Archive for the ‘crise d’identité et islamisme’ category

l’islamo gangstérisme et sa traînée de barbarie

octobre 23, 2012

L’éditorial du Monde du 22 octobre était consacré à ce sujet et reprenait la liste des exactions commises par les islamistes du nord Mali: viols des femmes et esclavage sexuel imposé à celles ci, trafic d’êtres humains, mutilations, trafic de drogue, on retrouve la litanie de crimes barbares que l’on a déjà rencontré dans les exactions  du GIA en Algérie, mais aussi  dans les horreurs provoquées par les bandes armées qui ravagent certains pays d’Afrique Noire et qui pratiquent la même sauvagerie  (viols, esclavage sexuel , rapt d’enfants enrôlés de force et contrôlés par la dépendance à la drogue, trafics divers.

Le traitement barbare infligé aux femmes et aux enfants, la constitution de revenus par les trafics divers, de drogue en premier lieu, montrent l’intrication grandissante entre les milieux maffieux et les mouvements de guérilla ou de terrorisme, qui faute de l’appui financier de  nations, ne peuvent survivre que par des trafics occultes, dans lesquels ils rentrent en contact avec les groupes maffieux qui partagent leur culture de la clandestinité , de la violence, et du mépris des valeurs humaines. La particularité des islamo- gangsters, c’est l’hypocrisie de leur discours, qui met en avant la soi disant amoralité des Occidentaux ( règne de l’argent, sexualité libérée) pour glorifier leur soi disant moralité: ils ne boivent pas d’alcool, mais violent, mutilent par leurs "châtiments", et mettent les corps d’innocents en charpie par les bombes sans l’ombre d’une hésitation..

On assiste donc à la naissance de cet amalgame monstrueux entre les milieux du crime,fondés  sur l’assassinat, le commerce de produits toxiques, l’exploitation des désirs  contraires à la santé ou au respect de l’autre, et la domination par la force et la peur, et les groupes islamistes prêts à tous les crimes pour nuire à l’Occident, et qui utilisent la religion comme ,moyen d’accéder au coeur identitaire des masses musulmanes, et comme paravent pour enrober dans des discours moralisateurs les pires atteintes à la morale qui puissent exister.

Ce qui est effrayant dans ce processus, c’est la facilité avec laquelle ces systèmes, dont la perversité paraît évidente aux yeux des Occidentaux pénètrent dans l’esprit de très nombreux musulmans, la religion jouant le rôle de "passeur" pour l’idéologie criminelle qui se drape dans la manipulation des textes religieux..

Mais plus profondément, on voit bien combien est efficace l’excitation du sentiment d’ exclusion de la vie normale( accès aux postes de travail, mariage,poids social) qu’il soit fondé ou exagéré pour exaspérer le sentiment d’injustice.

Déjà le communisme, en bâtissant une idéologie fondée  sur la "haine de classe" opposant de façon manichéenne les odieux riches et les  parfaits exploités avait exacerbé sciemment les ressentiments, les envies qui existaient naturellement dans les sociétés, et donné une justification victimaire à la violence contenue par les institutions sociales,disqualifiant le droit  et les piliers de la société présentés comme supports de l’"exploitation. Le succès et l’extension immense de ces thèses, ayant même pénétré les milieux intellectuels, avait montré comment jouer sur les rancoeurs sociales et le désir de détruire les autres si l’on a un prétexte , est un levier qui marche à tous les coups ou presque. Désigner un responsable des malheurs ou des insatisfactions trouve toujours des auditeurs ravis de pouvoir extérioriser la haine des autres qui est en eux, surtout si l’on décrit cette haine comme un sentiment  servant de base à des réformes de la société conduisant vers une société idéale, purifiée des éléments supposés la polluer.

Le nazisme avait désigné les Juifs comme l’élément négatif qu’il fallait éliminer de la société, affirmant aux Allemands que ils étaient l’aristocratie de l’humanité  et leur murmurant à l’oreille que ils avaient le droit d’écraser le reste du monde et de se servir à volonté  de toutes  ses richesses.Enivrés de ce discours , ils suivirent Hitler jusque dans les derniers instants du système. La rivalité et la comparaison avec l’autre ,  sources d’envie de le détruire ou  de lui nuire pour ce qu’il provoque d’insatisfaction ou d’angoisse, sont combattues par les institutions et les codes sociaux, qui  remplacent la lutte de tous contre tous par  le "faire société" qui fixe un ordre vivable. Malheureusement, si la société institue des groupes sociaux entre les individus avec leurs codes de conduite et d’obligations, elle n’efface pas  la rivalité et la haine des groupes sociaux les uns pour les autres. La haine individuelle se transfère sur les groupes , et les idéologies qui visent à conquérir les esprits fournissent des argumentaires pour la détestation de l’"autre groupe" , défini  comme néfaste et justifiant son écrasement social ou même physique par un trait "démonisé".

Le fond d’agressivité et de lutte pour la suprématie qui existe chez tous les humains , et qui est circonscrit par les codes sociaux ,est au contraire excité par les démagogues et les pervers de tout poil, qui élaborent des systèmes donnant une apparence de cohérence et de rationalité à  ce qui est en fait une ouverture donnée aux instincts les plus bas, aux pulsions  de domination et de prédation qui n’attendent qu’un autorisation  et une justification extérieure pour se donner libre cours.

Partout dans le monde et même en Europe, des démagogues rabâchent aux défavorisés que c’est la faute de certains groupes indifférents à leurs difficultés ou à leurs souffrances si ils souffrent et que eux sauront les débarrasser de ces parasites et leur apporter la joie dont ils se sentent privés. Dans un autre monde (les promesses qui engagent le moins), ou dans celui ci, si on leur confie les rênes du pouvoir, qu’ils n’ont aucune intention de lâcher ,si  leurs partisans changent d’avis.

L’islamo gangstérisme, tout en mettant en oeuvre les moyens les  plus amoraux et barbares ,  tente de se construire une clientèle sur le mode maffieux, rendant des services sociaux  à une population qui est ensuite mise sous sa "protection" au sens des racketters qui vendent leur services de protection contre une soumission à leurs volontés.

De la religion n’est retenu que le message de mort adressé aux sceptiques ou aux croyants en d’autres religions, le message ethnocentriste faisant des non- musulmans des être humains dénués de toute valeur, et des musulmans le sel de la terre auto proclamé.

Le recul de la religion chrétienne, universaliste et fondée sur l’exemplarité (?) morale de ses propagandiste  a laissé la place à des  idéologies particularistes,défendant  le remplacement des valeurs universelles par des valeurs partisanes, justifiant l’emploi de tous les moyens puisque pour elle toutes les fins justifient tous les moyens, surtout le crime. Il  se crée ainsi une sorte d’internationale du crime, à laquelle s’agrègent mouvements terroristes, dictatures régnant par la terreur,mafias criminelles et finances véreuses , et qui tente de renforcer  la puissance de ses composants par la synergie de ses réseaux et de ses moyens financiers. Les religions sont capables du meilleur et du pire.L’islamisme a choisi sans hésiter le pire et continue à s’étendre en prêchant la haine et la mort et en s’alliant avec le pire des humains

TERRORISME, DELINQUANCE, ET POUVOIR DES MEDIAS

octobre 8, 2012

Le démantèlement il y a quelques jours d’un groupe terroriste islamiste en France qui se préparait à passer à l’action  sur des objectifs déjà établis  a remis à l’ordre du jour la réflexion sur les mécanismes  de fabrication de ces terroristes. La fusillade au cours de laquelle le chef du groupe a visiblement choisi de mourir plutôt que d’être capturé et la saisie des "testaments" de membres du groupe a  démontré que ces hommes avaient envisagé sous un angle suicidaire leurs actions à venir. Les autres caractéristiques de ce groupe qui ont été mises en avant par les commentateurs ont été la rapidité de la radicalisation des membres du groupe (quelques mois plutôt que quelques années pour les groupes précédents), le fait que il s’agissait de gens nés en France, souvent convertis récents, et le passage par la petite délinquance et parfois la prison comme étape décisive dans la carrière terroriste.

Le passage par la petite délinquance est un élément intéressant à plusieurs points de vue.

D’une part parce que cette petite délinquance est endémique dans les groupes sociaux défavorisés  et mal intégrés socialement  (les banlieues qui constituent des espaces de sentiment de rejet social et d’exclusion, avec  la constitution d’espaces "hors- la -loi" d’économie  et de société parallèles, ou la violence est ressentie comme la règle de l’existence et la riposte à une violence sociale non parlée). Elle constitue un apprentissage de la régulation par la violence et l’intimidation des rapports humains, de la haine contre la société et ses représentants, de la transgression comme mode de vie  et critère de valorisation et de prestige.

L’entrée dans le monde délinquant est déjà une première rupture avec  les normes et une première forme de renversement des valeurs (la force plutôt que le droit, la ruse et la dissimulation plutôt que la droiture, etc.). Le passage par la prison est souvent  le passage à un niveau supérieur:  La contre société des prisonniers est plus  liée par la solidarité du groupe ostracisé, détaché par les murs du monde extérieur,concentré dans la lutte contre les gardiens, resserré sur  son code de défense, inversé par rapport à celui  de l’ordre qui les punit. Cette promiscuité favorise la pénétration des discours de dénonciation de la société par les prêcheurs de haine islamistes. La haine est le ressort le plus puissant sur lequel ils s’appuient, ainsi que sur l’espoir de réhabilitation qui est l’autre face de leur discours.

A ces gens qui s’estiment socialement humiliés et ethniquement stigmatisés, on offre un discours de rédemption et d’ échappement aux valeurs de la société qui les entoure  en les remplaçant par les valeurs musulmanes orgueilleusement mises au dessus de toutes les autres. L’affirmation de soi passe par la négation de toute valeur à l’autre, par l’entrée dans un système binaire et manichéen, bien plus accessible que la complexité des jugements nuancés.

Il faut ajouter que l’univers délinquant est un univers qui  cohabite avec le risque, y compris celui de la mort, dans la confrontation avec les rivaux en délinquance comme avec la police. Il y a donc une familiarisation avec le danger, la mort de l’autre ou la sienne comme des possibles rencontrables. Tuer ou être tué est une des éventualités de ce mode de vie, et fait partie du paysage, d’où la facilitation de la bascule dans le meurtre suicidaire.

Un certain parallèle peut être établi avec le personnage de Mesrine, bandit médiatique, qui semble avoir pensé sa fin comme inéluctable et avoir fait le choix d’une vie menée avec "éclat", même si elle aboutissait à une mort précoce, si elle satisfaisait son désir de toute puissance et de gloire. L’épisode ou il a enlevé et torturé un journaliste qui avait porté atteinte à sa "réputation" montre le souci de l’image dans cette construction du personnage , tout autant que la virulence de la capacité haineuse, et le rôle de support de la mégalomanie occupé par les médias , qui ont fabriqué le rôle fascinant et effrayant de "l’ennemi public numéro 1" qu’il a endossé avec jouissance.

On retrouve des relents de l’idéologie mussolinienne ("vivre un jour comme un lion") et l’écho de la civilisation médiatique  illustrée par la célèbre formule de  Andy Warhol: "Tout le monde rêve d’avoir son quart d’heure de célébrité à la télévision.".

Le désespoir identitaire tente de trouver une guérison  dans cette inversion des valeurs qui est déjà une conversion, avec toute la réévaluation de soi et de ses repères que comporte cette mutation en ennemi de la société,  et dont la religion fournit le matériau idéologique.

Le terrorisme constitue ainsi un alliage de haine et de désespoir social qui trouve une armature dans le discours  d’une secte politico-religieuse.

Il faut aussi tenir compte de ce que le terrorisme a à voir avec la médiatisation de la société. Le carnage du 11 septembre ne peut se comprendre comme une volonté de terrifier les Etats Unis, même si il y a eu dans la population des réactions de panique, mais plutôt comme un message de propagande destiné aux masses arabes, une campagne de pub menée avec des images choc pour  insinuer l’idée de la puissance de l’organisation terroriste, et susciter des émules.

A  l’heure ou la mondialisation donne aux gens le sentiment d’une impuissance à agir sur les phénomènes économiques et donc sociaux et politiques, le terrorisme donne  l’impression que quelques individus déterminés peuvent infléchir le cours de l’histoire, faire plier des états parmi les plus grandes puissances mondiales,(c’était la conviction de Merah, qu’il allait faire plier l’Etat Français). Là ou ni le volontarisme de Sarkozy, ni celui de Hollande, n’ont semblé capables  de neutraliser les embardées du système financier et industriel, des anonymes insignifiants rêvent de leur quart d’heure de gloire et de puissance. Déjà, posséder des armes et des moyens explosifs de destruction les place hors du commun des mortels , à qui ce pouvoir est refusé sauf aux soldats et aux policiers.Mais le "permis de tuer" qu’ils s’accordent les place encore un rang au dessus dans l’échelle du pouvoir, et c’est ce dont ils veulent jouir, ne serait-ce que un court instant.

Le terrorisme est inséparable de son  écho médiatique. Il pose comme principe fondamental le meurtre comme moyen légitime de l’action politique, c’est à dire l’élimination physique des adversaires politiques, mais aussi le meurtre aveugle comme  moyen de propagande , visant seulement à fournir une représentation imagée de sa vision du monde. Ainsi, une nationalité, une appartenance culturelle présumée, une religion, une couleur de peau, peuvent suffir à désigner des victimes dont le nombre, le plus grand possible, ne sert que à démontrer l’intensité de la haine qui leur est vouée et la puissance de nuire du groupe terroriste. La logique profonde de ces actions est exterminatrice, et elle joint le geste à la parole, pour bien faire rentrer dans les têtes que pour elle , il ne s’agit pas de vaines paroles. Toute opposition , mais aussi tout discours autre que le sien " mérite" la mort, et ils sont seulement les exécutants (éxécuteurs) de cette volonté qui les dépasse, mais à laquelle ils acquiescent. Pour les terroristes islamistes, les non musulmans n’ont aucune valeur, puique toute valeur est réduite à l’Islam, et ils n’ont d’autre avenir que la conversion ou la mort.

Les terroristes islamistes ont parfaitement saisi la transformation du monde politique induite par le poids immense des médias. Le pouvoir d’influence acquis par ceux ci a mis l’accent sur la simplification et le sensationnalisme qui convient parfaitement au message limité et rudimentaire qu’ils ont à transmettre.Viser le choc émotionnel, en particulier sur les masses peu instruites du monde arabe, est très rentable.

Même Brevik, l’assassin d’extrême droite qui a massacré de sang froid plus de 70 adolescents en Norvège, a prétendu vouloir seulement  envoyer un "message d’alarme" à son pays et son acte n’a de sens que par son retentissement médiatique, même si le résultat n’ a pas été celui escompté.La propagande "traditionnelle" par tracts, petits journaux, meetings est dépassée.5mn d’antenne valent des millions de tracts,et médias et politiques se renvoient  la politesse, chacun tenant l’autre par la barbichette et jouant le jeu car il y voit son intérêt.Les médias  influencebt les masses , qu’elles contribuent à constituer par l’uniformisation de leur pensée, et celles-ci influent les médias par le conformisme et les idées recues que les journalistes finissent par reprendre sans même s’en rendre compte.La violence  dans le langage finit par pénétrer les médias eux-mêmes ("casse toi, riche con " dans Libération, les invectives de Mélenchon ou de Marine Le Pen, la violence des "unes" des hebdos contre Hollande après celle ,déchaînée, contre Sarkozy.).

Le pouvoir d’intimidation des terroristes et le pouvoir d’influence des médias vont dans le même sens: une réduction de la capacité de penser librement et la subtitution de manipulations à l’accès à la vérité et à la liberté critique.

Le printemps arabe débouche partout sur une prise de pouvoir des islamistes

juin 27, 2012

Les élections présidentielles en Egypte viennent d’en donner la dernière confirmation: l’élection d’un président membre de la confrérie des Frères Musulmans, après 60 ans de pouvoir militaire, montre l’état catastrophique  de la situation politique dans ces pays:. Les dictatures  qui ont écrasé toutes les oppositions , islamistes comme démocratique , ont vidé ces pays de toute culture démocratique, et n’ont laissé la place que à des choix binaires entre deux sortes de dictature; celle d’un parti au pouvoir , corrompu de façon obscène, policier de façon souvent barbare, et l’autre obscénité: celle du fanatisme, de la régression à des moeurs moyenâgeuses et de la terreur exercée sur tous ceux qui ne partagent pas une foi.

Ce qui se déroule devant  nos yeux: victoire des islamistes en Tunisie ou ils prennent le pouvoir et ou le débat n’est plus que entre factions plus ou moins extremistes islamistes, montée en puissance des islamistes dans l’anarchie lybienne, guerre civile en Syrie ou la sauvagerie du régime  tortureur d’enfants ne permet pas de se faire d’illusion sur ce qui se passera quand les sunnites auront pris le pouvoir à sa place, partout l’islamisme a gangrené la société musulmane, et à réduit à une place marginale le désir de démocratie. L’erreur fondamentale des Occidentaux est d’avoir négligé ce désir d’encadrement idéologique et de repères moraux dont la seule image , dans les sociétés déglinguées de l’Orient musulman, est fournie par l’islamisme.

La démocratie nécessite un long travail de formation politique , une distance par rapport au régime de la force brutale dont la nostalgie existe chez tous les humains , comme l’a montré la formidable régression du nazisme en Allemagne.Réduire la démocratie  au simple remplacement d’une dictature oligarchique par une dictature plus élargie, mais conservant les mêmes mécanismes de violence , de non-respect des opinions différentes, de bourrage de crâne par les médias, est une simplification très coûteuse politiquement.

La démocratie nécessite un très long temps de formation, d’institutionnalisation, d’équilibration des pouvoirs après une longue série d’essais et erreurs, aux antipodes  de la seule élection d’une majorité. Pour ne pas rester uniquement dans les exemples dans le monde musulman, on peut voir comment la Yougoslavie , pendant la guerre civile,  a produit des exemples de sauvagerie dont on croyait les Européens incapables après le nazisme: épurations ethniques, terreur contre les populations civiles, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, développement d’une idéologie paranoïaque chez les Serbes par le contrôle des médias , venant après 45 ans de régime communiste qui était une dictature d’un parti unique, utilisation des leviers comme le nationalisme et la haine des identités différentes. Le choc des cultures et la démagogie d’aventuriers politiques ambitieux et sans scrupules ont fait exploser le système politique et conduit, jusqu’à l’intervention occidentale, à la mise sous tutelle du pays parles forces les plus extrémistes qui existaient.

Les évènements de la dernière année montrent l’illusion totale de ceux qui ont glorifié la "révolution arabe" sans voir plus loin que le bout de leur nez  et comprendre que elle n’était que le véhicule d’une nouvelle distribution du pouvoir ,cachant le remplacement d’une dictature par une autre , à la manière des "révolutions mexicaines" ou le peuple était toujours cocu quand un général en remplaçait un autre.

Les nouveaux régimes sont mêmes bien pires que les autres, car ils ajoutent au contrôle total de la vie politique un contrôle des esprits par une propagande omniprésente et un éducation à la haine qui produit des tueurs sans états d’âme. Ils apprennent à leurs population l’acceptation de la pensée imposée et le contrôle de la vie privée , et font régner la peur chez ceux qui sont différents: minorités ethniques, religieuses, philosophiques ou sexuelles.

Sur le plan international, leur agressivité  et leur haine anti-occidentale et surtout anti-israélienne crée de plus en plus les conditions d’une guerre d’anéantissement contre Israël, qui voit le cercle  des nations islamistes  se resserrer autour de lui de façon implacable, en même temps que les tensions avec ses alliés augmentent du fait de l’escalade vers le nucléaire de l’Iran. La Palestine prend chez les islamistes la place des Sudètes dans le discours de propagande des nazis avant le déclenchement de l’agression allemande.Les Nazis aussi protestaient de leurs intentions pacifiques et de la limitation de leurs ambitions. Seule leur démesure les a conduit à l’échec, pas la volonté des masses allemandes, complices dans leur ivresse de pouvoir des exactions et des crimes qui accompagnaient ces paroles doucereuses. Les islamistes manient avec bonne conscience le double langage, en n’ayant que mépris pour les naïfs qui les croient  , et qui n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes quand les conséquences apparaîtront. Le mensonge et la ruse sont à leurs yeux des armes légitimes et une preuve d’intelligence.

Les masses arabes, glorifiées un temps dans la presse occidentale qui a pris pour argent comptant les discours  de "libération" des résistants à une dictature qui faisaient le lit d’une autre dictature, montrent ce à quoi elles aspirent: la liberté de choisir  une autre oppression, le désir de manifester leur haine de l’égalité des sexes et de la culture libérale,l’envie d’extérioriser une violence qui imprègne tous les étages de leur société et qui alliée à l’inculture et à l’excitabilité en font les masses de manoeuvre  des démagogues islamistes , prêts à s’emparer du pouvoir et à ne jamais le rendre.

BHL constitue ainsi le meilleur exemple de cette vision à très courte vue qui prend à la lettre les déclarations des protagonistes, confond action humanitaire et action diplomatique,  se rengorge du pouvoir qu’il croit manifester alors que il est manipulé et écrase sous les déclarations moralisantes ceux qui contestent la lucidité de ces passages à l’acte . Les "idiots utiles" dont parlait Lénine existent toujours: il y a toujours des gens prêts à prêter main forte aux loups déguisés en moutons, quitte à reconnaître leurs erreurs quand le mal est fait… et irrattrapable. Mais il faut bien admettre que il a réussi à pousser à l’engagement les Français et les Anglais, alors que les Americains  restaient prudemment sur la réserve, ce qui montre le pouvoir d’entraînement de ces positions moralisatrices en politique (voir le succès des niaiseries de S.Hessel et de son devoir d’indignation). Pour que un Nicholas Sarkozy fasse de la surenchère sur ce mode, il faut que le pouvoir de pénétration de ces idées soit grand.

Les islamistes vont continuer à pousser leurs pions, avec prudence, en contrôlant de plus en plus les masses arabes, en attendant le moment ou le rapport de force leur sera le plus favorable pour étrangler Israël, quand ils pourront prendre la position de victime (cf les Turcs avec le forçage du blocus israélien de Gaza, la famille de Merah, le tueur de Toulouse, portant plainte contre l’Etat Français pour "assassinat") et ainsi neutraliser l’aide des pays amis de Israël par une action par l’intermédiaire des opinions publique. L’idéologie victimaire a fait un tel bond dans les opinions occidentales, elle fait tellement partie  des lieux communs partagés par les masses mais aussi par les gens des médias que elle est pratiquement spontanément reprise par eux et ainsi renforcée en feed back dans le public.

La haine anti américaine et anti -israélienne va encore franchir quelques crans, en attendant de pouvoir se décharger dans une offensive finale qui réjouira  ceux qui, en majorité dans le monde musulman ,  se sont réjoui du 11 Septembre et rêvent de  faire mille fois mieux la prochaine fois.

GB

Mohamed Merah: la culture de la haine comme facteur essentiel du choix d’un embrigadement

mars 24, 2012

La mort du tueur de militaires français et d’enfants juifs clôt le suspense de la semaine passée et ouvre le temps de la réflexion  sur ces évènements: comment un jeune homme qui n’apparaît pas plus fou que la moyenne des jeunes des banlieues s’enfonce-t-il  dans un système d’idées qui ne débouche que sur le meurtre  suicidaire  de personnes innocentes et non impliquées.

Qu’est ce qui rend possible cette trajectoire mentale , qu’est ce qui  fait que certains peuvent suivre cet itinéraire , et d’autres pas. Certains éléments paraissent jouer un rôle essentiel:

D’abord , l’existence d’un environnement des jeunes beurs des banlieues qui est un véritable chaudron d’idéologies ou s’affrontent et cohabitent  différents systèmes. Les uns prônant l’effort pour s’intégrer , essayer de réussir et adopter les codes de la société environnante, démocratie , laïcité et égalité des femmes , les autres prônant le rejet de la culture environnante, le repli sur la religion et la solidarité communautaire ,et la haine de la Nation  ou ils vivent.

Les choix que font ces jeunes peuvent être liés à leurs expériences de vie : réussite ou échec scolaire avec l’humiliation qui peut en découler,réussite ou échec de l’insertion professionnelle, accès à la culture française et à sa richesse ou rejet et retrait dans la culture communautaire.

Mais à ces âges ou l’on se cherche, et ou l’on n’est pas très modéré le plus souvent ,la tentation peut être forte de choisir les valeurs du ghetto qui les entoure: le prestige du rebelle , du révolté , la culture de la force qui compense le sentiment d’infériorité sociale, la haine de l’ordre établi à travers la Police ou les institutions de l’Etat.

A partir du moment ou la balance penche de ce côté , le déséquilibre peut aller en augmentant: le rejet de la société environnante crée ou augmente un vide de normes et de valeurs qui nécessite le surinvestiisement des valeurs communautaires : le monde apparaît scindé entre amis et ennemis , même "frères" et ennemis ; c’est une guerre qui commence , dans un système de plus en plus manichéen: le choix initial , porté par le ressentiment qui l’irrigue , se redouble de la haine que l’on porte à l’ennemi qui est "l’anti-soi".

La religion est alors mise en place de ce qui structure l’appareil de pensée des jeunes paumés: le sentiment de culpabilité lié aux  petites pratiques délinquantes se mue en un sentiment de restauration morale et de réhabilitation qui lui même entraîne un reconnaissance envers la religion qui permet cette revalorisation de soi.

Il s"agit d’une conversion , même si la religion était déjà là, mais pas dans cette place centrale. Désormais , toute le vie , si apparemment dépourvue de sens et de but  jusque là, est rendue cohérente, justifiée, embellie.

A partir de là , comme dans toute conversion,la religion devient l’unité de mesure de toute chose , la vie n’a plus d’autre finalité que de mettre en actes cette religion.

Parallèlement , apparaît la place  pour des guides en religion,des "maîtres" qui guident le néophyte su la voie de la "compréhension" de cette religion.Là ou le cadre familial, plus ou moins désagrégé comme chez  Merah, a fait défaut , le soutien personnel et le cadre de la religion remplacent la structuration par  l’exemple et l’entourage familial.Les agents recruteurs et les manipulateurs ont la voie libre, et vont pouvoir à la fois attiser la haine des candidats croyants envers la société environnante , leur présenter comme un devoir religieux de combattre -sans pitié- des adversaires définis comme ennemis de Dieu , développer l’idéologie du djihad comme une guerre glorieuse , l’aventure possible en ce siècle, la revanche de toutes les humiliations, l’accès à une vision héroïque d’eux mêmes.

Qu’il s’agisse de jeunes à la dérive ,ayant pénétré les mondes de la délinquance ( Merah est passé par la prison, qui est une forme  de stigmatisation , même si elle est méritée ), poussés par le ressentiment et la haine de se ressentir méprisés ou exclus , trouvant une armature pour leur pensée dans la religion ,ou que ce soit des personnes plus éduquées, mais toujours baignant dans la haine de la société, et trouvant  une possibilité de faire carrière dans cette haine , un processus s’engage, ou l’identité se structure autour d’une représentation du monde comme espace d’une guerre à mort , ou l’ennemi ne mérite ni considération , ni compréhension , seulement la destruction.

C’est ce qui constitue la "radicalisation" dont on parle tant: Peu à peu, l’ennemi est deshumanisé , considéré comme quelque chose qui n’ a pas le droit à la considération humaine , c’est l’"AntéChrist", l’"antiDieu", ce qu’étaient les Juifs pour les Nazis; Tous les moyens sont bons pour faire triompher la cause, qui se ramène souvent  à exister médiatiquement. L’ennemi est un Satan, une incarnation du Mal et le monde doit être débarassé de sa présence souillante.

Le point de départ,  la haine ,qu’elle soit liée à des expérience douloureuse ou à une personnalité de type paranoiaque (tempérament agressif , haine profonde , rigidité peronnelle , projection sur l’autre des responsabiblités)qui a sous tendu le choix , entre les différents systèmes d’idées, de celui qui justifiait ce sentiment, aboutit  à un renforcement de celle ci jusqu’au passage à l’acte  quand tous les barrages empêchant le meurtre ont sauté;

La terrorisme est dan son essence un système d’idées qui légitime le meurtre comme moyen d’action politique et tout son appareillage est destiné à convaincre ses adhérents de la valeur morale de ces meurtres.C’est une éducation , ou une rééducation qui prépare à donner la mort.

On est donc là bien loin de la folie individuelle , même si les déséquilibrés -ou les personnes à l’équilibre fragile- constituent des recrues naturelles pour ces mouvements.

Les réseaux islamiques constituent une véritable "école de la haine" ,où l’éducation de la haine est poursuivie systématiquement, martelée  et répétée indéfiniment. Mais il faut bien comprendre que ce sont  les choix du postulant qui sont premiers , inspirés par la haine et le ressentiment initiaux. Comme des étudiants choisissent leur filière d’études et ensuite adoptent les valeurs de leur monde professionnel, les individus qui choisissent d’écouter prédicateurs et instructeurs du djihadisme y trouvent fondamentalement un écho à leurs sentiments les plus profonds : ressentiment contre la société ,volonté d’effacer une part de leur existence considérée comme "nulle"et de la remplacer par un "être nouveau",construire un nouveau récit de leur vie , au prix éventuel de celle ci. Les officines islamistes proposent un produit tout fait , une identité neuve comme un faux passeport, à des gens qui ne veulent plus de leur identité réelle. Des jeunes  violents,déjà en rupture avec la société , peuvent être encouragés à approfondir cette rupture et recevoir des certificats d’héroïsme pour des actes barbares qui leur donnent un (bref)sentiment de toute puissance . La difficulté  de soutenir l’identité mélangée  des immigrés ou des beurs, la nécessité d’une capacité d’élaboration  de cette  situation génère des désirs de simplification, qui trouvent chez certains l’issue d’une réduction identitaire à un seul des termes. Ceci leur procure  le sentiment d’une sortie miraculeuse des contradictions angoissantes antérieures par ce  renversement radical.

Le monde est simplifié par une opposition manichéenne entre le Bien et le Mal. Le sentiment de toute puissance donné par la possession des armes et le "droit" de tuer  produit une exaltation qui efface le sentiment d’être un "perdant radical". Le candidat djihadiste peut se transformer en machine à tuer, jouir de la crainte qu’il suscite , avoir l’illusion de tenir tête à des états puissants, et se perdre dans la rêverie d’un monde purifié par l’éradication de ceux qui ne partagent pas son système d’idées , ennemis directs ou reste de la population considérée comme  complice , enfants compris.

La radicalité est toujours simplification , refus des complexités et des pluralités. Ceux qui choisissent de voir uniquement la face sombre du monde peuvent devenir des monstres, tueurs "fous" qui à un moment, sortent de l’humain qui ne les a pas apprivoisés. Des esprits pervers s’emploient à les y pousser. "Le Monde"  du Weekend  , en faisant sa Une  sur l’interrogation : fait divers ou fait politique ,tente de tordre le cou à la réalité: un attentat terroriste meurtrier, fait au nom de AlKhaida , n’ezst pas un fait divers , c’est un fait politique .Tenter de faire comme si il y avait un doute , comme si le terrorisme islamiste pouvait se ramener à un malaise social , et à une dureté de la société vis à vis des pauvres immigrés fait partie du déni pratiqué par la gauche ,et est un cheval qu’elle aurait bien voulu pouvoir enfourcher dans l’affaire Merah, dans la bataille des présidentielles.Dépitée de ne pas voir se confirmer ses premières hypothèses attribuant les attentats à l’extrême droite, la gauche se réfugie , pour une partie d’entre -elle , dans la mauvaise foi qui attribue à l’inéquité sociale la cause , et l’excuse, du terrorisme. On ne se refait pas

GB

La force d’attraction des idéologies: le monde à la recherche d’une boussole

octobre 17, 2011

Il y a des périodes historiques ou le monde semble hésiter  quant à la voie qu’il va choisir,et où la visibilité est si réduite que le choix apparaît fondé sur tant d’incertitudes qu’il s’apparente à un pari hasardeux.

L’après guerre mondiale a été caractérisé par les développements de la guerre froide , la division du monde en deux blocs faisant planer le danger d’une guerre avec la destruction mutuelle des deux parties, et finalement ,avec la défaite du camp communiste et la suprématie idéologique et économique du libéralisme occidental; Ce paysage s’est brutalement transformé depuis les débuts du XXI ème siècle:

Les développements de la mondialisation  avec l’émergence  de nouvelles grandes puissances , la perte de la toute puissance américaine et la redistribution du pouvoir mondial , la crise financière très grave et les difficultés  des économies de tout le monde occidental, la montée des fondamentalismes religieux et l’universalisation du terrorisme , la prise de conscience des dangers écologiques menaçant  la vie même sur la terre bousculent tous les équilibres et toutes les certitudes du siècle précédent.

La disqualification complète du communisme , idéologie majeure du XXème siècle,qui ne subsiste plus que sous la forme de quelques dictatures momifiées ou de discours servant à maintenir au pouvoir  des groupes prédateurs qui ne croient plus un mot de leurs théories  a laissé un vide qui fait appel vers de nouvelles idéologies pour contester l’ ordre dominant et exprimer l’insatisfaction et les  rêves de larges masses devant  les errances du système actuel.

La social démocratie qui en est  un rejeton très modéré , mais partageant avec le communisme un fond commun d’alliances historiques et d’analyses de la société se trouve  écartelée entre  une aile tentée de reprendre l’héritage communiste à son compte et de verser dans le radicalisme irréaliste et une aile moderniste essayant de peser sur le plan social dans le cadre d’une économie libérale acceptée, à contre-coeur, comme seule viable économiquement.

L’écologie , qui a  alerté le monde sur les dangers que  lui fait courir   le non respect des équilibres naturels ,et qui se présente comme un discours  de la défense de la survie de l’humanité , s’est constituée comme une vision du monde  mettant au premier plan la protection de la qualité de la vie et de l’environnement , par opposition aux valeurs productivistes et de recherche de la puissance économique à tout prix.

Elle  a des affinités profondes avec l’altermondialisme , idéologie  multiforme qui exprime le rejet d’un monde gouverné par la seule rationalité économique et qui  coalise toutes les utopies contestatrices , sans parvenir à fournir un projet crédible et cohérent.

Face à ces idéologies contestant l’ordre  social et économique du monde , un autre groupe  idéologique a pris une ampleur inattendue: c’est celui de  la mise en avant de la croyance et de la pratique religieuse , qui est en quelques années devenu  le fondement des système politiques de nombreux pays musulmans , en même temps qu’il devenait , en Europe et aussi ailleurs , le support d’une communautarisation  rapidement expansive des populations musulmanes. s ‘appuyant sur le religieux pour former une quasi contre-société , comme le communisme a pu , à une certaine époque , fournir la base d’une contre société ambigüe en France , développant à la fois une culture parallèle et opposée à la culture environnante , et en même temps, fournissant parfois une voie d’intégration à des groupes marginalisés socialement .

En Europe , la puissance des effets de la mondialisation , avec ses effets de destruction économique de certains secteurs , en même temps que l’apparition d’instances supranationales , ont conduit à la réduction de fait des autonomies nationales , comme de la marge d’action du politique par rapport à l’économique.

Là encore , les esprits perdent leur repères , ne sachant plus ce qui est de l’ ordre de la réalité et ce qui est retard sur l’évolution du monde.

A ce sentiment d’impuissance qui produit une révolte s’ajoute la désorientation procurée par le sentiment , fondé, d’une  perte d’importance dans le monde  et d’un déclin de l’influence de la France , confrontée à l’arrogance grandissante des pays émergents.

En France , l’affadissement du référent national , y compris  dans sa transmission par l’Ecole , et la visibilité de plus en plus grande des cultures communautaires rend perplexe la population quant à l’importance  à leur  conférer ,entre  raidissement identitaire et multiculturalisme oecuménique.

La domination idéologique du libéralisme , appuyée sur l’effondrement politique et économique des sociétés socialistes , et sur la domination  politique sans partage  des Etats  Unis  a été ébranlée , avec ceux-ci, par  les attentats du 11 septembre , première faille dans leur invulnérabilité , puis par leur mise en échec en Irak devant la guérilla et le terrorisme ,et par la décrédibilisation du gouvernement américain quand ses mensonges ont été révélés au monde entier. La crise financière de 2008 , suivie de la crise de la dette en 2011  ,la stagnation des économies occidentales ,la montée du chômage,face au développement spectaculaire  des économies de pays émergents se démarquant ouvertement du souci de la démocratie , et voulant trouver des voies politiques négligeant ou méprisant la place de la démocratie, , ont fait naître le doute quant à la pertinence de l’idéologie libérale ,et même quant à l’universalité de l’idéologie démocratique.

Le paysage actuel est celui d’un monde ou personne ne peut  garantir que le système financier et économique mondial ne va pas s’effondrer dans une grande crise . Les spécialistes  sont divisés et s’affrontent dans des débats  diafoiresques ou affleurent leurs apriori politiques , les politiques restent prisonniers du court terme et pilotent à vue , les démagogues  se frottent les mains et demandent que  les élites leur laissent la place ,et assurent que des solutions simples  et radicales existent.

La disparition du pacte social qui a soutenu l’Etat-providence avec  la chute de la croissance pourvoyeuse de moyens crée le relâchement des solidarités , la méfiance entre groupes sociaux; parallèlement , les utopies sociales et politiques refleurissent partout , suggérant que l’union de la société n’est qu’une question de bonne volonté . Les démagogies se nourrissent de cet humus, les vieilles idées relèvent la tête , les masses attendent que quelque chose leur donne l’espoir d’une société meilleure , sans voir au delà des promesses , les catastrophes dont sont peut-être porteurs les prometteurs de pluie.

Le réalisme et le pragmatisme apparaissent comme insuffisamment porteurs de lendemains enchantés , le monde rêve de changements radicaux , les millenarismes religieux ou politiques ont le vent en poupe.

Dans cette conjoncture , les gens ne savent plus quoi penser , à quoi se rattacher , à qui se fier. Les marchands de rêve voient s’ouvrir des boulevards devant eux .

Les idéologies , religieuses ou politiques,  peuvent occuper le terrain. La demande est grande , d’entendre quelqu’un assurer que les solutions existent , pour peu qu’on lui fasse confiance et qu’on lui confie les rênes. Dans un monde ou le libéralisme s’accompagne d’une crise violente et inquiétante et ou les déboires du socialisme sont déjà oubliés, rien ne fait preuve , toutes les paroles se valent , les escrocs sont aussi vraisemblables que  les diseurs de vérité. La désorientation est générale et les gens ne trouvent plus que des vieux réflexes pour s’orienter: tel discours ressemble à celui qu’ils voudraient qu’on leur tienne , ou tel autre est "nouveau"  (‘puisque les anciens ne marchent pas , essayons autre chose).

Les idéologies du siècle précédent :communisme, tiers-mondisme,ont cédé la place aux  nouvelles constructions qui se lancent à l’assaut des esprits : altermondialisme , droits de l’hommisme,multiculturalisme,   écologie, toutes les combinaisons tentent leur chance , cherchent leur cible;

La guerre des idées fait rage , le choc des idées fait le même bruit que le choc des armes dans les mêlées des époques antérieures ."Gagner les esprits et les coeurs " devient l’enjeu  décisif dans les guerres réelles qui se mènent dans le monde (Afghanistan , Irak, etc.)Les beaux parleurs , hommes politiques , avocats, journalistes  et personnages médiatiques , deviennent des éléments clefs de la bataille généralisée qui court entre les lignes de chaque discours médiatisé.

Les individus sont immergés dans cette mêlée confuse , essayant de  trouver des repères dans ce bouillon, continuellement hélés par les sergents recruteurs d’une ou l’autre des parties , parfois sollicités pour donner un avis , en général sommés de décliner leur camp d’appartenance, avec les implications d’adoption ou de rejet qui en découlent.

De la même façon que les totalitarismes ont proliféré sur le terrain de la crise des démocraties dans l’entre deux guerres , (hyperinflation en Allemagne, guerre civile en Russie , mais pas aux USA  après le krach des années 30) , la crise générale  actuelle  des pays capitalistes  réouvre la quête de systèmes promettant une issue aux problèmes angoissants qui s’accumulent et qui menacent d’abord les plus fragiles.

La solution présentée jusqu’à présent comme la panacée : la croissance économique , pourvoyeuse d’emplois et d’état-providence , ainsi que de progression du niveau de vie , n’est plus au rendez-vous, entraînant angoisse , précarité grandissante et distension des solidarités. L’insécurité économique entraîne  le pessimisme sur l’avenir du pays ; l’inimaginable : la faillite d’un état européen,  se produit à nos portes. Les populations comprennent intuitivement que les dirigeants politiques et économiques  sont eux-mêmes incertains de la validité de leurs choix , et en désaccord entre eux.

Les égoïsmes nationaux et les  défenses des intérêts immédiats menacent de l’emporter sur les visions plus larges  et plus porteuses d’avenir , mais nécessitant de la patience et d’aller parfois à contre-courant des réflexes d’auto-protection.

La droite est décrédibilisée par   l’absence de la croissance qui pouvait paraître justifier une politique fiscale injuste , et qu’elle n’arrive pas à  convoquer , parallèlement à l’accroissement de la dette , nécessaire pour éviter le krack , mais contraire  à ses principes de gestion . Plus que régulant simplement  la libre concurrence , elle apparaît liéé aux puissances d’argent qui tentent de déséquilibrer à leur avantage les mécanismes d’équilibre des pouvoirs entre producteurs et consommateurs.

La gauche  , dépassée face aux problèmes financiers vis-à-vis desquels elle est totalement démunie , accumule les promesses sociales sans trouver de véritable réponse à la crise de l’économie, faisant naître le doute sur  sa prise de conscience de l’étendue des problèmes et apparaissant comme recommençant à psalmodier les promesses qui menacent de mettre en faillite l’économie fragilisée du pays.

L’impuissance qui se cache derrière les discours ronflants  des uns et des autres ne trompe pas grand monde , et les discours-refuges , comme les postures de dénonciation,  se multiplient  et attirent dans leurs rets ceux qui cherchent une réassurance face à la tournure inquiétante que prend le monde , matériellement et moralement.

Car le discours religieux, lui,  ne promet pas de solution aux difficultés économiques ,mais se présente comme fournissant du sens , et des repères , dans un univers qui semble échapper à tout contrôle et  à tout ordre humainement maîtrisé. Là ou paraissent jouer seulement des forces aveugles et destructrices de l’humanité , il avance un discours  structuré et organisé autour de la primauté des valeurs (traditionnelles) qui semble faire face au laisser-faire des sociétés occidentales , et au désengagement des Etats  dans le domaine des normes  et des obligations.

Face au désordre apparent du monde , les armées des  idées bien rangées  en imposent facilement, avec leur belle ordonnance et leur rhétorique bien affûtée.

Esprits indépendants, s’abstenir !

GB

Idéologies et identités collectives

octobre 10, 2011

Les idéologies sont  des systèmes de concepts , conçus par des individus ou des groupes  qui  construisent un édifice destiné à promouvoir  une vision du monde , basée sur la primauté accordée à certaines valeurs et à certaines formes de rapport entre l’individu et la société.

Elles proposent souvent une vision idéale de la société et des rapports inter-humains, et fournissent une argumentation , la plus convaincante possible, sur les moyens d’arriver à une telle fin.

Leur but est de susciter une adhésion intellectuelle , c’est à dire une adoption par les individus de leur manière  d’aborder les questions et finalement , d’obtenir une foi dans la validité des prémisses de cette vision des choses de telle façon que , si on accepte comme  juste une  partie des raisonnements , on est amené à  faire confiance pour le reste.

Le succès de ces idéologies est lié à la manière dont elles peuvent répondre , à un moment historique donné , aux attentes, aux craintes , aux difficultés de secteurs de la population.

Ensuite ,c’est la façon dont elles sont diffusées , et éventuellement martelées , par les médias et par les institutions de l ‘époque , la façon dont elles sont exemplifiées , l’incarnation par des figures prestigieuses ou des groupes sociaux provoquant un désir d’imitation, qui entraînent la contagion mentale qui fait que les idées se répandent et sont adoptées par un nombre grandissant de personnes.

Il existe à chaque époque une concurrence des systèmes d’idées dans laquelle des idées sont plus dans l’air du temps que d’autres; certaines idées paraissent plus porteuses de sens et de vérité que d’autres, à une époque définie et pour des populations particulières , eu égard aux conditions d’existence de ces populations

Par exemple , l’idée de société communiste a perdu après l’effondrement de l’Union Soviétique et la connaissance des méfaits des régimes staliniens et maoïstes toute crédibilité et tout pouvoir d’attraction et de conviction , à l’exception de quelques  îlots de croyance , contrôlés par des Etats maîtres des médias ou confinés à quelques cercles sectaires.

Un certain nombre de ces idéologies se réfèrent à des textes fondateurs ( la Bible , le Coran, les écrits de Marx et Lénine ou de Mao ) , qui ont entraîné la modification radicale d’un paradigme d’une époque , et qui deviennent la source d’interprétations concurrentes avec les phénomènes d’orthodoxie ou au contraire d’hérésie  qui en découlent, les textes fondateurs devenant  ce qui sert à trancher entre groupes rivaux divergents sur des poins secondaires du système élaboré.

Les querelles de légitimité deviennent  des luttes pour s’emparer d’un corps doctrinal qui permet de prétendre à des postes de pouvoir et en particulier  à celui  qui détermine ce qui est la compréhension "juste" d’un texte et donc le droit à faire disparaître les positions rivales , obtenant ainsi l’exclusivité de la position de porte parole du texte sacralisé.

On a vu ainsi les querelles de traduction ou d’interprétation des textes de Freud envahir les écoles de psychanalyse et déterminer des schismes et des excommunications ,des dissidences se créer et durcir en écoles et chapelles concurrentes , se disputant le "label" de psychanalyste , une compétition féroce existant pour se partager la domination intellectuelle accompagnée  de l’accession à des postes de pouvoir ( postes de direction et de recrutement dans des services hospitaliers ou des départements universitaires) permettant  d’assurer des positions d’influence et de renouvellement des candidats.

Les Eglises, les "écoles" mais aussi  les partis politiques deviennent les institutions dévolues à la conservation , à la reproduction et à l’expansion  de la "véritable" pensée du ou des fondateurs, en même temps que les lieux du pouvoir conféré par le maniement de ces formidables outils d’influence. Car celui qui contrôle l"expression et la forme de la pensée mise en position dominante contrôle la pensée et l’esprit des masses qui adhèrent à cette pensée ,  et peut même tenter de prévenir l’émergence d’une pensée dissidente et de la tuer dans l’oeuf.

C’est pourquoi le contrôle des médias et celui de l’éducation sont des enjeux absolument vitaux sur le plan politique , tous les mouvements politiques et religieux sentant bien que c’est dans ce "moulage" des esprits que se situe l’enjeu fondamental pour le maintien ou la perte de l’influence sur les populations.

C’est ce qui a fait que en France , l’Eglise  s’est défendue avec acharnement contre la perte de son magistère sur les consciences , luttant de toutes ses forces contre ceux qui cherchaient justement  à libérer la population du pouvoir d’influence des prêtres , à travers le ‘formatage" des jeunes esprits par toutes les institutions religieuses qui encadraient , à toutes les périodes de leur existence , la vie des paroissiens.

De la même façon , les grands mouvements totalitaires du XX ème siècle ( fascisme, nazisme et communisme) ont tenté d’encadrer les populations dès le plus jeune âge  à travers  par exemple les mouvements de jeunesse plus ou moins obligatoires dans lesquels l’idéologie de ces mouvements était serinée de façon continue et soutenue par des activités excitantes pour la jeunesse  ainsi que par l’esprit de groupe favorisant l’identification aux pairs.

Tous ces mouvements idéologiques ,ont visé une unification de la société à travers l’adhésion aux mêmes postulats de base et ont dû une large part de leurs succès au désir des populations de trouver un facteur d’intégration et d’unification dans ces croyances communes , les hommes cherchant à retrouver ce qui soude une communauté humaine et donne sens à son activité , contre les facteurs de division inévitables ( différences de culture   et d’intérêts qui dressent les gens les uns contre les autres) . L’universalisme des religions et des doctrines politiques totalitaires apparaît à nombre de personnes comme un antidote à l’individualisme séparant les personnes du corps social  et les coupant de la signification de leur existence. C’est ce qui donne parfois tant de foi à leur engagement  qui repose sur la conviction que la vie la meilleure est celle qui se consacre à un ensemble humain plus large ( même si c’est parfois au prix de la haine contre d’autres groupes humains).

Ce qui se passe actuellement  dans le monde avec la poussée de L’Islam et le poids grandissant du religieux pour les populations en difficulté d’intégration dans les sociétés d’Europe Occidentale montre bien comment les éléments psychologiques et sociologiques s’intriquent pour aboutir à des difficultés d’intégration et à des raidissements identitaires compensatoires.  Tout cela se conjugue dans  une tentative d’affirmation  et de valorisation de soi à travers l’identité islamique. Cette identité ,enveloppe d’une idéologie qui tente de nier la supériorité (intimement ressentie) de la culture occidentale en exaltant  l’effacement de l’individu dans la religion et la tradition, en essayant , de la même façon que les mouvements créationnistes aux Etats Unis , de contester la Science et la Raison  comme supports de la vérité , au profit d’une conception de la vérité bannissant relativisme et esprit critique et prônant la soumission absolue à des mythologies archaïques, fait écho aux blessures narcissiques vécues par les masses  musulmanes déshéritées du monde entier.

Elle est la tentative d’auto-réparation de  groupes sociaux marginalisés par les sociétés riches et modernes , mais qui malheureusement , comme beaucoup d’auto-médications comporte des risques très lourds pour ceux qui la pratiquent.

L’idéologie  (religieuse en l’occurrence) apparaît là  de façon très transparente comme la réponse à  des désirs  puissants de nature identitaire (affirmer la valeur de sa  culture et  manifester son rejet de la culture  environnante perçue comme  stigmatisant ce groupe), échapper à une destinée individuelle en affichant des signes de rattachement à une communauté qu’il s’agit en même temps de faire exister de façon volontariste, ce qui  permet de donner un sens communautaire à son existence.
Les systèmes traditionnels sont dans le monde moderne soumis à des épreuves de viabilité par la compétition mondiale  qui en ébranle les bases , ce qui retentit sur les représentations d’elles-mêmes de ces sociétés et entraîne des succès pour les idéologies qui essayent de restaurer ces systèmes en voie de désagrégation; Un grand nombre de personnes , en souffrance devant le constat  de leur impuissance à lutter contre l’organisation dominante de la société , se raccrochent à tous ceux qui leur parlent le langage du monde qu’ils ne veulent pas quitter et qui leur tiennent le discours qu’ils ont envie d’entendre : celui qui pourfend les valeurs de la modernité et qui avance l’idée que l’union "organique" de la société dans l’immobilité de la soumission totale à la pensée contenue dans un texte sacré  est meilleure que la  mobilité  de l’adaptation  au monde  vertigineusement changeant de la réalité actuelle. Certains choisissent de se faire les combattants de cette idée,jusqu’au meurtre et au sacrifice de leur vie.

Tous ceux pour qui la dureté de la société et la rapidité des adaptations mentales nécessitées par l’existence paraissent impossibles à gérer sont à la recherche de systèmes leur permettant de stabiliser leur pensée , d’expliquer le monde, et de s’y représenter comme doués de valeur. Les offres correspondant à cette attente sont nombreuses  qui se disputent ce "marché" des consciences  en plein désarroi.

Les discours religieux , politiques , et psychologiques , se pressent pour faire préférer leur offre , entre les produits bâclés et bas de gamme (la  camelote  à buts directement intéressés des sectes , les systèmes groupusculaires ne touchant que des cercles très étroits, mais parfois extrêmement déterminés , l’univers flou et labile des rumeurs) et les systèmes très élaborés et sophistiqués , appuyés sur des siècles de productions artistiques, esthétiques , théoriques, validés par la reconnaissance des élites culturelles et intellectuelles , qui finissent par constituer le fond  d’une culture dans une société.

A la différence des systèmes philosophiques purs , que leur complexité et leur difficulté d’accès réserve à  un nombre très réduit de personnes spécialisées dans la pensée , les idéologies sont des systèmes appliqués , formulés en termes non seulement accessibles à tout le monde , mais aussi construits pour séduire intellectuellement et  émotionellement , comme une voiture peut séduire à la fois par ses performances et par son esthétique , mais aussi par ce qu’elle fournit d’image sociale ,par sa référence  à un statut et à une façon de se situer par rapport à ce statut. (voyante ou discrète , puissante ou modeste , banale ou exceptionnelle , etc.).

Les choix idéologiques sont ,indépendamment des facteurs rationnels , des marqueurs d’appartenance  à des groupes sociaux ( marquage ou démarquage , d’ailleurs) dans  lesquels  le conformisme (ou son refus) est un facteur très important  ( Le film de Bertolucci "Le Conformiste" , exposait très bien comment un homme décidait d’adhérer au fascisme pour se fuir en  se fondant dans le système dominant . Plus les systèmes sont totalitaires ( c’est à dire visant l’alignement dans tous les secteurs de l’existence, en particulier privés) , plus la pression vers le conformisme est forte , plus le prix pour y échapper est élevé.

Mais la particularité des idéologies , quand elles sont des ensembles structurés , couvrant à peu près l’ensemble des  domaines de l’existence , est que elle peuvent éliminer  la pensée individuelle d’une personne , moins bien structurée , documentée ,étayée  comme certaines espèces animales ou végétales prédatrices éliminent parfois toutes les espèces concurrentes quand elle sont favorisées par un facteur climatique ou écologique et qu’il n’y a pas de prédateur pour cette espèce (algues vertes, carpes des grands lacs au Canada ,etc.

C’est ce qui pousse les groupes promouvant des idéologies à essayer  d’interdire  le droit à exister à  tous les systèmes concurrents susceptibles de donner une base de résistance  aux individus. Par nature , les idéologies sont expansionnistes et visent  à devenir le système de référence du plus grand nombre d’individus possible , comme les fournisseurs d’accès à Internet  ou les moteurs de recherche deviennent les filtres utilisés par des centaines de millions de gens pour découper la réalité  et accéder au monde.

De ce point de vue , la démocratie  est un système qui vise à préserver la liberté de pensée en luttant contre le monopole  sur la pensée  établi par un groupe (droits de la minorité , liberté d’expression, d’association et de manifestation , liberté de la presse et lutte contre la position de monopole dans les médias, neutralité de l’Etat dans les questions religieuses , choses bien plus complexes que la seule prise en compte d’une majorité numérique).

Finalement ,la démocratie , quand elle est assez au clair avec elle-même pour savoir  que elle doit se donner les moyens de lutter contre ceux  qui veulent laisser le champ libre  aux idéologies qui visent  le pouvoir sans partage et l’éradication de ce qui les conteste , est la seule forme politique qui défend la diversité de la pensée individuelle et sa liberté.

GB

Les révoltes arabes et l’incertitude de la suite

février 28, 2011

Les bouleversements  qui se produisent dans le monde arabe  entraînent  des réactions complexes chez les spectateurs de ces  modifications de tout les équilibres antérieurs.

D’une façon générale , et sur le long terme, on peut penser que  la poussée formidable en faveur de la démocratie est un progrès extraordinaire, parce que il marque l’ apparition d’une issue politique à la situation bloquée auparavant dans tout le monde musulman du fait de l’absence d’alternative politique aux régimes  de dictatures politiques qui  apparaissaient comme les seul aptes  à contrôler les populations déshéritées , privées d’expression politique depuis la fin des nationalimes arabes et du socialisme.

Il y avait un cercle vicieux dans lesquels ces pays étaient enfermés : pour éviter le développement des mouvements islamistes , toutes les libertés étaient supprimées. Mais de ce fait ,l’inculture politique créait le danger de réactions incontrôlées des masses, l’islamisme devenait le seul vecteur d’expression  du mécontentement et de la frustration des masses , les pouvoirs en place  faisaient des compromis continuels avec  l’intégrisme religieux ..

Les populations,conscientes de la complicité des grandes puissances avec l’ordre établi des choses , et comprenant qu’elles étaient tenues pour facteur négligeable dans le mainien des grands équilibres politiques , diplomatiques et économiques , se sentant méprisées , tentaient de restaurer leur fierté malmenée en  accentuant leur révolte identitaire par l’accentuation du modèle islamique , archaïque ,anti démocratique , anti-occidental.

L’islamisme apparaissait comme la seule voie de revanche possible , toutes les autres formules politiques ayant échoué., comme le seul discours échappant à la résignation , à la passivité, ou  à la négation de soi.

L’intervention armée des Etats Unis en Irak ,en imposant de l’extérieur et par la force ce qui ne pouvait réussir que venant  de l’intérieur , aboutissait au contraire du but proclamé à dissuader les partisans de la démocratie dans le monde arabe , et à les faire passer pour des suppôts de l’Occident.

La conviction que le monde arabe était  constitutivement inapte  à la démocratie imprégnait tous les esprits, avec l’idée sous -jacente que les structures tribales et claniques de ces pays ne pouvaient déboucher que sur le remplacement d’un clan par un autre ,prêt à s’enrichir et à abuser du pouvoir dès qu’il en aurait acquis les moyens , à l’image de la quasi-totalité des pays africains actuels.

Il est vrai que une révolte ne fait pas la démocratie , et une révolution encore moins souvent.

Mais le fait que les revendications de liberté et de création d’institutions démocratiques soient au coeur des demandes dans les pays où les révoltes se développent laisse à penser que l’idée démocratique  a conquis beaucoup d’esprits  , que l’on croyait étrangers à ces préoccupations.

Il y a évidemment loin d’une émeute populaire à la mise en place d’un système démocratique , et les islamistes sont toujours en embuscade , prêts à profiter de toute faiblesse du système de toute faille à utiliser pour essayer de capter à leur profit l’affaiblissement des barrières qui avaient été mises à leur développement;

Mais si les masses musulmanes peuvent commencer à mettre leur espoir dans autre chose que le repli  sur la religion et l’ordre féodal que les islamistes leurs proposent , il y à une chance de sortir d’un des plus grands dangers qui menacent le monde : la constitution d’une armée de la misère , de l’inculture et de la haine , prête à se détruire pour avoir la satisfaction d’emporter le reste du monde  dans sa perte ,une armée de nihilistes que la haine de soi emporte dans la haine de toute l’humanité.

Bien sur , le danger existe  à tout moment d’une dérive de la violence accumulée et libérée ainsi.La foule reste une forme sociale instable ,gouvernée par les idées simplistes , favorable aux extrêmes, prête aux changements brutaux d’ennemis et toujours  susceptible d’être gouvernée par les rumeurs, l’excitation collective et la décharge de la violence sur des boucs émissaires.

C’est pourquoi rien ne peut être affirmé quant à la tournure rassurante de la situation tant que des institutions n’auront pas été mises en place ,et la démocratie  instituée et pas seulement demandée.

C’est ce qui agace visiblement l’extrême gauche et même une partie de la gauche dans la réserve et la position d’attente des intellectuels français vis à vis de ces révoltes , dans le fait de ce qu’ils ne s’enthousiasment pas  sans réseve  devant ce chambardement en abandonnant tout recul.

Déjà ,  Ségolène Royal balayait d’un revers de main  péremptoire et expéditif ("N’importe quoi") ceux qui posaient la question d’une possible récupération islamiste de ces mouvements populaires.On voit bien comment certains se reprennent à rêver de schémas "révolutionnaires", qui avaient été tellement disqualifiés par l’ évolution de tous les régimes révolutionnaires ‘ de l’Urss à Cuba en passant  par le Vietnam.

Ceux là pensent que réapparaît une ouverture pour un retour  aux illusions  de leur jeunesse , une possibilité de recycler  tous les mythes sur lesquels ils ont fonctionné , tous les stéréotypes de leur pensée. Ils pensent pouvoir retrouver le magistère intellectuel qu’ils s’étaient attribué et qu’il faut exploiter la brèche.

La réalité  ne rentre pas dans ces schémas utopistes – ou froidement calculateurs pour des motifs d’élection présidentielle à venir.

Elle est que la situation présente est porteuse de très grands espoirs , mais aussi de très grands dangers. L’équilibre mondial est à la merci dun chaos qui s’installerait dans le golfe Persique ( la monarchie de Bahrein est menacée par la majorité chiite ,faisant courir le risque d’une intervention de l’Arabie Saoudite qui embraserait la région ; la Lybie ,déstructurée politiquement risque d’éclater sur un mode somalien , les révoltes tunisienne et égyptienne   ne trouvent pas encore d’expression instituée et les islamistes attendent leur heure.

La frénésie dénonciatrice qui s’attaque à ceux qui voudraient garder un peu de recul devant  les risques de la situation nouvelle montre comment l’angélisme de ceux qui ne sont pas sortis de la mauvaise conscience post coloniale est encore actif.

L’équilibre du monde est en jeu, et certains s’en réjouissent , pensant que rien de mal ne peut surgir d’un mouvement populaire , par essence , et même que  tout mouvement populaire est Le bien par définition.

La déification du peuple  est le premier pas  qui conduit au populisme , lequel ouvre la voie à la confiscation du pouvoir au profit  des démagogues qui  flattent les désirs de ce peuple.

Les chrétiens persécutés en terre d’Islam et poussés au départ

janvier 8, 2011

Le phénomène qui est en train de se dérouler sous nos yeux dans les pays ou l’Islam est la confession majoritaire montre la façon dont le monde musulman , échouant totalement quant à son entrée dans la modernité , s’isole peu à peu dans son refus de la réalité et bascule progressivement dans l’intolérance , la violence , et la destructivité.

Les références à l’âge d’or de l’Islam ou il y avait une soi disant tolérance à l’égard des "Autres" dans le Califat de Crdoue  -période d’ailleurs très discutable quant à son degré de tolérance , et très limitée dans le temps comme dans l’étendue géographique, ne sont plus de mise face à la réalité d’oppression et de haine qui se développe dans les pays ou l’Islam règne dans la société.

C’est dans l’ensemble du monde musulman que la vague de violence  monte contre les "autres" que ce soit les religions autres ou les Occidentaux de façon générale.

Les attentats du Caire qui ont fait  plus de 20 morts et une centaine de blessés parmi les fidèles venus prier dans une église sont peut être inspirés par Al Kaïda comme l’affirme le gouvernement égyptien , mais ils ne sont que le point culminant d’une longue série d’agressions , de plus en plus violentes et meurtrières perpétrées dans les campagnes égyptiennes contre les membres la communauté Copte par leurs voisins , et l’attitude du gouvernement égyptien  est profondément ambigüe face à ces violences. Le gouvernement égyptien , comme le gouvernement algérien face aux islamistes en Algérie , se présente comme l’adversaire principal des forces islamistes qu’il s’efforce de contenir , et en même temps , comme les autres pouvoirs des pays musulmans , il ne cesse de reculer devant les exigences des islamistes , de leur faire des concessions et de soutenir la réislamisation grandissante de ces pays. L’inexistence de mouvements politiques de contestation dans ces régimes dictatoriaux  ou policiers , du fait de leur anéantissement par les mesures d’interdiction et d’emprisonnement , et parfois de terreur politique ne laisse plus de place à autre chose qu’a l’alternative des mouvements radicaux islamistes  que le pouvoir renforce  en ne laissant pas d’autres choix aux populations pour exprimer leur révolte ou leur souffrance.

L’assassinat au Pakistan  , le 4 janvier ,  du  gouverneur du Penjab  Salman Taseer ,parce que il avait défendu une chrétienne ,Asia Bibi, condamnée à mort pour "blasphème" ,montre la progression du fanatisme , de la barbarie , et de la haine religieuse meurtrière  et la talibanisation du monde musulman. Les islamistes ont fait un héros de l’assassin du gouverneur , son propre garde du corps , et ont même trouvé le moyen de lui passer une couronne de fleurs à la sortie du tribunal. Un des derniers partisans d’un Islam tolérant et ouvert disparaît et la peur  s’étend de plus en plus sur le Pakistan<<<<; Plus de 900 personnes ont déjà été condamnées  à mort au Pakistan pour "blasphème"  . Même si la plupart des  condamnations ont été diminuées en appel , les exécutions extra judiciaires font des ravages parmi les condamnés qui ne sont pas quittes pour autant.

Le journal Le Monde rapportait que il n’existait plus au Pakistan que une seule personnalité  , Sherry Rehman , pour oser demander la révision de la loi sur le blasphème et abroger la peine de mort prévue comme comme seule sanction dans ce cas.

Partout , les islamistes grignotent  les lambeaux de laïcité qui restent dans les pays musulmans et , dans les pays occidentaux , ils cherchent les brèches qui , sous prétexte de liberté religieuse , leurs permettraient de s’étendre et de faire pression sur leur communauté..

Ceci montre deux choses: d’abord que l’islam modéré est en recul constant devant l’islam totalitaire , agressif et conquérant  ,qui constitue de plus en plus un système hybride religieux et politique ,lancé à la conquête du pouvoir politique et idéologique  comme le communisme l’a été dans le siècle précédent . Cette idéologie de conquête, qui s’appuie sur les échecs de la civilisation musulmane  à affronter , économiquement , socialement et intellectuellement les défis de la modernité tire profit de ces échecs et  de l’absence de perspectives  politiques pour les masses déshéritées de ces pays ,et leur propose une revanche politique , avec la prise d’un pouvoir et  l’éviction par la force et la terreur des minorités susceptibles d’être des ferments de relativisation de leur hégémonie.

Ensuite , cela montre l’habileté , mêlée de perversité , des dirigeants islamistes dont le but suprême est le contrôle des esprits pour instaurer le règne sans partage de leur idéologie ,et leur aptitude à  alterner suivant les besoins de la conjoncture  , entre pression juridico légale et pression communautaire  et avancées politiques ou militaires pour conquérir des positions de contrôle des esprits. Le politique est pour eux simplement le lieu de  la concentration des moyens les plus puissants ( police , armée , pouvoir judiciaire , contrôle des établissements d’"éducation" ) qui permettent d’assurer des positions inexpugnables dans le contrôle des populations . La façon dont les grands états musulmans "laïques" (Algérie ,Egypte , Turquie ) ont en quelques années reconfessionnalisé leur système  la transformation , visible à l’oeil nu , de l’apparence de la population dans les rues , envahies par le voile des femmes et par les tenues "intégristes" des hommes , montrent l’efficacité de la stratégie islamiste qui mène de front  pression mentale et pression politique.

Tout ceci montre l’importance à la fois de ne pas céder un pouce de terrain aux pressions des islamistes , parfois secondés au nom de la liberté religieuse ou de la culpabilité post coloniale par une gauche elle même plongée dans la confusion par la décomposition de son système idéologique devant la mondialisation , et de soutenir  , sans illusion exagérée , les partisans d’un islam ouvert et tolérant ,seule alternative  pour l’avenir ,à la dérive dans la barbarie de l’islam de cette phase historique.

La fureur éradicatrice et purificatrice  nourrie de croyance religieuse qui fait rage dans ces pays évoque le climat  de terreur  inquisitoriale  des guerres de religions en Europe au 16ème siècle , mais ce sont cette fois les chrétiens qui sont la cible directe des prédicateurs qui attisent la violence des foules , violence qui ne demande qu’à trouver un ennemi sur lequel se déchaîner.

L’expérience montre que les prédicateurs ne sont pas accessibles aux raisonnements.Il n’y a que la force , de la loi ou des armes ,qui peut les empêcher de nuire , les négociations n’étant vécues par eux que comme une "pause" en attendant la reprise de leur offensive.

C’est aussi un élément dont ne peuvent pas ne pas tenir compte les Israéliens dans leur rapports avec les Palestiniens ,à un moment historique ou les islamistes ne cessent de gagner du terrain au Proche Orient.

La Turquie démasque son jeu islamiste et renverse ses alliances.

juin 18, 2010

La fièvre propalestinienne et le flot de haine anti israélienne qui se développe dans le pays , attisé par le gouvernement qui multiplie les diatribes haineuses  après avoir organisé par le biais de l’organisation islamistes IHH , organisation pratiquement sous contrôle gouvernemental , le piège tendu à Israël , montrent clairement que les  islamistes qui ont pris la direction du pays ont décidé de tomber le masque.

Les indices se sont accumulés récemment ,provoquant l’inquiétude des Etats Unis, qui ont bien senti le virage en train de s’opérer . Les indices les plus importants ont été le refus de condamner l’Iran pour sa politique de fabrication de la bombe. Ahmadinejad est devenu "notre ami",la Turquie a soutenu la tentative du Brésil de brouiller les cartes pour empêcher des sanctions plus fortes pour faire pression sur l’Iran, se disant non convaincue de la volonté d’accès à l’arme nucléaire des iraniens; les relations avec la Syrie, dictature féroce mise au ban des nations pour sa stratégie d’assassinats politiques au Liban ont été réactivées. La Turquie n’a pas de mots assez doux pour ces régimes de terreur. Les relations avec la Russie ,sont aussi rééxaminées, quitte à faire des pas (limités) vers la "normalisation" avec l’Arménie , protégé de la Russie dans la région.

En clair,si notre alliée la Turquie est l’amie de tous nos ennemis , ou de nos adversaires, est elle encore notre amie?

Les Américains , avec une certaine dose d’égoïsme, ont tenté de pousser l’Europe à intégrer la Turquie pour  tenter de la freiner dans sa glissade  de recentrement moyen oriental , sans bien réfléchir au risque qu’il y avait à introduire le loup islamiste dans la bergerie européenne. Heureusement , la France  a exprimé clairement son refus de se laisser ligoter par les promesses inconsidérées faites par les bureaucrates européens , qui se sont enfermés dans leurs engagements initiaux.

Manifestement pour tout le monde , les négociations d’admission de la Turquie en Europe sont dans le coma,et la nouvelle orientation de la politique turque produit une telle inquiétude que  cela ne va pas améliorer l’état clinique du patient.

Cela a évidemment joué un rôle dans la réorientation de la stratégie internationale turque. Les dirigeants turcs ont longtemps tenté de garder deux fers au feu . Ils ont craint à une certaine époque  que la fermeture de l’option européenne ne donne un coup d’accélérateur brutal  aux tendances  islamisantes  dont ils voulaient  maîtriser  le rythme du développement . Nous y sommes. Le balancier est revenu du côté islamisant.

Le gouvernement turc a lâché les freins et  a même poussé la machine pour lui donner de la vitesse dans la pente, et le phénomène va s’accélérer.La surenchère avec les groupes ultranationalistes a commencé , et le gouvernement s’efforce de ne pas être en reste avec les ultras qui lui demandent de rompre avec Israël , La démagogie,la haine , la désinformation battent leur plein. Dans l’ atmosphère de nationalisme exacerbé  et de violence larvée qui se développe , ce sont les extrêmes qui ont la main.

La couche fragile de valeurs occidentales ( laïcité , droits des femmes, démocratie) imposée à la population par le Kémalisme (nationalisme autoritaire et laïque) et  adoptée par une partie seulement du peuple a été déjà entamée par le travail de sape mené par le gouvernement islamiste lui même . Tentative de réintroduction du voile dans les universités , exemple de la famille du chef du gouvernement Erdogan  voilée dans ses apparitions publiques, mise à l’écart des leviers du pouvoir des militaires qui s’estimaient garants de la préservation de la laïcité , le grignotage par le parti islamiste au pouvoir des "acquis" laïques a été constant, et a contribué  à frayer la route au renversement de références qui se met en place.

Si les faits ne suffisaient pas , la modification du langage suffirait à démontrer le changement q ui s’opère: le langage haineux et menaçant utilisé par les responsables politiques eux mêmes montre que l’on change de moeurs politiques. On voit réapparaître  l’excitation des masses par les discours outranciers, la phraséologie incantatoire , l’irrationalisme et la violence caractéristiques des habitudes politiques dans le monde musulman; . Le style du discours se rapproche déjà des discours  tenus dans la région.

Si le virage effectué par la Turquie , et qui n’en est qu’ au début ,a l’ avantage de régler par lui même la question de son admission en Europe, les dangers qu’il implique pour la paix régionale sont quand même très grands. Jusqu’où ira la réintégration du giron islamique par la Turquie? Plus inquiétant encore , c’est la capacité même d’une société culturellement  organisée par l’ Islam a assimiler les valeurs de démocratie , de liberté et et d’égalité qui est mise en question. Car si la Turquie , après 85 ans de laïcité et d’amitié avec l’Occident choisit de retourner en arrière , de se réislamiser, et de rentrer  dans la surenchère avec  l’Iran et l’Egypte dans l’idée de dominer cette région  de règne total de l’Islam , quelle chance y a t-il que d’autres pays , qui ne se sont jamais confronté à la démocratie et à la liberté ,adoptent ces valeurs.?

"L’homme fort" qu’est la Turquie va-t-il s’aligner sur les brutes de la région?

Intégrisme islamiste et refus des complexités identitaires

mai 18, 2010

d’après l’interview de Mohsin Hamid , écrivain, dans le Figaro du 18 /05/2010

Mohsin Hamid a publié en 2007 chez Denoël un roman , "l’intégriste malgré lui" qui décrit la dérive d’un jeune américano pakistanais parfaitement intégré vers un rejet haineux de l’Amérique. L’auteur livre dans cette interview ses réflexions sur les mécanismes qu’il relève dans cette sorte de dérive fondée sur une crise identitaire. Interrogé sur cette "rupture" identitaire ,il  remarque que la plupart des terroristes ont passé une grande partie de leur vie en Occident ou y sont nés. Son idée est que c’est le caractère hybride  de l’identité de ces hommes qui leur a fait problème , "non pas que l’on ne puisse pas vivre avec plusieurs identités mais il arrive que deux de ces identités essentielles se retrouvent en conflit et que nous décidions d’en renier une. Cette volonté de rompre avec une partie de votre identité a des causes multiples. Un traumatisme,une peine amoureuse, comme pour mon héros, une faillite comme dans le cas de Faizal Shahad (à l’origine de la voiture piégée de Times Square à New York désamorcée à temps), ou tout simplement le sentiment de ne pas être dans le tableau. Si je franchis ce pas, si je décide de renier mon identité américaine pour me proclamer exclusivement pakistanais et musulman, je ne le fait pas parce que c’est vrai -c’est faux! mais parce que je veux me libérer de la complexité de mon identité hybride. Beaucoup de gens remplissent ce malaise en sombrant dans l’alcool , la drogue , ou… en écrivant des romans. Mais si vous basculez vous allez chercher un récit idéologique qui justifie votre démarche. Vous dites que les Américains sont en Irak ,qu’ils bombardent votre peuple au Pakistan. Vous cherchez à recréer dans le monde extérieur la cassure qui est à l’intérieur de vous. "

A la question de l’interviewer de savoir si les affaires comme celle de Times Square risquent de galvaniser le sentiment antimusulman  et de créer par ricochet de nouvelles fêlures identitaires et de nouveaux apprentis terroristes , l’écrivain répond : " Des millions de musulmans vivent en Occident. Les terroristes ne sont qu’une poignée. Il ne faut donc pas sombrer dans le pessimisme. Mais il y a un risque si on commence à penser qu’un Américain Pakistanais est un oxymoron , une contradiction dans les termes,  alors on verra grandir la crise d’identité de la minorité. Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides ,il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des Etats Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique , un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer , se rapprochant de ce qu’il est en Europe… Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également.De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles , menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen

Interrogé sur la question de savoir si il a éprouvé lui même le même rejet de l’Amérique que le héros de son roman , Mohsin Hamid répond avec franchise:"Même si je me sens totalement en accord avec mon identité multiple pakistanaise , américaine , européenne, je dois dire que après le 11 septembre, quand les tambours de la guerre résonnaient à travers le monde, j’ai ressenti moi aussi cet appel tribal , ce besoin d’une identité musulmane simpliste, même si elle ne correspondait pas à ce que je suis. En écrivant ce livre , j’ai voulu explorer les échos du tribalisme que je ressentais. Mais j’ai aussi voulu prendre le lecteur à témoin , un peu comme Camus le fait dans "La chute". Montrer que l’issue de l’histoire dépend aussi de son regard à lui."

Cette interview remarquable de lucidité rassemble bien des éléments fondamentaux du phénomène de conversion intérieure – par réduction- qui s’opère chez certains sujets  , effrayés par la difficulté de gérer une complexité interne , et qui , sous l’effet d’un choc ou d’une rencontre , font "un grand bond en arrière" vers à la fois l’unification forcée de soi et la fusion dans l’ensemble plus grand , que Hamid repère très bien comme de nature clanique.

Et  sa mise en parallèle des peurs identitaires symétriques en Occident et dans le monde musulman ,éclaire bien les tendances claniques , ou communautaristes, qui sont les modes de défense  des individus perdus  devant la perte des repères de la tradition , et sur lesquels misent les extrêmistes des deux mondes.

L’angoisse devant la dilution des repères identitaires crée une attitude réactionnelle d’affirmation exaltée ,qui précipite une réorganisation de l’échelle des valeurs ,t placée sous la domination absolue des valeurs  identitaires claniques . Il y a une absolutisation  et une essentialisation des  arguments fondés sur l’identité qui est choisie, là où les questions ne se posaient pas en terme de choix, mais d’équilibre.

A partir de là , se produit la rencontre , recherchée , avec une idéologie qui vient à point pour fournir sa cohérence et sa justification à ce choix; l’individu qui a opté pour l’unité totale ne supporte plus ce qui est élément de division intérieure. Toute ambigüité risque de réouvrir le dilemme qu’il a décidé de clore et de fragiliser sa reconstruction , de le priver de la source d’énergie que constitue pour lui l’unité de but et de point de vue sur le monde.

Désormais , il sait ce qu’il veut , et sa vie qu’il considérait comme privée de sens et de valeur a récupéré ceux-ci: il peut mourir en paix , pour la Cause, et même racheter ainsi toutes les imperfections du passé.

Ainsi se dessinent deux modèles identitaires fondamentaux : un modèle ouvert, qui tolère ses contradictions intérieures et les perçoit comme des souces de richesse , et de particularité; et un modèle fermé , qui tente de réduire à un seul principe cette identité et d’en faire tout découler . Cette réduction de l’être et de la pensée  est aussi dangereuse que la réduction progressive du vocabulaire dans le monde Orwellien de 1984. La pensée unique est le dernier stade avant la disparition totale de la pensée . Surtout l’Etre humain n’est plus un être de choix , mais d’effectuation d’une règle ou d’une essence. Un peuple , un Führer, un Empire, la règle du Un est celle de la mort de l’individu et de la conscience , c’est à dire de l’humain . La haine de la complexité , qui est ausi la haine de la liberté et de l’intelligence ,prépare le terrain des tables rases de la culture , de l’histoire , et de la mémoire. C’est la disparition de la part d’ombre au profit de la lumière des lampes d’opération qui préparent la lobotomisation si apaisante.

Le club des lobotomisés volontaires a encore beaucoup d’avenir devant lui!


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