L’islamisme est le totalitarisme du XXI ème siècle

Posted novembre 16, 2009 by gb
Categories: actualité au proche orient, conflit israélo arabe, islamisme, laïcité, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Le vingtième siècle a vu l’apparition des deux grands totalitarismes qui ont produit l’enrégimentement des masses dans des systèmes qui contrôlaient tous les secteurs de leur existence, faisaient régner la terreur sur leurs populations, imposaient un système de pensée officiel auquel il n’était pas possible de s’opposer ouvertement, et visaient la conquête du monde entier par l’usage de la violence politique et militaire et la suppression de toute pensée et activité dissidente.

L’un et l’autre ont causé une masse de souffrances humaines inouïes, en s’appuyant sur la terreur, mais aussi sur la foi aveugle de millions de militants, prêts à tous les sacrifices pour réaliser le monde présenté comme idéal par  leur système de pensée,  leurrés par une propagande  cyniquement mensongère, mais misant sur l’effet de répétition et sur l’écrasement de toute information véridique par le moyen  du contrôle de tous les médias.

Ces deux systèmes, le système nazi et le système communiste, ont eu en commun le mépris pour les systèmes démocratiques, l’endoctrinement systématique de la jeunesse dès le plus jeune âge, l’instauration de systèmes de surveillance utilisant toute la puissance de l’Etat pour traquer  les opposants,.

Le premier n’a été vaincu que par l’union de toutes les puissances démocratiques, dans une lutte sans merci, et une guerre mondiale qui a laissé l’ Europe en ruines  et qui est passée près d’une défaite mortelle pour l’humanité.

Le second ne s’est écroulé, après 70 ans de souffrances pour les peuples, que par une déroute économique  liée à  l’aberration de son propre système, après avoir mené le monde au bord de l’affrontement nucléaire à plusieurs reprises.

Ni l’un ni l’autre n’ont cédé à une opposition venue de leurs propre monde. Ce n’est que la défaite de leurs forces dans le combat, militaire ou économique, avec les démocraties liguées contre eux qui a permis aux oppositions  de les terrasser et de reprendre une existence dans ces pays.

Les deux systèmes se sont constitués autour d’une idéologie centrée sur une valeur fondamentale, qui devait prendre le pas sur toutes les autres et annuler toute autre valeur que elle  même:

-la race, dans le système nazi, conduisant à l’élimination des autres races, et des valeurs humaines contradictoires avec  l’idée de privilégier une race au détriment de toutes les autres.

-La classe sociale, dans le système communiste, avec la négation de toute valeur autre que celle utile à la classe du peuple, puis au parti prétendant la représenter.

Dans les deux cas,  la subordination de toutes les valeurs à une seule aboutit de fait à la suppression de  toute valeur, puisque la “valeur” mise en exergue n’en est pas une réellement, puisque elle se réduit à la défense des intérêts d’un groupe qui pour prendre le pouvoir  annule tout l’édifice  de ce qui l’ a précédé pour reformuler les droits et les devoirs en fonction de ce qui permet son maintien   sans vergogne. Morale, éducation, justice,  culture, institutions politiques, tout devient seulement une arme pour perenniser la prise de pouvoir par un groupe et l’omniprésence des idées qu’il soutient. en même temps que la haine pour les idées divergentes est encouragée dans les masses.

Les deux systèmes ont eu en commun cette mise sous tutelle de la totalité des  pouvoirs et l’utilisation de tous les leviers sociaux et politiques dans un seul but: promouvoir  une seule pensée de la vie des humains et détruire toute idée concurrente.

Ce qui caractérise donc ces systèmes totalisants, c’est la conjonction de ces deux facteurs: une prise de pouvoir qui est suivie de mesures empêchant par la violence, légale et illégale, tout retour à l’état antérieur , et le développement d’un système de pensée    à la fois  effaçant les systèmes de valeurs opposés et  antérieurs,  se proposant comme un système de vie global, régissant toute la hiérarchie des valeurs en les réduisant à  une seule ( le dévouement au guide ou au parti, en dernier recours), supprimant avant tout l’idée qu’il peut y avoir des valeurs diverses entre lesquelles les individus ont la capacité de choisir, ce qui fonde leur liberté, leur responsabilité et donc leur dignité.

L’islamisme, c’est à dire le courant d’idées qui veut obtenir le pouvoir politique pour les représentants de la religion et donner tout le pouvoir politique aux chefs religieux dans le monde arabo- musulman réunit les caractères du totalitarisme  qui s’est imposé  dans une partie du monde au 20 ème siècle.

Sur le plan politique, l’ Iran, modèle de la révolution islamique , est un état ou règne la terreur politique, la persécution et la torture des opposants, et à l’extérieur, une politique expansionniste appuyée sur  le soutien à des mouvements terroristes en attendant le chantage à l’arme nucléaire. Les dernières élections présidentielles ont fourni la preuve de la volonté d’éradiquer, par tous les moyens (fraude électorale, terreur physique, procès faits aux opposants) toute ligne politique divergente de la théocratie absolue défendue par le noyau dirigeant;

Sur le plan idéologique, l’Islam, dans sa version exclusivement chiite, et sur le mode intégriste , est instauré en système de pensée unique , dans une intolérance totale à toute pensée dissidente. La vision de la religion qui est développée n’est pas celle de  quelques points de repères dans l’existence, en particulier sur le plan moral, mais celle d’un code impératif réglant tous les  domaines de l’existence  et interdisant le jugement personnel, puisque ce sont les autorités religieuses qui sont dépositaires de l’interprétation du texte sacré. Tous les secteurs de la vie collective et privée sont soumis à un seul impératif:  la conformité avec le texte source , tous ceux  de la  relation aux autres nations  ramenés au projet d’extension de l’Islam et de sa puissance dans le monde.

Ce qui a permis au christianisme d’échapper au contrôle omnipotent des esprits et de sortir de l’époque  de l’Inquisition, cela a été la lutte constante du pouvoir politique aux différentes époques pour circonscrire le pouvoir de l’Eglise et ne pas lui donner les moyens de l’Etat en plus de sa puissance d’influence sur les esprits. C’est ce qui a abouti, à la suite de longues luttes, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, élément fondamental de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs qui sont la principale garantie des libertés face à la pente naturelle du pouvoir de se renforcer et d’utiliser ses moyens supérieurs à tous ceux de la société civile pour s’exercer sans limite.

L’inexistence dans la pensée islamique d’une telle division, conçue comme blasphématoire puisque fondant ailleurs que dans la parole divine une institution, quelle qu’elle soit, place la pensée politique islamique sous le signe du règne de l’”Un”. Toute remise en question d’un écrit coranique est une critique de Dieu, qui a “inspiré” ces textes et est donc une faute suprême. La démocratie, en donnant la souveraineté au peuple plutôt qu’à Dieu, est aussi un système mécréant. Le monde est divisé en deux camps: celui de Dieu, et de ceux qui se soumettent totalement à sers volontés exprimées par les dignitaires religieux, et celui de ses ennemis qui ne méritent aucune pitié.

On retrouve la dénégation de toute valeur humaine à ceux qui ne partagent pas la foi de ces croyants, comme dans le nazisme la dénégation du caractère humain des juifs et dans le communisme l’absence de droits accordés aux soi-disants ennemis de classe ou ennemis du Parti.

De la même façon que les systèmes nazi et marxistes ont réussi à entraîner des masses énormes, à l’échelle d’un pays pour le nazisme et du monde entier pour le communisme,  en se présentant comme une révolution dans les valeurs, et en apportant à la fois l’idée d’une revanche ( pour le peuple allemand d’un côté, pour les masses  misérables de l’autre) et  le rêve d’une humanité sortie de ses contradictions: le rêve de “purification ” et d’unité par l’anéantissement de l’altérité des nazis, le rêve d’une humanité ayant dépassé les conflits d’intérêts et de classe dans la “société sans classe” du communisme , l’Islamisme  prolifère sur le fond de rancoeur et et d’humiliation des masses  musulmanes et promet une société délivrée de la pensée du variable et du choix subjectif  par l’obéissance à Dieu.

Car la religion possède deux facettes: celle d’une boussole morale pour les masses qui ne peuvent par elles mêmes répondre aux questions sur le sens de l’existence et les principes sur lesquels fonder ses choix existentiels, et qui peuvent trouver dans les grands mythes religieux l’affirmation de principes humains qui permettent de ne pas vivre simplement au jour le jour de ses appétits et de ses besoins immédiats;

Celle d’un système qui au lieu de permettre de penser les interrogations humaines, se propose comme la réponse à toutes les questions et qui interdit de poser d’autres questions que celles qu’elle formule ou d’y répondre autrement. Elle devient alors au contraire un outil d’évitement de la pensée, et fournit un recueil de questions -réponses dont il est interdit de sortir, formule qui convient très bien à de très nombreux esprits non formés à la réflexion indépendante, et qui nourrissent même une sourde hostilité vis à vis de cette liberté qui leur échappe.

C’est la raison du succès planétaire des grandes idéologies qui se présentent comme fournissant un système de réponses cohérent, impressionnant par  la dimension monumentale et par l’unification  de la vision du monde qu’il promet, et faisant rapidement oublier les éléments contradictoires qu’il a écartés dans la phase initiale de sa construction.

Ces idéologies, plutôt dévaluées dans le monde occidental qui a payé le prix pour savoir quel danger elles recèlent, possèdent encore un pouvoir d’attraction dans le monde arabo-musulman, à la recherche d’idées  susceptibles de fournir un étayage à un désir de puissance frustré et  à un besoin de valorisation identitaire qui passe par tout ce qui peut nier  l’influence culturelle occidentale.

L’intégrisme religieux, qui est une réaction de déni  et de recul face à la rapidité d’évolution et de transformation du monde, à laquelle s’oppose la fixité du dogme et du texte sacré, progresse partout en réaction à l’accélération des changements dans les modes de vie sociaux, particulièrement dans les sociétés traditionnelles, rurales ou  paléo industrielles, dont les populations ne sont pas armées pour s’adapter aux mutations.

C’est le cas du monde arabo-musulman, qui a manqué le train de la modernité , au moins intellectuelle , et qui choisit d’accentuer le côté traditionnel plutôt que de tenter de trouver les réponses suscitées par les bouleversements sociaux et économiques du monde actuel.

Ce déni de la réalité est dangereux car il pousse ses acteurs à s’enfermer de plus en plus dans leur monde anachronique et à agresser ceux dont l’existence est un démenti à leur  aveuglement volontaire. Surtout, les régimes totalitaires peuvent se contenter de n’entraîner qu’une minorité de leurs populations si les autres sont suffisamment terrorisés par la répression pour ne pas exprimer leurs désaccords et se résigner à laisser le champ libre à la violence de ceux qui les gouvernent, pourvu qu’on les laisse en paix, ce qui en général ne dure  pas.

La fuite en avant du régime totalitaire, qui est menacé par la porosité des barrières mises au contact avec les sociétés libres, et qui a besoin du mouvement perpétuel pour ne pas être miné par  l’infiltration du progrès mental venu de l’extérieur, comporte un danger constant d’escalade et de jusqu’auboutisme,  dernier recours pour mobiliser et embrigader les masses qui peuvent lui échapper .

Le fanatisme  généré par l’idée de valeur unique  et de sacrifice  comme signification suprême de l’existence  constitue un élément d’irrationnel qui doit être pesé dans l’évaluation des stratégies de lutte contre ces ennemis mortels des libertés.

Le choix fait par une partie des masses musulmanes de tourner le dos à la liberté et de se murer volontairement, comme le symbolise parfaitement le voile islamique, dans un monde hors du temps, par désespoir  de réussir à trouver une place valorisée dans le monde moderne , et par refus d’accepter de prendre acte du retard moral et intellectuel accumulé par rapport au monde occidental, mais par rapport aux autres cultures aussi, les jette dans les bras du parti de l’obscurantisme, de la haine, et de la soumission aveugle au refus de la pensée.

C’est  ce qui crée la situation de montée de l’extrêmisme qui évoque la situation de montée des fascismes dans l’entre deux guerres en Europe. L’absence de classe intellectuelle dans le monde islamique, hormis les cadres religieux gardiens du dogme , empêche que  une autre voix se fasse entendre pour proposer au monde arabe une autre issue que  succomber à ses propres démons.

Tous les intégrismes religieux et politiques, par leur vision littéraliste du monde ramenée à une vérité unique, résumée à un texte, sont des ennemis de la liberté de penser , et à terme, de s’exprimer. Mais quand s’y adjoint la prise de possesion de tous les leviers de pouvoir et d’information et la terreur politique , on entre dans le monde de l’horreur et du crime de masse, qui est l’aboutissement inévitable du totalitarisme.

Le débat sur l’identité nationale: la Nation incarne des valeurs dans un mode de vivre ensemble

Posted novembre 8, 2009 by gb
Categories: Nation et nationalisme, identités nationales, laïcité, questions d'identité

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Le lancement par le ministère de l’identité nationale , de l’intégration et de l’immigration d’un débat sur la question de l’identité nationale a  soulevé  dès sa création des réactions très diverses allant de la méfiance à priori à l’intérêt profond, mais un sondage a montré une certaine lucidité chez les gens interrogés: ils sont une majorité à considérer que la relance de cette question, à ce moment précis, répond à des objectifs politiciens: mettre la gauche en difficulté et la diviser face à ces questions qu’elle n’a pas pensé depuis des dizaines d’années et ou elle est particulièrement vide d’idées et de propositions, et cela à la veille des élections régionales, tout en enlevant au Front National l’exclusivité du thème  national. Et en même temps , ils sont une majorité également à trouver intéressante et fondée, à l’époque présente, la réflexion sur  cette question, qui relaie une interrogation profondément actuelle, à l’heure de la mondialisation, de la mise en place de l’Europe, et des communautarismes , sur la spécificité et les limites de la particularité française.

D’emblée, le débat reprend  pour bases l’opposition  entre les deux visions  traditionnellement opposées de la Nation: l’opposition entre la vision de Renan , issue de la vision rationaliste et universaliste des Lumières,  fondée sur l’adhésion renouvelée à une conception citoyenne , c’est à dire un projet commun, donc une communauté de destin voulue et choisie, et la conception “romantique”  à l’allemande, ou ce qui est  considéré comme primordial,est le “Volkgeist”, l’âme du peuple fondé sur la langue, les traditions, la religion, les mythes reçus et ayant constitué l’ héritage qui s’est sédimenté dans le caractère national.

La différence évidente entre ces deux conceptions est que la deuxième exclut de l’identité nationale ceux qui, étant des arrivants plus récents, n’ont pas dans leur identité les mêmes sédiments que les nationaux “de souche”. Ils  restent , dans cet esprit , des nationaux incomplets, et finalement, toujours des suspects de ne rejoindre que superficiellement les valeurs des “anciens” nationaux .

C’est une conception de l’identité “essentialiste” ou l’on a ou pas  un héritage qui fonde la qualité de Français , ou d’ Anglais, de naissance. On est bien là dans une opposition entre identité de choix et identité d’origine, qui rejoint évidemment le conflit entre droit du sang et droit du sol. On voit aisément comment une telle conception peut dériver vers une vision raciste de l’appartenance nationale. On voit également ce qu’a de fondamentalement conservateur l’idéologie du “Volkgeist”, puisque, l’homme étant considéré comme avant tout un héritier, le sens principal de son existence est de préserver et transmettre cet héritage. Il devient ainsi un gardien, de trésors certes, mais tourné vers le passé ou sont placées toutes les valeurs essentielles

On peut, pour figurer cette opposition , la transposer dans ce qui se présente sur le plan de l’identité d’un individu isolé.Là aussi on peut définir l’identité d’une personne par ses caractères   hérités : le tempérament naturel, les dons du milieu social dans lequel il a évolué, en fait, toutes ses déterminations.

Pourtant, ce qui fait dans les conceptions modernes la valeur fondamentale d’un individu, et sa dignité, c’est le fait  qu’il dispose d’une capacité de choisir librement d’accepter ou de refuser ces dons de la nature, de l’histoire et de la société, en fonction  des valeurs qu’il choisit de privilégier ,  selon une hiérarchie  dont il est seul à pouvoir juger, et qui peut changer  selon les époques de sa vie.

Ce qui est présenté par les tenants du Volkgeist romantique comme un déterminisme auquel il faut se soumettre, est vu par les tenants de la vision de Renan, celle des Lumières, comme une adhésion libre à un système de valeurs. Le paradoxe de la vision romantique de l’identité nationale, qui conduit directement à un nationalisme exclueur  et agressif à l’égard des minorités et des étrangers, c’est que elle prend le caractère qu’elle critique dans les communautarismes: la communauté  s’arroge des droits sur les individus, définit une identité modèle à laquelle ils doivent se conformer, les interpelle sur leurs écarts avec ce modèle. Elle décrète quelles sont les valeurs conformes à  la défense  , la perpétuation et l’extension de la communauté. Elle stigmatise ceux qui s’en écartent.

Pour éviter de se perdre dans le déterminisme essentialiste des mystiques de l’âme du peuple , il faut séparer ce qui est l’identité de chaque français -qui comporte , individuellement,des traits d’attachement , variables dans leur extension,  au patrimoine culturel, historique, langagier et religieux de la France, constituant par là leur sentiment national, et ce qui est  la  particularité des valeurs françaises, sur lesquelles existent un consensus essentiel qui réunit les différentes couches de la population .

Ces valeurs sont celles d’une démocratie profondément enracinée dans tous les aspects de la vie sociale  et dans toutes les institutions de la France (équilibre des pouvoirs judiciaire, éxécutif et législatif, liberté de parole, de manifestation, d’association, réalisant un immense réseau de la société civile équilibrant le pouvoir de l’ Etat, limitant et contrôlant le pouvoir de la police, de l’armée, contrebalançant (partiellement) le pouvoir des forces économiques.

C’est l’existence  de puissantes aspirations égalitaristes, manifestées dans les différents évènements révolutionnaires de l’histoire, coexistant avec une idéologie méritocratique et des structures souvent très hiérarchiques héritées de l’ancien régime,qui constituent un équilibre ménageant ces contraires.

C’est la laïcité qui a permis de préserver le goût de la liberté de penser et l’esprit de tolérance malgré les mouvements passionnels, et qui a permis le dépassement   et la séparation du politique et du religieux, plus que dans aucun autre pays.

C’est une forme de tolérance de l’autre qui s’est inscrite dans l’universalisme de la vision politique  française, issue du rationalisme et de l’universalité des valeurs des Lumières, et qui à fait de la France un porte parole des droits universels dans un monde soumis  à la dictature des intérêts particuliers.Les valeurs politiques  incarnées par la Nation Française se ramènent finalement à des valeurs morales: égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains, caractère primordial de la liberté pour chaque individu, nécessité d’une solidarité entre les êtres humains à l’opposé de l’égoïsme et de la loi du plus fort.

Cet ensemble de valeurs est le ciment profond  des groupes de la nation française. Il prend la forme d’un équilibre richement nuancé entre des valeurs parfois contradictoires, qui s’est approfondi et ancré au fil des générations et qui aboutit à une forme d’art de vivre ensemble dont on voit l’effet de l’ absence chez certaines nouvelles nations. Il peut être ébranlé par des moments de crises , de clivage, ou  les passions dressent les uns contre les autres ou donnent à  certains le sentiment qu’ils sont oubliés du reste de la nation.

Il est ce qui fonde le sentiment d’être privilégié par le fait d’être Français. Il est le produit de l’évolution  de la Nation  depuis ses origines, et il intègre aussi bien les éléments religieux  ( reconnaissance de l’égale dignité des êtres humains par la religion, souvenir des ravages  créés par les guerres de religion) que les éléments révolutionnaires ( traditions de révolte du peuple, traces de la révolution de la pensée créée par l’abolition de l’Ancien Régime, souvenir des abus de la Révolution).

Le système politique , social et culturel de la France constitue un tout. Il est un mode de réalisation de valeurs humaines ( liberté, raison, universalité) , et de promotion de ces valeurs qui donne un prolongement dans la réalité aux valeurs intérieures de chaque français.

Etre Français, se reconnaître et se vouloir Français est une façon d’adhérer au parti de la liberté, de la raison universelle, de la tolérance, et cela même si certains français ne sont ni rationnels, ni amis de la liberté, ni tolérants.

Il y a eu des périodes ou des Français, au nom de la France, trahissaient ces valeurs et l’identité  intemporelle de la France (Vichy par exemple). Mais  l’identité de la France n’a pas été changée par cette période sombre. L’identité de la France n’est donc pas réduite à un gouvernement ou un autre, mais elle résume les choix fondamentaux sur le long terme,les valeurs qui perdurent et structurent le pays sur la durée.

C’est aussi une inquiétude sur la possibilité de rester fidèle à ces valeurs qui naît de l’apparition  en France de minorités qui contestent ces valeurs mêmes (laîcité, liberté de pensée, universalisme) au nom de valeurs opposées. C’est la raison  qui rend  attentifs et fermes  sur les critères de ce qui est  dangereux pour la préservation de ces principes fondamentaux. L’inquiétude qui se développe vis à vis de l’immigration, comme vis à vis de l’intégration européenne naît, dans les deux cas , de la crainte de ce que le poids de la démographie joue dans le sens d’une modification insidieuse du consensus sur ces valeurs, partagées  mais pas forcément explicitées.

Pour la première fois dans l’histoire de la Nation, apparaît un risque que le consensus soit modifié sans que les Français aient à se prononcer sur cette évolution. Or,  ce consensus sur les valeurs ne veut pas dire que les Français soient d’accord sur tout (on en est évidemment très loin), mais qu’ils partagent ce dénominateur commun, qui donne son unité à la nation, et donc aussi sa force.

C’est pourquoi formuler ce qui est le noyau même de l’unité et de la spécificité française à de l’importance, aussi bien relativement aux formes de l’acceptation des populations désireuses de devenir françaises que par rapport aux limites acceptables des renoncements de souveraineté nécessités par l’intégration européenne. Il n’y a pas lieu de s’en effrayer en craignant que se mettent en place des moyens d’exclure sur un mode xénophobe, si  la formulation qui fait sortir de l’ineffable  pose au contraire simplement les règles du vivre ensemble qui évitent le développement  de réactions extremistes, et si elle pose au contraire clairement les raisons que l’on peut avoir de partager  cette histoire avec ceux qui se reconnaissent dans les fins du peuple français.

Parallèlement, rien n’interdit d’ajouter aux valeurs partagées par la Nation d’autres valeurs plus particulières, qui peuvent être celles de groupes plus restreints (attachements régionalistes, religieux, politiques) Ce que la nation demande, ce n’est pas l’exclusivité, mais la non contradiction avec ces valeurs fondatrices.

l’antisémitisme , produit de la haine générée par les passions identitaires, et au premier plan le nationalisme.

Posted octobre 5, 2009 by gb
Categories: Nation et nationalisme, identités nationales, islamisme, questions d'identité

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La résurgence d’un antisémitisme massif dans le monde arabo-musulman, entretenu par une propagande qui   joue continuellement la confusion entre les catégories Juif et Israélien et qui entrelace  les clichés  et les stéréotypes antisémites avec les thèmes de persécution par l’Etat Israélien, en misant sur la haine comme facteur de mobilisation des masses arabes, conduit à s’interroger, une fois encore sur les mécanismes de développement de ce phénomène social et politique qu’est l’antisémitisme.

C’est le développement de l’antisémitisme nazi qui reste l’exemple à la fois le plus absolu et le plus mystérieux de cette forme de psychose collective qui peut s’emparer d’un peuple, et le mener à la destruction de lui-même en même temps que à la destruction de l’autre.

Les catégories manquent pour qualifier cette dérive de la pensée qui conduit aux déchaînements de bestialité qui se sont produit dans l’Allemagne nazie, avec la participation de la population et des élites toutes entières, à l’exception de rares individus.

D’un point de vue simplement psychiatrique, si il n’y a aucun doute quant à la nature paranoïaque de la personne de Hitler, on ne peut penser que toute la population allemande était elle aussi paranoïaque, et le mystère reste  entier de la prise de ce discours sur les masses allemandes et leur adhésion enthousiaste à ses affirmations.

Pourtant, si on examine toute la période de montée du nazisme dans l’entre deux guerres, ce qui apparaît  comme fondamental, c’est la montée d’un sentiment national exacerbé par l’incompréhension de la défaite de 1918, par les réparations exigées par les vainqueurs, par l’occupation d’une partie du pays et son maintien sous tutelle par les puissances alliées.

Or le sentiment national allemand s’est toujours développé sur un mode différent de celui des Français: contrairement à la vision “contractuelle” du sentiment français, fondée sur l’adhésion aux valeurs de la République, c’est une vision  anti-rationnelle basée sur l’idée du “Volkgeist”, c’est à dire d’une âme profonde  du peuple, issue de la langue, des traditions, des mythes et qui constituerait l’essence véritable de la Nation. C’est le passé collectif qui ferait de chaque individu ce qu’il est et sa valeur réelle.

Les conséquences de cette vision,qui n’est pas propre au nazisme,  que l’on trouve dans beaucoup de mouvements nationalistes, et qui privilégie un seul aspect de l’identité de chacun, celui qui est le produit passif de l’histoire du peuple, sont décisives pour le rejet de ce qui n’est pas partie prenante de toute cette histoire. Toutes les minorités nationales, tous les groupes qui ne  possèdent pas cette référence  à la culture originelle sont vécus comme des menaces pour cette idée de la collectivité, comme  des “corps étrangers” qui empêchent la réalisation de l’unité mythique de la nation quand ils ne sont pas vécus comme hostiles “par nature”, puisque ils sont soupconnés de fonctionner en miroir, et donc de vouloir imposer leur culture propre. Pour les nationalistes, chaque peuple ne peut être que un organisme visant à réaliser son essence contre les autres qui ont le même projet.

Tout mouvement nationaliste, qui peut se résumer à  un mouvement passionnel identitaire,posant comme base que la dimension collective de l’identité ( le legs des générations antérieures) est plus importante  que les qualités propres et les choix libres de l’individu, conduit, par sa logique interne, à la fois  à l’hostilité aux groupes minoritaires,vécus comme trahissant le groupe principal, et à la négation de l’individu qui doit s’effacer devant le groupe, seule entité porteuse de valeurs. Parallèlement, tout nationalisme , qui se veut défenseur des intérêts de sa collectivité nationale, est un “égoïsme à plusieurs”, et plus le nationalisme sera passionnel, plus il négligera les droits de l’”Autre”, considérant que son sacrifice pour sa Nation l’exonère de  toute prise en compte des droits ou des intérêts de l’autre.

Ce qui est particulier au nationalisme, comme représentation d’un système d’identité, c’est  son aptitude à virer  à la haine de l’Autre qui est vécu comme obstacle à la réalisation de l’identité propre,et, facilement, comme complotant pour affirmer la sienne de façon déloyale.

On rejoint par là la façon dont les conflits identitaires sont générateurs d’animosités aigues, et  de violences pouvant aller jusqu’au génocide.

Le conflit  yougoslave récent a montré comment les peuples pris dans ces conflits identitaires pouvaient aboutir à des impossibilités de cohabitation pacifique allant jusqu’au nettoyage  ethnique, aux meurtres entre voisins et aux tentatives de génocide.

Cette conception de l’identité comme conférée par le groupe conduit à une exaltation de ce fonds collectif culturel, historique, linguistique  et à la production de mythes, que l’on trouve dans tous les mouvements nationalistes, célébrant les “supériorités”  de ce legs.

La particularité du nazisme a été de fabriquer une synthèse entre ces thèmes de “supériorité” nationale et  un racisme biologique qui donnait une apparence de scientificité  à cette conception de l’essence nationale en l’ancrant dans le ‘naturel” en plus du culturel.

Cela s’est fait évidemment au mépris de toute réalité et de toute scientificité, mais l’avantage de propagande a été très grand , donnant une caution de pseudo objectivité, dans une période de grand prestige de la science (parallèlement d’ailleurs aux prétentions “scientifiques” du “socialisme scientifique”, aussi mythiques que les divagations racistes nazies), et aboutissant  à une apparence de cohérence et de force du système mythique élaboré en bricolant des fragments récupérés dans les champs les plus divers.

On voit là comment se constitue une mythologie politique. A la différence d’un délire à  proprement parler, qui est une production pathologique de l’esprit d’un seul individu, construite avec les éléments particuliers à cet individu (idées, hallucinations, produits de l’imagination et des angoisses vitales de cette personne) le mythe est une construction collective, à laquelle collaborent de nombreuses personnes qui assemblent, recyclent,relient des fragments  de théories ou de réponses ou de mythes antérieurs pour construire un système doué d’une capacité d’emporter la conviction.

On peut y trouver des correspondances avec le phénomène de la construction d’une rumeur: dans les cas récents : négation de la réalité des attentats du 11 septembre par exemple, rumeur de la responsabilité de Paris dans les inondations de la vallée de la Somme, rumeurs ayant couru sur  le maire de Toulouse Dominique Baudis, rumeur de trafic d’organes par l’armée israélienne avec les corps des Palestiniens

Dans ces cas, la croyance se développe dans un espace déterminé par un champ paranoïaque: il y a un complot, les élites mentent, il y a des systèmes de puissances occultes. A partir de cette croyance vague, la rumeur naît, enfle et s’accroche à un évènement surmédiatisé en en proposant une interprétation “comploteuse”. Un groupe détesté ( les élites, les “gros”, les riches, les Juifs..) est considéré comme étant à la source du crime ou de la manipulation.

La rumeur est donc  une croyance aberrante qui exprime une défiance envers les savoirs rationnels ou communément admis et la préférence pour les impressions du sujet, largement infiltrées par  les préjugés , les idées toutes faites, et les mouvements affectifs .

Le monde étant trop compliqué à décrypter, une explication simplifiante est proposée qui a en plus le mérite de donner un label d’intelligence à ceux qui l’adoptent ( eux ne sont pas dupes et sont donc plus forts que  le commun des naïfs qui les entourent).

De la même façon, les Allemands, décontenancés par leur défaite, désorientés par la crise  économique catastrophique qui menait le pays au bord de la décomposition,  frustrés dans leur orgueil national et rêvant de revanche, ont cessé de croire en la brève et inefficace expérience de démocratie qu’ils ont eu et se sont raccrochés aux joueurs de flûte de la rumeur nazie, qui flattaient leur envie de se sentir supérieurs et de dominer les autres.

Dans le monde musulman actuel, on voit bien des facteurs du même ordre se mettre en place:  sentiment d’humiliation et désir de revanche, théories du complot “judéo américain”, absence de moyens de décryptage de la réalité politique liée à l’analphabétisme et à la propagande des pouvoirs en place, absence d’avenir pour des générations entières,  exaltation identitaire accompagnant le développement de l’Islam et  constituant un retournement de la dévalorisation générale.

Mais dans la question de l’antisémitisme, l’utilisation politique est toujours un élément déterminant. Les dirigeants nazis ,qui étaient convaincus par leur propre mythe nationaliste et raciste, au point de penser  à la fin de la guerre plus important de terminer leur oeuvre d’extermination plutôt que de consacrer toutes leurs forces au combat, ont utilisé constamment l’antisémitisme comme ressort de mobilisation de la population, en essayant de créer un monde manichéen ou le mal absolu -qu’ils étaient eux mêmes- était constitué par les Juifs, dont ils faisaient le négatif de leur identité. Les mécanismes de tromperie, de projection et de propagande éhontée se voyaient bien quand par exemple  ils accusaient les juifs d’avoir déclenché la 2 ème guerre mondiale (après leur avoir fait perdre la 1ère !)et justifiaient ainsi l ‘extermination dont ils les menacaient.

La fascination exercée par la violence des discours nazis, l’excitation produite par le sentiment de la force collective, la libération d’énergie   créée par la suppression des barrières morales et l’économie du travail de conscience, la déculpabilisation de tous les instincts bas    et l’abandon des sentiments humains promus par le système tout entier, ses responsables, ses légistes, l’orgie de meurtres montrée en spectacle à la population entière, trouvent leur source  dans les pulsions les plus élémentaires, contenues par l’appareil civilisationnel.

Chez les nazis,c’est la civilisation elle-même qui a été l’objet de la volonté de destruction, et la sauvagerie qui ,dans un retournement pervers, a été placée en position d’idéal à atteindre, et déguisée en  civilisation.

Dans l’islamisme terroriste actuel, il ya une volonté d’éradication de la civilisation occidentale, au nom de l’identité musulmane, qui conduit  aussi à la plus extrême sauvagerie , elle aussi déguisée en “culture” musulmane. L’orgie de meurtres, et l’inversion des valeurs au nom de la religion, et derrière elle, d’une fallacieuse revalorisation de l’identité musulmane réutilise les vieilles formules, qui marchent auprès des peuples. En flattant l’Ego des masses, on les mobilise encore plus que en leur promettant des richesses matérielles.

ANATOMIE D’UN DESASTRE un livre de ENYO (chez Denoël): l’Occident, l’Islam et la guerre au XXI ème siècle

Posted septembre 19, 2009 by gb
Categories: actualité au proche orient, communautarisme, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, islamisme, questions d'identité

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Enyo, déesse grecque des batailles, est le pseudonyme d’une haute responsable des renseignements de son pays, qui a enseigné plusieurs années à l’université et occupé des postes diplomatiques dans des pays de culture islamique.

Malgré le combat mené par les Etats Unis et l’ Europe  contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001, l’Afghanistan et l’Irak sont loin d’être pacifiés, le radicalisme islamiste s’étend, les valeurs  promues par l’ Occident reculent partout.

Ce livre s’efforce de décrypter la logique interne du projet islamiste et la façon dont les contradictions occidentales face à lui , et avant tout la négation de la réalité du conflit, lui ouvrent la voie  de succès très inquiétants.

La perception de l’Islam dans le monde musulman

Enyo décrit avec clarté la façon dont les facteurs religieux sont à la base même de ce tout qui constitue le monde musulman, réalisant une unité de l’Islam sans équivalent dans le monde chrétien,signifiant à la fois l’espace constitué par la communauté des croyants, l’Oumma, la civilisation qui s’y est développée au cours de l’histoire, et un corpus doctrinal.

“Pour un musulman, l’histoire qui  se déploie dans une dimension pleinement humaine commence avec Mahomet, l’Envoyé , venu annoncer aux hommes leur salut, qui se gagne par conformation à une série de normes à décliner en suivant la voie (charia) qui passe par l’entière soumission au pouvoir infini de Dieu. “Musulman” veut dire en arabe le “soumis” ( se convertir  à l’Islam se dit “aslama”, c’est à dire littéralement “reddition”.).”

“Le Coran, constitué  des enseignements de l’Envoyé, fruit d’une présence fugitive du divin, qui s’est ouvert à lui, fait de l’entité souveraine islamique la seule puissance mondaine légitime et de la communauté des croyants l’unique dépositaire de la vérité dans un un univers d’humanité inaboutie”. (La ressemblance est frappante avec les discours ultra orthodoxes juifs, tenus par le personnage du père dans le film israélien “My father, my lord” qui avançait l’idée que les seuls vrais êtres humains étaient ceux qui respectaient la Torah, les autres n’ayant été créés par Dieu que pour les servir, et n’ayant pas vraiment d’identité propre.)

Ainsi,” la révélation de l’Islam au monde est que l’essence de l’humain est d’être musulman, essence accomplie en réglant sa vie sur la “charia”. Les musulmans forment “le meilleur des peuples sortis du milieu des hommes”. “Tout enfant qui naît jouit  à priori d’une disposition innée à être musulman et , s’il se fourvoie vers d’autres religions, la faute en incombe à sers parents.”

“Dès lors pour un  penseur musulman, toute moralité, toute idée juste, toute vérité, toute beauté est intrinsèquement islamique.”-

C’est selon Enyo, une des  racines de l’absence de quête du progrès dans le monde islamique au moment où cette quête va exploser dans le monde occidental, créant le retard de plus en plus irrattrapable des pays islamiques. En effet tout changement , dans le monde islamique, apparaît dès lors comme une forme de transgression, toute innovation par rapport à la tradition (“sunna”) compilant les faits et les dits (“hadith”) de l’Envoyé et faisant autorité, une forme d’hérésie.”… Puisque Dieu est tout puissant, tout ce qui est  est le fait de sa volonté, et changer le monde est une présomption humaine qui touche au blasphème.

Modernisme, fondamentalisme, islamisme.

La frustration produite au 19è siècle par la soumission aux pouvoirs étrangers entraîne plusieurs réactions successives:

les mouvements nationalistes ou panarabes obtiennent l’émancipation politique avec le départ des puissances occupantes, mais ne permettent pas de surmonter les retards économiques et sociaux, et les tentatives de “socialisme” ne font qu’ ajouter les retards dus à ces systèmes à ceux qui existaient auparavant.

Les modernistes , “qui souhaitaient réouvrir les portes du jugement personnel (ijtihad) fermées au 10 ème siècle par les docteurs de la loi, au motif que les principales questions ont trouvé leur réponse , pour éviter la multiplication anarchique de règles contradictoires susceptibles de mettre en péril l’unité des croyants”, s’appuient sur , en particulier, les pensées de Rachid Rida,qui imprime un fort anti occidentalisme à ce mouvement de pensée qui veut rendre à l’Islam sa force originelle, en le purgeant de la casuistique des docteurs de la loi.

En 1941 Mawdudi crée le parti Islamique, appelant à la création d’un Etat islamique. Son véritable théoricien sera Qotb, théorisant la conquête d’un pouvoir s’il refuse de se soumettre à la charia, notamment par le combat sacré ( djihad) et l’excommunication du déviant.

“Ce que Qotb considère comme l’échec de l’individualisme occidental et du collectivisme soviétique doit ouvrir la 3 ème voie, celle de l’Islam, seul capable désormais de guider l’humanité destinée à la fusion avec l’”oumma”.”

La première victoire de l’islamisme,  la prise de pouvoir en Iran par l’ayatollah Khomeini,”ouvre une ère d’espoir pour les islamistes , qui voient pointer la possibilité de l’ “Etat islamique révolutionnaire”. Le coup d’état  au Soudan est leur deuxième victoire, mais “semble être la dernière.Les partis islamistes ne rassemblent que des minorités dans le monde musulman,les Etats se défendent brutalement en éliminant physiquement nombre d’islamistes, et choisissent de pratiquer une surenchère qui désamorce les velléités, de contestation. Ils intègrent de plue en plus d’éléments islamiques dans leurs législations et dans leur discours., qui se chargent d’un vocabulaire religieux. La polygamie est réintroduite au Yemen, l’Inde accorde à sa minorité musulmane une législation privant les divorcées de leurs droits à pension, l’Egypte islamise sa constitution, etc.;

“Ces réponses aux demandes des islamistes ou ces anticipations de leurs exigences contribuent à créér un “horizon d’attente”.Les Etats montrent qu’ils cèdent;il est donc possible d’exiger plus. Ceux qui ne cèdent pas et promeuvent des législations en contradiction avec la charia deviennent des cibles;le choix de l’islam par les pouvoirs en place sert aussi une politique de puissance, permet à certains pays de fonder leur identité nouvelle, surmontant les divisions ethniques, tribales ou claniques, et purifiant l’Etat importé de toutes les structures de fonctionnement occidentales”. L’Islam est instrumentalisé  par les volontés de puissance, mais à son tour, il instrumentalise les sentiments nationalistes par le rejet de l’”étranger” et la flatterie des désirs de puissance.

La nouvelle culture islamiste

Les journaux, la radio et les cassettes assurent la diffusion omniprésente du message coranique et déterminent un regain de religiosité populaire. C’est dans cette”nouvelle culture islamique  créée de toutes pièces par les dirigeants musulmans” qu’apparaît une génération ,frustrée par le piétinement des islamistes  qui voulaient donner le pouvoir politique aux religieux. Cette génération que Enyo caractérise comme  “néofondamentaliste”, souhaite , elle, renouer avec l’ambition de la société parfaite , c’est à dire islamique, mais en contournant le problème de la prise du pouvoir politique.

Enyo montre comment l’écroulement des sociétés traditionnelles, sous l’assaut du modernisme occidental, et l’échec des modèles de substitution modernistes, ont créé un vide dans lequel s’engouffre l’activisme, épaulé par l”illettrisme caractéristique de la civilisation islamique.

“Les néofondamentalistes ont fait du retour à l’islam la clef du relèvement, mais contrairement aux islamistes, ils n’attendent pas la victoire du succès par les urnes ou par les armes, mais choisissent l’orthopraxie. Leur renoncement à la conquête directe de l’Etat paraît à Enyo la marque de l’époque , celle de la mondialisation; La conséquence est que les stratégies d’endiguement de l’islamisme, qui lui visait le pouvoir politique, restent  inefficaces contre le néofondamentalisme qui se concentre sur la régulation des moeurs”.  Son but est la conquête des esprits, et l’extension  du domaine de l’application de la charia ( par la conviction, la pression ou la force).

“Avancer que cet islam n’est pas l’islam authentique fait penser aux lamentations des militants dénonçant le stalinisme comme un communisme dévoyé. Si les idées sculptent les hommes, les hommes font vivre les idées. De même que les communistes ont eu l’idéologie qu’ils méritaient, de même les musulmans vivent l’Islam qu’ils laissent prospérer en leur sein”.

“En conclure que le fanatisme des néofondamentalistes est un dévoiement de l’islam repose sur une conception essentialiste, héritée des orientalistes du 19 ème siècle. L’islam écrit tout simplement une nouvelle page de son histoire après celle des modernistes, des nationalistes et des islamistes.”.

Le contournement du politique.

La thèse que défend Enyo est celle d’une forme d’”apolitisme ” de  ces mouvances islamiques, dans la mesure où  elles tiennent pour illégitimes tous les régimes au monde, monarchies, oligarchies, et surtout démocraties parlementaires à l’occidentale qui osent revendiquer la souveraineté d’un corps politique en lieu et place de Dieu. “Il n’y a donc jamais d’usurpateur en terre d’islam. La légitimité d’un pouvoir est garantie par sa réussite, puisque Dieu la favorise . La politique devient donc inutile puisque le but collectif est de réunir les conditions d’application de la charia dans sa totalité. La parole de Dieu seule pourvoit à l’organisation sociale, par sa fonction législatrice, et une fois la charia mise en oeuvre, cette organisation peut être considérée comme accomplie”.

C’est ce qui rend si important le travail local de maillage de la population musulmane par les prêches, les associations sportives et périscolaires, les associations caritatives, qui n’affrontent pas directement le pouvoir démocratique dans les pays occidentaux, mais instaurent insidieusement une influence, un discours qui systématiquement mine les valeurs du pays accueillant.

Le rapport du religieux au politique est différent dans le judaïsme et le christianisme. “Pour les Juifs la séparation des pouvoirs est quasi constitutionnelle, et c’est le Roi, inspiré par le Sanhédrin, qui assure la vie sociopolitique.. Pour les chrétiens, le royaume du Christ n’étant pas de ce monde et Jésus n’ayant pas l”intention de créer un Etat, l’Eglise ne peut que se faire reconnaître par l’Etat et la distinction doit demeurer, d’où naîtra, au coeur de l’Occident Chrétien, l’idée de laïcité.”

Pour un musulman, selon Enyo, le débat sur la légitimité d’un pouvoir n’a pas de sens , le pouvoir légitime n’appartient qu’à Dieu, qui n’en délègue rien aux hommes.”L’Islam nie la dualité du politique et du religieux, parce qu’il nie le politique”.  La conséquence, pour elle, est que l’histoire  politique islamique est “celle d’une résignation face à la volonté des tyrans,doublée d’un espoir de voir surgir un jour le Sauveur guidé par Dieu (le “Mahdi”), destiné à faire régner enfin la vertu. Le pouvoir politique est injuste par nature, parce que c’est un puvoir humain. Pour un Occidental, la loi fonde le pouvoir du souverain. Pour un musulman, la loi reste du domaine de l’idéal, opposable au souverain qui ne la met jamais intégralement en oeuvre; la solution aux problèmes humains ne saurait être de nature humaine.”

“La conséquence en est que l’univers du politique étant un vide juridique, l’établissement de pouvoirs  de fait par la violence n’a jamais rien de choquant pour un musulman. Le pouvoir étant un individu, et non une institution, le système lui-même ouvre la voie à tous les contournements possibles:népotisme, faveurs, spoliation et corruption qui remplacent la compétition, la concurrence et l’émulation au fondement des modèles occidentaux; L’Etat dans les pays islamiques ne fait que renforcer un système arbitraire en mettent à sa disposition une efficacité supérieure, permettant à la violence d’atteindre son apogée au XX ème siècle.”

La violence dans la société islamique.

Cette violence, Enyo la constate “à tous les niveaux de l’ordonnancement social, depuis le fonctionnement violent et monolithique de l’appareil éducatif arabo musulman jusqu’à celui du despotisme politique…Dans  les faits, tous soutiennent l’arbitraire de l’homme fort pour légitimer leur place dans la hiérarchie des oppressions. Le dominant est moqué; et le dominé sabote son travail pour prix de son humiliation. La violence  est la manière de recomposer un espace politique privé de règles de fonctionnement.”

“Ce  schéma régit tout particulièrement la société islamique arabe: chaque groupe, comme chaque individu, doit pouvoir montrer qu’il est le maître à la fois d’un inférieur et de la situation. La quasi intégralité des relations humaines s’épanouit selon les règles de préservation de l’honneur et d’évitement de la honte, en vue de défendre sa position et celle de son clan. Exploiter les faiblesses de l’autre pour se garantir un statut de domination dans la plus futile des situations est un impératif social. Le politicien ne peut donc être qu’un professionnel du mensonge, de la conspiration, de l’assassinat sans encourir le moindre jugement défavorable.”

De tout cela découle l’absurdité aux yeux d’Enyo, d’une notion comme celle d’une “démocratisation de l’Islam”, pour autant que la démocratie n’est pas simplement identifiée au règime de la majorité, mais  “à celui de la souveraineté populaire éclairée en raison, agissant en conformité avec un idéal universalisable à défaut d’être  effectivement universel”. C’est selon elle, la raison de l’échec des “unilatéralistes” américains du groupe des néoconservateurs qui ont cru en une possibilité de remodeler  le monde islamique, négligeant trois facteurs: l’apolitisme de l’Islam, la préférence de certains Irakiens pour un tyran musulman plutôt que pour une démocratie à l’occidentale, et l’impossibilité de surmonter les clivages  tribaux autrement que par l’unification religieuse.

Parallèlement,elle s’oppose à la conception des mouvements terroristes islamistes ou neofondamentalistes comme des groupes  sectaires ou simplement criminels. “Ni le communisme, ni le nazisme ne sont des sectes. Ils ont embrigadé les esprits par millions. Le millénarisme européen de la fin du Moyen Age garnissait des bataillons de marginaux par dizaines de milliers- paysans sans terre, journaliers, manoeuvres, mendiants et vagabonds Mais, dit elle en citant Jean Delumeau, les vrais responsables des carnages entres chrétiens des 16ème et 17 ème siècle ” furent d’obscurs orateurs fanatisés, des militants travaillant en pleine pâte humaine parce qu’ils disposaient d’une chaire, et sur le plan local, organisaient avec d’évidentes intentions agressives, des chants publics de psaumes ou  des processions armées.” (ce qui pose le problème de l’interaction entre des leaders disposant de moyens médiatiques puissants, et de la flamme de leur conviction et de leur cohérence extrémiste et des foules rendues disponibles par  leur marginalisation ou leurs frustrations liées à des crises de société, voire des destreucturations profondes: Russie de 1917, Allemagne de l’entre deux guerres,etc.).

La guerre à la culture occidentale

Pour Enyo, Ben Laden et ses émules sont des combattants de l’Islam, certes en rupture avec les communautés islamiques, mais toutes les communautés islamiques ne sont pas en rupture avec eux; Pour de nombreux musulmans, les bombes terroristes sont une vengeance de l’humiliation de la vie ordinaire  et du sentiment d’infériorité ressenti face  aux réussites du reste du monde. Au fond,ce que dit Enyo, c’est que l ‘on refuse  d’entendre le discours des acteurs (terroristes) tel qu’il est: un discours de guerre de civilisation, parce que le discours sur le “choc des civilisations ” aboutirait à une sorte de légitimation du combat des islamistes. Or Enyo s’oppose totalement à la conception huntingtonienne, parce que elle aboutit à un relativisme total,remettant en cause l’universalisme de la pensée occidentale (droits de l’homme,laïcité, démocratie).

La thèse de Enyo est que l’Islam subit une mutation historique interne, liée à la mondialisation, au recul  et au rejet des valeurs occidentales, à l’affirmation des identités   à la perte relative de puissance de l’Occident et à l’affaiblissement du rôle de ses Etats  dans l’espace politique. Cette mutation , se traduit par sa radicalisation et  une   possibilité d’expansion , pour la première fois depuis le 18 ème siècle, qui  lui permet de viser  à nouveau à la domination du monde, inscrite dans son projet initial. C’est la conjonction de l’affaiblissement de la domination occidentale et de la déstructuration des sociétés  traditionnelles musulmanes qui ouvre la possibilité de cette expansion, qui trouve  dès lors naturellement ses militants et ses guerriers.

Enyo analyse le rapport de l’islamisme à la modernité sur la base du constat de ce que , contrairement aux idées préconçues,  la plupart des militants et les cadres terroristes sont passés par l’école et l’université, ont souvent fait des études scientifiques ou techniques, car la science exacte n’est pas un danger pour la foi . Cette science est coupée du moteur intellectuel  du doute  et de la remise en cause de la vérité établie qui permet le progrès, mais s’adapte parfaitement au mode d’enseignement en vigueur dans le monde islamique: la répétition pure et simple en commençant par celle du Coran mécaniquement mémorisé.

Les sciences humaines islamiques ne recherchent donc pas la vérité,qui se trouve dans le Coran, mais le moyen de mettre le monde en conformité avec cette vérité.. Le doute cartésien, la critique kantienne, la psychanalyse sont l’ennemi par excellence des islamistes. Pour Enyo, plus largement, l’ennemi des islamistes n’est pas la modernité, mais  l’occidentalisation , qui est le processus d’avènement de l’universel, la participation à l’histoire des idées philosophiques, scientifiques et techniques. L’occidentalisation implique l’éviction de Dieu comme centre d’intérêt  principal pour  l’humanité et son remplacement par l’homme, en un mot l’humanisme.. Ainsi, alors que, selon Gauchet, le christianisme est “la religion de la sortie de la religion”, l’islam est celle du retour vers la religion. C’est pourquoi, Enyo s’inscrit en faux contre l’idée du terrorisme “nihiliste” . L’Islam est , selon elle, pour certains , au contraire, “la dernière aventure” produisant le sentiment de vivre une épopée.

Tradition, modernisme, postmodernisme.

C’est pourquoi  la non défense par l’Occident de  ses fondements philosophiques de doutes,  de critiques, et de liberté politique,  et leur dilution dans les” fadaises du multiculturalisme “ouvre des brèches immenses qu’exploitent les militants de l’islam. Enyo voit une  alliance de fait entre les postmodernistes européens et américains, les multiculturalistes et les relativistes culturels pour abandonner les schémas séculaires du savoir établis par la Renaissance et les Lumières.

Enyo oppose ainsi trois types d’individus dans le monde actuel:

-l’individu traditionnel, “constitué par la norme collective qu’il porte en lui”, d’où “une assurance et une solidité”, catégorie dans laquelle se range le musulman orthodoxe

-l’individu moderne ” sans nier la préséance du groupe, revendique sa liberté de choix en droit, son indépendance individuelle dont le critère réside dans le droit de critique et de proposition à l’ égard des normes en vigueur, celui qui revendique sa citoyenneté et s’affirme responsable, prend du recul par rapport à ses principes, sans les abandonner, conscient qu’à ses droits sont liés des devoirs.”

-l’individu post-moderne, qui veut  “ignorer qu’il est en société, “pour lequel il n’y a pas de sens à se placer du point de vue de l’ensemble, pour qui il n’existe pas de raison de sacrifier sa liberté au nom de la religion, de l’histoire ou de la tradition.”

En gros, ces trois configurations “relèvent respectivement de l’économie agricole et de l’Etat prémoderne, du développement industriel et de l’Etat moderne, enfin de la production de masse et de l’ère des services. Les Européens sont devenus postmodernes, les Etats Unis n’ont pas encore sauté le pas au début du XXI ème siècle”.

Pour Enyo, ce postmodernisme s’intrique avec les “Droits de l’homme”, dans la mesure ou ce  juridisme s’accompagne  d’un recul du politique. Contre l’idéologie de l’Etat faible, et la substitution du juridique au politique , elle plaide au contraire pour la raison d’Etat, qui a vaincu les guerres de religion et pacifié l’Europe” et qui est l’arme selon elle capable de bouter l’esprit religieux hors du politique”;  l’Ecole, pour elle,  reste “en première ligne” pour la défense des libertés. L’ abandon de l’universalisme des Lumières par une grande partie de la gauche, égarée dans le relativisme et le multiculturalisme,  a contribué, à l’exception peut-être du “républicanisme” à affaiblir la “force civique” dont elle pense qu’elle  est un des facteurs de résistance à l’expansion de l’islam.

Que conclure, que faire?

Que penser donc de cet ouvrage, qui modifie l’angle d’abord  du problème de la lutte contre l’islamisme?

D’abord, il présente un intérêt profond par la mise en perspective du mouvement  intrinsèque de développement  de l’Islam au vingtième  et unième siècle, comme réaction de  rejet, par une culture traditionnelle, au sens du rejet d’une greffe,  de tous les éléments  du monde occidental  représentant  la libération de la pensée et  de la vie politique. C’est l’humanisme, au sens de la responsabilité, de la liberté, de l’autonomie des hommes qui est rejeté par une idéologie cohérente  avec une société largement tribale et coulée dans le moule de la tradition, qui peut satisfaire tous ceux qui n’ont pas suivi le long chemin progressif conduisant à cette liberté,  qui leur échappe, qu’ils haïssent, et qu’ils rêvent de supprimer.

Ensuite il démontre très clairement la façon dont cette idéologie est, par elle même, la source de la guerre déclarée sous différents angles ( terrorisme, “brigades internationales” islamistes, conquête des masses immigrées par le prêche, infiltration et pressions exercées sur les Etats  des peuples musulmans) à tout ce qui est la culture occidentale.La nature totalitaire du système religieux est au delà des versets tolérants ou des versets belliqueux qui coexistent, suivant l’époque ou ils ont été rédigés  et la position dominante ou vulnérable de  Mahomet en Arabie, dans le Coran. Ceci écarte aussi la question des pathologies individuelles, qui trouvent bien sûr un aliment dans ce combat.

Cette guerre est une guerre des idées, des conceptions du monde, des valeurs vitales, de part et d’autre.

Face à cette offensive, Enyo dit nettement que l’Occident ne doit pas se contenter de mesures militaires et policières , bien sûr indispensables. Il  doit réaffirmer ses valeurs, qui sont celles de l’humanisme, de la liberté de pensée, de la liberté politique, de l’universel, les valeurs issues de la Renaissance et des Lumières, contre l’obscurantisme et l’irrationnel qui séduisent les populations prises dans la logique de la religion comme d’autres l’ont été dans celle du communisme ou du nazisme; C’est bien de la survie de notre monde qu’il s’agit.

Or , le désastre dont il s’agit dans le titre, c’est que  l’Occident apparaît divisé par le post modernisme d’une  de ses composantes,  par l’idéologie de l’Etat faible de l’ultralibéralisme,  par le politiquement correct et par la complicité de ceux qui à l’intérieur de la société occidentale souhaitent l’abattre (gauchistes, altermondialistes). Fatigué des grandes guerres qu’il a menées et qui l’ont saigné, il n’ a pas envie  de regarder en face le conflit qui arrive et qui lui paraît anachronique.Surtout, il néglige, aux yeux d’Enyo,  le danger principal, qui est la propagation du néofondamentalisme, c’est à dire du retour au religieux comme cadre  et horizon de la pensée des populations musulmanes,  à l’extérieur comme à l’intérieur du monde occidental, puis comme cadre du mode de vie, dans un rejet de plus en plus radical  du non religieux, disqualifié, puis diabolisé, ce qui apparaît même  maintenant dans les écoles ou des jeunes refusent d’entendre des théories évolutionnistes du monde.

La convergence des intégrismes et des fondamentalismes chrétiens et juif avec ceux de l’Islam diminue la vigueur de la réponse occidentale à la stratégie de la tache d’huile, dans le monde et en Occident même,et  à  la conquête de “territoires” dans les banlieues ou l’ordre républicain n’est plus reconnu, mais ou au contraires les autorités républicaines délèguent une part de la gestion de la population aux religieux. Cette recrudescence des fondamentalismes dans les autres religions pose la question plus largement de la recherche des repères  dans le monde actuel, moderne et postmoderne.  La remise en question de la laïcité (affaire du voile,  des caricatures,demandes de sports séparés, refus de soins des femmes par des hommes)  constitue une des formes  d’une lutte sourde contre la société occidentale, laïque, ouverte,accueillante, menée avec l’idée d’instaurer un rapport de force  obligeant la société d’accueil à admettre l’existence d’enclaves, échappant à la loi commune, et soumises au pouvoir grandissant des religieux.Les Anglais et les Hollandais, dont le multiculturalisme avait laissé se créer  des “Londonistans” hors contrôle se sont réveillés brutalement quand  la violence islamiste, retenue le temps des avantages qu’elle y trouvait, s’est libérée dans des  déchaînements meurtriers qui les ont choqués.

L’état de guerre qui s’est instauré entre l’ambition  de domination du monde de fanatiques religieux et la société occidentale dépasse le cadre du terrorisme.De même que à l’époque de la lutte contre le nazisme ou le communisme, c’est la guerre des idées et des idéaux  qui fait rage et elle ne se limite pas à l’affrontement militaire des blocs, elle est aussi  multiforme que l’était la guerre froide avec le monde communiste: lutte pour la conquête des opinions publique, conquête de positions stratégiques sur le plan diplomatique, pressions économiques, utilisations de masses de manoeuvre à l’intérieur du camp adverse, exploitation des divisions internes de l’adversaire.

Malraux disait que le 21 ème siècle serait religieux ou qu’il ne serait pas. Il faut souhaiter que la prédiction ne se réalisera pas et que le monde ne reculera  pas  de 10 siècles, à l’époque du cri terrible qui générait les massacres:  “Dieu le veut!”.

La version iranienne des procès de Moscou

Posted août 4, 2009 by gb
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Le régime  iranien, de plus en plus isolé, continue sa fuite en avant dans l’escalade de terreur politique destinée à dissuader les opposants, c’est à dire toute la population sauf les soutiens directs du régime.  En fait, il y a une forme de panique  qui apparaît dans la violence inouïe mise en oeuvre, d’abord dans la rue, puis maintenant dans les tortures et dans la mise en scène grotesque des pseudo procès ou l’on voit des accusés, comme au temps des pires procès staliniens, reconnaître qu’ils ont fait partie d’un complot étranger monté par les puissances diaboliques qui entourent l’Iran, avouer les fautes imaginaires inventées par leurs procureurs et réciter les aveux extorqués sous la torture.

Ce qui est surprenant, c’est que le régime n’a même pas l’intelligence de comprendre l’aspect contre-productif de cette escroquerie judiciaire, qui ne fait que attirer davantage l’attention sur l’escroquerie éléctorale qui l’ a précédée, et qui est soulignée  par l’évidence immédiate du mensonge, de la propagande, et de la volonté de teroriser qui l’inspire.. Au contraire, il semble que le ministre du renseignement qui lui se serait opposé à cette mise en scène grotesque, ait été limogé pour cette raison;

De plus en plus de témoignages filtrent, au fur et à mesure de l’accentuation de la répression, sur les tortures et les assassinats perpétrés dans les geôles du régime. Auparavant, on connaissait déja la cruauté inhumaine avec laquelle le régime traitait ceux qui lui résistaient ( mutilations d’un pied et d’une mainpour les chefs de Moujahidines livrés par les pays voisins, pour les réduire à l’état de loques infirmes, et donner une “leçon” à ceux qui les suivent). Mais cette fois ce sont les dirigeants réformateurs qui sont la cible des traitements inhumains.

On trouve là une version contemporaine de l’Inquisition,  qui était à l’époque l’expression de la volonté de contrôle complet des consciences par l’Eglise, prête à assurer son pouvoir sur les esprits par la terreur publiquement exposée.La folie à laquelle conduit l’idée d’être le défenseur de Dieu, et l’absence de  respect d’aucune loi, ni d’aucune limite pour ceux qui pensent incarner sa volonté et  faire respecter “sa” loi, rejoint la folie du régime stalinien, privé de toute boussole morale par l’idée que tout ce qui sert le Parti est bon et tout ce qui le dessert est le Mal, ce qui aboutit  aux procès ou les propres militants du Parti sont pris au piège du syllogisme:Le Parti a toujours raison,-en tout- donc si des responsables du Parti les accusent d’être des traîtres, ou bien ils ont raison, ou bien c’est qu’ ils contestent l’idée qu’ils ont eux -mêmes toujours défendue,celle  du Parti comme source unique de toute vérité, et ils sont donc des traîtres au Parti, puisqu’ils le désavouent, en même temps qu’ils se désavouent eux mêmes

On retrouve dans cette convergence entre le fonctionnement religieux des Partis Communistes  et celui des partis fondamentalistes religieux la même convergence que l’on commence  à repérer entre les mouvements ultragauchistes (PCF, trotzkistes,altermondialistes,etc.)de notre époque  et l’islamisme, unis dans leur haine commune du monde occidental et libéral, et qui se rejoignent dans la diabolisation du sionisme, identifié  à la pénétration odieuse à leurs yeux du monde occidental sur la terre sacrée (selon eux) des musulmans, et chargé de toutes les ignominies du monde ( en général celles qu’ils pratiquent allégrement eux mêmes)

En attendant, le régime iranien perd chaque jour davantage de crédit dans le monde, et démontre  à chaque fois davantage  son enfermement dans l’extremisme religieux, qui pour la première fois depuis la prise de pouvoir par Khomeyni, n’est plus en phase avec la population. Toutes les critiques adressées  auparavant au régime du Shah  s’appliquent désormais au régime des mollahs: refus de la démocratie, terreur policière,etc… Surtout, le régime est lui -même divisé entre les partisans d’aller jusqu’au bout de la violence pour garder le pouvoir, et ceux qui pressentent que ce n’est pas seulement le gouvernement qui est menacé par la colère populaire, mais le régime islamique lui-même, ce qui mènerait à l’inutilité de leurs efforts depuis trente ans.

Cependant rien n’est évidemment joué. La terreur politique a montré sa capacité à perdurer malgré les révoltes de la population (Cuba, Chine,etc), et l’attitude ambigüe de la Russie et de la Chine restent encore un facteur d’incertitude dans l”évolution de la crise de ce régime

Terreur politique en Iran: est ce le début de la fin?

Posted juin 29, 2009 by gb
Categories: actualité au proche orient, guerre au proche orient, islamisme, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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La férocité de la répression, destinée à terroriser les opposants, qui se développe en Iran, par le biais des meurtres de manifestants, des emprisonnements, tortures et disparitions, indique àla fois le durcissement du régime  et l’incapacité ou il se trouve de maintenir les leurres démocratiques qu’il a essayé de développer pour ne pas affronter directement le peuple iranien.

Mais pour ,la première fois, l’écart entre la visée théocratique du régime,qui vise le contrôle total du politique par le religieux, et l’attente démocratique de la population, qui accepte le statut privilégié de la religion, mais pas son pouvoir exclusif de tout pouvoir populaire s’est manifesté de façon incontestable au cours de l’élection présidentielle.

Pour la première fois depuis la révolution iranienne, les religieux, qui pratiquaient l’ambiguité et le maquillage  de leurs objectifs, ont montré, alors que l’adhésion à la République islamique n’était pas en jeu, que la République était une fiction, et que ils étaient prêts à la jeter par dessus bord pour plonger dans une théocratie à l’état pur, c’est à dire un système ou le fondement de tout le pouvoir  était le clergé, et ou le peuple n’était souverain en rien.

Les menaces tout à fait explicites qu’ils ont adressées aux partis d’opposition (très limitée) ont montré que, au delà du trucage des élections, il n’était tout simplement pas question que la moindre opposition existe, dans le champ  politique, aux représentants  directs de l’autorité religieuse. C’est la loi du silence qui s’impose, par la force brutale de la police politique et de ses auxiliaires miliciens – qui faisaient régner l’ordre dans la rue par le meurtre et l’intimidation, de la même façon que les milices fascistes (SA,Chemises Noires) le faisaient à l’époque de la montée en puissance des fascismes européens. Cette étape évoque en effet l’époque ou les fascismes européens, ayant conquis l’ appareil d’état par les urnes et la défaillance des systèmes démocratiques,décidèrent de passer à la phase suivante de la conquête du pouvoir, celle de l’éradication de toute opposition de façon à écarter la possibilité même d’une alternative à leur régime. Cela s’était fait avec les mêmes modalités: la complicité de l’appareil policier et judiciaire progressivement noyauté par les membres des partis fascistes et leur action conjointe avec la violence extralégale des troupes de choc, appuyées sur la bienveillance policière,  et assurées de l’impunité dans leurs actions de terreur contre l’opposition.

Les parallèles sont nombreux entre l’arrogance folle des nazis et celle des dirigeants iraniens, qui insultent et provoquent le monde entier, et commencent à agiter la menace de reprendre leurs pratiques de chantage aux otages d’il y a 20 ans, en menaçant l’ambassade britannique et en essayant d’obtenir des gages politiques par l’intimidation.

Le fait qu’ils mènent cette politique d’intimidation avec seulement quelques diplomates potentiellement prenables en otages   fait froid dans le dos quand on pense à ce qu’ils pourraient exiger s’ils avaient la bombe.

Ce qui est essentiel dans le tournant qui vient de s’opérer, c’est que l’incertitude qui planait sur la volonté du régime, et à vrai dire, la dualité d’interprétation qui existait quand à  son fondement: politique essentiellement religieuse, ou politique essentiellement nationaliste, cette incertitude commence à se dissiper. Le but et le fondement  du système est avant tout religieux, c’est à dire idéologique.

Le système n’est pas la continuation sous la forme religieuse, de l’ambition de puissance de l’Iran. Son ambition est “au service de Dieu”. Il est prêt à utiliser la force des sentiments nationalistes, mais bien que limité à un pays  ( et à ses séides du Hezbollah et  du chiisme irakien), il est transnational.

En cela il se rapproche des talibans, et on peut dire que c’est une version chiite, bien sur, mais localisée, du fondamentalisme terroriste de Al Khaida, même si, pour des raisons religieuses et stratégiques, l’ antagonisme est très fort entre ces deux pôles de l’islamisme extrême.

C’est pourquoi l’air de “respectabilité” donné à ces extrêmistes par la gestion d’un grand état ne doit pas tromper. Il n’ y a pas une énorme différence entre laisser la bombe à l’Iran et la laisser à Al Khaida. L’Iran est plus facile à identifier comme éventuel origine d’une action nucléaire, mais il a par contre le bouclier humain de dizaines de millions d’innocents et les moyens   de nuisance internationale que n’ a pas Al Khaida, ne serait ce que à cause de sa puissance pétrolière et de ses moyens de provoquer une crise mondiale qui serait évidemment encore plus dommageable dans la période de crise générale ectuelle.

La question reste donc toujours ouverte: que faire si l’Iran ne dévie pas de sa route vers la bombe. Quels sont les moyens de le stopper?

Le régime théocratico terroriste iranien a montré son vrai visage

Posted juin 26, 2009 by gb
Categories: actualité au proche orient, guerre au proche orient, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Le trucage électoral massif suivi  de l’entreprise de terrorisation de la population quand elle tente de protester a montré quelle est la réalité du pouvoir iranien actuel: un clan extrêmiste, décidé à employer tous les moyens et principalement la terreur,  a écarté les éléments modérés, qui  croyaient que les 20 % de démocratie tolérés  comme caution démocratique à  côté des 80 % de dictature politique allaient permettre l’ existence d’une contestation de la ligne dure  représentée par Ahmadinejad.

Le pouvoir a dû jeter le masque et le “guide suprême” a été obligé de se montrer au grand jour comme le véritable inspirateur de cette ligne dure,  alors qu’il était camouflé en élément maintenant  un équilibre entre plusieurs tendances dont il pouvait jouer alternativement.

Ahmadinejad  est apparu sans plus aucune ambigüité comme le candidat  du” guide suprême” chargé d’une mission décisive: l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire. C’est certes un affaiblissement du régime qui  pouvait, en faisant semblant de laisser un peu d’air aux couches modernistes (bourgeoisie, jeunes, intellectuels) laisser planer le doute sur sa nature profonde et  faire croire en une sorte de légitimité au moins “par défaut” ou par abstention.

Ce dévoilement le révèle tel qu’il est : une dictature terroriste qui a confisqué le pouvoir au profit des forces les plus rétrogrades de la société: garde prétorienne des “Gardiens de la Révolution,milices de nervis des “Bassidj”, chargés de terroriser les manifestants par les meurtres de manifestants au couteau, au pistolet, ou à la matraque, police politique pratiquant des rafles débouchant sur emprisonnements, tortures et disparitions, menaces adressées à toutes les forces politiques dissidentes d’avec la ligne de confrontation avec l’Occident.

En même temps, l’espace politique des dirigeants iraniens s’est brusquement rétréci, par la coupure irrémédiable avec le peuple iranien qui a compris que ces gens ne le représentaient pas et voulaient engager leur pays sur une voie qui n’était pas celle de l’intérêt collectif, mais celle de la surenchère nécessaire à la survie politique du petit clan extrêmiste qui en a pris le contrôle.

Le pouvoir garde une assise dans certaines franges de la population (couches deshéritées flattées par le discours de Ahmadinejad,hiérarchie religieuse  intéressée au maintien de son pouvoir et de ses trafics économiques,intégristes religieux et troupes de choc du régime, mais il s’est clairement coupé de la majorité du pays, celle qui s’est sentie volée de son vote, et qui ne croit plus un mot des discours officiels.

En même temps, le régime s’est d’emblée disqualifié aux yeux de tous les Occidentaux, et cette disqualification va jouer un grand rôle dans la négociation qui doit s’engager avec les Etats Unis. Obama va devoir tenir compte de ce que  c’est la ligne extrêmiste  qui est la seule à être son interlocutrice, comme le montrent les rodomontades renouvelées de Ahmadinejad qui demande maintenant aux  Etats Unis de “s’excuser” d’avoir “voulu intervenir dans l’élection présidentielle iranienne”. Quel crédit accorder à ce tricheur électoral et à ce sinistre pitre.

C’est un soulagement partiel pour Israël que les Américains soient d’emblée désillusionnés sur leurs interlocuteurs, et qu’ils soient prévenus  quant au danger que représentent pour la paix l’extrêmisme, en rien atténué par le temps, de ceux qu’ils ont en face d’eux.

S’ il apparaît clair que la bombe reste l’objectif  fondamental des Iraniens, les manoeuvres dilatoires qu’ils utiliseront ne tromperont pas les Américains, et l’on se trouvera rapidement ramené à l’équation de départ: comment empêcher ces gens fondamentalement dangereux  pour la paix et la sécurité du monde de nuire. Peut on vraiment  parler avec des fanatiques religieux un autre langage que celui de la force ?

Quels sont les moyens de faire s’écrouler un régime fascisant, qui ne reculera devant aucune violence ni aucune escalade ( y compris un embrasement régional) pour assurer sa survie. Il est tout à fait possible que le clan Ahmadinejad mise sur un affrontement anti occidental pour susciter un réflexe nationaliste qui  solidariserait la population avec un régime qu’elle commence à vomir.

COMPOSITION FRANCAISE, un livre éclairant de MONA OZOUF, sur les contradictions entre l’universalisme républicain et les particularismes identitaires

Posted juin 14, 2009 by gb
Categories: Nation et nationalisme, communautarisme, communauté juive, identité juive, identités nationales, notes de lecture, questions d'identité

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Comment vivre l’articulation entre l’attachement à la patrie et les fidélités aux groupes communautaires, la dette envers la nation et celle envers les racines concrètes quand elles ne coincident pas  avec l’histoire collective  nationale, c’est la question posée par Mona Ozouf à travers sa propre histoire, dans l’autobiographie qu’elle publie aprés ses travaux de recherches historiques.

C’est cette” tension entre l’universel et le particulier, entre l’esprit national et le génie des pays qui la composent “que Mona Ozouf décrit comme ayant été ressentie tout au long de son enfance bretonne, marquée par la volonté de rester fidèle au combat d’un père instituteur militant infatigable de la cause bretonne, mort très précocément, ce qui la laisse vivre seule entre sa mère, institutrice elle aussi, et la grandmère, figure très forte de l’attachement à la langue et à la tradition bretonnes,  en même temps que l’école ,ou elle réside, est  le relais de l’idéologie centralisatrice française et du républicanisme.

Avec la religion se constitue un trio de croyances concurrentes, disparates, que son existence sera occupée à tenter de rendre compatibles et sur lesquelles elle axera sa réflexion historique en particulier sur la Révolution Française, dont elle sera une spécialiste reconnue.

Elle parlera ainsi de “croyances désaccordées” et d’une “existence à codes multiples” dont résultera “un perpétuel inconfort” qui constitue l’exemple même des conflits d’appartenance que peuvent vivre des minorités au sein des nations, les Juifs par exemple.

“Où donc était le Beau, le Vrai, le Bien, s’interrogeait-elle. Entre l’Ecole, la Maison et l’Eglise, quelle voix écouter. L’école, “au nom de l’universel , ignorait et en un sens humiliait la particularité. Et la maison, au nom des richesses du particulier, contestait l’universel de l’école qu’elle soupçonnait d’être menteur: l’école ne professait elle pas en réalité sans le dire une particularité aussi, la française,qu’elle enveloppait , ou dissimulait, dans le manteau de l’universel.”

“La liberté de l’école était sans équivoque possible la liberté des individus, obtenue par l’abstraction des différences; celle de la maison était celle d’un groupe humain particulier, la liberté des Bretons,à nulle autre pareille,une liberté collective proche du privilège; et quant à l’égalité, que l’une et l’autre semblaient célébrer d’une même voix, celle de l’école était celle de la ressemblance, qu’elle nous invitait continument à développer, en mettant de côté tout ce qui pouvait nous particulariser;celle de la maison était celle du droit égal des hommes à  exprimer leurs différences et même à les accentuer dans leurs aspérités provocantes. L’égalité, ici, en cela bien différente de celle de l’école, était l’abolition de l’injustice faite aux différences.”

Mais cette constatation d’un antagonisme se nuance toujours chez Mona Ozouf d’une réserve et d’une prise en considération que l’opposition n’est pas si tranchée que au premier regard.

“Egaux et  semblables, égaux parce que semblables, comme le professait l’école; ou égaux et dissemblables, pour faire valoir nos dissemblances comme le professait la maison?… “Un écheveau de perplexités que je ne suis pas sûre de débrouiller aujourd’hui”, écrit elle.

Sa carrière de chercheuse commencera donc par une recherche et une réflexion sur l’école républicaine, mais aussi sur la Révolution Française et la façon dont l’universelle patrie des droits de l’homme se substituera ” à la bigarrure d’une société d’ordres” et dont l’idéologie de Lumières opposera “à l’empirisme historique le projet d’un système politique issu non de l’histoire, mais des spéculations de la raison, seule capable de fournir à tous des principes clairs et incontestables”. La République, “une et indivisible”, se substitue à l’empilement de singularités juridiques, linguistiques, culturelles,à la juxtaposition de libertés inégales,un univers social fait d’une pyramide de corps ou les individus n’avaient d’existence qu’à travers leurs appartenances.”

…”La Révolution n’a cessé de  manifester sa répugnance à concevoir qu’il y ait des mondes différents et différemment régis. Elle fustige continûment le multiple. C’est cette allergie à la dualité qui sert à Robespierre à justifier, le 18 juin 1793, l’expulsion des Girondins.. “Un peuple qui a deux espèces de représentants cesse d’ëtre un peuple unique”

“Toute appartenance, par conséquent,est vue comme une prison; l’émancipation ne peut alors être pensée que comme un arrachement. Les particularités, pour les révolutionnaires,appartiennent au passé, à la longue sédimentation des habitudes, à un temps immémorial, à tout ce qu’on peut ranger dans l’ordre obscur et confus de la coutume, dont doit triompher le génie clair et simple des principes. A leurs yeux, on ne peut légitimer aucune décision en invoquant l’histoire: le passé ne peut en rien éclairer l’avenir”.

“Avec pareille vision des particularités, entraves au patriotisme,obstacles à la constitution d’un homme universel, ferments criminels de discorde, le seul impératif que comprenne la pensée révolutionnaire est de les repousser à l’extérieur de l’espace national: l’Etre Un fabrique de la scission, la passion d’unir ne se comprend pas sans son versant d’exclusion.”

Mona Ozouf s’intéressera aux témoignages des voyageurs et des administrateurs envoyés dans les provinces par la Révolution, et qui découvriront l’influence de la langue sur le comportement des hommes:”ils découvriront qu’il y a des langues âpres et laconiques, comme le breton, qui développent chez leurs locuteurs des passions abruptes et encouragent l’esprit de secession. Il y a des langues rapides et passionnées, comme l’Occitan parlé en Bigorre, qui fait les tempéraments irréfléchis et les passions vives, ce qui leur fait découvrir que les “patois”, c’est à dire ces langues locales, sont connexes avec le “génie” d’un peuple “(c’est à dire leur personnalité, leur tempérament, leur rapport au monde et leurs valeurs).

Ils font comprendre” pourquoi la Révolution tolérait si mal la mauvaise grâce montrée par les terroirs à  son entreprise d’homogénéité. Nul ne l’ a mieux dit, nous dit elle, que Benjamin Constant: “Les intérêts et les souvenirs qui naissent des habitudes locales contiennent un germe de résistance que l’autorité ne souffre qu’à regret, et qu’elle s’empresse de déraciner. Elle a meilleur marché des individus, elle roule sur eux sans effort son poids énorme sur le sable.”

Etudiant cette Révolution , elle découvre que l’idée républicaine n’a pas eu qu’un seul visage, au contraire.

“Le premier de ces visages est un groupe, une secte républicaine formée autour du couvent des Cordeliers, qui rêve d’une communauté soudée par la vertu, et dont le rêve d’une démocratie immédiate, permanente et fusionnelle est moins sous tendu par le sentiment de l’égalité des êtres que par celui de leur similitude. Aucune place ici pour la reconnaissance du particulier: on postule d’emblée la volonté unitaire du peuple. L’unité cordelière, supposée conjurer la déliaison des individus, est autoritaire et étatiste, imposée d’en haut et identique pour tous.

L’autre groupe, formé autour de Brissot et des députés fréquentant le salon de Mme Roland,n’ a pas le fétichisme de l’unanimité, se méfie des rituels qui fabriquent une fausse unité émotionnelle.Pour lui,la formation d’une opinion publique cohérente est aussi importante, mais ne peut s’imposer d’en haut. Elle est une résultante, qui se fabrique de bas en haut, à partir du fourmillement des opinions individuelles. L’intérêt commun doit se dégager de l’irréductible diversité des intérêts individuels.”

Elle découvre donc “des résistances à une république jacobine à l’intérieur même du projet républicain, et l’existence d’hommes attachés à une autre république, plus accueillante aux dissidences et aux particularités que la république du “jacobinisme émeutier”.”

Dans la réflexion qu’elle mènera sur la 3ème République et sur Jules Ferry,décentralisateur, admirateur des libertés locales anglo-saxonnes, et donc espérant qu’il puisse exister en France,face à l’Etat, le contrepoids d’une société autonome, riche comme en Angleterre d’une presse libre  pour enseigner aux individus leurs droits, d’associations pour les défendre, de meetings pour les proclamer “.

“Il essaye “, dit elle , “de bâtir une République unifiée sur une liberté qu’il tient pour principielle:les hommes , selon lui, doivent être laissés libres d’errer, car la liberté, fut elle payée de l’erreur, est plus désirable que le bien.”

La loi de 1901 sur les associations créera le troisième terme entre l’Etat et le citoyen, redonnant à la société,divisée en groupes particuliers et traversée d’intérêts divergents, la capacité de s’exprimer. Ainsi la République assouplira -t-elle le modèle jacobin, en prenant appui sur les particularités locales (statut religieux de l’Alsace Lorraine,laïcité non intégriste entraînant des compromis: aumôniers dans les lycées,calendrier scolaire aligné sur les fêtes religieuses, carrés religieux dans les cimetières,etc.);

Pourtant, dit elle, malgré ce siècle de compromis accordés aux groupes particuliers, la République n’a pu se défaire de son surmoi jacobin: “Le culte de l’Un, coeur même du jacobinisme,a survécu à l’aménagement empirique de  la politique jacobine.”

Thermidor avait pourtant porté un coup terrible à l’idéologie jacobine, en dénonçant le lien entre l’abstraction et l’inhumanité. Mais Mona Ozouf constate la victoire” dans l’ordre de la mémoire et des symboles, de l’imaginaire du jacobinisme.

C’est ce qui fonde sa critique du “républicanisme” français actuel, dont elle souligne ” la volonté de renouer avec un âge d’or, largement mythifié, de la politique républicaine et de recomposer son bloc de certitudes.”

“Les articles de cette foi renouvelée sont pour elle que  l’espace public est peuplé d’individus rationnels, dégagés de tout lien antérieur. Que leurs particularités doivent être réléguées dans la sphère privée. Qu’il est non seulement possible, mais hautement souhaitable de faire partager à tous les citoyens une même conception de la vie bonne, dans la définition de laquelle l’Etat doit jouer un rôle prépondérant.”

” Ce républicanisme mythique doit son regain de séduction et d’énergie  à l’alternative qu’il semble offrir à la tièdeur des sociétés modernes, où les individus cherchent le bonheur dans leurs attaches et activités privées, et se détournent de la vie publique. Se dire républicain aujourd’hui, c’est souvent affirmer qu’il existe une foi capable de renverser celles qui se sont écroulées, au premier rang desquelles le marxisme. C’est avant tout, en oubliant tout ce que le républicanisme a emprunté à la tradition libérale, se proclamer antilibéral.”

Après cette critique générale des  mythes du néorépublicanisme, Mona Ozouf s’attaque à l’épouvantail du communautarisme brandi par les Républicains pour remplacer l’ Eglise comme adversaire mobilisateur: “On brandit la menace communautariste chaque fois qu’un individu fait référence à  son identité en réclamant pour elle une manière de visibilité ou de reconnaissance sociale. On suppose alors qu’il valorise sa culture particulière au détriment de son humanité commune, qu’il plaide pour sa tribu, et pour elle seule, qu’il annonce une France éclatée, infiniment divisible, déchirée entre intérêts affrontés, mémoires jalouses, inexpiables discordes.”

“L’exagération dramatique est partout dans la présentation du communautarisme par ses adversaires républicains. Et d’abord dans sa définition même. Dans le miroir républicain,la communauté est une prison qui exerce un contrôle absolu et exclusif sur ses membres: une entité close, compacte et cadenassée, telle qu’ils sont soustraits à toute influence extérieure, pris dans la fascination identitaire des origines, sans jamais pouvoir ni les contester ni les quitter.Les voilà réduits à  se confondre avec la norme du  groupe, codamnés à n’établir de rapport avec l’ensemble national qu’à travers l’autorité communautaire, voués à n’user jamais du “je”, mais d’un “nous” péremptoire, impérieux, étouffant. Le pire est que ces possédés n’ont pas conscience de cette contrainte  et se complaisent dans leurs chaînes. La conséquence de cette dévotion est la guerre de toutes les identités les unes contre les autres. Derrière cette présentation dramatique se cache la peur de l’immigration maghrebine et la menace que l’Islam  (est censé faire peser) sur l’identité française. C’est désormais sur le modèle de cette communauté de croyants qu’on pense toutes les autres communautés , si différentes soient elles.”( ce qui ne dispense pas  de penser la spécificité de cette menace. Mona Ozouf en dit plus un peu après à propos de la polémique autour du ” voile”.

Toutes ces interrogations dit-elle peuvent être ramenées à  sa question essentielle: “faut-il penser qu’entre l’obligation d’appartenir et la revendication d’indépendance nulle négociation ne peut s’ouvrir? qu’entre les attaches et la liberté il y a une invincible incompatibilité? L’interrogation est d’autant plus insistante qu’en réalité chacun de nous abrite en lui l’une et l’autre de ces exigences.”

“En chacun de nous, poursuit-elle, existe un être concaincu de la beauté et de la noblesse des valeurs universelles, séduit par l’intention d’égalité qui les anime et l’espérance d’un monde commun, mais aussi un être lié par son histoire, sa mémoire et sa tradition particulière. Il nous faut vivre, tant bien que mal entre cette universalité idéale et ces particularités réelles.

Or “sous la plume des pourfendeurs du communautarisme, tous les vocables qui désignent identité, appartenances,racines évoquent pour eux l’étroitesse, l’enfermement, la servitude, voire la faute

On ne peut donc selon eux, devenir humain qu’en niant ce qui nous individualise et qu’au prix de l’arrachement  à nos entours immédiats”.

“Pareille conception si on la pousse à  son extrême logique est vertigineuse, car elle tient que toutes les attaches sont des chaînes:la fidélité aux êtres qu’on aime,la pratique d’une langue, l’entretien d’une mémoire, le goût pour les couleurs d’un paysage familier ou la forme d’une ville, autant de servitudes. Dans ses versions les plus exaltées, elle voit dans toute détermination une limite et un manque.Mais que serait un individu sans déterminations? Nous naissons au milieu d’elles, d’emblée héritiers d’une nation, d’une région, d’une famille, d’une race, d’une langue, d’une culture. Ce sont elles qui constituent et nourrissent notre individualité.”

Or, “dans une société de la division, de la contradiction , de la mobilité, aucune appartenance n’est exclusive, aucune n’est suffisante  à assurer une identité, aucune ne saurait prétendre à exprimer le moi intime de la personne, si bien qu’on peut se sentir à la fois ,français, breton,,chercheur, fils, parent, membre d’un parti, d’une église, d’un syndicat ou d’un club. Chacun doit composer son identité en empruntant à des fidélités différentes.

“Reconnaître la pluralité de ces identités croisées, complexes, hétérogènes, variables, a plusieurs conséquences de grande importance. Pour commencer, la multiplicité s’inscrit en faux contre l’enfermement et la secession identitaire. Dans un paysage aussi mouvant, l’identité ne peut plus être ce qu’on nous décrit comme une assignation à résidence dans une communauté culturelle immuable, une prison sans levée d’écrou.”

“La multiplicité, par ailleurs nous interdit de considérer les identités comme passivement reçues. Certes bien des groupes auxquels nous appartenons n’ont pas été volontairement élus par nous. Mais précisément, leur foisonnement même nous invite à ne pas les essentialiser, nous entraîne à les comparer, ménage pour chacun de nous la possibilité de la déprise; car cette part non choisie de l’existence, nous pouvons la cultiver, l’approfondir, la chéri; mais nous pouvons aussi nous en déprendre, la refuser, l’oublier. L’appartenance n’a plus tout uniment le visage de la contrainte, elle n’est plus la marque autoritaire du collectif sur l’individu. Elle peut même être la signature de l’individu sur sa vie.”

Ainsi termine t-elle-, nous pouvons nous reconnaître comme participant d’une humanité commune,,non pas bien que, mais parce que, différents. Nous découvrons et respectons l’autre dans sa particularité sans que celle ci  remette en cause le partage d’un espace commun.Nous nous reconnaissons dans ce que nous ne sommes pas, et peut-être moins en faisant appel à la raison universaliste qu’ à l’imagination.”

Ce livre constitue ainsi un contrepoint au texte célèbre de Renan, “Qu’est ce qu’une Nation?”, qui montrait comment une nation se construisait dans le dépassement des particularismes et l’oubli des blessures infligées à ces particularismes, pour aboutir à une synthèse supérieure.

L’époque actuelle, marquée par la mondialisation et l’effacement accéléré des traditions, produit le retour d’une réflexion sur la “chair” des individus, pour reprendre le terme de Finkielkraut, cette histoire  qui les a modelés et à laquelle ils tiennent comme au plus précieux d’eux-mêmes, faite de souvenirs, de liens, de formes particulières de sociabilité, et sans laquelle l’existence perd toute sa part affective et émotionnelle,et se réduit  à un schéma abstrait vide de sentiment. Les systèmes politiques qui ont voulu réduire les hommes à ces schémas théoriques ont produit des monstruosités (nazisme, soviétisme, maoisme, polpotisme, etc., se sont tous accompagnés d’une forme de terreur politique, et d’une condamnation de l’individu, supposé s’effacer pour se consacrer entièrement au bien commun, à vrai dire identifié au bien de l’Etat.). Mona Ozouf exprime parfaitement la façon dont le dégagement de la coutume est ambigu  dans sa signification, porteur à la fois de libération et de désafférentation,  comment la droite et la gauche ont souvent mis en opposition ce qui nécessite, comme elle l’appelle, une “négociation”, et  comment la défense et la protection de l’identité individuelle et collective est une protection contre l’inhumain.

Le peuple juif et le peuple noir américain: deux peuples parias, témoins de l’inhumain dans la civilisation

Posted mai 8, 2009 by gb
Categories: antisémitisme, communauté juive, peuple juif, questions d'identité

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Le peuple noir américain et le peuple juif  ont en commun l’expérience, dans leur histoire et dans leur mémoire, de la négation de leur humanité et du mépris et de la haine racistes portés au point le plus extrême.

L’un et l’autre ont connu , sous des formes différentes,l’exil forcé, la ségrégation sociale par la mise en place de ghettos,la haine poussée jusqu’au meurtre, la négation de leur humanité par les cultures dites civilisées.

L’un et l’autre ont développé des stratégies de survie et de résistance  aux pratiques de ségrégation et d’humiliation,appuyées sur l’utilisation de la force et de la terreur par des sociétés ou ils  se trouvaient dans un statut de minorité sans moyens de défense.

L’un et l’autre ont lutté pour pouvoir occupper une place à part entière dans ces sociétés, ce qui a produit une division dans ces pays entre les forces agrippées à la préservation de cette exclusion, et celles soucieuses  de défendre les  principes de respect humain  qui étaient au fondement de leurs valeurs,

Ces deux peuples sont ainsi devenus les témoins vivants de la capacité de clivage des sociétés humaines autour de groupes minoritaires qui polarisent frustrations,haines, besoin d’affirmation de soi et désirs de destruction de l’autre, égoïsmes sans retenue et volonté d’abuser de sa force, dans l’oubli total de toutes les valeurs morales  fondées sur la reconnaissance de la valeur humaine de chacun.

Les deux peuples ont éprouvé la souffrance de constater la fragilité des constructions morales de la civilisation,la capacité de cruauté infinie qui existe chez l’homme et  dont aucune culture ne met à l’abri, l’aptitude de l’être humain à oublier l’empathie  et l’identification à l’autre qui sont au fondement même de la nature sociale des hommes, dès qu’un indice de différence est élevé au rang de différence d’essence avec l’autre;

Tous les deux ont pu constater la capacité de résurgence de la sauvagerie humaine  , en particulier quand des forces politiques s’emparent des passions mauvaises qui existent en l’homme et s’en servent comme support pour leur conquête d’un pouvoir, utilisant la très ancienne recette du bouc émissaire comme moyen de manipulation des esprits.

Surtout, tous les deux ont été contraints de lutter contre l’incroyable force du préjugé, qui semblait renaître chaque fois  qu’un de ses éléments avait été abattu, montrant la faiblesse  de la rationalité face à l’empire des croyances et des passions.

En même temps, chacun des individus de ces peuples a  combattu pour maintenir le sentiment de sa dignité personnelle contre la volonté de la lui ôter, et, de façon différente  dans les deux cas, la religion a constitué un support pour le maintien de cette dignité. Pour les Juifs, dans l’attachement indéfectible aux commandements éthiques  qui signifiaient la  véritable valeur humaine de ceux qui s’y soumettaient;pour les Noirs, dans la consolation d’un système chrétien qui affirmait la valeur égale de tous les humains au regard du Christ, et l’idéal d’un amour pour l’homme à l’opposé du  traitement bestial qui leur était imposé.

Ces situations ont été différentes de la simple  cruauté des vainqueurs sur les vaincus dans les innombrables conflits inter humains, où les vainqueurs pouvaient abuser de leurs victoires, mais n’avaient pas besoin de nier l’humanité de ceux qu’ils avaient vaincu.

Mais cette fondamentale similitude dans les destins ne cache pas certaines différences.

La première était que la différences des Noirs était visible, alors que celle des Juifs ne l’était pas toujours, ce qui  suscitait d’ailleurs un surcroît de méfiance et de paranoïa à leur égard.

La deuxième était que les Juifs  avaient pu accéder à l’instruction,privilégiée par leur rapport au Livre, ce qui avait permis à certains d’entre eux d’accéder aux élites , intellectuelles ou commerciales de la Nation, statut pouvant toujours d’un moment à l’autre être remis en question, mais source d’un sentiment d’envie dans leur entourage.

La troisième est  que la misère économique à laquelle étaient réduits les Noirs avait ajouté un  fossé culturel et sociologique au fossé racial et rajouté des  facteurs supplémentaires au préjugés d’infériorité développés à leur encontre.

La situation actuelle est paradoxale avec l’apparition d’un antagonisme communautaire aux Etats Unis entre Noirs et Juifs, dont  des échos étouffés arrivent en France avec  la tentative  de Dieudonné de créer un vrai mouvement antisémite chez les Noirs Français, tentative coïncidant, sans qu’il n’y ait aucun hasard à cela , avec le premier assassinat antisémite commis en France depuis la 2 ème guerre mondiale (si on exclut les assassinats liés à l’exportation du terrorisme proche-oriental), celui de Ilan Halimi, et qui est le fait d’un Noir.(affaire du “gang des barbares”)

L’explication de ce ressentiment des Noirs à l’égard des Juifs  se trouve dans deux facteurs. Le premier et le plus important est le développement de l’influence de l’Islam dans la communauté noire.Ce développement de l’Islam est lié à la signification de refus des valeurs américaines que prend cette  adhésion , contre pied absolu à la religion chrétienne , identifiée par les extrêmistes noirs à l’idéologie des “bons noirs”  qui rêvent d’intégration à la société américaine. La haine des exclus trouve  dans ce rejet des valeurs  religieuses américaines une façon de chercher une identité par l’opposition à tout ce qui est identifié à la culture des Etats Unis. Les prédicateurs musulmans reprennent les clichés antisémites les plus éculés, et la propagande la plus grossièrement mensongère, jusqu’à prétendre que ce sont (evidemment) les Juifs qui on été les principaux metteurs en oeuvre de la traite des Noirs.

Le deuxième facteur était, jusqu’à l’élection de Obama, la conviction de la communauté noire que , contrairement à ses espoirs, et en particulier à ceux nés de l’”affirmative action” visant à promouvoir l’accès des Noirs à des filières scolaires ou d’emploi jusque là inaccessibles,elle restait enfermée dans un cercle de misère auquel les autres minorités (hispanique, asiatique) échappaient rapidement, accédant plus rapidement aux cercles aisés ou dirigeants de la société. La comparaison avec la communauté juive, largement intégrée aux couches aiséees , lui donnait par comparaison, le sentiment que les Juifs étaient  une minorité  avantagée par rapport à elle même.

L’élection de Obama, par la révélation stupéfiante qu’elle apporte de l’évolution  des esprits en Amérique, par le fait de confier la responsabilité suprême du pays ( et en partie du monde) à un Noir change  fondamentalement la vision d’exclusion des Noirs quant à leur place dans la société américaine, et dans la représentation qu’en ont les Américains.

Quelle que soit la  soi-disant compétition victimaire des deux peuples, ils restent tous les deux marqués dans leur chair et leur mémoire par le sceau du préjugé négateur, et par la lutte pour faire reconnaître l’humanité , c’est à dire le respect des humains, comme la valeur fondamentale de la civilisation, celle qui fait la ligne de partage entre civilisation et sauvagerie.

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DURBAN2: L’ANTISEMITE NEGATIONNISTE AHMADINEJAD PROVOQUE LE MONDE CIVILISE A LA TRIBUNE DE L’ONU

Posted avril 21, 2009 by gb
Categories: actualité au proche orient, antisémitisme, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, menaces iraniennes, nucléaire iranien

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Comme  on pouvait s”y attendre,  et comme à l’habitude, le président de la République Islamique d’Iran a profité de la tribune que lui offrait l’Onu pour éructer son  discours de haine et d’incitation  à l’agression contre l’Etat d’Israël, avec le soutien des états islamiques et des dictatures les plus grossières du monde.

Le monde de l’ ONU est bien un monde loufoque où la commission des libertés est dirigée par  la Lybie de Khadafi, assistée par le Vénézuela de Chavez et Cuba de Castro, tous  respectueux des libertés comme chacun sait, et où  la Conférence sur le racisme confirme  la puissance des états les plus racistes(racismes anti-femmes, anti juifs, anti homosexuels), et désireux de faire adopter des résolutions empêchant la liberté de pensée (sous prétexte de lois “anti blasphème”) permettant de réduire au silence toute  contestation de leur prosélytisme ou de la mainmise des religieux sur leurs états ou leurs communautés.

Ceci confirme l’alliance de fait des dictatures politiques, jusqu”aux plus barbares, isolées face au monde libre, et des régimes  plus ou moins islamiques d’Afrique et du Moyen Orient  qui  refusent les Droits de l’Homme présentés comme , comble du paradoxe, une insupportable marque d’impérialisme de la part des anciennes puissances coloniales, alibi démagogique à tous les obscurantismes, toutes les violences, et toutes les atteintes aux droits élémentaires.

L’ONU  donne ainsi  une représentation de l’état du monde actuel dans lequel les régimes les plus infâmes non seulement ne font plus profil bas, mais au contraire se permettent le luxe de ridiculiser les états libres, devenus numériquement minoritaires, et de développer leurs discours de haine et de barbarie  avec l’aplomb de gangsters narguant les policiers qui ne peuvent pas les attrapper.

Mais le côté le plus inquiétant de tout cela, c’est le sentiment d’impuissance des démocraties face à l’impudence des dictatures, fortes de leur contrôle sur leurs populations et de leurs richesses économiques, et la gangrène des institutions internationales qui s’ensuit, par le détournement de leur esprit et le cynisme de leur utilisation.

On ne peut pas s’empêcher d’établir un parallèle avec l’entre deux guerres, à l’époque où la faiblesse des démocraties avait laissé le champ libre aux fascismes européens qui avaient manifesté le même mépris des libertés,la même arrogance provocatrice convaincue que les démocraties plieraient devant la force brute, la même absence de scrupules meurtrière et la même démagogie effrénée que les régimes islamiques actuels.

Mais surtout, c’est l’Iran qui constitue la source d’inquiétude maximale. Sa volonté inexorable d’établir son hégémonie sur la région en unissant les extrêmismes sunnites et chiites, sa marche déterminée vers la possession de la bombe qui lui permettrait de tenir sous la menace, renforcée par sa progression dans la possession de vecteurs balistiques pour les armes nucléaires, les pays de la région et même les pays  Européens, ses menaces sans cesse réitérées de destruction de l’Etat d’Israêl, en font l’équivalent de l’Allemagne nazie dans les années 30-40. Comme celle -ci s”était appuyée sur le ressentiment des Allemands écrasés par le Pacte de Versailles, l’Iran développe un discours flattant  un désir de revanche propre à mobiliser le monde musulman enfermé dans son refus de la modernité et son sentiment de frustration et d’échec, en lui fournissant le bouc émissaire propre à le déculpabiliser et à libérer toutes les pulsions de haine: Israël. Comme l’Allemagne nazie, l’Iran manipule en sous main les communautés chiites ainsi que les Allemands l’avaient fait avec les communautés germanophones en  Europe,  et exaspère les conflits  pour étendre son influence. De la même manière que Hitler, elle crée  un régime de terreur qui éradique toute opposition au régime et ne laisse de marge de manoeuvre que à l’intérieur du système, développe unsystéme politique ou le pouvoir religieux, comme le Part nazi ou le pouvoir bolchevique,  double et contrôle à tous les étages les instances légales politiques, sous la férule du “Guide Suprême”, titre très semblable à celui de “Fuhrer”, même si il n’y a pas la part de dévotion fanatique obligatoire à sa personne qui existait dans le nazisme. Mais plus profondément encore, pour justifier le régime auprès de la population, la République Islamique propose à son peuple la promesse de satisfaire son besoin de puissance, dans la démarche propre à de nombreuses dictatures, qui échangent le renoncement du peuple à la liberté contre l’ivresse du sentiment de puissance collective tirée  de l’arrogance internationale et de la politique de force pratiquée sur les peuples adjacents. La logorrhée arrogante et provocatrice de Ahmadinejad répond très profondément à ce désir de puissance frustré du monde arabe, qu’il cherche à séduire, comme à celui du peuple iranien lui-rmême. C’est toujours trop tard que les peuples comprennent le prix qu’ils ont à payer pour cette stratégie de l’arrogance et du mépris. Surtout, ce que l’Histoire a montré, c’est que le plus souvent, ces démagogues, entraînés par leur propres discours et leurs premiers succès, finissent par y croire eux mêmes -comme Hitler_ et entraînent avec eux  dans la catastrophe leurs pays tout entier, après la phase de réussite initiale.

En même temps, comme ils baillonnent tout discours critique, à aucun moment ils ne peuvent entendre quoi que ce soit qui remette en question leurs choix, car toute critique est immédiatement assimilée à une trahison. Au fond, les petites dictatures modestes qui ne gênent personne sauf leur propre peuple, peuvent survivre longtemps,comme les dictatures nord coréenne ou cubaine. Mais dès que elle sont prises de mégalomanie, ce qui est une pente très fréquente, le compte à rebours de leur existence commence.

La différence entre l’Allemagne nazie et l’Iran, c’est que l’Allemagne était une puissance industrielle,technique, économique, et militaire énorme, et que  son erreur a été de vouloir s’attaquer à toutes les puissances mondiales ,y compris au super grand qu’étaient déja les Etats Unis. L’Iran n’est qu’un pays retardé  technologiquement ,en proie à des difficultés économiques majeures malgré ses ressouces énergétiques , militairement archaîque, et dont l’importance est surtout liée à sa capacité de nuisance, plus qu’à une puissance  réelle. Les Iraniens joueront ils à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf, ou sauront ils s’arrêter à temps? La stratégie de la guerre asymétrique pourra t elle s’appliquer à un Etat et non à une guérilla? La stratégie de la dissuasion du faible au fort, base de la stratégie nucléaire française pourra -t-elle s’appliquer à l’Iran, et les Etats -Unis laisseront ils se développer une telle menace sur leurs intérêts stratégiques. Nous le verront dans le cours de l’année qui vient, car là aussi, le compte à rebours a commencé.

Le monde civilisé retient son souffle.

Identité juive,traumatisme et résilience

Posted avril 12, 2009 by gb
Categories: Israël et sionisme, culture et judaïsme, identité juive, identités nationales, pacifistes en Israël, peuple juif, questions d'identité

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La parution d’un ouvrage intitulé “L’invention du peuple juif”, écrit par Shlomo Sand,un  ultra gauchiste israélien, coutumier des dénonciations de l’Etat d’Israël, mais qui pousse cette fois les choses infiniment plus loin, puisque il conteste l’idée même d’un peuple juif (pour aboutir à la conclusion  que ce sont les Palestiniens qui sont les seuls Juifs authentiques), peut être l’occasion de réfléchir sur cette identité juive qui est l’objet de tant de discussions  à l’intérieur même de la communauté  juive.

Cette notion d’identité est elle même un terme d’usage relativement récent. Elle recouvre plusieurs dimensions, – l’identité administrative,les qualifications sociales d’un individu, l’idée  de ce qui est permanent  dans sa personnalité au delà des variations liées à son évolution dans l’âge et dans les rencontres au cours de son existence, toutes choses que l’on peut ranger dans la série des déterminations objectives d’une personne.

Mais il existe aussi un sens subjectif à ce terme d’identité, qui est le récit sur soi que chaque homme établit et réécrit en permanence, et qui est la signification humaine qu’il donne à son existence, c’est à  dire la façon dont cette existence s’inscrit dans une collectivité humaine, se relie à elle  (y compris éventuellement dans le refus), faute de quoi elle est privée de toute signification.
Cette collectivité peut être concrète ou abstraite, étendue à l’humanité entière ou rétrécie  à la bande de l’immeuble HLM, mais aucun homme ne peut se passer de situer ses actes, ses pensées et ses choix en relation avec son être humain, c’est à dire avec le fait qu’il partage son existence avec d’autres êtres humains et qu’il doit constamment penser la façon dont son existence s’articule avec celle des autres hommes.

Le récit intérieur est la forme que prend cette pensée,rationnelle ou affective, illusoire ou réaliste, de la représentation de soi de chaque individu et de sa dépendance aux formes de la société qui l’entoure.

On peut considérer que il ya, parmi d’autres, deux propriétés de ce récit sur soi qui  est le mode constitutif de la représentation de soi:

La première est que, comme l’a développé Maurice Godelier dans ses derniers ouvrages,  une part de cette identité est vécue comme constituée par des dons reçus des groupes sociaux qui  entourent les sujets, qui ont contribué à les façonner tels qu’ils sont, et qui font qu’ils s’estiment en continuité avec ces groupes. Toute attaque contre ces groupes est vécue comme une attaque contre eux-mêmes, toute valeur reconnue au groupe est une valeur qui rejaillit sur eux.

Une partie de l’identité personnelle est donc partagée avec le groupe, elle en est une inclusion dans la personne, une mise en commun de l’identité collective.

En même temps, cette mise en commun constitue une inscription dans le groupe, il y a réciprocité de devoirs et d’avantages dans ce système qui fonctionne comme une héraldique, ou chacun arbore le blason ou le drapeau qui symbolise cette appartenance ( ou la renie) et se sent lié dans un rapport de dette au groupe qui lui fournit valeurs, références culturelles et capital social.

Une autre propriété de ce récit intérieur est le fait qu’il est en continuelle interaction avec les discours tenus par les autres sur le sujet. La reconnaissance, la valorisation ou au contraire la disqualification, le déni de la valeur ou pire encore de l’humanité  entraînent  l’obligation d’intégrer ces éléments et de remodeler  cette représentation de soi pour tenir compte de ce retour venu  des représentants de l’espèce humaine. L’absence de réintégration de ces éléments laisse le sujet dans une situation de dénuement psychique et d’impossibilité de symboliser sa place dans l’ordre humain par perte de l’interface avec le monde environnant.

C’est évidemment ce qui s’est produit au cours de la 2ème guerre mondiale avec l’extermination et  la déshumanisation systématiquement mise en oeuvre, avec un raffinement pervers , par le système nazi, à un degré encore jamais atteint au cours des siècles antérieurs.

Cette confrontation soudaine à l’horreur et à l’insensé  constitue le noyau causal de ce que l’on a reconnu actuellement comme étant des états traumatiques, états que l’on constate dans les  grandes catastrophes :génocides rwandais , cambodgien, arménien, juif,tremblements de terre, accidents d’avion et de trains, soldats choqués dans certains épisodes de guerre. Ces états sont caractérisés par des modifications profondes du fonctionnement psychique avec reviviscence répétée des évènements, modification du caractère, développement de formes d’asocialité,états dépressifs, qui traduisent l’écroulement de l’édifice psychique élaboré au fil du temps  et la ruine  psychologique qui s’y substitue.

Boris Cyrulnik, lui même enfant juif caché pendant la guerre, a étudié ces phénomènes et a remarqué comment la capacité de résilience, c’est à dire d’échappement  à l’écrasement par cette catastrophe psychique dépendait de plusieurs facteurs: la confiance en soi préalable au traumatisme, la possibilité d’être actif d’une façon ou d’une autre face à l’évènement,l’entourage soutenant après l’évènement et, en particulier, les discours tenus par cet  entourage fournissant des mots qui permettent de retisser ce récit sur soi bloqué par la sidération du traumatisme.

Dans la question de l’identité juive, le nonsens et l’horreur du génocide hitlérien ont créé un traumatisme collectif qui continue ses effets deux générations après les faits.
Cyrulnik a bien montré comment le silence qui a été fait, pour des raisons politiques ou de confort psychologique le plus souvent, a laissé les victimes démunies face à la détresse  et la destruction psychique subies.

Ceci a été vrai dans les pays ou la terreur nazie s’est exercée,après la guerre, et aussi en partie en Israël quand les Israéliens ont voulu construire un “homme nouveau” basé sur  le déni de la faiblesse juive antérieure.

Or ce qui est difficilement admissible, c’est que au moment ou les choses ont évolué et ou les Israéliens ont commencé à écouter les récits des rescapés et à donner une place et une dignité aux histoires de la Shoah, les anti sionistes gauchistes israéliens ou européens ont commencé à développer une idée pernicieuse: celle de la “religion civile de la Shoah” qui consistait à dire que les Juifs instrumentalisaient  cette catastrophe pour justifier  l’existence d’Israël et la “maltraitance “des Palestiniens, oubliant que l’idée sioniste était bien antérieure à la Shoah. C’est à dire que pour ces gens, le  combat pour la mémoire menacée par les forces de l’oubli et du déni devenait un alibi pour une politique d’oppression et une justification falsificatrice pour l’ existence d’Israël.

A partir de là, ils se trouvaient en position de  minimiser le traumatisme  en traitant les victimes de victimaires, dans un mécanisme de déni causé par la nécessité de trouver des arguments pour soutenir leur idéologie tiersmondiste . Pour celle-ci, les seules victimes prenables en considération sont celles du capitalisme, et  tout nationalisme sauf celui des peuples du tiers monde est forcément criminel. Le livre de Shlomo Sand est une sorte de sommet dans le mécanisme d’inversion: les Juifs ne sont pas un peuple, mais les Palestiniens le sont,l’identité juive est un leurre qu’il faut détruire, etc…

Ce qui est ainsi occulté, c’est  une double dimension de l’identité juive:

d’une part, celle qui est liée aux dons reçus par chaque individu de sa culture,  des valeurs dont il est imprégné, et qui se transmettent parfois plus subtilement que par l’apprentissage direct. La religion juive, l’acharnement à rester soi-même, la résistance à l’oppression et à l’humiliation, l’ethique juive en font partie et créent des devoirs, en particulier de continuation de ce qui a été conservé à un tel prix;

d’autre part, l’histoire continue d’humiliations, de violences et finalement de volonté de destruction totale constitue un traumatisme  global face auquel chaque juif doit pouvoir trouver les formes de sa résilience: que ce soit dans la réussite personnelle, dans le combat pour maintenir vivante la culture juive  ou  dans la réalisation d’un Etat qui symbolise l’accès à l’autodéfense et à la volonté de se battre, par tous les moyens, contre ceux qui sont acharnés à sa perte. Chacun a été, est ou peut être confronté au traumatisme  de la haine insensée qui vise  à le blesser ou le détruire psychiquement.Face au traumatisme renouvelé ou renouvelable, et à la menace de ruine psychique suspendue au dessus de sa tête le peuple juif tout entier est en résilience, même s’ il n’est pas le seul.

GB

L’état binational prôné par les extrêmistes palestiniens recouvre un projet de libanisation d’Israël

Posted mars 30, 2009 by gb
Categories: Israël et sionisme, Nation et nationalisme, actualité au proche orient, conflit israélo arabe, identité juive, identités nationales, notes de lecture

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d’après l’article de Gil Mihaely,historien et journaliste israélien, paru dans Le Monde du 21 mars 2009

Mihaely expose clairement en quoi l’idée très ancienne de l’Etat binational qui refait surface dans certains milieux palestiniens est une fausse bonne idée et de quelle façon le bon sens apparent qu’elle présente cache une négation des besoins fondamentaux humains porteuse de catastrophes et de guerres interminables.

Il explique que l’être humain n’est pas une créature seulement rationnelle,  et que  la religion et la nation sont des besoins impossibles à supprimer et qui répondent au besoin fondamental de donner du sens.”l’Etat- Nation est ce lieu irremplaçable ou s’articulent tant bien que mal le particulier et l’universel, l’individuel et le collectif.

Or, dit-il, à partir du moment ou il n’y a plus coïncidence entre Etat et Nation- soit que plusieurs nations cohabitent dans un seul Etat, soit que des nations soient dispersés entre plusieurs Etats,  cette cellule de base du système international ne fonctionne pas si bien. Si un Etat peut abriter une ou plusieurs minorités nationales, il ne peut jamais concilier deux communautés nationales d’importance égale.

Or si on peut exiger d’un Etat-nation le respect des droits de tous ses habitants, on peut difficilement lui demander de respecter des aspirations nationales  concurrentes, pas plus qu’on ne peutd’ailleurs exiger  de ceux qui appartiennent à la communauté nationale vaincue en 1948 d’accepter de gaité de coeur le drapeau, l’hymne et autres symboles des vainqueurs. Ils on pleinement le droit d’avoir les leurs.”

“Mais que serait ce fameux état binational sinon la garantie d’une frustration générale et permanente? Un Etat n’est n’est ni un ectoplasme distributeur d’allocations, ni une mairie en plus grand. Ce serait une grave erreur de négliger cette dimension anthropologique, surtout dans le contexte d’u conflit qui exaspère les réflexes nationaux de ses protagonistes.”

“Comment peut-on espérer que Palestiniens et Israéliens réussissent là ou Tchèques et Slovaques ont échoué, là où Flamands et Wallons se perdent?” Appliquée a Israël, la solution d’un seul Etat bi-national ne peut aboutir que à une libanisation et à un non-Etat.”

“Reste cependant, dit il, la question de savoir si la solution “Deux peuples, deux Etats” est encore applicable sur le terrain, compte tenu de la politique constante des gouvernements Israéliens successifs de la rendre inapplicable. En outre, dit il, l’incapacité des Palestiniens à  contrôler leur violence et à  accepter des compromis raisonnables ont créé chez les Israéliens une crispation sécuritaire visible aux dernières élections.”

“Cela dit, ajoute-t-il, si Israël a su conquérir et coloniser, il s’st montré aussi capable de se retirer des territoires occupés comme en 1982 eans le Sinaï;et en 2005 à Gaza. Bref,aussi difficile soit-elle à mettre en oeuvre,la solution des deux Etatsn’est pas seulement la moins injuste. Elle est la seule”

Un livre sur l’invention du peuple juif introduit la confusion avec l’idée des races

Posted mars 29, 2009 by gb
Categories: Israël et sionisme, Nation et nationalisme, Revue de presse, identité juive, identités nationales, peuple juif, questions d'identité

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D’après l’article de Eric Marty, professeur de littérature à l’Université Paris Diderot,publié par Le Monde du 29 mars 2009.

L’article de Marty est remarquable d’efficacité dans la démonstration de la perversité et de la bêtise de la thèse de Shlomo Sand dont le livre intitulé “”Comment le peuple juif fut inventé de la Bible au sionisme” vient de sortir et rencontre , sans doute grâce au titre choc qui le résume, un certain succès de librairie. Marty passe rapidement sur la nature superficielle et approximative  du traitement d’informations “de seconde main ” de cet historien autodidacte, pour aller au  centre du problème.

Découvrant que il n’y a pas de race juive- ce qui est une  vérité éculée- Sand en conclut que le peuple juif est une invention historique récente, et, “divine surprise”, que le peuple juif n’existe pas.

Tout le livre consiste ainsi  à vouloir prouver que les Juifs actuels ne sont pas “génétiquement “les descendants  des Hébreux.

Or ce qui fait le peuple juif n’a jamais été une question de race, contrairement aux affirmations nazies, et comme le montre la diversité des couleurs des juifs (noirs, blancs, jaunes, bruns, blonds,etc.),mais la religion, l’histoire, la langue.

Comme le dit Marty, il y a un peuple juif , bienque il n’y ait pas de race juive. Il met à jour l’ambition de Sand de mimer le discours de Michel Foucault affirmant que “l’homme est une invention récente”. Mais pour Foucault, dit Marty,il était fondamental de réfléchir à cette invention dans les savoirs et de la déconstruire.”

Or, souligne Marty, “c’est sur ce point que le livre de Sand se révèle vide.Car s’il dénie aux Juifs une aspiration qu’ils n’ont jamais eue comme peuple, celle de se constituer en race, il ne déconstruit pas la notion de race.Au contraire, il lui confère un statut de vérité qui se donne comme vérité ultime. “En effet, la conclusion proprement perverse de son livre, est d’attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs,à savoir qu’ils sont -eux les Palestiniens- les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires.”

“Cet épilogue est révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l’inversion dont le peuple juif est la victime coutumière: les Juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens des juifs génétiques. On peut donc en déduire qui est l’occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas l’héritage génétique, en en faisant au contraire bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l’impensé qui obscurément pourrit ce qu’il tient pour une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu’il emploie et tout simplement mystificatrice, et ce d’autant plus qu’elle voudrait être au service de l’entente entre les ennemis.”

“Nier l’identité juive est une vieille marotte, aujourd’hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D’où vient ce vertige du négatif? On l’aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand; d’un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l’errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s’éteindre, ne cesse de renaître, avec désormais, un nouvel allié mythologique: les Palestiniens.”

Shlomo Sand pousse ainsi à la limite ce qui était déja en filigrane de toute son oeuvre de “nouvel historien” acharné à tenter de “déconstruire”  tout sentiment national juif. L’ultra gauchiste conséquent qu’il est , partisan de l’Etat binational en Palestine et donc de la destruction de l’ Etat Juif, termine en apothéose sa trajectoire de haine du sionisme: par quelque chose qui est une forme de  négation radicale et absolue de l’identité juive pour laquelle un mot s’impose: le négationnisme. En effet, cette passion de nier la réalité historique au nom d’une soi-disant lutte contre un “conformisme” de la vision historique est le  double symétrique du faurissonisme, de plus en plus enfoncé dans un discours de dénonciation des “historiens officiels”, aveugle à sa haine qui est le substrat caché de ses constructions abracadabrantes  , constructions dont la base est le déni d’une réalité incompatible avec les préjugés idéologiques qui constituent l’armature  d’une pensée elle même plus stéréotypée que ses cibles. A quand une invitation de Shlomo Sand au prochain spectacle de Dieudonné ?

LES ISRAELIENS REPLIQUENT AUX ACCUSATIONS SUR LE COMPORTEMENT DE TSAHAL

Posted mars 28, 2009 by gb
Categories: actualité au proche orient, conflit de gaza, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, pacifisme en france, pacifistes en Israël

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Face à la campagne médiatique sans précédent menée contre eux après la guerre de Gaza et aux accusations de crimes de guerre,  les Israéliens ont commencé  à développer leur défense, pour parer à l’offensive  venue de plusieurs horizons à la fois  et visant à  développer la haine anti israélienne et à les couper des opinions publiques dans le monde entier.

La première riposte s’est située sur le plan des chiffres des pertes humaines durant l’offensive.Le choix de l’état major ayant été de ne pas autoriser les journalistes à accéder au champ de bataille, la conséquence en a été que les seuls à commenter et à rapporter les évènements en ont été les Palestiniens eux mêmes.

On se trouve à peu près dans une situation équivalente à celle qui se produirait si au cours de la grande journée de protestation sociale et de manifestations en France du mois de marssi  les seuls chiffres de manifestants et de pourcentages de grévistes avaient été fournis par les syndicats. Quand on sait que l’ écart a varié de presque 1 à 3 (1,2 millions de manifestants pour la police, 3millions pour les syndicats) et que il y a une surenchère systématique des syndicats pour des raisons faciles à comprendre :le nombre annoncé est celui qui signifie l’échec ou la réussite du mouvement, et il n’y a pas d’indicateur indiscutable de ces chiffres, sans parler des traditions de propagande  inscrites dans les mentalités militantes depuis des décennies,on comprend que la plupart des gens, sauf les manifestants eux mêmes, ont l’habitude de couper la poire en deux entre les deux estimations.

Toujours est il que les Palestiniens, dont les associations  “non gouvernementales” sont constituées de militants hautement politisés et engagés dans le combat nationaliste contre Israël, considèrent la propagande anti israélienne comme un de leurs devoirs essentiels, et ne se sont pas privés  de gonfler les chiffres globaux des pertes humaines, pendant que le Hamas  rétrécissait jusqu’au grotesque le nombre de ses propres pertes.

Les organisations de “défense des droits de l’homme “palestiniennes sont des organisations de défense des intérêts palestiniens qui ont compris l’avantage médiatique qu’elles trouvent, en Occident, à se parer de ce titre. Elles n’ont jamais condamné la moindre atteinte aux droits de l’ Homme dans les rangs palestiniens (crimes contre l’humanité que sont les attentats contre les civils, tortures exercées par le Hamas et le Fatah l’un contre l’autre,etc..;)

Les chiffres de Tsahal diffèrent donc énormément de ceux des organisations palestiniennes, dont le but est de présenter l’Etat israélien comme un monstre criminel.

Pour les Israéliens, le nombre total de victmes palestiniennes de l’offensive se monte à 1166, dont 709 ont été identifiés comme membres actifs de la branche armée du Hamas.295 civils (dont 49 femmes et 89 mineurs de moins de 16 ans)ont été reconnus comme victimes de l’offensive( c’est à dire approximativement un quart des victimes, contrairement aux chiffres des organisations palestiniennes qui affirment eux  dénombrer 926 civils sur 1417 victimes (et 236 combattants (soit 4 fois plus de civils que de combattants) (Le Hamas n’en “reconnaît” qu’une cinquantaine) auxquels il rajoute 255 policiers du Hamas  (La différence entre la Police du Hamas, qui traque et torture les opposants,  et maintient le pouvoir du Hamas sur Gaza et est en fait une milice armée à son service et la branche militaire qui ne fait pas grand chose à part lancer des roquettes sur la population civile israélienne est assez spécieuse.Ce d’autant plus que la nuance entre “militaires” se camouflant en civils en ôtant leurs uniformes, et policiers en uniforme et en armes comptés comme des “civils”, est assez “jésuitique” (si l’on peut dire).

L’énormité de la différtence des chiffres montre bien que la réalité n’a pas été le seul facteur a être pris en compte dans ces “comptages”.

Le deuxième axe de défense des Israéliens, après la publication de témoignages de soldats israéliens décrivant des comportements ” injustifiables” de militaires israéliens a été de dire que il ne s’était en rien agi de consignes délibérées visant au meurtre de civils, mais souvent d’ordres visant à éviter d’exposer les soldats israéliens, menacés d’attaques de  kamikases ou de tentatives d’enlèvement annoncées par le Hamas.

Surtout, la source de ces témoignages a été un groupe d’élèves soldats, qui n’ont commis aucun acte, mais en ont rapporté, et qui étaient dirigés dans leurs cours par un officier de réserve ultra gauchiste, lui même condamné par l’ armée pour refus de servir en territoire occupé, et qui a publié un livre intitulé “Refuznik”, tout un programme.

Le troisième axe de défense israélien est la contestation de l’usage criminel de bombes au phosphore. Celle ci ont bien été utilisées, comme cela est autorisé dans les lois internationales, mais comme bombes éclairantes ou comme “nuages de fumées”, et non comme bombes incendiaires , comme cela a été le cas  dans des bombardements de la 2 ème guerre mondiale. L’amalgame a été fait en toute connaissance de cause par des organisations pacifistes, qui ne s’arrêtent pas à de telles manipulations, pour disqualifier l’action israélienne, et au fond, la légitime défense qui a été au point de départ de l’action israélienne.

Les pacifistes et les gauchistes, réduits au silence par le consensus massif de la population israélienne pour soutenir la riposte israélienne aux bombardements des populations civiles par le Hamas, ne se tiennent plus de joie à l’idée de pouvoir apparaître rétrospectivement comme les hérauts  de la morale et de l’humanité, prêts sans hésiter à donner la partie belle à ces autres défenseurs des droits de l’homme et des libertés que sont les terroristes du Hamas repeints en victimes innocentes de ceux qu’ils osent dépeindre en barbares.

JACQUES CHIRAC A L’ATTAQUE DES NEGATIONNISTES

Posted mars 28, 2009 by gb
Categories: Israël et sionisme, Revue de presse, actualité au proche orient, antisémitisme, guerre au proche orient

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(D’après l’article de Sophie de Ravinel, dans Le Figaro du 28-03-2009)

A l’UNESCO,Jacques Chirac a apporté un soutien appuyé au projet Aladin, initié par la Fondation de la mémoire de la Shoah, projet destiné à lutter contre le négationnisme, en particulier dans les pays arabes, en rendant accessibles en arabe, sur Internet, des informations objectives sur la Shoah et sur les relations judéo-arabes.

“Le drame de la Shoah interdit l’oubli.Il impose la pudeur. Il fait exploser la colère au coeur de chaque homme de bonne volonté, lorsque la Shoah est contestée.” a-t-il déclaré.

“Il a insisté sur le fait que’il ne s’agissait pas de “faire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n’est pas la leur”… mais qu’il était important “de faire connaître la Shoah, pour la faire sortir du silence que l’on a fabriqué autour d’elle dans beaucoup de pays”

“Evoquer la Shoah risquait de susciter dans ces pays un sentiment de sympathie pour les Juifs et l’existence d’Israël. Alors, on l’a cachée.”

Jacques Chirac s’est inquiété du fait que “les conflits incessants du Proche Orient sevent aujourd’hui de prétexte à une nouvelle haine d’Israël. Elle est en train de devenir une nouvelle haine des Juifs. Cette haine se répand. Elle peut être le début d’un nouveau cauchemar. Il n’y aura pas de paix au Proche-Orient tant que il n’y aura pas reconnaissance et acceptation de l’Etat d’Israël.. Mais il n’y aura pas de reconnaissance mutuelle réelle sans assentiment des peuples(…)sans une compréhension plus intime.”

Jacques Chirac ne s’est pas adressé que à cette partie du monde, disant que “nul pays, nulle culture ne sont immunisés  contre la tentation du génocide”..”Nous ne devons jamais accepter comme démocratiques les partis qui propagent la haine. L’accord trouvé entre libéraux, démocrates chrétiens, socialistes et communistes dans l’après guerre pour rejeter les partis de la haine doit être considéré comme un acquis définitif de la démocratie européenne.”

Ces propos étaient une réponse claire  aux nouveaux propos provocants de Le Pen , réitérant son affirmation que les chambres à gaz étaient “un détail ” de la seconde guerre mondiale? ce qui a entraîné une  décision des partis européens démocratiques de modifier le règlement de l’assemblée européenne pour empêcher la possibilité que Le Pen puisse en devenir président, au bénéfice de l’äge.

Un pacifiste israélien remet en cause le pacifisme

Posted mars 23, 2009 by gb
Categories: Israël et sionisme, actualité au proche orient, conflit israélo arabe, guerre au proche orient, identités nationales, islamisme, pacifisme en france, pacifistes en Israël, élections israéliennes

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(d’après le texte de Amir Gutfreund, écrivain israélien, publié par Le Monde du 22mars 2009)

Le texte de Amir Gutfreund est intéressant parce que il constitue la première autocritique du pacifisme en Israël , venue donc de l’intérieur même du pacifisme, publiée en France.

A.G. se définit lui même comme “un homme de gauche, autrement dit quelqu’un qui veut la paix à tout prix et qui est prêt, pour cela à  d’énormes concessions”. Il dit d’ailleurs avoir voté travailliste aux élections de février dernier.

Pourtant, devant l’évolution vers la droite du pays, il n’interprète pas le phénomène comme le fait que les Israéliens sont allergiques à la paix, mais comme “une réaction aussi instinctive que salutaire”.

Pourquoi?

Parce que, dit -il,” les Israéliens demandent une pause; qu’on leur permette d’hésiter encore un peu avant d’en venir à des décisions irrévocables”. “Les raisons qui ont poussé l’opinion publique israélienne “à droite”, ne lui sont pas étrangères, tout électeur de gauche qu’il soit”; en effet,” tout accord de paix, aussi précaire soit -il représente e effet pour Israël la mise en jeu de sa propre existence”

“Au cours des dernières décennies,la paix est apparue à portée de la main, puis tout est parti en vrille, et il se demande si cette paix était vraiment si proche, ou si il s’est agi de rêves et de châteaux en Espagne.

Il n’est pas besoin d’être de droite, dit-il, pour sentir qu’un changement profond s’est récemment opéré dans la réalité qui est celle d’Israël au Proche Orient. Un facteur nouveau, dont les Européens se sont insuffisamment rendu compte est intervenu:la survenue de l’intégrisme islamique.

“Rituellement, quelqu’un vient faire miroiter aux yeux des Palestiniens la promesse de succès supplémentaires, de victoire totale,pourvu qu’ils se retiennent, pourvu qu’ils sachent résister au compromis en cours… Un vent d’extrêmisme islamique souffle.Si naguère le conflit israélo- palestinien a pu apparaître soluble dans le cadre d’un partage des ressources  et de solutions humanitaires, il est sûr que, aujourd’hui, alors que les données du problème n’ont apparemment pas changé, aucun espoir de ce type n’est plus envisageable.

“Des pans entiers de la population palestinienne croient désormais dur comme fer dans les promesses d’un djihad mondialisé. Alors que le conflit est en apparence resté le même,il a changé de bases, et une grande partie des pacifistes, en Israël et ailleurs, n’ont pas pris connaissance du” tour de passe passe auquel s’est livrée l’histoire”.

“Il y a dix ans, j’étais convaincu que des concessions israéliennes conduiraient à la paix.Désormais je suis au contraire convaincu que les retraits les plus spectaculaires ne serviront à rien”.

Normalement, explique-t-il, ce devrait être les Israéliens qui n’ont pas intérêt au changement étant donné le “confort” de leur société, et les Palestiniens, du fait de leur misère et de leur souffrance,qui désirent celui- ci.

Or, cette situation s’est inversée. Les Israéliens ont l’estomac noué d’angoisse quand la paix ne progresse pas, et les Palestiniens s’enthousiasment pour les opportunités que recèle l’attente: obtenir plus et à de meilleures conditions dans l’avenir.”

“Comment arriver à ouvrir les yeux des Européens sur cette mutation, s’interroge-t-il? Cela lui paraît difficile quand on constate la paralysie qui saisit les Européens quand ils doivent affronter le radicalisme musulman, et leur crainte d’apparaître arrogants, racistes et colonialistes..

L’épreuve, dit-il aura lieu, à l’occasion de la “conférence de Durban 2″. Il imagine déjà la scène: “Le délégué d’un pays ou les fillettes de8 ans sont mariées de force à des vieillards proclamera son indignation devant la situation des droits de l’homme en Israël”. Le délégué d’un pays qui subventionne partout dans le monde le terrorisme portraiturera Israël en état terroriste. L’ambassadeur d’une nation ou un tribunal a prononcé une peine de viol collectif sur une jeune fille dont le frère avait attenté à l’honneur d’une autre femme dissertera sur la politique scandaleuse d’Israël par rapport à ses minorités.”

“Durban 2 est un évènement si parodique, si grotesque, qu’on pourrait croire qu’il a été taillé pour dessiller les yeux des incrédules”, et pourtant , il n’est pas convaincu du réveil de la conscience européenne.

Au moment ou commenceront les discours délirants sur Israël, y aura-t-il une surprise?

QU’EST CE QU’UNE NATION? RELEXIONS SUR LE TEXTE FONDAMENTAL DE ERNEST RENAN (1882)

Posted mars 6, 2009 by gb
Categories: Nation et nationalisme, identités nationales, questions d'identité

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“Les nations sont quelque chose d’assez nouveau dans l’histoire. L’antiquité ne les connut pas; l’Egypte, la Chine, l’antique Chaldée ne furent à aucun degré des nations. C’étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n’y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus que de citoyens chinois. L’antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires. Elle n’eut guère de nations au sens ou nous l’entendons. La Gaule, l’Espagne, l’Italie, avant leur absorption dans l’empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties.”

Qu’est ce qui caractérise les différents états issus de la brisure de l’empire carolingien, selon Renan ? C’est la fusion des populations qui les composent. Deux faits contribuent essentiellement à ce résultat:L’adoption du christianisme par les envahisseurs germaniques, qui empêche une distinction vainqueurs/vaincus par la religion, et l’oubli par les conquérants de leur propre langue (Renan reviendra plus loin sur la nécessité de l’oubli pour forger les nations.). “De ce fait, le moule qu’imposèrent ces envahisseurs devint le moule même de la nation et “France” devint le nom d’un pays ou n’étaient entrés qu’une infime minorité de Francs. Au bout d’une ou deux générations, les envahisseurs ne se distinguaient plus du reste de la population; leur influence n’en avait pas moins été profonde; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu’il n’avait pas auparavant.”

“L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création des nations, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été les plus bienfaisantes. L’unité se fait toujours brutalement: la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d’une extermination et d’une terreur continuée pendant près d’un siècle.”

Mais là où la France a réussi, d’autres ont échoué. “Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposé les uns aux autres. Or l’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s’il est burgonde, alain, taïfale, visigoth; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint Barthelemy, les massacres du Midi du 13ème siècle.”

Mais qu’est ce donc qu’une nation , s’interroge Renan.

Pourquoi la Hollande est elle une nation, tandis que le Hanovre ou le Grand Duché de Parme n’en sont pas. Comment la France persiste -t-elle à être une nation, alors que le principe (dynastique) qui l’a créée n’existe plus. C’est la gloire de la France d’avoir, par la Révolution Française, proclamé qu’une nation existe par elle-même.

La question de la race

Renan s’inscrit en faux contre toute tentative de fonder la nation sur la race, comme le font en particulier les pangermanistes de l’époque.”C’est là, dit-il, une très grande erreur, qui si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès.”

“La considération ethnographique n’a été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. L’Italie est le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Etrusques, Pelasges, Grecs , sans parler de bien d’autres éléments s’y croisent dans un indéchiffrable mélange.”

“La vérité est qu’il n’y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l’analyse ethnographique, c’est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays , l’Angleterre, la France, l’Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L’Allemagne fait elle à cet égard exception? Est elle un pays germanique pur? Quelle illusion! Tout le Sud a été gaulois. Tout l’Est, à partir de l’Elbe, est Slave. Et les parties que l’on prétend réellement pures le sont elles réellement? Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu’en zoologie. Or l’étude des langues et de l’histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. L’apparition de l’individualité germanique dans l’histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus Christ. Apparemment, les Germains ne sont pas sortis de terre à cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n’avaient pas leur individualité à part. Le Français n’est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers”

“Le fait de la race, capital à l’origine, va donc toujours perdant de son importance. L’histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n’y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n’a pas le droit d’aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant:”Tu es de notre sang;tu nous appartiens”. En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau”.

On ne peut qu’être frappé de la netteté de la pensée de Renan et du caractère prémonitoire de sa réfutation des arguments développés ultérieurement par les nazis, qui en fait mettaient leurs pas dans ceux des pangermanistes qui les avaient précédés.

La question de la langue

” Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue.”

“La langue invite à se réunir; elle n’y force pas. Les Etats-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation . Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses diverses parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue, c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude souvent obtenue par des vexations.”

“La considération exclusive de la langue a, comme l’attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l’exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu’on respire dans le vaste champ de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l’esprit; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N’abandonnons pas ce principe fondamental , que l’homme est un être raisonnable et moral, avant d’être parqué dans telle ou telle langue, avant d’être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance: ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands; Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain”.

La question de la religion

“A l’ origine, la religion tenait à l’existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de la famille. La religion d’Athènes, c’était le culte d’Athènes même. Elle n’impliquait nulle théologie dogmatique. Ce n’était déjà plus vrai dans l’Empire romain, avec les persécutions en particulier des Juifs par Antiochus Epiphane pour les amener au culte de Jupiter Olympien.”

“De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu’il peut, comme il veut. Il n’y a plus de religion d’Etat; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle; elle regarde la conscience de chacun”;

La question des intérêts

“La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. Suffit elle à faire une nation? Je ne le crois pas. Elle fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment. Elle est âme et corps à la fois; un”Zollverein” n’est pas une patrie.”

La question de la géographie

“La géographie est un des facteurs essentiels de l’histoire. Peut on croire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d’une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s’adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours, pour atteindre telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante à priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire et plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. On parle de raisons stratégiques. Rien n’est absolu; il est clair que des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin (Par rapport au Proche Orient, quelle prémonition!).

“Non, ce n’est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail; l’homme fournit l’âme. L’homme est tout dans dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. Rien de matériel n’y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.”

Que faut il donc de plus que la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires pour créer ce principe spirituel?

Conclusion

“Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, les constituent. L’une est dans le passé, l’autre est dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis . La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est, de tous les cultes, le plus légitime. Les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes , de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiments des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposés à faire encore. Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.

L’existence d’une nation est donc un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de la vie.

Les volontés humaines changent; mais qu’est ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront . La confédération européenne, probablement les remplacera (!!!). Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. A l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître.”

“Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l’oeuvre commune de la civilisation. Toutes apportent une note à ce grand concert de l’humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions.

Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister.”

Commentaires

On ne peut qu’être admiratif devant la beauté de la langue, la clarté de vues et d’expression de Renan face au problème complexe de l’idée de Nation. La liberté de pensée qui est la sienne et qui se manifeste dans la façon dont il arrive à la fois à envisager le caractère fini de l’existence des nations, à penser avec un siècle d’avance l’avènement d’une communauté européenne qui remet en cause le contenu de la notion de nation, et à éviter le piège d’un idéal de suppression des nations dont il formule très bien le risque de totalitarisme qu’il décrit avant la naissance du terme, montre la profondeur de la réflexion qui est la sienne.

Tous les débats actuels sur l’idée de nation sont déjà présents dans la façon dont il écarte, les uns après les autres , tous les présupposés “essentialistes” des courants ultranationalistes: idée de race chez les pangermanistes et leurs émules nazis, idée de frontières naturelles ou de frontières de” sécurité “, dans les conflits du Proche Orient, idée d’union douanière soutenue par certains tenants d’une Europe minimale, idée de fermeture sur sa culture “nationale” contenue dans certains comportements communautaristes.

L’idée d’un concert des nations ou chacune d’entre elles a sa partition à jouer pour faire progresser l’humanité contredit les prétentions de chacune à être le peuple élu .

Mais c’est dans la partie “positive” de son étude du concept de nation qu’il est le plus magistral.

D’abord, par sa définition de la nation comme une “famille spirituelle”, il met l’accent sur le fait que ce sont des visions du monde qui sont partagées, et non des déterminations héréditaires, ce qui est prouvé en France par la possibilité pour les émigrants d’acquérir la nationalité française. Cette famille spirituelle est composée par l’adhésion aux valeurs véhiculées par la société française: démocratie et république, laïcité et droits des femmes, liberté de pensée, d’expression et de critique, séparation des pouvoirs, mais aussi qualité de l’existence, sophistication des produits, niveau élevé de la culture, variété des paysages et des types humains, etc.

Rien à voir avec un quelconque “Volksgeist” .

Mais ce n’est pas seulement une adhésion intellectuelle dont il s’agit. C’est également une adhésion affective: c’est l’entrée dans une famille, une affaire de coeur et de sentiment, qui fait que en France,( et dans les autres pays aussi bien sûr), les gens “aiment la France , tombent amoureux de la France (voir le livre de Jacqueline Remy: “Comment je suis devenu français”, livre d’interviews de personnes, plutôt connues, qui ont pris la nationalité française).

Ensuite, c’est par sa définition de la Nation comme une “conscience morale”. L’acquisition de la nationalité ou le patriotisme tout simplement est inséparable de la notion d’une dette envers la collectivité, actuelle et passée. Envers le passé, même si on ne l’a pas partagé (dans le cas des personnes qui acquièrent ou ont acquis plus ou moins récemment la nationalité) parce que le passé est comme il le dit, un capital social partagé par tous les membres de la Nation ( la gloire, c’est à dire le renom, la valeur attribuée collectivement aux tenants de cette identité, mais aussi la culture longuement accumulée dans le creuset dont il parle, la longue sédimentation d’intelligence et de travail collectif qui aboutit à la chance extrême que constitue le fait d’être français dans le monde actuel, sur tous les plans). Envers la collectivité actuelle, qui maintient l’effort soutenu pendant des millénaires, et qui elle même, doit consentir à des sacrifices pour ne pas dilapider le “capital” culturel, scientifique, artistique , juridique, intellectuel et politique, et finalement humain constitué depuis si longtemps.

Ces conceptions de la Nation éclairent mieux quelques uns des débats actuels:

L’acquisition de la nationalité française apparait ainsi légitimement comme devant être demandée, c’est à dire le résultat d’une déclaration d’adhésion à ses valeurs fondamentales, et non acquise automatiquement par des étrangers qui ne s’en aperçoivent parfois même pas. Les modalités étant évidemment à réfléchir soigneusement.

La raison en est ce que dit Renan, et qui paraît très juste: une nation n’existe que tant qu’elle est portée par l’adhésion de ses membres et leur acceptation de faire des sacrifices pour son maintien. Si des personnes adhérentes d’autres cultures et d’autres valeurs que celles de la nation française ne reconnaissent pas celles ci, il y a un risque que au lieu de s’ajouter et de se féconder , elles minent le maintien de cet effort, déjà contrarié par l’évolution des moeurs.

On peut dire la même chose pour la nation israëlienne : si les Israëliens eux mêmes ne croient plus en la finalité de leurs efforts, si l’image valeureuse qu’ils ont d’eux mêmes, minée par le conflit avec le peuple palestinien, se défait, et si les élites ne défendent plus la signification de leur effort, si les classes populaires se sentent abandonnées, alors un grave danger de disparition de cette nation existera.

Quelle place donner à partir de cette vision de la Nation aux peuples en Diaspora ? Encore une question qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

ALAIN FINKIELKRAUT: TOUJOURS PLUS D’ENRACINEMENT, TOUJOURS MOINS DE LUMIERES ?

Posted mars 6, 2009 by gb
Categories: communauté juive, culture et judaïsme, identités nationales, questions d'identité

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La parution de l’entretien de AF et P.Thibaud dans le monde du 11/11/2007 ou il se saisit de l’opportunité du débat sur l’évolution des rapports juifs/chrétiens après la Shoah pour exposer et résumer ses thèses peut être une occasion de faire le point sur les théories qu’il développe et qui sont au coeur même du débat ,explicite ou implicite dans le monde juif, sur la question de la fidélité, de la transmission, et du maintien de l’identité juive.

Dans son ouvrage,”La défaite de la pensée”, paru en 1987, il abordait déja ces questions du rapport des particularismes des cultures et de l’idéal universaliste, qu’il définissait comme l’opposition de l’esprit des Lumières, incarné dans la Révolution Française, et du Romantisme , en particulier allemand, et de sa passion du subjectivisme.

Identité culturelle et individualité

La critique féroce qu’il dressait des effets pervers de la décolonisation lui donnait l’occasion de montrer comment “le thème de l’identité culturelle qui permettait aux colonisés de se dégager de la dégradante parodie du colonisateur, en même temps, les déssaisissait de tout pouvoir face à leur propre communauté . Ils ne pouvaient prétendre se situer en dehors, à l’abri de ses impératifs, à l’écart de ses coutumes, puique c’était justement de ce malheur là qu’ils avaient voulu se délivrer en secouant le joug de la colonisation. Accéder à l’indépendance , c’était d’abord pour eux retrouver leur culture”.D’où l’attachement des états à veiller que nulle critique intempestive ne vienne troubler le “culte des préjugés séculaires”, et “au triomphe définitif de l’esprit grégaire sur les autres manifestations. “On ne se révolte pas contre soi” et “rendus à eux mêmes, les anciens colonisés se retrouvent captifs de leur appartenance, transis dans cette identité collective qui les avait affranchis de la tyrannie des valeurs européennes.. “A peine ont ils dit “Nous avons gagné” qu’ils perdent le droit de s’exprimer autrement que à la première personne du pluriel. “Nous, c’était le pronom de l’authenthicité retrouvée, c’est désormais celui de l’homogénéité obligatoire,c’était la naissance à elle même d’une communauté, c’est la disparition de tout intervalle et donc de toute confrontation entre ses membres. Il n’y avait pas de place dans la logique coloniale pour le sujet collectif,; il n’y a pas, dans la logique identitaire, de place pour l’individu”.

Critiquant le fameux livre de Frantz Fanon, “les damnés de la terre”,il relevait que F.F. place l’individualisme” au premier rang des valeurs ennemies “. Dans ce livre, les combattants, au lieu de cultiver stérilement leurs particularités, sont invités à s’immerger dans “la marée populaire”. “Abdiquant toute pensée propre, ils retournent dans le giron de leur communauté. La “pseudo-réalité individuelle” est abolie: chacun se retrouve pareil aux autres, porteur de la même identité. Le corps mystique de la nation absorbe les âmes; et AF conclut que” une nation dont la vocation première est d’anéantir l’individualité de ses citoyens ne peut pas déboucher sur un état de droit”.

Il concluait que dans le débat entre les deux idées de la nation qui a partagé la conscience européenne depuis la Révolution française, FF prend parti pour le “Volk” ,opposant à la société des individus le génie national, “l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolu”, rejoignant par là l’idéologie des anti-Lumières qui sonnent le rappel de tous les adversaires de la révolution et de l’universalisme rationaliste qui triomphe avec la révolution.

Herder est le maître à penser de ce courant qui trouve un echo très favorable en Allemagne ou il sert de drapeau au nationalisme allemand furieux de voir l’hégémonie française s’imposer à l’Europe, militairement et idéologiquement. Les intellectuels allemands s’enrôlent dans le combat contre les idées de raison universelle ou de loi idéale. “Sous le nom de culture, il ne s’agit plus pour eux de faire reculer le préjugé et l’ignorance, mais d’exprimer, dans sa singularité irréductible, l’âme unique du peuple dont ils sont les gardiens.”

“Parallèlement, les penseurs traditionnalistes accusent les jacobins d’avoir profané par des théories abstraites le génie national…

Libérés de leurs attaches , les individus l’étaient aussi de l’autorité transcendante qui jusqu’alors régnait sur eux . La puissance ne venait plus du ciel,mais d’en bas de la terre, du peuple,de l’union des volontés qui formaient la collectivité nationale.

AF a parfaitement raison d’indiquer là ce qui est aux yeux des conservateurs le “péché originel”, “la présomption fatale d’où découle la dissolution de l’ensemble social.

C’est effectivement ce qui les met en rage , l’idée inouïe que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, les humains pourraient essayer de fonder une société non pas sur ce qui a toujours été,sur l’immuabilité d’une attribution des roles et des places, mais sur des aussi vieilles idées humaines que la justice, la raison, et si possible,la pensée libre appuyée sur la raison- qui n’est pas le rationalisme abstrait qu’ils caricaturent, mais une raison raisonnable,qui prenne en compte la réalité et les idéaux.

Ce qu’ils s’évertuent à démontrer comme impossible, une nation existant sans Dieu et sans Roi, est ce qui se développe sous leurs yeux ,et qui aboutit à la Démocratie,l’ horreur absolue pour eux, le sacrilège même.

Ce qu’ils affirment que l’on a jamais vu,unenation qui se donne son contrat, c’est ce qui se passe avec les constitutions successives, alors qu’ils continuent à affirmer, contrevérité évidente, que les constitutions , on ne les fabrique pas , on les trouve , que leur développement est spontané,organique et non intentionnel, que elles ne résultent pas d’un dessein clairement conçu par une ou plusieurs personnes.

Que penser, alors des constitutions françaises successives, et du débat sur les institutions. Que penser de la constitution israelienne, ou de celle des Etats Unis, et de tout ce qui est la place du politique dans l’évolution des sociétés.

Ce que les “contrerévolutionnaires “du 18 ème siècle et les anti Lumières qualifient de délire prométhéen,c’est la réappropriation par les humains de leur destin projeté hors d’euxmêmes dans les figures diverses et emboîtées de l’hétéronomie.
En fait pour eux, l’homme est le produit de son environnement ,et c’est folie de vouloir lui mettre entre les mains la responsabilité de ce qui le dépasse infiniment.

Il est vrai que les utopies révolutionnaires du 20 ème siècle ont montré à loisir la folie que pouvait produireune vision parfaitement et symétriquement opposée a celle ci et qui serait que l’homme peut faire table rase de tout et créer un monde issu de l’arbitraire de ses rêves ou de ses raisonnements abstraits . La vision d’une humanité toute puissante devant la réalité est aussi fausse que celle d’une humanité réduite à l’obéissance et à répéter indéfiniment ce qui a été fait par les générations antérieures. Les idéologies progressistes ont pu pécher par suffisance et balayer en pensée des réalités bien plus durables que leurs catéchismes bien pensants, mais l’idée d’une dignité liée à l’exercice d’une liberté, et donc d’une responsabilité, est bien plus haute que celle d’une soumission acceptée et même revendiquée au nom du respect pour les générations qui ont vécu auparavant. La création de l’Etat d’Israel en est un des plus beaux exemples. Fallait il, au nom du passé et des traditions, perpétuer l’abaissement et la dépendance dans lesquels vivaient les juifs, jusqu’à la conclusion de l’extermination?

AF démonte très efficacement la mécanique de la logique des contre révolutionnaires ( De Maistre, Bonald, etc.) et la ramène à leur but profond:”enseigner la soumission aux hommes, leur donner la religion du pouvoir établi,, substituer “l’évidence de l’autorité à l’autorité de l’évidence”. Comme il le remarque,, ils dénoncent fanatiquement la pénétration de l’esprit d’examen dans la sphère religieuse et s’”emploient à mater le doute, à enchaîner la raison”. Pour eux ,” plus un ordre est ancestral, plus il mérite d’être préservé, et la valeur des institutions est fixée par leur ancienneté, non par leur proximité avec un modèle idéal.”.

Contre les Lumières qui ont choisi comme devise “Sapere aude”, ose savoir, ose braver tous les conformismes, “aie le courage de te servir de ton propre entendement, sans le secours d’un directeur de conscience ou la béquille des idées reçues”, ils proclament leur amour du préjugé: “Le préjugé est bon en son temps, déclare Herder, car il rend heureux. Il ramène les peuples à leur centre,les rattache solidement à leur souche,les rend plus florissants selon leur caractère propre,plus ardents et par conséquent plus heureux dans leurs penchants et leurs buts”.

Nation contractuelle ou Nation organique

AF expose bien comment le développement du positivisme remet en question les certitudes des Lumières et comment les sciences de l’inconscient divulguent la logique des lois et des croyances qui échappait aux Lumières, mais l’exemple de l’Alsace,qui parle allemand et est de culture allemande, et qui pourtant choisit de rester française oblige par exemple Renan à réviser ses certitudes. Il est ainsi prouvé que “l’idiome, la constitution héréditaire ou la tradition n’exercent pas sur les individus l’empire absolu que tendent à leur conférer les sciences humaines. Il est ainsi prouvé que le sentiment national ne résulte pas d’une détermination inconsciente, mais d’une libre détermination.” . Renan, qui combattait cette idée, fait maintenant de la nation l’objet d’un pacte implicite quotidiennement scellé entre ceux qui la composent. “Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices que l’on a faits et d e ceux que l’on est disposé à faire. Elle suppose un passé: elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible:le consentement, le désir clairement exprimé de poursuivre la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours.” Ainsi, “ce n’est pas le Volkgeist, communauté organique de sang et de sol ou de moeurs et d’histoire, qui soumet à sa loi les comportements individus c’est le concours volontaire des individus qui forme les nations.

Les positions soutenues par AF dans ce livre penchaient clairement vers la défense de la conception contractuelle de la Nation, celle des Lumières, avec cependant un intérêt et une sensibilité pur les thèses romantiques.

En 1991, dans la revue ethnologique “Terrain”, il écrivait pourtant: “Après coup, il m’a paru que dans ce livre, j’avais adhéré un peu trop naïvement aux Lumières. Certes, l’idéal de l’universalité rest le mien,(…) mais je ne peux plus dire: face aux dégats provoqués par le Romantisme,revenons aux Lumières. Car nous sommes les héritiers de l’un et des autres; les héritiers de ce qu’ils ont chacun de grand,mais aussi de l’impasse ou chacun nous a mis: le Romantisme, avec le risque d’enfermer les hommes dans leurs appartenances, et les Lumières , avec le triomphe de la raison instrumentale et de la technique.

Un début de virage s’opérait là, même si le refus du sectarisme philosophique pouvait se défendre. Dans le même texte, il apportait une nouvelle formulation,belle, de l’idéal des Lumières ,comme celui de la critique et de l’”arrachement”, et le caractérisait comme la part de l’héritage occidental qui méritait d’être conservée.

Mais AF disait en même temps qu’il travaillait à une évaluation plus positive du Romantisme

Dans le livre “L’ingratitude”, la bascule s’accentuait, et le balancier repassait du côté du Romantisme. Par un renversement complet,AF donne ses nouvelles formulations qui laissent de côté la définition des nations qu’il approuvait dans “la défaite de la pensée”.

Nation politique et Nation culturelle

“La Nation dont la France a proclamé la souveraineté à la face du monde,dit il, ce n’est pas une identité qui s’exprime, ce sont des citoyens qui récusent le statut de sujet que leur a légué l’Histoire et que leur impose la religion à travers l’axiome paulinien que tout pouvoir vient de Dieu”.” Ce n’est pas un ethnos qui fait valoir ses droits (?), c’est un demos qui s’insurge contre les abus du roi”.” La Nation, dit il, transforme les hommes attachés à leurs croyances particulières en hommes universels et rationnels. Bref, la France a légué au monde une définition de la nation politique et non pas culturelle. Le Français se sent avant tout citoyen dit Louis Dumont,et la France, pour lui, c’est la Démocratie, la république,et s’il est un peu instruit, il dira que la France a montrét au monde la voie des droits de l’homme et du citoyen, qu’elle est l’institutrice du genre humain

Mais pour AF ce gain de liberté signifie maintenant une perte d’identité, et l’homme soumis à ses propres lois renie son passé, son histoire et son identité culturelle. Ses mots deviennent de plus en plus durs. IL parle de l’”idéologie française”, des penseurs “superfrançais” pour attaquer ceux, les penseurs allemands contemporains par exemple,qui veulent “dénationaliser la démocratie”, “découpler la loyauté républicaine et la communauté de destin historique, prôner la remise en cause des filiations culturelles au profit de l’assentiment donné à des institutions et à des symboles politiques relevant de l’universalisable. Il oppose à ces discours universalisateurs le général De Gaulle, “qui plaçait plus haut que tout la sauvegarde des “patries charnelles”, il ironise sur le ‘postnationalisme” des allemands échaudés par le nationalisme nazi,qui prennent parti contre le nationalisme culturel quebecquois.

Sommes nous ,avant toute autre chose,des héritiers,ou bien n’estce qu’une dimension parmi d’autres?

Au fil du livre, dont le titre, “l’ingratitude”, donne l’axe essentiel, le plaidoyer devient de plus en plus passionné ,et violent,

L’interviewer, le quebecquois Antoine Robitaille, finit par lui poser la question: ce discours n’est il pas purement et simplement un discours conservateur?

La réponse de AF est ambigüe. La description, très juste , qu’il donne du discours conservateur correspond cependant tout à fait à ce qu’il dit lui même.

Le conservateur, dit il,né en réaction à la Révolution Française,c’est d’abord l’homme qui proteste contre les droits de l’homme. Burke “soutient que le lengage des droits de l’homme attente aux conditions d’une vie humaine. La Déclaration fait des hommes des individus, alors qu’ils sont avant tout des héritiers, etque l’Etatdoit se concevoir comme une association non seulement entre les vivants , mais entre les vivants et les morts et tous ceux qui vont naître.”

Au rebours de “l’orgueilleuse raison des Lumières”, la “sagesse conservatrice” fait crédit aux morts, c’est à dire à la raison cachée dans les coutumes ,dans les institutions, dans les idées reçues

“A l’homme en général, le conservateur oppose des traditions particulières .A l’abstraction, l’autorité de l’expérience. Au “chimèrique individu”, la réalité effective de l’être social. Aux revendications présentes, la piété envers le passé.

Thomas Paine, au contraire, polémiquant avec Burke, “dénonce cette apologie de la provenance, de la circonspection, et de l’humilité. L’égalité et la liberté,, affirme t il en substance ne régissent pas seulement les rapports entre les contemporains, mais ceux que les hommes d’aujourd’hui entretiennent avec les générations défuntes. Le passé n’est plus péremptoire, il est périmé;”

Il déclare: “Je défends les droits des vivants, et je m’efforce d’empêcher qu’ils soient aliénés , altérés ou diminués par l’autorité usurpée des morts”.

AF appelle à la rescousse Hannah Arendt et affirme que elle prend,( avec lui), le parti du conservateur dans cette polémique. L’homme nu, réduit à lui même,extrait de toute communauté,de tout ancrage, c’est la personne déplacée, l’apatride, tel qu’on l’ a rencontré au XX ème siècle, et qu’elle évoque dans “Les origines du totalitarisme”.

Sauf que l’apatride, ainsi dénommé sur le plan administratif, est tout sauf un homme sans mémoire, sans histoire et sans références. La démonstration est trop belle pour être vraie.Et jusque dans les camps d’internement, ils gardent leur appartenance, leurs affiliations partisanes, etc. C’est au contraire cette description dramatique de l’homme privé de références qui est mythique et mystificatrice, parce que un tel homme n’existe pas, même dans les camps. La référence à l’universel ne dépouille pas l’homme de ses dimensions, elle lui en ajoute une. C’est le consevateur qui crée lui même une abstraction pour pouvoir étayer sa lutte contre les abstractions.

AF evite pourtant une vision trop simplificatrice et univoque en affirmant que Hannah Arendt est “à la fois ” conservatrice et non conservatrice.”

Conservatrice, parce que “elle a peur pour la trame symbolique, la communauté de sens qui nous relie non seulement à nos contemporains, mais aussi à ceux qui sont morts et à ceux qui viendront après nous. Elle a peur pour le passé , pour le temps humain, pour la continuité qu’instituent les objets et les oeuvres, pour le cadre durable au sein duquel peuvent se déployer l’action et la création.

Pas conservatrice, car elle n’aspire pas davantage au rétablissement de l’ordre qu’à l’instauration d’une société organique ou les tâches s’accompliraient naturellement, sans discussion,sans intervention, sans projet, indépendamment des volontés individuelles. IL ne s’agit en aucune façon de restreindre la faculté d’agir à ce que la tradition prescrit ou de fondre la multiplicité des personnes dans l’unité substantielle d’on ne sait quel Volkgeist. Le monde dont elle se soucie est bien un héritage, mais cet héritage ne se présente ni comme unmodèle de comportement,ni comme une identité collective.

Que conclure de cette évolution de AF, reconnue par lui même?

Visiblement, le centre de sa préoccupation s’est déplacé au fil du temps. Sa vision de l’homme s’est de plus en plus rapprochée de celle des anti Lumières , l’homme s’est de plus en plus identifié pour lui à l’héritier. Finalement pour lui, ce sont les déterminations inconscientes (le jeu de la langue, le poids de l’histoire (“l’histoire, c’est le code”) qui donnent sa vraie nature à l’individu. Un peu comme les psychanalystes qui identifient leur patient à son inconscient, oubliant que Freud n’avait jamais pensé une telle chose, puisque pour lui,”Là où Ca était, Je dois advenir”. L’arrachement qu’il admirait chez les Lumières est devenu pour lui synonyme de dé-solation, d’abandon des devoirs et des dettes, d’illusion présomptueuse et sa vision du monde a tourné à la nostagie, comme le lui suggérait un peu son ami interviewer. Il est devenu de plus en plus identifié au sentiment de responsabilité dans le maintien des éléments d’enracinement culturel des peuples et des individus, dont il s’affirme de plus en plus comme le gardien.

Pourtant, sa réflexion reste d’une acuité exceptionnelle, la matière de pensée qu’il brasse fournit des matériaux extrêmement riches pour l’élaboration des questions portant sur les questions vitales dans le monde actuel que sont les identités individuelles et collectives, le sentiment national et la nature des nations, la transmission des cultures et la défense des “petites nations”. Sa pensée, qui a évolué dans le sens d’un conservatisme éclairé reste vivante et évolutive, et originale dans le paysage politique et philosophique français

JUIFS ET CHRETIENS: LE DEBAT ENTRE A.FINKIELKRAUT ET P.THIBAUD

Posted mars 6, 2009 by gb
Categories: antisémitisme, communauté juive, culture et judaïsme, questions d'identité

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A partir de l’entretien publié par Le Monde du 12/11/2007 Le débat s’engage sur ce qui a changé entre chrétiens et juifs depuis les lendemains de la Shoah. AF reconnaît que depuis cette période l’Eglise a rompu avec ce que Jean XXIII appelait “l’enseignement du mépris”. Il expose sa théorie qui est que, “hérité de Saint Paul,le mépris chrétien visait le “juif charnel”. Il se fondait sur une opposition tranchée entre l’esprit et la chair. L’esprit, c’était la foi. Et la chair, c’était principalement deux choses:la filiation et la convoitise” Ce qu’il entend par la chair, c’est non seulement la concupiscence,le désir, dont on ne voit pas très bien pourquoi les juifs seraien les seuls porteurs,mais leur attachement à l’origine, à l’héritage, et le refus de l’universalisme chrétien ,de ce que il appelle “la religion de l’humanité” , conçu comme une vision abstraite,”désaffiliée et déterritorialisée”(P.T.). A.F. se livre à une attaque en règle contre cette “religion de l’humanité”, c’està dire “l’universalisation du semblable” et ” la condamnation de tout ce qui divise ou sépare les hommes” Il développe l’idée que l’Europe, “née à Auschwitz”, s’est bâtie sur une conception selon laquelle elle devait se “désoriginer”, se défaire d’elle même et ne garder de son héritage que les droits de l’homme; “Vacuité substantielle, tolérance radicale” tel est, dit il,d’après le sociologue Ulrich Beck, le secret de l’Europe. Nous ne sommes rien, c’est la condition préalable pour que nous ne soyons fermés à rien ni à personne. Développant cette critique de l’universalisme abstrait , qui refuse le droit à la particularité au nom d’un moralisme impersonnel, il dit que ce nouvel universalisme bien pensant fait honte aux juifs de garder leur attachement à leurs racines, à leur être historique. Ainsi en arrive t’on selon lui, à ce paradoxe que” l’Eglise abandonne la réprobation du juif “charnel” et que la démocratie la reprend fièrement.” C’estcette “nouvelle religion “qui fait le procès du donné, de l’appartenance,bref de la chair et des juifs qui s’entêtent à lui demeurer fidèles. La deuxième partie de l’entretien part de la préparation d’une nouvelle conférence internationale de Durban. La première, on se rappelle, avait donné libre cours à un déchaînement de haine anti occidentale, antiisraelienne et antijuive, orchestré par les délégations du tiers monde noyautées par les lobbies islamistes, sous pretexte de lutte contre le racisme et l’intolérance.A.F. exprime sa crainte que, s’il n’y apas de réaction des pays occidentaux et de la France, Israel et l’Occident soient encore plus les boucs émissaires des malheurs de l’Afrique et de la stagnation du monde arabo-musulman. Comment réagir à ceux qui désignent notre civilisation comme leur ennemi? “Ce n’est pas nous qui choisissons notre ennemi, c’est l’ennemi qui nous choisit ” dit il en citant Carl Schmitt . “Devons nous réagir? Ceux qui s’y refusent, en tous cas ne sont pas animés par l’esprit de paix, mais par une autre idée de la guerre: la guerre civile mondiale qui oppose les dominés aux dominants, c’est à dire l’axe Washington-Tel-Aviv. La révolte des dominés, dans cette optique est légitime, et ses formes les plus violentes toujours excusables. Et bien non, l’Occident ce n’est pas seulement la domination, ce n’est pas seulement le crime,, c’est un monde qui mérite d’être entretenu et perpétué. Le troisième axe de l’entretien est la reprise par A.F. de ce qui, selon lui, “caractérise les grands penseurs juifs du XX ème siècle:Levinas, Harendt, Jonas; c’est à dire leur insistance sur le thème de la responsabilité. Répondre del’Autre, répondre du monde, répondre de la culture et de l’expérience des belles choses, et répondre de la terre; il ne s’agit plus de réaliser les grandes espérances, mais d’être ému et requis par la fragilité.” Cette proposition qu’il fait “d’humanité à l’humanité a du mal à se faire entendre, car ce qui règne aujourd’hui, c’est le cynisme associé au sentimentalisme”. La conclusion est tirée parP.T. qui cite Tocqueville disant que le patriotisme est la première des vertus -pas la plus haute. La première, celle qui déclenche toutes les autres, l’implication politique étant pour lui le moyen classique de faire échapper la morale à l’abstraction, pour qu’elle devienne exigence vécue et partagée. Lien recommandé: interview de A.Finkielkraut dans la revue d’ethnologie “TERRAIN” numéro consacré aux nations, en Europe,dans lequel il évoque l’évolution de sa pensée sur l’opposition Lumières/Romantisme depuis son ouvrage: La défaîte de la pensée (octobre 1991) http://terrain.revues.org/document3013.html

DIASPORA JUIVE ET DIASPORA IRLANDAISE:l’ARTICULATION DES FIDELITES

Posted mars 6, 2009 by gb
Categories: Nation et nationalisme, communauté juive, identités nationales, questions d'identité

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La caractéristique de toutes les diasporas est l’existence d’un fonctionnement psychique intégrant une double appartenance et une double fidélité. Ce système psychique ne fait que matérialiser le fait que chez tout individu, il existe une multitude de systèmes d’appartenance et donc de définitions de l’identité en réciprocité avec les groupes d’appartenance (religieux, partisan, professionnel, culturel ou national).

Il existe pourtant , dans les consciences, une sorte de rivalité entre ces groupes pour avoir priorité l’un par rapport à l’autre, sans parler de ce que certains exigent que soit proclamée cette priorité.

On en arrive parfois ainsi à des situations qui ressemblent à celles ou l’on demande à un enfant lequel de ses parents il préfère ( ce sont parfois les parents eux-mêmes qui posent cette question aberrante). Si on veut rester dans ce parallèle familialiste, la comparaison qui s’impose est plutôt celle du rapport entre les devoirs dus à ses parents et ceux dus à la famille que l’on crée soi-même (femme et enfants): il peut y avoir des conflits de priorité dans certaines situations, mais à priori , il n’y a pas d’antinomie. Bien au contraire, on peut penser que plus ces liens sont intenses, plus grande est la richesse d’existence de ceux qui les vivent.

Pour essayer d’éclairer cette question du rapport entre diaspora, fidélité à une communauté et fidélité à une patrie, on peut , pour décaler le regard, se pencher sur la façon dont elle est vécue par d’autres diaspora que la juive, l’irlandaise par exemple .

La diaspora irlandaise

Issue pour l’essentiel de la grande émigration du milieu du 19 ème siècle consécutive à la grande famine créée par la poitique économique génocidaire (un million et demi de morts, un quart de la population de l’époque ) des Anglais, elle constitue avec ses 40 millions d’”IrlandoAméricains” un des piliers constitutifs de la société américaine, avec un rôle historique dans la création et la direction du parti démocrate, des syndicats, de l’administration fédérale et de l’Eglise Catholique américaine, et elle tient une place importante dans la production littéraire, cinematographique et la presse.

“Ce qui définit sans doute le mieux les Irlandais “, écrit Philippe O’Rorke, “c’est sans doute ce sens aigu de l’Histoire. Soudés par l’expérience du malheur, comme les Juifs, conscients d’avoir été persécutés et martyrisés, ils ont la conscience, après une histoire longue et tourmentée, d’être un vieux peuple, doté d’un caractère irréductible et d’une foi en soi ancestrale”.

La diaspora irlandaise, comme les autres, se caractérise par une capacité à faire naître des communautés unies entre elles par la mémoire, une mémoire collective sociale, fusionnelle, qui ne nécessite pas de longs discours pour se faire comprendre.

Cette communauté irlandaise, soudée par la mémoire de ses souffrances, l’est aussi par la façon dont elle cultive la fidélité à la culture irlandaise (celtique), et sa solidarité avec le combat de la nation irlandaise pour acquérir son indépendance, y compris en Irlande du Nord, face à la violence de la politique anglaise.

Les mythes irlandais (mythes celtiques, geste arthurienne ) sont des symboles qui ont modelé l’imaginaire collectif irlandais et la vision du monde qui en découlait, le différenciant en particulier de celui de l’oppresseur anglais, exprimant quelque chose de la façon dont les paysages et les conditions de vie ont déterminé le rapport au monde de la population.

La langue, la musique, les légendes ont forgé une sensibilité au monde qui s’appuie sur ces symboles: romanesque, rêveuse, généreuse, combative, elle irrigue une identité collective qui constitue un des harmoniques de chaque identité individuelle.

Sur le plan collectif, elle ancre une résistance à la volonté hégémonique de l’ Angleterre, arrimée elle même à une culture aristocratique et protestante.

Cette sensibilité n’empêche en rien les Irlandais de se sentir profondément et totalement américains. Ils ont pu être intensément solidaires de l’Irlande, soutenir ses luttes pour l’indépendance et même éventuellement les combats de l’IRA en Irlande du Nord, ils n’ont jamais cessé de se vivre comme totalement américains . Jamais le patriotisme américain et la défense des valeurs américaines ne sont entrés en concurrence avec la solidarité communautaire. Jamais le soutien à la perennité du peuple irlandais n’a passé par un recul vis à vis de l’identité américaine.Jamais ils n’ont remis en cause les valeurs et les institutions qui fondent la Nation américaine.
Les grandes nations, qui sont issues de la fusion de plusieurs composantes (aux Etats Unis, les communautés irlandaises, noires, italiennes, indiennes, anglo saxonnes, etc.,en France,les diverses provinces et leurs cultures traditionnelles, les tribus celtes et franques;) on toutes construit des équilibres entre le dépassement de ces particularismes au sein d’une unité qui les transcende, et le maintien d’une loyauté à ces collectivités d’origine.

Les juifs de France ont pu hésiter, de par leur histoire de rejet et d’exclusion, à croire qu’ils étaient réellement considérés comme composante de cette unité supérieure.Pourtant, ils le sont effectivement, et dans la partie moderne de l’histoire, c’est la période de l’occupation allemande, qui a correspondu de fait à une guerre civile française, qui a remis en cause cette intégration. De même, au moment de l’Affaire Dreyfus, c’était toutes les forces ennemies de la République, l’extrême droite monarchiste et l’Eglise dressée contre la République qu’elle vivait comme l’ennemi mortel de ses privilèges, qui s’étaient saisies du cheval de bataille antisémite pour monter à l’assaut des valeurs républicaines. Le paradoxe était alors que c’étaient les défenseurs des juifs qui défendaient les vraies valeurs françaises, celles des droits de l’homme et de l’individu et ceux qui accusaient les juifs au nom du patriotisme , qui trahissaient ces valeurs. Comme la communauté irlandaise, qui a pu souffrir elle aussi d’un racisme à son égard à l’arrivée dans le pays, la communauté juive a trouvé sa place dans l’histoire nationale, tout en conservant son identité culturelle. Son histoire fait partie de l’histoire française, y compris avec la déportation et avec les Justes qui s’y sont opposé, avec la Résistance Juive et les réseaux qui ont protégé la plus grande partie des juifs de France de l’extermination qui s’est produite dans la majorité de l’Europe.