uniformes, et policiers en uniforme et en armes comptés comme des “civils”, est assez “jésuitique” (si l’on peut dire).

L’énormité de la différtence des chiffres montre bien que la réalité n’a pas été le seul facteur a être pris en compte dans ces “comptages”.

Le deuxième axe de défense des Israéliens, après la publication de témoignages de soldats israéliens décrivant des comportements ” injustifiables” de militaires israéliens a été de dire que il ne s’était en rien agi de consignes délibérées visant au meurtre de civils, mais souvent d’ordres visant à éviter d’exposer les soldats israéliens, menacés d’attaques de  kamikases ou de tentatives d’enlèvement annoncées par le Hamas.

Surtout, la source de ces témoignages a été un groupe d’élèves soldats, qui n’ont commis aucun acte, mais en ont rapporté, et qui étaient dirigés dans leurs cours par un officier de réserve ultra gauchiste, lui même condamné par l’ armée pour refus de servir en territoire occupé, et qui a publié un livre intitulé “Refuznik”, tout un programme.

Le troisième axe de défense israélien est la contestation de l’usage criminel de bombes au phosphore. Celle ci ont bien été utilisées, comme cela est autorisé dans les lois internationales, mais comme bombes éclairantes ou comme “nuages de fumées”, et non comme bombes incendiaires , comme cela a été le cas  dans des bombardements de la 2 ème guerre mondiale. L’amalgame a été fait en toute connaissance de cause par des organisations pacifistes, qui ne s’arrêtent pas à de telles manipulations, pour disqualifier l’action israélienne, et au fond, la légitime défense qui a été au point de départ de l’action israélienne.

Les pacifistes et les gauchistes, réduits au silence par le consensus massif de la population israélienne pour soutenir la riposte israélienne aux bombardements des populations civiles par le Hamas, ne se tiennent plus de joie à l’idée de pouvoir apparaître rétrospectivement comme les hérauts  de la morale et de l’humanité, prêts sans hésiter à donner la partie belle à ces autres défenseurs des droits de l’homme et des libertés que sont les terroristes du Hamas repeints en victimes innocentes de ceux qu’ils osent dépeindre en barbares.

JACQUES CHIRAC A L’ATTAQUE DES NEGATIONNISTES

Publié mars 28, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, antisémitisme, guerre au proche orient, Israël et sionisme, Revue de presse

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(D’après l’article de Sophie de Ravinel, dans Le Figaro du 28-03-2009)

A l’UNESCO,Jacques Chirac a apporté un soutien appuyé au projet Aladin, initié par la Fondation de la mémoire de la Shoah, projet destiné à lutter contre le négationnisme, en particulier dans les pays arabes, en rendant accessibles en arabe, sur Internet, des informations objectives sur la Shoah et sur les relations judéo-arabes.

“Le drame de la Shoah interdit l’oubli.Il impose la pudeur. Il fait exploser la colère au coeur de chaque homme de bonne volonté, lorsque la Shoah est contestée.” a-t-il déclaré.

“Il a insisté sur le fait que’il ne s’agissait pas de “faire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n’est pas la leur”… mais qu’il était important “de faire connaître la Shoah, pour la faire sortir du silence que l’on a fabriqué autour d’elle dans beaucoup de pays”

“Evoquer la Shoah risquait de susciter dans ces pays un sentiment de sympathie pour les Juifs et l’existence d’Israël. Alors, on l’a cachée.”

Jacques Chirac s’est inquiété du fait que “les conflits incessants du Proche Orient sevent aujourd’hui de prétexte à une nouvelle haine d’Israël. Elle est en train de devenir une nouvelle haine des Juifs. Cette haine se répand. Elle peut être le début d’un nouveau cauchemar. Il n’y aura pas de paix au Proche-Orient tant que il n’y aura pas reconnaissance et acceptation de l’Etat d’Israël.. Mais il n’y aura pas de reconnaissance mutuelle réelle sans assentiment des peuples(…)sans une compréhension plus intime.”

Jacques Chirac ne s’est pas adressé que à cette partie du monde, disant que “nul pays, nulle culture ne sont immunisés  contre la tentation du génocide”..”Nous ne devons jamais accepter comme démocratiques les partis qui propagent la haine. L’accord trouvé entre libéraux, démocrates chrétiens, socialistes et communistes dans l’après guerre pour rejeter les partis de la haine doit être considéré comme un acquis définitif de la démocratie européenne.”

Ces propos étaient une réponse claire  aux nouveaux propos provocants de Le Pen , réitérant son affirmation que les chambres à gaz étaient “un détail ” de la seconde guerre mondiale? ce qui a entraîné une  décision des partis européens démocratiques de modifier le règlement de l’assemblée européenne pour empêcher la possibilité que Le Pen puisse en devenir président, au bénéfice de l’äge.

Un pacifiste israélien remet en cause le pacifisme

Publié mars 23, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, élections israéliennes, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, identités nationales, islamisme, Israël et sionisme, pacifisme en france, pacifistes en Israël

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(d’après le texte de Amir Gutfreund, écrivain israélien, publié par Le Monde du 22mars 2009)

Le texte de Amir Gutfreund est intéressant parce que il constitue la première autocritique du pacifisme en Israël , venue donc de l’intérieur même du pacifisme, publiée en France.

A.G. se définit lui même comme “un homme de gauche, autrement dit quelqu’un qui veut la paix à tout prix et qui est prêt, pour cela à  d’énormes concessions”. Il dit d’ailleurs avoir voté travailliste aux élections de février dernier.

Pourtant, devant l’évolution vers la droite du pays, il n’interprète pas le phénomène comme le fait que les Israéliens sont allergiques à la paix, mais comme “une réaction aussi instinctive que salutaire”.

Pourquoi?

Parce que, dit -il,” les Israéliens demandent une pause; qu’on leur permette d’hésiter encore un peu avant d’en venir à des décisions irrévocables”. “Les raisons qui ont poussé l’opinion publique israélienne “à droite”, ne lui sont pas étrangères, tout électeur de gauche qu’il soit”; en effet,” tout accord de paix, aussi précaire soit -il représente e effet pour Israël la mise en jeu de sa propre existence”

“Au cours des dernières décennies,la paix est apparue à portée de la main, puis tout est parti en vrille, et il se demande si cette paix était vraiment si proche, ou si il s’est agi de rêves et de châteaux en Espagne.

Il n’est pas besoin d’être de droite, dit-il, pour sentir qu’un changement profond s’est récemment opéré dans la réalité qui est celle d’Israël au Proche Orient. Un facteur nouveau, dont les Européens se sont insuffisamment rendu compte est intervenu:la survenue de l’intégrisme islamique.

“Rituellement, quelqu’un vient faire miroiter aux yeux des Palestiniens la promesse de succès supplémentaires, de victoire totale,pourvu qu’ils se retiennent, pourvu qu’ils sachent résister au compromis en cours… Un vent d’extrêmisme islamique souffle.Si naguère le conflit israélo- palestinien a pu apparaître soluble dans le cadre d’un partage des ressources  et de solutions humanitaires, il est sûr que, aujourd’hui, alors que les données du problème n’ont apparemment pas changé, aucun espoir de ce type n’est plus envisageable.

“Des pans entiers de la population palestinienne croient désormais dur comme fer dans les promesses d’un djihad mondialisé. Alors que le conflit est en apparence resté le même,il a changé de bases, et une grande partie des pacifistes, en Israël et ailleurs, n’ont pas pris connaissance du” tour de passe passe auquel s’est livrée l’histoire”.

“Il y a dix ans, j’étais convaincu que des concessions israéliennes conduiraient à la paix.Désormais je suis au contraire convaincu que les retraits les plus spectaculaires ne serviront à rien”.

Normalement, explique-t-il, ce devrait être les Israéliens qui n’ont pas intérêt au changement étant donné le “confort” de leur société, et les Palestiniens, du fait de leur misère et de leur souffrance,qui désirent celui- ci.

Or, cette situation s’est inversée. Les Israéliens ont l’estomac noué d’angoisse quand la paix ne progresse pas, et les Palestiniens s’enthousiasment pour les opportunités que recèle l’attente: obtenir plus et à de meilleures conditions dans l’avenir.”

“Comment arriver à ouvrir les yeux des Européens sur cette mutation, s’interroge-t-il? Cela lui paraît difficile quand on constate la paralysie qui saisit les Européens quand ils doivent affronter le radicalisme musulman, et leur crainte d’apparaître arrogants, racistes et colonialistes..

L’épreuve, dit-il aura lieu, à l’occasion de la “conférence de Durban 2″. Il imagine déjà la scène: “Le délégué d’un pays ou les fillettes de8 ans sont mariées de force à des vieillards proclamera son indignation devant la situation des droits de l’homme en Israël”. Le délégué d’un pays qui subventionne partout dans le monde le terrorisme portraiturera Israël en état terroriste. L’ambassadeur d’une nation ou un tribunal a prononcé une peine de viol collectif sur une jeune fille dont le frère avait attenté à l’honneur d’une autre femme dissertera sur la politique scandaleuse d’Israël par rapport à ses minorités.”

“Durban 2 est un évènement si parodique, si grotesque, qu’on pourrait croire qu’il a été taillé pour dessiller les yeux des incrédules”, et pourtant , il n’est pas convaincu du réveil de la conscience européenne.

Au moment ou commenceront les discours délirants sur Israël, y aura-t-il une surprise?

QU’EST CE QU’UNE NATION? RELEXIONS SUR LE TEXTE FONDAMENTAL DE ERNEST RENAN (1882)

Publié mars 6, 2009 par gb
Catégories : identités nationales, Nation et nationalisme, questions d'identité

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“Les nations sont quelque chose d’assez nouveau dans l’histoire. L’antiquité ne les connut pas; l’Egypte, la Chine, l’antique Chaldée ne furent à aucun degré des nations. C’étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n’y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus que de citoyens chinois. L’antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires. Elle n’eut guère de nations au sens ou nous l’entendons. La Gaule, l’Espagne, l’Italie, avant leur absorption dans l’empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties.”

Qu’est ce qui caractérise les différents états issus de la brisure de l’empire carolingien, selon Renan ? C’est la fusion des populations qui les composent. Deux faits contribuent essentiellement à ce résultat:L’adoption du christianisme par les envahisseurs germaniques, qui empêche une distinction vainqueurs/vaincus par la religion, et l’oubli par les conquérants de leur propre langue (Renan reviendra plus loin sur la nécessité de l’oubli pour forger les nations.). “De ce fait, le moule qu’imposèrent ces envahisseurs devint le moule même de la nation et “France” devint le nom d’un pays ou n’étaient entrés qu’une infime minorité de Francs. Au bout d’une ou deux générations, les envahisseurs ne se distinguaient plus du reste de la population; leur influence n’en avait pas moins été profonde; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu’il n’avait pas auparavant.”

“L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création des nations, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été les plus bienfaisantes. L’unité se fait toujours brutalement: la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d’une extermination et d’une terreur continuée pendant près d’un siècle.”

Mais là où la France a réussi, d’autres ont échoué. “Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposé les uns aux autres. Or l’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s’il est burgonde, alain, taïfale, visigoth; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint Barthelemy, les massacres du Midi du 13ème siècle.”

Mais qu’est ce donc qu’une nation , s’interroge Renan.

Pourquoi la Hollande est elle une nation, tandis que le Hanovre ou le Grand Duché de Parme n’en sont pas. Comment la France persiste -t-elle à être une nation, alors que le principe (dynastique) qui l’a créée n’existe plus. C’est la gloire de la France d’avoir, par la Révolution Française, proclamé qu’une nation existe par elle-même.

La question de la race

Renan s’inscrit en faux contre toute tentative de fonder la nation sur la race, comme le font en particulier les pangermanistes de l’époque.”C’est là, dit-il, une très grande erreur, qui si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès.”

“La considération ethnographique n’a été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. L’Italie est le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Etrusques, Pelasges, Grecs , sans parler de bien d’autres éléments s’y croisent dans un indéchiffrable mélange.”

“La vérité est qu’il n’y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l’analyse ethnographique, c’est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays , l’Angleterre, la France, l’Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L’Allemagne fait elle à cet égard exception? Est elle un pays germanique pur? Quelle illusion! Tout le Sud a été gaulois. Tout l’Est, à partir de l’Elbe, est Slave. Et les parties que l’on prétend réellement pures le sont elles réellement? Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu’en zoologie. Or l’étude des langues et de l’histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. L’apparition de l’individualité germanique dans l’histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus Christ. Apparemment, les Germains ne sont pas sortis de terre à cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n’avaient pas leur individualité à part. Le Français n’est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers”

“Le fait de la race, capital à l’origine, va donc toujours perdant de son importance. L’histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n’y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n’a pas le droit d’aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant:”Tu es de notre sang;tu nous appartiens”. En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau”.

On ne peut qu’être frappé de la netteté de la pensée de Renan et du caractère prémonitoire de sa réfutation des arguments développés ultérieurement par les nazis, qui en fait mettaient leurs pas dans ceux des pangermanistes qui les avaient précédés.

La question de la langue

” Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue.”

“La langue invite à se réunir; elle n’y force pas. Les Etats-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation . Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses diverses parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue, c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude souvent obtenue par des vexations.”

“La considération exclusive de la langue a, comme l’attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l’exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu’on respire dans le vaste champ de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l’esprit; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N’abandonnons pas ce principe fondamental , que l’homme est un être raisonnable et moral, avant d’être parqué dans telle ou telle langue, avant d’être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance: ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands; Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain”.

La question de la religion

“A l’ origine, la religion tenait à l’existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de la famille. La religion d’Athènes, c’était le culte d’Athènes même. Elle n’impliquait nulle théologie dogmatique. Ce n’était déjà plus vrai dans l’Empire romain, avec les persécutions en particulier des Juifs par Antiochus Epiphane pour les amener au culte de Jupiter Olympien.”

“De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu’il peut, comme il veut. Il n’y a plus de religion d’Etat; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle; elle regarde la conscience de chacun”;

La question des intérêts

“La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. Suffit elle à faire une nation? Je ne le crois pas. Elle fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment. Elle est âme et corps à la fois; un”Zollverein” n’est pas une patrie.”

La question de la géographie

“La géographie est un des facteurs essentiels de l’histoire. Peut on croire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d’une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s’adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours, pour atteindre telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante à priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire et plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. On parle de raisons stratégiques. Rien n’est absolu; il est clair que des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin (Par rapport au Proche Orient, quelle prémonition!).

“Non, ce n’est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail; l’homme fournit l’âme. L’homme est tout dans dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. Rien de matériel n’y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.”

Que faut il donc de plus que la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires pour créer ce principe spirituel?

Conclusion

“Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, les constituent. L’une est dans le passé, l’autre est dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis . La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est, de tous les cultes, le plus légitime. Les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes , de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiments des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposés à faire encore. Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.

L’existence d’une nation est donc un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de la vie.

Les volontés humaines changent; mais qu’est ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront . La confédération européenne, probablement les remplacera (!!!). Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. A l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître.”

“Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l’oeuvre commune de la civilisation. Toutes apportent une note à ce grand concert de l’humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions.

Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister.”

Commentaires

On ne peut qu’être admiratif devant la beauté de la langue, la clarté de vues et d’expression de Renan face au problème complexe de l’idée de Nation. La liberté de pensée qui est la sienne et qui se manifeste dans la façon dont il arrive à la fois à envisager le caractère fini de l’existence des nations, à penser avec un siècle d’avance l’avènement d’une communauté européenne qui remet en cause le contenu de la notion de nation, et à éviter le piège d’un idéal de suppression des nations dont il formule très bien le risque de totalitarisme qu’il décrit avant la naissance du terme, montre la profondeur de la réflexion qui est la sienne.

Tous les débats actuels sur l’idée de nation sont déjà présents dans la façon dont il écarte, les uns après les autres , tous les présupposés “essentialistes” des courants ultranationalistes: idée de race chez les pangermanistes et leurs émules nazis, idée de frontières naturelles ou de frontières de” sécurité “, dans les conflits du Proche Orient, idée d’union douanière soutenue par certains tenants d’une Europe minimale, idée de fermeture sur sa culture “nationale” contenue dans certains comportements communautaristes.

L’idée d’un concert des nations ou chacune d’entre elles a sa partition à jouer pour faire progresser l’humanité contredit les prétentions de chacune à être le peuple élu .

Mais c’est dans la partie “positive” de son étude du concept de nation qu’il est le plus magistral.

D’abord, par sa définition de la nation comme une “famille spirituelle”, il met l’accent sur le fait que ce sont des visions du monde qui sont partagées, et non des déterminations héréditaires, ce qui est prouvé en France par la possibilité pour les émigrants d’acquérir la nationalité française. Cette famille spirituelle est composée par l’adhésion aux valeurs véhiculées par la société française: démocratie et république, laïcité et droits des femmes, liberté de pensée, d’expression et de critique, séparation des pouvoirs, mais aussi qualité de l’existence, sophistication des produits, niveau élevé de la culture, variété des paysages et des types humains, etc.

Rien à voir avec un quelconque “Volksgeist” .

Mais ce n’est pas seulement une adhésion intellectuelle dont il s’agit. C’est également une adhésion affective: c’est l’entrée dans une famille, une affaire de coeur et de sentiment, qui fait que en France,( et dans les autres pays aussi bien sûr), les gens “aiment la France , tombent amoureux de la France (voir le livre de Jacqueline Remy: “Comment je suis devenu français”, livre d’interviews de personnes, plutôt connues, qui ont pris la nationalité française).

Ensuite, c’est par sa définition de la Nation comme une “conscience morale”. L’acquisition de la nationalité ou le patriotisme tout simplement est inséparable de la notion d’une dette envers la collectivité, actuelle et passée. Envers le passé, même si on ne l’a pas partagé (dans le cas des personnes qui acquièrent ou ont acquis plus ou moins récemment la nationalité) parce que le passé est comme il le dit, un capital social partagé par tous les membres de la Nation ( la gloire, c’est à dire le renom, la valeur attribuée collectivement aux tenants de cette identité, mais aussi la culture longuement accumulée dans le creuset dont il parle, la longue sédimentation d’intelligence et de travail collectif qui aboutit à la chance extrême que constitue le fait d’être français dans le monde actuel, sur tous les plans). Envers la collectivité actuelle, qui maintient l’effort soutenu pendant des millénaires, et qui elle même, doit consentir à des sacrifices pour ne pas dilapider le “capital” culturel, scientifique, artistique , juridique, intellectuel et politique, et finalement humain constitué depuis si longtemps.

Ces conceptions de la Nation éclairent mieux quelques uns des débats actuels:

L’acquisition de la nationalité française apparait ainsi légitimement comme devant être demandée, c’est à dire le résultat d’une déclaration d’adhésion à ses valeurs fondamentales, et non acquise automatiquement par des étrangers qui ne s’en aperçoivent parfois même pas. Les modalités étant évidemment à réfléchir soigneusement.

La raison en est ce que dit Renan, et qui paraît très juste: une nation n’existe que tant qu’elle est portée par l’adhésion de ses membres et leur acceptation de faire des sacrifices pour son maintien. Si des personnes adhérentes d’autres cultures et d’autres valeurs que celles de la nation française ne reconnaissent pas celles ci, il y a un risque que au lieu de s’ajouter et de se féconder , elles minent le maintien de cet effort, déjà contrarié par l’évolution des moeurs.

On peut dire la même chose pour la nation israëlienne : si les Israëliens eux mêmes ne croient plus en la finalité de leurs efforts, si l’image valeureuse qu’ils ont d’eux mêmes, minée par le conflit avec le peuple palestinien, se défait, et si les élites ne défendent plus la signification de leur effort, si les classes populaires se sentent abandonnées, alors un grave danger de disparition de cette nation existera.

Quelle place donner à partir de cette vision de la Nation aux peuples en Diaspora ? Encore une question qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

ALAIN FINKIELKRAUT: TOUJOURS PLUS D’ENRACINEMENT, TOUJOURS MOINS DE LUMIERES ?

Publié mars 6, 2009 par gb
Catégories : communauté juive, culture et judaïsme, identités nationales, questions d'identité

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La parution de l’entretien de AF et P.Thibaud dans le monde du 11/11/2007 ou il se saisit de l’opportunité du débat sur l’évolution des rapports juifs/chrétiens après la Shoah pour exposer et résumer ses thèses peut être une occasion de faire le point sur les théories qu’il développe et qui sont au coeur même du débat ,explicite ou implicite dans le monde juif, sur la question de la fidélité, de la transmission, et du maintien de l’identité juive.

Dans son ouvrage,”La défaite de la pensée”, paru en 1987, il abordait déja ces questions du rapport des particularismes des cultures et de l’idéal universaliste, qu’il définissait comme l’opposition de l’esprit des Lumières, incarné dans la Révolution Française, et du Romantisme , en particulier allemand, et de sa passion du subjectivisme.

Identité culturelle et individualité

La critique féroce qu’il dressait des effets pervers de la décolonisation lui donnait l’occasion de montrer comment “le thème de l’identité culturelle qui permettait aux colonisés de se dégager de la dégradante parodie du colonisateur, en même temps, les déssaisissait de tout pouvoir face à leur propre communauté . Ils ne pouvaient prétendre se situer en dehors, à l’abri de ses impératifs, à l’écart de ses coutumes, puique c’était justement de ce malheur là qu’ils avaient voulu se délivrer en secouant le joug de la colonisation. Accéder à l’indépendance , c’était d’abord pour eux retrouver leur culture”.D’où l’attachement des états à veiller que nulle critique intempestive ne vienne troubler le “culte des préjugés séculaires”, et “au triomphe définitif de l’esprit grégaire sur les autres manifestations. “On ne se révolte pas contre soi” et “rendus à eux mêmes, les anciens colonisés se retrouvent captifs de leur appartenance, transis dans cette identité collective qui les avait affranchis de la tyrannie des valeurs européennes.. “A peine ont ils dit “Nous avons gagné” qu’ils perdent le droit de s’exprimer autrement que à la première personne du pluriel. “Nous, c’était le pronom de l’authenthicité retrouvée, c’est désormais celui de l’homogénéité obligatoire,c’était la naissance à elle même d’une communauté, c’est la disparition de tout intervalle et donc de toute confrontation entre ses membres. Il n’y avait pas de place dans la logique coloniale pour le sujet collectif,; il n’y a pas, dans la logique identitaire, de place pour l’individu”.

Critiquant le fameux livre de Frantz Fanon, “les damnés de la terre”,il relevait que F.F. place l’individualisme” au premier rang des valeurs ennemies “. Dans ce livre, les combattants, au lieu de cultiver stérilement leurs particularités, sont invités à s’immerger dans “la marée populaire”. “Abdiquant toute pensée propre, ils retournent dans le giron de leur communauté. La “pseudo-réalité individuelle” est abolie: chacun se retrouve pareil aux autres, porteur de la même identité. Le corps mystique de la nation absorbe les âmes; et AF conclut que” une nation dont la vocation première est d’anéantir l’individualité de ses citoyens ne peut pas déboucher sur un état de droit”.

Il concluait que dans le débat entre les deux idées de la nation qui a partagé la conscience européenne depuis la Révolution française, FF prend parti pour le “Volk” ,opposant à la société des individus le génie national, “l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolu”, rejoignant par là l’idéologie des anti-Lumières qui sonnent le rappel de tous les adversaires de la révolution et de l’universalisme rationaliste qui triomphe avec la révolution.

Herder est le maître à penser de ce courant qui trouve un echo très favorable en Allemagne ou il sert de drapeau au nationalisme allemand furieux de voir l’hégémonie française s’imposer à l’Europe, militairement et idéologiquement. Les intellectuels allemands s’enrôlent dans le combat contre les idées de raison universelle ou de loi idéale. “Sous le nom de culture, il ne s’agit plus pour eux de faire reculer le préjugé et l’ignorance, mais d’exprimer, dans sa singularité irréductible, l’âme unique du peuple dont ils sont les gardiens.”

“Parallèlement, les penseurs traditionnalistes accusent les jacobins d’avoir profané par des théories abstraites le génie national…

Libérés de leurs attaches , les individus l’étaient aussi de l’autorité transcendante qui jusqu’alors régnait sur eux . La puissance ne venait plus du ciel,mais d’en bas de la terre, du peuple,de l’union des volontés qui formaient la collectivité nationale.

AF a parfaitement raison d’indiquer là ce qui est aux yeux des conservateurs le “péché originel”, “la présomption fatale d’où découle la dissolution de l’ensemble social.

C’est effectivement ce qui les met en rage , l’idée inouïe que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, les humains pourraient essayer de fonder une société non pas sur ce qui a toujours été,sur l’immuabilité d’une attribution des roles et des places, mais sur des aussi vieilles idées humaines que la justice, la raison, et si possible,la pensée libre appuyée sur la raison- qui n’est pas le rationalisme abstrait qu’ils caricaturent, mais une raison raisonnable,qui prenne en compte la réalité et les idéaux.

Ce qu’ils s’évertuent à démontrer comme impossible, une nation existant sans Dieu et sans Roi, est ce qui se développe sous leurs yeux ,et qui aboutit à la Démocratie,l’ horreur absolue pour eux, le sacrilège même.

Ce qu’ils affirment que l’on a jamais vu,unenation qui se donne son contrat, c’est ce qui se passe avec les constitutions successives, alors qu’ils continuent à affirmer, contrevérité évidente, que les constitutions , on ne les fabrique pas , on les trouve , que leur développement est spontané,organique et non intentionnel, que elles ne résultent pas d’un dessein clairement conçu par une ou plusieurs personnes.

Que penser, alors des constitutions françaises successives, et du débat sur les institutions. Que penser de la constitution israelienne, ou de celle des Etats Unis, et de tout ce qui est la place du politique dans l’évolution des sociétés.

Ce que les “contrerévolutionnaires “du 18 ème siècle et les anti Lumières qualifient de délire prométhéen,c’est la réappropriation par les humains de leur destin projeté hors d’euxmêmes dans les figures diverses et emboîtées de l’hétéronomie.
En fait pour eux, l’homme est le produit de son environnement ,et c’est folie de vouloir lui mettre entre les mains la responsabilité de ce qui le dépasse infiniment.

Il est vrai que les utopies révolutionnaires du 20 ème siècle ont montré à loisir la folie que pouvait produireune vision parfaitement et symétriquement opposée a celle ci et qui serait que l’homme peut faire table rase de tout et créer un monde issu de l’arbitraire de ses rêves ou de ses raisonnements abstraits . La vision d’une humanité toute puissante devant la réalité est aussi fausse que celle d’une humanité réduite à l’obéissance et à répéter indéfiniment ce qui a été fait par les générations antérieures. Les idéologies progressistes ont pu pécher par suffisance et balayer en pensée des réalités bien plus durables que leurs catéchismes bien pensants, mais l’idée d’une dignité liée à l’exercice d’une liberté, et donc d’une responsabilité, est bien plus haute que celle d’une soumission acceptée et même revendiquée au nom du respect pour les générations qui ont vécu auparavant. La création de l’Etat d’Israel en est un des plus beaux exemples. Fallait il, au nom du passé et des traditions, perpétuer l’abaissement et la dépendance dans lesquels vivaient les juifs, jusqu’à la conclusion de l’extermination?

AF démonte très efficacement la mécanique de la logique des contre révolutionnaires ( De Maistre, Bonald, etc.) et la ramène à leur but profond:”enseigner la soumission aux hommes, leur donner la religion du pouvoir établi,, substituer “l’évidence de l’autorité à l’autorité de l’évidence”. Comme il le remarque,, ils dénoncent fanatiquement la pénétration de l’esprit d’examen dans la sphère religieuse et s’”emploient à mater le doute, à enchaîner la raison”. Pour eux ,” plus un ordre est ancestral, plus il mérite d’être préservé, et la valeur des institutions est fixée par leur ancienneté, non par leur proximité avec un modèle idéal.”.

Contre les Lumières qui ont choisi comme devise “Sapere aude”, ose savoir, ose braver tous les conformismes, “aie le courage de te servir de ton propre entendement, sans le secours d’un directeur de conscience ou la béquille des idées reçues”, ils proclament leur amour du préjugé: “Le préjugé est bon en son temps, déclare Herder, car il rend heureux. Il ramène les peuples à leur centre,les rattache solidement à leur souche,les rend plus florissants selon leur caractère propre,plus ardents et par conséquent plus heureux dans leurs penchants et leurs buts”.

Nation contractuelle ou Nation organique

AF expose bien comment le développement du positivisme remet en question les certitudes des Lumières et comment les sciences de l’inconscient divulguent la logique des lois et des croyances qui échappait aux Lumières, mais l’exemple de l’Alsace,qui parle allemand et est de culture allemande, et qui pourtant choisit de rester française oblige par exemple Renan à réviser ses certitudes. Il est ainsi prouvé que “l’idiome, la constitution héréditaire ou la tradition n’exercent pas sur les individus l’empire absolu que tendent à leur conférer les sciences humaines. Il est ainsi prouvé que le sentiment national ne résulte pas d’une détermination inconsciente, mais d’une libre détermination.” . Renan, qui combattait cette idée, fait maintenant de la nation l’objet d’un pacte implicite quotidiennement scellé entre ceux qui la composent. “Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices que l’on a faits et d e ceux que l’on est disposé à faire. Elle suppose un passé: elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible:le consentement, le désir clairement exprimé de poursuivre la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours.” Ainsi, “ce n’est pas le Volkgeist, communauté organique de sang et de sol ou de moeurs et d’histoire, qui soumet à sa loi les comportements individus c’est le concours volontaire des individus qui forme les nations.

Les positions soutenues par AF dans ce livre penchaient clairement vers la défense de la conception contractuelle de la Nation, celle des Lumières, avec cependant un intérêt et une sensibilité pur les thèses romantiques.

En 1991, dans la revue ethnologique “Terrain”, il écrivait pourtant: “Après coup, il m’a paru que dans ce livre, j’avais adhéré un peu trop naïvement aux Lumières. Certes, l’idéal de l’universalité rest le mien,(…) mais je ne peux plus dire: face aux dégats provoqués par le Romantisme,revenons aux Lumières. Car nous sommes les héritiers de l’un et des autres; les héritiers de ce qu’ils ont chacun de grand,mais aussi de l’impasse ou chacun nous a mis: le Romantisme, avec le risque d’enfermer les hommes dans leurs appartenances, et les Lumières , avec le triomphe de la raison instrumentale et de la technique.

Un début de virage s’opérait là, même si le refus du sectarisme philosophique pouvait se défendre. Dans le même texte, il apportait une nouvelle formulation,belle, de l’idéal des Lumières ,comme celui de la critique et de l’”arrachement”, et le caractérisait comme la part de l’héritage occidental qui méritait d’être conservée.

Mais AF disait en même temps qu’il travaillait à une évaluation plus positive du Romantisme

Dans le livre “L’ingratitude”, la bascule s’accentuait, et le balancier repassait du côté du Romantisme. Par un renversement complet,AF donne ses nouvelles formulations qui laissent de côté la définition des nations qu’il approuvait dans “la défaite de la pensée”.

Nation politique et Nation culturelle

“La Nation dont la France a proclamé la souveraineté à la face du monde,dit il, ce n’est pas une identité qui s’exprime, ce sont des citoyens qui récusent le statut de sujet que leur a légué l’Histoire et que leur impose la religion à travers l’axiome paulinien que tout pouvoir vient de Dieu”.” Ce n’est pas un ethnos qui fait valoir ses droits (?), c’est un demos qui s’insurge contre les abus du roi”.” La Nation, dit il, transforme les hommes attachés à leurs croyances particulières en hommes universels et rationnels. Bref, la France a légué au monde une définition de la nation politique et non pas culturelle. Le Français se sent avant tout citoyen dit Louis Dumont,et la France, pour lui, c’est la Démocratie, la république,et s’il est un peu instruit, il dira que la France a montrét au monde la voie des droits de l’homme et du citoyen, qu’elle est l’institutrice du genre humain

Mais pour AF ce gain de liberté signifie maintenant une perte d’identité, et l’homme soumis à ses propres lois renie son passé, son histoire et son identité culturelle. Ses mots deviennent de plus en plus durs. IL parle de l’”idéologie française”, des penseurs “superfrançais” pour attaquer ceux, les penseurs allemands contemporains par exemple,qui veulent “dénationaliser la démocratie”, “découpler la loyauté républicaine et la communauté de destin historique, prôner la remise en cause des filiations culturelles au profit de l’assentiment donné à des institutions et à des symboles politiques relevant de l’universalisable. Il oppose à ces discours universalisateurs le général De Gaulle, “qui plaçait plus haut que tout la sauvegarde des “patries charnelles”, il ironise sur le ‘postnationalisme” des allemands échaudés par le nationalisme nazi,qui prennent parti contre le nationalisme culturel quebecquois.

Sommes nous ,avant toute autre chose,des héritiers,ou bien n’estce qu’une dimension parmi d’autres?

Au fil du livre, dont le titre, “l’ingratitude”, donne l’axe essentiel, le plaidoyer devient de plus en plus passionné ,et violent,

L’interviewer, le quebecquois Antoine Robitaille, finit par lui poser la question: ce discours n’est il pas purement et simplement un discours conservateur?

La réponse de AF est ambigüe. La description, très juste , qu’il donne du discours conservateur correspond cependant tout à fait à ce qu’il dit lui même.

Le conservateur, dit il,né en réaction à la Révolution Française,c’est d’abord l’homme qui proteste contre les droits de l’homme. Burke “soutient que le lengage des droits de l’homme attente aux conditions d’une vie humaine. La Déclaration fait des hommes des individus, alors qu’ils sont avant tout des héritiers, etque l’Etatdoit se concevoir comme une association non seulement entre les vivants , mais entre les vivants et les morts et tous ceux qui vont naître.”

Au rebours de “l’orgueilleuse raison des Lumières”, la “sagesse conservatrice” fait crédit aux morts, c’est à dire à la raison cachée dans les coutumes ,dans les institutions, dans les idées reçues

“A l’homme en général, le conservateur oppose des traditions particulières .A l’abstraction, l’autorité de l’expérience. Au “chimèrique individu”, la réalité effective de l’être social. Aux revendications présentes, la piété envers le passé.

Thomas Paine, au contraire, polémiquant avec Burke, “dénonce cette apologie de la provenance, de la circonspection, et de l’humilité. L’égalité et la liberté,, affirme t il en substance ne régissent pas seulement les rapports entre les contemporains, mais ceux que les hommes d’aujourd’hui entretiennent avec les générations défuntes. Le passé n’est plus péremptoire, il est périmé;”

Il déclare: “Je défends les droits des vivants, et je m’efforce d’empêcher qu’ils soient aliénés , altérés ou diminués par l’autorité usurpée des morts”.

AF appelle à la rescousse Hannah Arendt et affirme que elle prend,( avec lui), le parti du conservateur dans cette polémique. L’homme nu, réduit à lui même,extrait de toute communauté,de tout ancrage, c’est la personne déplacée, l’apatride, tel qu’on l’ a rencontré au XX ème siècle, et qu’elle évoque dans “Les origines du totalitarisme”.

Sauf que l’apatride, ainsi dénommé sur le plan administratif, est tout sauf un homme sans mémoire, sans histoire et sans références. La démonstration est trop belle pour être vraie.Et jusque dans les camps d’internement, ils gardent leur appartenance, leurs affiliations partisanes, etc. C’est au contraire cette description dramatique de l’homme privé de références qui est mythique et mystificatrice, parce que un tel homme n’existe pas, même dans les camps. La référence à l’universel ne dépouille pas l’homme de ses dimensions, elle lui en ajoute une. C’est le consevateur qui crée lui même une abstraction pour pouvoir étayer sa lutte contre les abstractions.

AF evite pourtant une vision trop simplificatrice et univoque en affirmant que Hannah Arendt est “à la fois ” conservatrice et non conservatrice.”

Conservatrice, parce que “elle a peur pour la trame symbolique, la communauté de sens qui nous relie non seulement à nos contemporains, mais aussi à ceux qui sont morts et à ceux qui viendront après nous. Elle a peur pour le passé , pour le temps humain, pour la continuité qu’instituent les objets et les oeuvres, pour le cadre durable au sein duquel peuvent se déployer l’action et la création.

Pas conservatrice, car elle n’aspire pas davantage au rétablissement de l’ordre qu’à l’instauration d’une société organique ou les tâches s’accompliraient naturellement, sans discussion,sans intervention, sans projet, indépendamment des volontés individuelles. IL ne s’agit en aucune façon de restreindre la faculté d’agir à ce que la tradition prescrit ou de fondre la multiplicité des personnes dans l’unité substantielle d’on ne sait quel Volkgeist. Le monde dont elle se soucie est bien un héritage, mais cet héritage ne se présente ni comme unmodèle de comportement,ni comme une identité collective.

Que conclure de cette évolution de AF, reconnue par lui même?

Visiblement, le centre de sa préoccupation s’est déplacé au fil du temps. Sa vision de l’homme s’est de plus en plus rapprochée de celle des anti Lumières , l’homme s’est de plus en plus identifié pour lui à l’héritier. Finalement pour lui, ce sont les déterminations inconscientes (le jeu de la langue, le poids de l’histoire (“l’histoire, c’est le code”) qui donnent sa vraie nature à l’individu. Un peu comme les psychanalystes qui identifient leur patient à son inconscient, oubliant que Freud n’avait jamais pensé une telle chose, puisque pour lui,”Là où Ca était, Je dois advenir”. L’arrachement qu’il admirait chez les Lumières est devenu pour lui synonyme de dé-solation, d’abandon des devoirs et des dettes, d’illusion présomptueuse et sa vision du monde a tourné à la nostagie, comme le lui suggérait un peu son ami interviewer. Il est devenu de plus en plus identifié au sentiment de responsabilité dans le maintien des éléments d’enracinement culturel des peuples et des individus, dont il s’affirme de plus en plus comme le gardien.

Pourtant, sa réflexion reste d’une acuité exceptionnelle, la matière de pensée qu’il brasse fournit des matériaux extrêmement riches pour l’élaboration des questions portant sur les questions vitales dans le monde actuel que sont les identités individuelles et collectives, le sentiment national et la nature des nations, la transmission des cultures et la défense des “petites nations”. Sa pensée, qui a évolué dans le sens d’un conservatisme éclairé reste vivante et évolutive, et originale dans le paysage politique et philosophique français

JUIFS ET CHRETIENS: LE DEBAT ENTRE A.FINKIELKRAUT ET P.THIBAUD

Publié mars 6, 2009 par gb
Catégories : antisémitisme, communauté juive, culture et judaïsme, questions d'identité

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A partir de l’entretien publié par Le Monde du 12/11/2007 Le débat s’engage sur ce qui a changé entre chrétiens et juifs depuis les lendemains de la Shoah. AF reconnaît que depuis cette période l’Eglise a rompu avec ce que Jean XXIII appelait “l’enseignement du mépris”. Il expose sa théorie qui est que, “hérité de Saint Paul,le mépris chrétien visait le “juif charnel”. Il se fondait sur une opposition tranchée entre l’esprit et la chair. L’esprit, c’était la foi. Et la chair, c’était principalement deux choses:la filiation et la convoitise” Ce qu’il entend par la chair, c’est non seulement la concupiscence,le désir, dont on ne voit pas très bien pourquoi les juifs seraien les seuls porteurs,mais leur attachement à l’origine, à l’héritage, et le refus de l’universalisme chrétien ,de ce que il appelle “la religion de l’humanité” , conçu comme une vision abstraite,”désaffiliée et déterritorialisée”(P.T.). A.F. se livre à une attaque en règle contre cette “religion de l’humanité”, c’està dire “l’universalisation du semblable” et ” la condamnation de tout ce qui divise ou sépare les hommes” Il développe l’idée que l’Europe, “née à Auschwitz”, s’est bâtie sur une conception selon laquelle elle devait se “désoriginer”, se défaire d’elle même et ne garder de son héritage que les droits de l’homme; “Vacuité substantielle, tolérance radicale” tel est, dit il,d’après le sociologue Ulrich Beck, le secret de l’Europe. Nous ne sommes rien, c’est la condition préalable pour que nous ne soyons fermés à rien ni à personne. Développant cette critique de l’universalisme abstrait , qui refuse le droit à la particularité au nom d’un moralisme impersonnel, il dit que ce nouvel universalisme bien pensant fait honte aux juifs de garder leur attachement à leurs racines, à leur être historique. Ainsi en arrive t’on selon lui, à ce paradoxe que” l’Eglise abandonne la réprobation du juif “charnel” et que la démocratie la reprend fièrement.” C’estcette “nouvelle religion “qui fait le procès du donné, de l’appartenance,bref de la chair et des juifs qui s’entêtent à lui demeurer fidèles. La deuxième partie de l’entretien part de la préparation d’une nouvelle conférence internationale de Durban. La première, on se rappelle, avait donné libre cours à un déchaînement de haine anti occidentale, antiisraelienne et antijuive, orchestré par les délégations du tiers monde noyautées par les lobbies islamistes, sous pretexte de lutte contre le racisme et l’intolérance.A.F. exprime sa crainte que, s’il n’y apas de réaction des pays occidentaux et de la France, Israel et l’Occident soient encore plus les boucs émissaires des malheurs de l’Afrique et de la stagnation du monde arabo-musulman. Comment réagir à ceux qui désignent notre civilisation comme leur ennemi? “Ce n’est pas nous qui choisissons notre ennemi, c’est l’ennemi qui nous choisit ” dit il en citant Carl Schmitt . “Devons nous réagir? Ceux qui s’y refusent, en tous cas ne sont pas animés par l’esprit de paix, mais par une autre idée de la guerre: la guerre civile mondiale qui oppose les dominés aux dominants, c’est à dire l’axe Washington-Tel-Aviv. La révolte des dominés, dans cette optique est légitime, et ses formes les plus violentes toujours excusables. Et bien non, l’Occident ce n’est pas seulement la domination, ce n’est pas seulement le crime,, c’est un monde qui mérite d’être entretenu et perpétué. Le troisième axe de l’entretien est la reprise par A.F. de ce qui, selon lui, “caractérise les grands penseurs juifs du XX ème siècle:Levinas, Harendt, Jonas; c’est à dire leur insistance sur le thème de la responsabilité. Répondre del’Autre, répondre du monde, répondre de la culture et de l’expérience des belles choses, et répondre de la terre; il ne s’agit plus de réaliser les grandes espérances, mais d’être ému et requis par la fragilité.” Cette proposition qu’il fait “d’humanité à l’humanité a du mal à se faire entendre, car ce qui règne aujourd’hui, c’est le cynisme associé au sentimentalisme”. La conclusion est tirée parP.T. qui cite Tocqueville disant que le patriotisme est la première des vertus -pas la plus haute. La première, celle qui déclenche toutes les autres, l’implication politique étant pour lui le moyen classique de faire échapper la morale à l’abstraction, pour qu’elle devienne exigence vécue et partagée. Lien recommandé: interview de A.Finkielkraut dans la revue d’ethnologie “TERRAIN” numéro consacré aux nations, en Europe,dans lequel il évoque l’évolution de sa pensée sur l’opposition Lumières/Romantisme depuis son ouvrage: La défaîte de la pensée (octobre 1991) http://terrain.revues.org/document3013.html

DIASPORA JUIVE ET DIASPORA IRLANDAISE:l’ARTICULATION DES FIDELITES

Publié mars 6, 2009 par gb
Catégories : communauté juive, identités nationales, Nation et nationalisme, questions d'identité

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La caractéristique de toutes les diasporas est l’existence d’un fonctionnement psychique intégrant une double appartenance et une double fidélité. Ce système psychique ne fait que matérialiser le fait que chez tout individu, il existe une multitude de systèmes d’appartenance et donc de définitions de l’identité en réciprocité avec les groupes d’appartenance (religieux, partisan, professionnel, culturel ou national).

Il existe pourtant , dans les consciences, une sorte de rivalité entre ces groupes pour avoir priorité l’un par rapport à l’autre, sans parler de ce que certains exigent que soit proclamée cette priorité.

On en arrive parfois ainsi à des situations qui ressemblent à celles ou l’on demande à un enfant lequel de ses parents il préfère ( ce sont parfois les parents eux-mêmes qui posent cette question aberrante). Si on veut rester dans ce parallèle familialiste, la comparaison qui s’impose est plutôt celle du rapport entre les devoirs dus à ses parents et ceux dus à la famille que l’on crée soi-même (femme et enfants): il peut y avoir des conflits de priorité dans certaines situations, mais à priori , il n’y a pas d’antinomie. Bien au contraire, on peut penser que plus ces liens sont intenses, plus grande est la richesse d’existence de ceux qui les vivent.

Pour essayer d’éclairer cette question du rapport entre diaspora, fidélité à une communauté et fidélité à une patrie, on peut , pour décaler le regard, se pencher sur la façon dont elle est vécue par d’autres diaspora que la juive, l’irlandaise par exemple .

La diaspora irlandaise

Issue pour l’essentiel de la grande émigration du milieu du 19 ème siècle consécutive à la grande famine créée par la poitique économique génocidaire (un million et demi de morts, un quart de la population de l’époque ) des Anglais, elle constitue avec ses 40 millions d’”IrlandoAméricains” un des piliers constitutifs de la société américaine, avec un rôle historique dans la création et la direction du parti démocrate, des syndicats, de l’administration fédérale et de l’Eglise Catholique américaine, et elle tient une place importante dans la production littéraire, cinematographique et la presse.

“Ce qui définit sans doute le mieux les Irlandais “, écrit Philippe O’Rorke, “c’est sans doute ce sens aigu de l’Histoire. Soudés par l’expérience du malheur, comme les Juifs, conscients d’avoir été persécutés et martyrisés, ils ont la conscience, après une histoire longue et tourmentée, d’être un vieux peuple, doté d’un caractère irréductible et d’une foi en soi ancestrale”.

La diaspora irlandaise, comme les autres, se caractérise par une capacité à faire naître des communautés unies entre elles par la mémoire, une mémoire collective sociale, fusionnelle, qui ne nécessite pas de longs discours pour se faire comprendre.

Cette communauté irlandaise, soudée par la mémoire de ses souffrances, l’est aussi par la façon dont elle cultive la fidélité à la culture irlandaise (celtique), et sa solidarité avec le combat de la nation irlandaise pour acquérir son indépendance, y compris en Irlande du Nord, face à la violence de la politique anglaise.

Les mythes irlandais (mythes celtiques, geste arthurienne ) sont des symboles qui ont modelé l’imaginaire collectif irlandais et la vision du monde qui en découlait, le différenciant en particulier de celui de l’oppresseur anglais, exprimant quelque chose de la façon dont les paysages et les conditions de vie ont déterminé le rapport au monde de la population.

La langue, la musique, les légendes ont forgé une sensibilité au monde qui s’appuie sur ces symboles: romanesque, rêveuse, généreuse, combative, elle irrigue une identité collective qui constitue un des harmoniques de chaque identité individuelle.

Sur le plan collectif, elle ancre une résistance à la volonté hégémonique de l’ Angleterre, arrimée elle même à une culture aristocratique et protestante.

Cette sensibilité n’empêche en rien les Irlandais de se sentir profondément et totalement américains. Ils ont pu être intensément solidaires de l’Irlande, soutenir ses luttes pour l’indépendance et même éventuellement les combats de l’IRA en Irlande du Nord, ils n’ont jamais cessé de se vivre comme totalement américains . Jamais le patriotisme américain et la défense des valeurs américaines ne sont entrés en concurrence avec la solidarité communautaire. Jamais le soutien à la perennité du peuple irlandais n’a passé par un recul vis à vis de l’identité américaine.Jamais ils n’ont remis en cause les valeurs et les institutions qui fondent la Nation américaine.
Les grandes nations, qui sont issues de la fusion de plusieurs composantes (aux Etats Unis, les communautés irlandaises, noires, italiennes, indiennes, anglo saxonnes, etc.,en France,les diverses provinces et leurs cultures traditionnelles, les tribus celtes et franques;) on toutes construit des équilibres entre le dépassement de ces particularismes au sein d’une unité qui les transcende, et le maintien d’une loyauté à ces collectivités d’origine.

Les juifs de France ont pu hésiter, de par leur histoire de rejet et d’exclusion, à croire qu’ils étaient réellement considérés comme composante de cette unité supérieure.Pourtant, ils le sont effectivement, et dans la partie moderne de l’histoire, c’est la période de l’occupation allemande, qui a correspondu de fait à une guerre civile française, qui a remis en cause cette intégration. De même, au moment de l’Affaire Dreyfus, c’était toutes les forces ennemies de la République, l’extrême droite monarchiste et l’Eglise dressée contre la République qu’elle vivait comme l’ennemi mortel de ses privilèges, qui s’étaient saisies du cheval de bataille antisémite pour monter à l’assaut des valeurs républicaines. Le paradoxe était alors que c’étaient les défenseurs des juifs qui défendaient les vraies valeurs françaises, celles des droits de l’homme et de l’individu et ceux qui accusaient les juifs au nom du patriotisme , qui trahissaient ces valeurs. Comme la communauté irlandaise, qui a pu souffrir elle aussi d’un racisme à son égard à l’arrivée dans le pays, la communauté juive a trouvé sa place dans l’histoire nationale, tout en conservant son identité culturelle. Son histoire fait partie de l’histoire française, y compris avec la déportation et avec les Justes qui s’y sont opposé, avec la Résistance Juive et les réseaux qui ont protégé la plus grande partie des juifs de France de l’extermination qui s’est produite dans la majorité de l’Europe.

Le perdant radical

Publié mars 6, 2009 par gb
Catégories : actualité au proche orient, conflit israélo arabe, islamisme

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LE PERDANT RADICAL écrit par H.M. Enzensberger

L’ouvrage de H.M.Enzensberger propose une tentative de comprendre ce qui reste toujours énigmatique pour la plupart des Occidentaux : qu’est ce qui pousse des êtres humains à se détruire en entraînant dans leur mort le plus possible d’êtres humains, quel est le processus mental qui conduit des hommes et parfois des femmes, jeunes, à organiser froidement le maximum de souffrances au prix d’une mort assurée pour eux mêmes.

Partant du phénomène des « forcenés » qui, à un moment, dans un lycée, dans la rue ou dans leur maison, tuent tous ceux qu’ils peuvent avant de se supprimer eux mêmes, il analyse le mécanisme qui sous-tend ces actes, et ensuite étend cette explication au terrorisme suicidaire islamique.

Le centre de ce mécanisme réside pour lui dans le sentiment d’être un « perdant ».

Un « perdant radical » , c’est pour lui quelqu’un qui non seulement ne se situe pas du côté des gagnants ( les gens heureux, ou ceux qui obtiennent une reconnaissance de leur valeur sociale, humaine, affective), mais qui en plus a le sentiment d’avoir perdu quelque chose, qu’il a eu ou aurait du avoir, d’un statut de gagnant ou de dominant.

C’est un homme humilié dans sa revendication d’être dominant dans le rapport des sexes, ou d’être un père tout-puissant, ou d’un statut social qui lui est dû par ses études ou son origine ethnique ou nationale.

Cet homme est envahi par le ressentiment, par une rage qui le ronge en silence et qui peut éclater sous l’effet d’une vexation minime, symbolique à ses yeux de son statut de victime. Le monde ne lui apporte pas ce qu’il lui doit, et il n’y voit aucune issue du côté d’un travail ou d’un effort de sa part..
Le sentiment d’impuissance et la haine, qui se combinent dans la rage, mijotent dans son esprit, et dans la mesure ou il ne dispose pas des moyens psychiques de l’autocritique, se cristallisent sur des boucs émissaires (le patron, les collègues, la femme, la police, etc..)

Totalement identifié à cette image de perdant, que les autres finissent par lui renvoyer, il ne lui reste plus que cette rage destructrice qui peut éclater dans l’apothéose du drame.

Cette disposition fondamentalement paranoïaque (sentiment de préjudice, agressivité, rationalisation déviante, absence de capacité autocritique, mégalomanie, rumination et incubation lente de la persécution) avec ses risques de « passage à l’acte » entre en conjonction avec le discours lui même paranoïaque de l’islamisme terroriste.

C’est la communauté musulmane elle-même qui est pensée par l’islamisme en ces termes de « perdante radicale ». La perte du rayonnement et du prestige possédés à une époque ancienne, n’est pas analysée en termes d’autocritique de la fermeture de cette société sur elle-même et de son mépris déplacé par rapport aux progrès de la pensée, de la technique, et de la liberté qui l’ont entouré. Les constats de son retard et de sa dépendance sont attribués à des ennemis mythiques(USA, Israel,capitalisme, etc. ). Ils sont accentués par la visibilité donnée aux succès des autres pays par la mondialisation médiatique.

L’idéologie islamiste constitue alors la base d’un renversement mégalomane de la vision de soi. La religion permet d’inverser le retard en fidélité aux « vraies » valeurs,la modernité devient un péché mortel, la puissance de vie et de mort sur les victimes du terrorisme gonfle de toute puissance ceux qui se méprisaient intimement et renverse la situation en mépris de la vie des autres.

Le parallélisme établi par l’auteur avec le nihilisme inclus dans la course à la destruction du nazisme est pertinent, mais il ne faut pas sous-estimer, même dans le jusqu’auboutisme hitlérien, la capacité à s’auto-persuader et à se convaincre par les mythes auto-créés.

En conclusion, le livre est une bonne étude sur les méfaits des mécanismes paranoïaques individuels quand ils rentrent en résonance avec des idéologies elles-mêmes paranoïaques.

Mais le lecteur reste sur une certaine insatisfaction devant le caractère univoque de l’explication. Chacun perçoit en même temps la justesse des processus décrits et leur insuffisance à rendre compte de la complexité des plans concernés par le terrorisme islamique. Une réflexion à poursuivre, donc.


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