Archive pour avril 2008

« La nation et la mort » de I.Zertal, une machine de guerre anti-israelienne écrite par une israelienne

avril 30, 2008

Il y a un problème des antisionistes israeliens que n’ont pas les antisionistes de la Diaspora: rien n’oblige ces derniers à vivre en Israel.

Par contre, pour les premiers, vivre dans un pays dont ils n’acceptent pas les idées et les valeurs fondatrices, dont ils pensent qu’il est une erreur historique, et même une faute, ne va pas de soi.

De plus , ils vivent avec la menace constante d’être désignés comme traîtres à leurs compatriotes puisque leur pays est en guerre, depuis sa naissance, avec des ennemis qui ne rêvent que de le détruire, et eux, trouvant qu’il ne devrait pas exister, fournissent des arguments à ces ennemis dans la guerre des idées qui fait rage autant que celle des armes.

Leur marge de manoeuvre est étroite face au reproche de déloyauté vis à vis de leurs concitoyens.C’est pourquoi ils mettent beaucoup d’énergie à essayer de démontrer que les véritables traîtres au peuple juif, ce sont les « dirigeants sionistes » (indépendamment de toute étiquette politique, car pour eux, ces dirigeants participent de la même idéologie haîssable).

Si ils étouffent trop dans une société israélienne si à l’opposé de leurs vues, et pourtant très tolérante à leur égard, ils peuvent se tenir chaud dans les petits cercles gauchistes ou on ne risque pas d’entendre de propos patriotiques auxquels ils sont allergiques, et en dernier recours, ils peuvent écrire un livre antisioniste ,ou ils se citent réciproquement avec leurs amis. Leur position n’est pas désespérée, même si les beaux jours de l’internationalisme sont derrière eux, probablement sans espoir de retour.

C’est le choix qu’a fait I.Zertal, et elle met du coeur à l’ouvrage, en ajoutant une note personnelle:

La tentative de discréditer les batailles emblèmatiques de la lutte armée juive:(le dénigrement de la bataille de Tel Hai, de la révolte du ghetto de Varsovie, et de l’affaire de l’Exodus.)

On ne peut que être ébahi devant les attaques auxquelles se livre IZ contre la mise en exergue par le sionisme de ces trois évènements historiques, la pire étant celle qui vise l’insurrection du ghetto de Varsovie. Emportée par sa volonté de détruire les symboles mêmes du judaïsme combattant, qui irritent visiblement sa sensibilité pacifiste, elle va très loin.

Ainsi, dans ces trois cas,elle parle de « déroutes métamorphosées en victoires triomphales. Pour elle, « la révolte des ghettos n’avait aucune chance de se traduire par une victoire sur les nazis, et a abouti au suicide collectif des survivants de la rebellion »,et , reprenant les mots de N.Alterman, « pour ce qui est de sauver les âmes juives,la contribution de la révolte fut pratiquement nulle et tendit plutôt à mettre en danger la vie des autres habitants du ghetto ».

Ces commentaires montrent le degré d’hostilité envers le sionisme qui la pousse à quasiment reprocher aux insurgés un combat qu’elle juge inutile et « dangereux » pour les autres juifs.

Autant on peut comprendre la critique de la tentative de récupération qui a conduit les sionistes à présenter cette révolte comme un acte « sioniste », autant il faut reconnaître que l’esprit de cette révolte, qui était de rompre avec la passivité juive et de préférer mourir les armes à la main plutôt que comme des bêtes, était parallèle à l’idée sioniste de sortie de l’univers de soumission et d’acceptation de l’humiliation et de l’abaissement, même si il n’était nullement accompli « au nom » de cette pensée.

Dans la même lignée de pensée, elle s’en prend à l’épopée de l’Exodus, tentant par tous les moyens de diminuer la valeur de cet épisode:elle présente les juifs rescapés des camps allemands embarqués à bord comme les instruments manipulés par les dirigeants sionistes, remettant en cause la liberté de leur choix quand à une immense majorité ils se sont prononcés pour rester à bord et poursuivre leur lutte, tout à fait conscients de l’enjeu dans l’opinion publique mondiale et dans les négociations internationales sur un « foyer juif » en Palestine, qui ont d’ailleurs abouti peu après. Que cette action ait été un immense succès politique ne compte pas à ses yeux relativement au fait que les passagers de l’Exodus ont du repasser par un camp et attendre des mois avant d’arriver en Israël. Pour elle,toujours dans la mauvaise foi de la critique systématique, c’était un échec puisque ils on été arraisonnés avant leur débarquement en Palestine.

Le dernier exemple développé par elle , la bataille de Tel Haï, ou Trumpeldor,organisateur de la milice de protection des exploitations agricoles juives en 1920, est tué lors d’un raid arabe, est encore pour ellela preuve d’une manipulation des faits par les sionistes, puisque ils « transforment une déroute en victoire glorieuse ». Là encore on voit à l’oeuvre la pratique chez elle d’une accusation systématique et le détournement du sens d’un évènement. Ce qui pour elle est une « déroute », c’est une escarmouche ou les juifs ont eu six morts,et dont le sionisme a fait l’emblème du sacrifice patriotique pour la défense d’un territoire, puisque le contexte était que Trumpeldor était conscient de l’infériorité militaire de sa position, mais a accepté de sacrifier sa vie , contre la position de la droite qui prônait le repli et selon la position de Ben Gourion qui disait que si les Juifs commençaient à lâcher du terrain, ils n’en auraient bientôt plus aucun.

On voit bien dans ces trois exemples, choisis par elle, la volonté de détruire les symboles mêmes qui soutiennent un sentiment d’unité nationale, au prix d’une torsion infligée aux faits, un peu comme si quelqu’un essayait de ridiculiser la Marseillaise, le 14 juillet, et l »anniversaire de la victoire de 45.

Ceci situe bien son parti pris contre tous les emblèmes d’une volonté juive de se battre ( c’est inutile, dangereux, ridiculement orgueilleux, etc.) et sa volonté de faire feu de tout bois pour attaquer ce qui est si contraire à son idéologie.

L’accusation de manipulation de la Shoah par le sionisme

Cette accusation est devenue l’axe principal d’attaque de tous les antisionistes,l’idée étant que le sionisme utilise cette position victimaire pour se considérer comme en état de légitime défense perpétuel et pour ne rien vouloir savoir de ses torts envers les autres, les Arabes au premier chef.

Sur ce point, la thèse de IZ n’est pas originale. Elle s’appuie sur une dialectique en deux temps. Dans un premier temps, il est reproché au sionisme, dans sa tentative de bâtir un « homme nouveau », d’avoir nié la valeur de l’existence en Diaspora, et d’avoir eu des attitudes de mépris à l’égard des juifs non sionistes, considérés comme soumis et apeurés, tout en voulant parler en leur nom, car se considérant comme les seuls représentants authentiques du peuple juif.Il y a déjà là une volonté de monter la diaspora contre l’etat juif-voyez comment ils vous traitent-, et de susciter un mouvement hostile qui isole le gouvernement dans le peuple juif.

C’est cependant une critique fondée historiquement, et il existe encore des restes de cette attitude( AB Yehoshua déclarant récemment que les juifs de diaspora sont des « Juifs partiels », déclaration pour laquelle il a du présenter des excuses); Il est évident que la glorification du combat ,militaire en particulier, est insupportable à IZ, de même que l’idée de reprocher aux juifs de s’être laisser faire sans se défendre dans la période nazie lui paraît inacceptable.

Cependant,sa position est mitigée, car si elle s’indigne de ces reproches, elle reprend à son compte entièrement la position de Hannah Arendt qui s’interroge sur la non-résistance juive dans son livre: »Eichmann à Jérusalem »: Arendt relève que les Allemands ont été surpris du degré de la coopération des Juifs; elle considère, avec Raul Hillel, que si les juifs n’avaient pas eu de dirigeants, cela aurait été le chaos, mais il y aurait eu peut être seulement la moitié des morts qu’il y a eu.Partout ou les Juifs n’ont pas coopéré, ont fui les nazis, ou se sont réfugiés dans la clandestinité, cela a été le cas.

IZ relève le parallélisme de cette position de Arendt et de celle du juge Benjamin Halevi, du tribunal de l’affaire Grunwald_Kastner pour qui « le devoir des dirigeants juifs aurait été d’armer le peuple, sinon avec de vraies armes, du moins en leur faisant connaître la vérité sur ce qui se passait à Auschwitz et dans les autres camps de la mort, leur permettant ainsi de penser et de décider par eux mêmes et pour leur propre famille, ce qui revenait à leur accorder la liberté de choisir leur propre destin.

Cette conception, qui limite la soumission aux dirigeants de la communauté juive, ne règle cependant pas la question de la résignation et de l’absence d’esprit de révolte dans les périodes qui précédaient la phase finale, celle ou évidemment plus rien n’était possible.Le problème n’est pas que la majorité soit restée impuissante face à l’extrême violence et à la terreur nazie, il est que des voix ne se soient pas élevées, pas seulement celles de dirigeants, pour appeler à toute forme de rebellion possible. L’opposition entre l’héroïsme combattant et l’héroïsme quotidien de ceux qui ont maintenu les organisations d’aide communautaire n’est évidemment pas de mise, mais que il n’y ait eu aucune « division du travail » entre les différents modes de résistance pose question,celle de l’absence d’un esprit de combat communautaire dont on ne peut pas considérer que les dirigeants doivent être le seul support.

Toujours est il que tous les observateurs s’accordent à dire que le procès Eichmann et le procès Kastner ont marqué un tournant dans cette façon de voir les choses , dédaigneuse à l’égard des Diasporas, et qui s’était accompagnée d’une inaudibilité des rescapés des camps, tant leur discours heurtait les modèles héroïsants du sionisme.Depuis, le discours sioniste a perdu sa tonalité héroïsante des débuts, et une forme d’identification aux juifs diasporiques est apparue, avec la conscience d’une sorte de vulnérabilité de l’Etat Israelien.

Mais pour IZ, pas question de relier ces conceptions à la phase historique de construction d’un Etat qui devait bouleverser de fond en comble les mentalités de résignation et de faiblesse héritées d’un mode de vie communautaire,modelé par la tradition et la religion,n’ayant jamais depuis des millénaires été en position d’utiliser la force pour se défendre ou pour soutenir ses buts politiques.

Ce qu’elle ne peut admettre, c’est que tout mouvement national, visant à la création d’un etat, passe par la construction volontaire d’un « panthéon national »,pour obtenir l’adhésion d’une population autour de symboles condensant les valeurs sur lesquelles un peuple se réunit, et qu’il existe une phase ou cette référence collective se forge. Ne comprenant pas ce qu’est un mouvement national, elle interprète cela comme une « manipulation »;

Le deuxième temps de l’offensive antisioniste,après celui de la dénonciation de la sévérité à l’égard des victimes, dont le sionisme cherchait à se différencier à tout prix, c’est celui de la dénonciation inverse: celle de l’utilisation constante du rappel de la Shoah, pour « faire peur » à la population en agitant soi-disant la menace d’une autre catastrophe et pour justifier des violences à l’égard des populations arabes.

Pour renforcer sa démonstration, IZ recourt elle-même à de multiples manipulations pour étoffer ses affirmations.

L’amalgame,quand par exemple, elle traite comme des expressions du sionisme dans son ensemble des déclarations du Goush Emounim, organisation d’extrême droite développant les implantations religieuses, ou même des déclarations de Netaniyaou , un peu comme si l’Irgoun avait été la vraie représentante du sionisme.

Surtout, c’est le déni de la réalité, quand elle reprend, comme c’est à la mode chez les antisioniste, les circonstances du déclenchement de la guerre des 6 jours en minimisant les appels à la destruction d’Israel des pays arabes, leurs annonces de la fin proche des juifs, qu’elle ne veut traiter que comme des « façons de parler »,(comme si les juifs n’avaient pas appris que les appels au meurtre ne sont pas des paroles en l’air) les initiatives militaires arabes ( survol des installations atomiques israeliennes, pactes militaires Irak, Syrie, Egypte, le blocus de la mer Rouge et donc du port vital d’Eilath )sont considérées comme des rodomontades sans importance . Au fond, dit-elle, les pays arabes n’étaient pas prêts à attaquer, ils ne l’auraient été que 4 ou 5 ans plus tard, et l’armée israelienne a profité de ces erreurs pour prendre l’initiative. Ce qui montre l’irresponsabilité de ce discours:il fallait attendre que les arabes soient vraiment en position de gagner pour faire la guerre!

Cela lui permet en tout cas d’écrire des pages sur « l’hystérie » de la population, craignant la destruction du pays, hystérie induite dit elle par les dirigeants (toujours eux), oubliant les menaces de génocide proférées par les arabes , et que Eshkhol était à l’époque premier ministre, hésitant et bafouillant, et que c’était son attitude ambigüe et contradictoire qui inquiétait la population, sentant l’absence de ligne claire face à une menace de guerre annoncée et martelée par les dirigeant arabes, inquiétude qui cèda le jour ou il laissa la direction des opérations à Dayan..

Cette vision de la Shoah comme alibi des gouvernements israeliens permet aux antisionistes et aux pacifistes de développer leur idée clef: l’ Etat Israelien est surpuissant par rapport à la région, et il ne court donc aucun danger réel. Les arabes sont faibles, ce sont des victimes de l’agression israelienne, la simple existence des israeliens est une agression, et donc encore plus l’occupation de la Palestine.

Le fait que l’Etat israelien ait gagné d’extrême justesse la guerre de Kippour, qu’il soit en échec face au Hezbollah dont des dizaines de milliers de roquettes attendent de servir, que l’Iran annonce sa volonté de le rayer de la carte tout en construisant une bombe atomique, cela ne veut rien dire aux yeux des antisionistes.Jusqu’à la dernière seconde, ils sont prêts à nier la réalité . Le monde entier est inquiet de ce qui se mitonne dans la région, mais eux,ils n’ont pas peur. Cela leur paraît une intoxication de la population par « les dirigeants sionistes ».

On est au bord du négationnisme de Marion Cotillard pour qui on n’est pas vraiment sur que les attentats su 11 septembre aient eu lieu et qui pense que c »est peut-être une manipulation des dirigeants américains ( ou sionistes ,d’ailleurs).

L’etat israelien est leur ennemi,(jamais elle ne précise de quel gouvernement elle parle: c’est l’Etat Juif dans son ensemble, dans son essence, qui est toujours visé), c’est son essence qui est mauvaise, et tout ce qu’il dit est forcément mensonger et manipulateur.. Elle ne se reconnait dans aucun gouvernement, de droite ou de gauche) et se sent plus proche des Palestiniens que des Israeliens,ses compatriotes.

« La mémoire de la Shoah mine-t-elle Israel? », c’est la question que posent les antisionistes, ou qu’ils font semblant de poser, comme le fait Avraham Burg, dans le débat publié sous les auspices de TELERAMA avec Alain Finkielkraut, préparant le terrain à ceux qui considèrent que on s’est assez apitoyé sur les juifs, et que il est temps de s’apitoyer sur les arabes.

IZ a une réponse: « il faut savoir oublier »; puisque on se rappelle »trop », une bonne amnésie serait salutaire. »Nous,nous devrions oublier » écrivait Elkana dans un article de Haaretz, pour lequel elle exprime son admiration. Quelle audace, chez cet homme!

C’est le dernier retournement de situation: après avoir reproché aux sionistes de mépriser la Diaspora, et donc les juifs,un dernier cadeau pour ceux-ci: la boisson de l’oubli, et le meilleur des mondes antisionistes se portera mieux.

les néo pacifistes et l’Afghanistan

avril 23, 2008

Le Part Socialiste Français qui n’a plus ni idées, ni propositions politiques cohérentes, ni stratégie, et qui n’existe que dans un discours de contestation tous azimuths, vient de se découvrir un espoir de trouver un terrain d’unité pour masquer les lignes de fracture qui le réduisent à un champ clos de désaccords sur tout et d’oppositions d’ambitions effrénées.

Ce terrain pour se donner l’apparence d’une unité, c’est l’opposition à l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan et l’anti-américanisme primaire, grace auquel il peut retrouver un discours commun avec l’ultra gauche (PC, trotzkystes, Verts),c’est à dire avec les mouvements « anticapitalistes ».

La stupéfiante unanimité qui s’est réalisée en quelques jours après les déclarations de N.Sarkozy en Grande Bretagne annonçant l’envoi en Afghanistan d’environ 900 soldats supplémentaires a très vite quitté le terrain du reproche de faire une déclaration sur la politique étrangère de la France en territoire étranger, et avant de l’annoncer aux députés (une critique de bonne guerre, justement), pour devenir l’affirmation que la politique française devenait la domestique de celle des Américains, en critiquant parallèlement la réintégration par la France de l’OTAN et l’intervention de l’OTAN en Afghanistan.

La déclaration la plus consternante est celle de Francois Hollande qui a qualifié les forces francaises en Afghanistan de « forces d’occupation » et non »pas de libération ».Ceci est un élément qui montre le degré de décomposition de la pensée politique et stratégique du PS.

Le PS renoue par là avec la période préMitterandienne, celle qui précédait le moment ou Mitterand a déclaré dans la polémique déclenchée par les pacifistes contre l’installation des missiles nucléaires Pershing en Allemagne face à la menace des missiles russes implantés en Europe de l’Est: « Les pacifistes sont à l’Ouest et les missiles sont à l’Est », indiquant clairement le côté irresponsable des positions pacifistes, quand ce n’était pas des positions , pour les communistes par exemple, cherchant manifestement à créer un rapport de forces stratégique et politique favorable à l’URSS. Cette déclaration avait, par la façon dont elle révélait clairement la nature manipulatoire des discours pacifistes, porté un coup d’arrêt très net à la confusion existant dans la gauche entre pacifisme, antiaméricanisme et soutien des ambitions expansionnistes soviétiques.

La deuxième circonstance ou Mitterrand avait tranché dans la confusion idéologique qui régnait à gauche avait été la première guerre d’Irak, consécutive à l’invasion par celui ci du Koweit. Contre la culture pacifiste et anti-américaine qui régnait dans une gauche fortement influencée par le PC, et pour qui le souvenir de la lutte contre l’intervention américaine au Vietnam formatait la vision de toute action armée américaine,il avait pris position avec netteté et fait basculer une opinion publique indécise et timorée à l’idée d’une action militaire, contre son ministre de la défense Chevènement,représentant de l’aile archaïsante du PS, souverainiste et pacifiste.

A l’opposé de ces moments de clairvoyance Mitterandienne, Hollande réactive les plus archaïques réflexes conditionnés de la gauche, ceux là mêmes que Mitterand avait au début de son premier mandat repris à son compte, dans la gauchisation de son discours d’alors, dans l’exemple caricatural du Salon de l’Aviation ou il avait fait enlever les bombes …des bombardiers (à quoi sert un bombardier sans bombes? ) démarche illustrant de façon dérisoire l’ambiguité politique de la gauche face à l’Armée.

Hollande, à qui le PS a emboîté le pas comme un seul homme, essaye de réenclancher les automatismes de pensée du »peuple de gauche »:Etat Unis =impérialisme, capitalisme,militarisme, etc.

Pour mobiliser contre le gouvernement,il essaye de développer l’assimilation entre guerre en Irak et guerre en Afghanistan, alors que les deux guerres sont de nature différente. En Irak, le gouvernement américain a pris la décision d’envahir un pays, au régime certes menaçant, mais sous le pretexte de sa collaboration avec Al Khaida, pretexte mensonger, comme étaient mensongères les allégations sur la possession d’armes de destruction massive. Il a renversé par la force une dictature féroce, mais a destructuré un pays et l’a plongé dans la guerre civile et le chaos politique.

En Afghanistan,qui était la base de toutes les forces d’Al Khaida, ou étaient toutes les bases arrières et les camps d’entraînement des terroristes, c’étaient les terroristes eux mêmes qui avaient pris le contrôle du pays, et qui narguaient la communauté internationale,en préparant leurs crimes à l’abri de l’appareil d’Etat.

Les forces de l’OTAN qui sont intervenues, selon la solidarité impliquée par le pacte de l’OTAN qui stipule que tout état membre attaqué doit être défendu par tous les autres -les Etat Unis avaient subi une attaque causant la mort de 4000 civils innocents-, l’ont fait à la demande du gouvernement afghan lui même attaqué par les forces des terroristes qui n’étaient que diminuées et non anéanties. La France y a pris sa part naturellement- et c’est absolument la moindre des choses , compte tenu du sacrifices de centaines de milliers d’américains pendant les deux guerres mondiales pour aider la France à se libérer. Les socialistes n’y ont élevé aucune objection à cette époque.

L’utilisation par Hollande du terme de troupes « d’occupation » insinue de façon insidieuse que ces troupes sont là malgré la volonté de la population, que l’intervention américaine est illégale sur le plan international. Il essaye d’induire l’idée que la participation aux combats contre Al Khaida n’est pas légitime, et que les Français vont faire une guerre d’exactions comme il en existe en Irak;

Pour déclencher une réaction anti gouvernementale, il défigure la collaboration avec un Etat qui se défend contre l’attaque directe de Al Khaida avec l’aide des pays d’Europe, il disqualifie la légitime défense contre le terrorisme et protège celui-ci contre la tentatve de l’endiguer.

Car si il existe une certaine confusion dans les esprits dans la population, il n’en existe aucune dans ceux de Hollande et des dirigeants socialistes. C’est tout à fait consciemment qu’ils disqualifient une guerre juste pour des intérêts de tactique politicienne . Les soldats français et les combattants afghans et européens sont pris en otage des manoeuvres de très bas étage de l’appareil dirigeant socialiste français préoccupé uniquement du positionnement de chacun dans la course à la direction du parti et des rapports de force internes en vue de la future campagne présidentielle.

 » Israel, un examen moral »:le raisonnement troublé par la culpabilité de A.B.Yehoshua

avril 21, 2008

Dans le livre intitulé « Israël, un examen moral » ,Yehoshua, considérant que tous les arguments du sionisme ( pour s’implanter en Palestine) ne peuvent être réellement retenus car non fondés en morale (le droit historique, la religion, le défrichement des terres, la déclaration Balfour,) cherche un argument différent et qui s’impose de façon indiscutable, et annonce qu’il pense en avoir trouvé un: » le droit surgi de la détresse ». Pour illustrer cette idée, il imagine une « fable ». Il suggère au lecteur de s’imaginer juge devant trancher le cas d’un individu SDF, « dont le vagabondage sans refuge met en péril sa vie et celle des siens », qui « squatte » le logement de quelqu’un.

Naturellement, dit il ,nous l’aurions acquitté, ce délit relevant d’un mal nécessaire. Cela, dit il, à condition que le SDF ne « s’empare » que d’une partie de la maison. S’il avait occupé toute la maison, contraignant les occupants à partir et à errer à leur tour, l’acte aurait du être condamné d’un point de vue moral.

Cette fable,qui résume très bien toutes les idées développées par Yehoshua dans le livre,est extrêmement significative d’un raisonnement implicite tenu par la gauche pacifiste israelienne, et par ceux qui contestent la légitimité de l’Etat Israelien.

La première partie du raisonnement consiste à tenir pour nul tout argument qui repose sur une autre base que morale. Tout argument fondé sur l’Histoire, sur le Droit International, est balayé pour ne prendre en considération que la « morale », ramenée ici à une partie de celle-ci:la priorité de la survie de quelqu’un surle droit de propriété et les avantages matériels d’un autre.

On retrouve quelque chose qui est à la racine d’un postulat de la pensée gauchiste-et parfois de gauche-:le malheur donne tous les droits: il faut simplement faire attention dans le maniement de cet argument , car il se retourne très facilement contre celui qui l’emploie: ce n’est pas pour rien que les états hésitent à mettre en pratique le droit de réquisition des logements-non occupés-, et que le droit de propriété est inscrit dans les droits fondamentaux de l’homme, droit à jouir des fruits de son travail. On peut faire preuve d’indulgence envers une mère qui vole dans un supermarché pour nourrir ses enfants, on ne peut pas faire de tous les supermarchés des self service pour personnes défavorisées. Le chemin qui sur ces prémisses conduit à la justification de toutes les violences,à tous les arbitraires et à toutes les oppressions est très rapidement parcouru.

Dans le cas d’Israël, le malheur des Palestiniens peut conduire à tout justifier (terreur tournée contre les civils, crimes contre l’humanité). Car la détresse donne certains droits, mais pas tous les droits, cela d’autant plus que la priorité accordée aux victimes s’accompagne d’un processus émotionnel qui conduit à, sous l’effet de l’émotion compassionnelle, oublier toute rationalité, toute proportionnalité, et à basculer sans réserve dans l’adhésion à leur revendication.

Revenons à la fable de Yehoshua, qui condense si bien les raccourcis de pensée présents dans beaucoup d’esprits, en la développant à notre façon.

Le SDF en question n’est pas n’importe quel SDF. C’est l’ancien propriétaire de la maison, qui l’a habitée pendant un millénaire, qui y a fondé une culture dont les descendants (chrétiens) ont conduit la civilisation humaine à ses plus grandes réalisations.

Cet ancien propriétaire n’est pas parti ailleurs en villégiature, comme un membre de la Jet Set qui déserte une propriété de luxe ou il s’ennuie. Il en a été expulsé par la force des armes ,et déporté de force à des milliers de kilomètres. Un peuple entier a été déplacé , arraché à son pays, et dispersé.

Pendant toute son errance forcée, le SDF a clamé son attachement à cette habitation. Celle-ci a été occupée par des voisins, qui l’ont modifiée et décorée selon leur goût.Quand il y revient, il s’efforce de la restaurer, engage des travaux -ce qui n’est pas la même chose que se contenter d’occuper les lieux-.même si cela n’ouvre pas des droits pour autant.

Les occupants, qui eux n’ont jamais connu la période ou le SDF était là chez lui,et sentant que leur droit de propriété va être remis en cause, tentent de l’expulser par la force, et échouent. Le problème: deux propriétaires, l’ancien -le SDF- et le nouveau -les Palestiniens- se disputent le même bâtiment, est soumis à une juridiction internationale, l’ONU, qui reconnaissant que les deux parties ont des droits sur l’objet du litige partage l’objet entre les deux, seule véritable solution morale, car elle préserve la légitimité des uns et des autres.

Cette légitimité est celle de l’ancien et du nouvel occupant, pas celle du plus malheureux.Le premier occupant a été privé de sa terre par la force,cette privation n’a aucune base légale ni morale. Le nouvel occupant est à son tour dépossédé en partie, par la force, de quelque chose qu’il avait acquis par la force-d’un tiers.

L’ONU, dont on ne peut évidemment pas dire qu’il soit un parangon de morale et de justice, a, à cette époque, réellement tenté de trouver une solution équitable à un problème sans précédent.

On peut laisser là cette fable et ne pas forcer les analogies. Ce qui se dégage de cela, c’est l’impasse intellectuelle dans laquelle s’engagent ceux-essentiellement la gauche israelienne et internationale- qui ne peuvent penser un problème politique en d’autres termes que en oppositions binaires :victimes/bourreaux, dominants/dominés, bien/mal.

Ces grilles de lecture passent à côté des véritables enjeux: enjeux identitaires, ou deux peuples affirment leur identité et réclament un état pour soutenir cette identité et ne pas se fondre dans leur environnement, ce qui est en soi aussi moral que de refuser de mourir ( en tant que l’on est soi et pas un autre), enjeux stratégiques régionaux et mondiaux, ou derrière les discours sur la morale se profilent les rapports de force entre le monde islamique et l’Occident, entre les régimes dictatoriaux régionaux et leurs peuples.

La vision « moralisante  » de la gauche, en reprenant le discours victimaire du monde arabe à son compte, concède le terrrain aux adversaires d’israel avant même que la discussion commence et introduit la division dans son propre camp. Cette tendance naturelle du discours de gauche se renforce de ce que une partie de ses défenseurs conteste une autre volonté du sionisme: celle de transformer « l’homme juif », forgé par les siècles d’existence de paria,. Cette tendance considère que l’être juif, modelé par la Thora, est par essence moral, et même plus moral que les « non juifs »,sentiment de supériorité non justifié, et que par conséquent, il est plus important pour les juifs que pour les autres peuples d’avoir une attitude morale. La politique de rapport de force, d’ailleurs imposée par l’environnement d’Israël, leur est insupportable, et ils tentent de garder une « pureté éthique » contre tout réalisme, quitte à donner des gages à leurs ennemis, pensant garder ainsi l’essence même de leur identité.

Le fond de la question est pourtant ailleurs, dans la difficulté de faire coexister deux discours nationalistes, c’est à dire deux discours identitaires, catégories encore à peu près impensées et impensables à gauche, et d’arriver à un compromis sur le partage de la terre, dont l’un et l’autre ont besoin pour asseoir les moyens de soutenir ces identités.

Ce réveil des nations, difficilement compris à gauche, doit être pensé, ainsi que le dit Alain Dieckhoff dans « La nation dans tous ses états » (Champs/Flammarion) , »non comme l’irruption d’un tribalisme primitif, mais comme une manifestation centrale de la modernité ». En effet, l’ère de l’individualisme, inaugurée par la Révolution Française en supprimant les corps intermédiaires entre l’individu et l’Etat produit une nostalgie des identités collectives, un sentiment de vide qui cherche à se combler dans les recherches communautaires, religieuses ou nationalistes.L’homme universel des Lumières est libre, mais à la recherche d’un ancrage et d’une « chair »(terme utilisé par Finkielkraut) que l’abstraction du statut de citoyen ne comble pas.