« La nation et la mort » de I.Zertal, une machine de guerre anti-israelienne écrite par une israelienne

Il y a un problème des antisionistes israeliens que n’ont pas les antisionistes de la Diaspora: rien n’oblige ces derniers à vivre en Israel.

Par contre, pour les premiers, vivre dans un pays dont ils n’acceptent pas les idées et les valeurs fondatrices, dont ils pensent qu’il est une erreur historique, et même une faute, ne va pas de soi.

De plus , ils vivent avec la menace constante d’être désignés comme traîtres à leurs compatriotes puisque leur pays est en guerre, depuis sa naissance, avec des ennemis qui ne rêvent que de le détruire, et eux, trouvant qu’il ne devrait pas exister, fournissent des arguments à ces ennemis dans la guerre des idées qui fait rage autant que celle des armes.

Leur marge de manoeuvre est étroite face au reproche de déloyauté vis à vis de leurs concitoyens.C’est pourquoi ils mettent beaucoup d’énergie à essayer de démontrer que les véritables traîtres au peuple juif, ce sont les « dirigeants sionistes » (indépendamment de toute étiquette politique, car pour eux, ces dirigeants participent de la même idéologie haîssable).

Si ils étouffent trop dans une société israélienne si à l’opposé de leurs vues, et pourtant très tolérante à leur égard, ils peuvent se tenir chaud dans les petits cercles gauchistes ou on ne risque pas d’entendre de propos patriotiques auxquels ils sont allergiques, et en dernier recours, ils peuvent écrire un livre antisioniste ,ou ils se citent réciproquement avec leurs amis. Leur position n’est pas désespérée, même si les beaux jours de l’internationalisme sont derrière eux, probablement sans espoir de retour.

C’est le choix qu’a fait I.Zertal, et elle met du coeur à l’ouvrage, en ajoutant une note personnelle:

La tentative de discréditer les batailles emblèmatiques de la lutte armée juive:(le dénigrement de la bataille de Tel Hai, de la révolte du ghetto de Varsovie, et de l’affaire de l’Exodus.)

On ne peut que être ébahi devant les attaques auxquelles se livre IZ contre la mise en exergue par le sionisme de ces trois évènements historiques, la pire étant celle qui vise l’insurrection du ghetto de Varsovie. Emportée par sa volonté de détruire les symboles mêmes du judaïsme combattant, qui irritent visiblement sa sensibilité pacifiste, elle va très loin.

Ainsi, dans ces trois cas,elle parle de « déroutes métamorphosées en victoires triomphales. Pour elle, « la révolte des ghettos n’avait aucune chance de se traduire par une victoire sur les nazis, et a abouti au suicide collectif des survivants de la rebellion »,et , reprenant les mots de N.Alterman, « pour ce qui est de sauver les âmes juives,la contribution de la révolte fut pratiquement nulle et tendit plutôt à mettre en danger la vie des autres habitants du ghetto ».

Ces commentaires montrent le degré d’hostilité envers le sionisme qui la pousse à quasiment reprocher aux insurgés un combat qu’elle juge inutile et « dangereux » pour les autres juifs.

Autant on peut comprendre la critique de la tentative de récupération qui a conduit les sionistes à présenter cette révolte comme un acte « sioniste », autant il faut reconnaître que l’esprit de cette révolte, qui était de rompre avec la passivité juive et de préférer mourir les armes à la main plutôt que comme des bêtes, était parallèle à l’idée sioniste de sortie de l’univers de soumission et d’acceptation de l’humiliation et de l’abaissement, même si il n’était nullement accompli « au nom » de cette pensée.

Dans la même lignée de pensée, elle s’en prend à l’épopée de l’Exodus, tentant par tous les moyens de diminuer la valeur de cet épisode:elle présente les juifs rescapés des camps allemands embarqués à bord comme les instruments manipulés par les dirigeants sionistes, remettant en cause la liberté de leur choix quand à une immense majorité ils se sont prononcés pour rester à bord et poursuivre leur lutte, tout à fait conscients de l’enjeu dans l’opinion publique mondiale et dans les négociations internationales sur un « foyer juif » en Palestine, qui ont d’ailleurs abouti peu après. Que cette action ait été un immense succès politique ne compte pas à ses yeux relativement au fait que les passagers de l’Exodus ont du repasser par un camp et attendre des mois avant d’arriver en Israël. Pour elle,toujours dans la mauvaise foi de la critique systématique, c’était un échec puisque ils on été arraisonnés avant leur débarquement en Palestine.

Le dernier exemple développé par elle , la bataille de Tel Haï, ou Trumpeldor,organisateur de la milice de protection des exploitations agricoles juives en 1920, est tué lors d’un raid arabe, est encore pour ellela preuve d’une manipulation des faits par les sionistes, puisque ils « transforment une déroute en victoire glorieuse ». Là encore on voit à l’oeuvre la pratique chez elle d’une accusation systématique et le détournement du sens d’un évènement. Ce qui pour elle est une « déroute », c’est une escarmouche ou les juifs ont eu six morts,et dont le sionisme a fait l’emblème du sacrifice patriotique pour la défense d’un territoire, puisque le contexte était que Trumpeldor était conscient de l’infériorité militaire de sa position, mais a accepté de sacrifier sa vie , contre la position de la droite qui prônait le repli et selon la position de Ben Gourion qui disait que si les Juifs commençaient à lâcher du terrain, ils n’en auraient bientôt plus aucun.

On voit bien dans ces trois exemples, choisis par elle, la volonté de détruire les symboles mêmes qui soutiennent un sentiment d’unité nationale, au prix d’une torsion infligée aux faits, un peu comme si quelqu’un essayait de ridiculiser la Marseillaise, le 14 juillet, et l »anniversaire de la victoire de 45.

Ceci situe bien son parti pris contre tous les emblèmes d’une volonté juive de se battre ( c’est inutile, dangereux, ridiculement orgueilleux, etc.) et sa volonté de faire feu de tout bois pour attaquer ce qui est si contraire à son idéologie.

L’accusation de manipulation de la Shoah par le sionisme

Cette accusation est devenue l’axe principal d’attaque de tous les antisionistes,l’idée étant que le sionisme utilise cette position victimaire pour se considérer comme en état de légitime défense perpétuel et pour ne rien vouloir savoir de ses torts envers les autres, les Arabes au premier chef.

Sur ce point, la thèse de IZ n’est pas originale. Elle s’appuie sur une dialectique en deux temps. Dans un premier temps, il est reproché au sionisme, dans sa tentative de bâtir un « homme nouveau », d’avoir nié la valeur de l’existence en Diaspora, et d’avoir eu des attitudes de mépris à l’égard des juifs non sionistes, considérés comme soumis et apeurés, tout en voulant parler en leur nom, car se considérant comme les seuls représentants authentiques du peuple juif.Il y a déjà là une volonté de monter la diaspora contre l’etat juif-voyez comment ils vous traitent-, et de susciter un mouvement hostile qui isole le gouvernement dans le peuple juif.

C’est cependant une critique fondée historiquement, et il existe encore des restes de cette attitude( AB Yehoshua déclarant récemment que les juifs de diaspora sont des « Juifs partiels », déclaration pour laquelle il a du présenter des excuses); Il est évident que la glorification du combat ,militaire en particulier, est insupportable à IZ, de même que l’idée de reprocher aux juifs de s’être laisser faire sans se défendre dans la période nazie lui paraît inacceptable.

Cependant,sa position est mitigée, car si elle s’indigne de ces reproches, elle reprend à son compte entièrement la position de Hannah Arendt qui s’interroge sur la non-résistance juive dans son livre: »Eichmann à Jérusalem »: Arendt relève que les Allemands ont été surpris du degré de la coopération des Juifs; elle considère, avec Raul Hillel, que si les juifs n’avaient pas eu de dirigeants, cela aurait été le chaos, mais il y aurait eu peut être seulement la moitié des morts qu’il y a eu.Partout ou les Juifs n’ont pas coopéré, ont fui les nazis, ou se sont réfugiés dans la clandestinité, cela a été le cas.

IZ relève le parallélisme de cette position de Arendt et de celle du juge Benjamin Halevi, du tribunal de l’affaire Grunwald_Kastner pour qui « le devoir des dirigeants juifs aurait été d’armer le peuple, sinon avec de vraies armes, du moins en leur faisant connaître la vérité sur ce qui se passait à Auschwitz et dans les autres camps de la mort, leur permettant ainsi de penser et de décider par eux mêmes et pour leur propre famille, ce qui revenait à leur accorder la liberté de choisir leur propre destin.

Cette conception, qui limite la soumission aux dirigeants de la communauté juive, ne règle cependant pas la question de la résignation et de l’absence d’esprit de révolte dans les périodes qui précédaient la phase finale, celle ou évidemment plus rien n’était possible.Le problème n’est pas que la majorité soit restée impuissante face à l’extrême violence et à la terreur nazie, il est que des voix ne se soient pas élevées, pas seulement celles de dirigeants, pour appeler à toute forme de rebellion possible. L’opposition entre l’héroïsme combattant et l’héroïsme quotidien de ceux qui ont maintenu les organisations d’aide communautaire n’est évidemment pas de mise, mais que il n’y ait eu aucune « division du travail » entre les différents modes de résistance pose question,celle de l’absence d’un esprit de combat communautaire dont on ne peut pas considérer que les dirigeants doivent être le seul support.

Toujours est il que tous les observateurs s’accordent à dire que le procès Eichmann et le procès Kastner ont marqué un tournant dans cette façon de voir les choses , dédaigneuse à l’égard des Diasporas, et qui s’était accompagnée d’une inaudibilité des rescapés des camps, tant leur discours heurtait les modèles héroïsants du sionisme.Depuis, le discours sioniste a perdu sa tonalité héroïsante des débuts, et une forme d’identification aux juifs diasporiques est apparue, avec la conscience d’une sorte de vulnérabilité de l’Etat Israelien.

Mais pour IZ, pas question de relier ces conceptions à la phase historique de construction d’un Etat qui devait bouleverser de fond en comble les mentalités de résignation et de faiblesse héritées d’un mode de vie communautaire,modelé par la tradition et la religion,n’ayant jamais depuis des millénaires été en position d’utiliser la force pour se défendre ou pour soutenir ses buts politiques.

Ce qu’elle ne peut admettre, c’est que tout mouvement national, visant à la création d’un etat, passe par la construction volontaire d’un « panthéon national »,pour obtenir l’adhésion d’une population autour de symboles condensant les valeurs sur lesquelles un peuple se réunit, et qu’il existe une phase ou cette référence collective se forge. Ne comprenant pas ce qu’est un mouvement national, elle interprète cela comme une « manipulation »;

Le deuxième temps de l’offensive antisioniste,après celui de la dénonciation de la sévérité à l’égard des victimes, dont le sionisme cherchait à se différencier à tout prix, c’est celui de la dénonciation inverse: celle de l’utilisation constante du rappel de la Shoah, pour « faire peur » à la population en agitant soi-disant la menace d’une autre catastrophe et pour justifier des violences à l’égard des populations arabes.

Pour renforcer sa démonstration, IZ recourt elle-même à de multiples manipulations pour étoffer ses affirmations.

L’amalgame,quand par exemple, elle traite comme des expressions du sionisme dans son ensemble des déclarations du Goush Emounim, organisation d’extrême droite développant les implantations religieuses, ou même des déclarations de Netaniyaou , un peu comme si l’Irgoun avait été la vraie représentante du sionisme.

Surtout, c’est le déni de la réalité, quand elle reprend, comme c’est à la mode chez les antisioniste, les circonstances du déclenchement de la guerre des 6 jours en minimisant les appels à la destruction d’Israel des pays arabes, leurs annonces de la fin proche des juifs, qu’elle ne veut traiter que comme des « façons de parler »,(comme si les juifs n’avaient pas appris que les appels au meurtre ne sont pas des paroles en l’air) les initiatives militaires arabes ( survol des installations atomiques israeliennes, pactes militaires Irak, Syrie, Egypte, le blocus de la mer Rouge et donc du port vital d’Eilath )sont considérées comme des rodomontades sans importance . Au fond, dit-elle, les pays arabes n’étaient pas prêts à attaquer, ils ne l’auraient été que 4 ou 5 ans plus tard, et l’armée israelienne a profité de ces erreurs pour prendre l’initiative. Ce qui montre l’irresponsabilité de ce discours:il fallait attendre que les arabes soient vraiment en position de gagner pour faire la guerre!

Cela lui permet en tout cas d’écrire des pages sur « l’hystérie » de la population, craignant la destruction du pays, hystérie induite dit elle par les dirigeants (toujours eux), oubliant les menaces de génocide proférées par les arabes , et que Eshkhol était à l’époque premier ministre, hésitant et bafouillant, et que c’était son attitude ambigüe et contradictoire qui inquiétait la population, sentant l’absence de ligne claire face à une menace de guerre annoncée et martelée par les dirigeant arabes, inquiétude qui cèda le jour ou il laissa la direction des opérations à Dayan..

Cette vision de la Shoah comme alibi des gouvernements israeliens permet aux antisionistes et aux pacifistes de développer leur idée clef: l’ Etat Israelien est surpuissant par rapport à la région, et il ne court donc aucun danger réel. Les arabes sont faibles, ce sont des victimes de l’agression israelienne, la simple existence des israeliens est une agression, et donc encore plus l’occupation de la Palestine.

Le fait que l’Etat israelien ait gagné d’extrême justesse la guerre de Kippour, qu’il soit en échec face au Hezbollah dont des dizaines de milliers de roquettes attendent de servir, que l’Iran annonce sa volonté de le rayer de la carte tout en construisant une bombe atomique, cela ne veut rien dire aux yeux des antisionistes.Jusqu’à la dernière seconde, ils sont prêts à nier la réalité . Le monde entier est inquiet de ce qui se mitonne dans la région, mais eux,ils n’ont pas peur. Cela leur paraît une intoxication de la population par « les dirigeants sionistes ».

On est au bord du négationnisme de Marion Cotillard pour qui on n’est pas vraiment sur que les attentats su 11 septembre aient eu lieu et qui pense que c »est peut-être une manipulation des dirigeants américains ( ou sionistes ,d’ailleurs).

L’etat israelien est leur ennemi,(jamais elle ne précise de quel gouvernement elle parle: c’est l’Etat Juif dans son ensemble, dans son essence, qui est toujours visé), c’est son essence qui est mauvaise, et tout ce qu’il dit est forcément mensonger et manipulateur.. Elle ne se reconnait dans aucun gouvernement, de droite ou de gauche) et se sent plus proche des Palestiniens que des Israeliens,ses compatriotes.

« La mémoire de la Shoah mine-t-elle Israel? », c’est la question que posent les antisionistes, ou qu’ils font semblant de poser, comme le fait Avraham Burg, dans le débat publié sous les auspices de TELERAMA avec Alain Finkielkraut, préparant le terrain à ceux qui considèrent que on s’est assez apitoyé sur les juifs, et que il est temps de s’apitoyer sur les arabes.

IZ a une réponse: « il faut savoir oublier »; puisque on se rappelle »trop », une bonne amnésie serait salutaire. »Nous,nous devrions oublier » écrivait Elkana dans un article de Haaretz, pour lequel elle exprime son admiration. Quelle audace, chez cet homme!

C’est le dernier retournement de situation: après avoir reproché aux sionistes de mépriser la Diaspora, et donc les juifs,un dernier cadeau pour ceux-ci: la boisson de l’oubli, et le meilleur des mondes antisionistes se portera mieux.

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