Avraham Burg: la mutation d’un dirigeant israélien en ennemi d’Israël

L’apparition très fréquente dans tous les médias de Avraham Burg au moment ou l’Etat Israélien célèbre son soixantième anniversaire n’est en rien l’effet du hasard.

Il est au contraire un homme providentiel pour ces médias aux yeux de qui il cumule plusieurs avantages: ancien président de l’Agence Juive, de l’organisation sioniste mondiale, ancien président de la Knesseth, il apparaît comme quelqu’un qui a derrière lui une vie de sionisme militant (sinon pourquoi l’aurait on nommé à ces postes), de patriotisme ( sinon pourquoi la présidence de la Knesseth) de militantisme travailliste (il frôle le présidence du parti travailliste)avec les plus hautes responsabilités et donc la plus haute reconnaissance de ces qualités. On imagine que un homme à qui l’on confie de telles tâches n’est ni un idiot, ni un irresponsable, ni un excité. Il pourrait donc apparaître , quand il parle, comme « représentatif » d’une pensée qui existe en Israël , et peut être répandue , puisque il a été, dans plusieurs domaines ,un élu.

Mais le discours qu’il tient depuis que il n’occupe plus ces fonctions n’ a plus rien à voir avec le sionisme, ni l’israelianité.C ‘est le discours d’un homme qui s’est converti, et qui brûle ce qu’il a adoré avec la rage de ceux qui veulent prouver qu’il n’ont plus rien de commun avec leur croyance initiale Le phénomène n’est pas exceptionnel, dans la vie psychologique ordinaire, mais dans le domaine politique, il est rarement aussi total, et en tout cas aussi brusque.

Interviewé par le journal Haaretz, en juin 2007, il tient , devant le journaliste outré par ses propos , des positions de plus en plus provocantes . Développant les idéees de son livre «  »abandonner le ghetto sioniste » , il admet ne plus trouver acceptable la notion d’Etat Juif. Il admet ne pas accepter la Loi du retour, et propose de la remettre en discussion. Quand le journaliste lui dit que son livre est anti israélien au sens le plus profond du terme, qu’il en émane une répugnance à l’égard de l’Israelianité, il ne dément pas et répond qu’il est désormais « audelà de l’israelité ». Il dit que des trois identités qui le constituent- humaine, juive, israélienne- il « sent que l’élément israélien le dépossède des deux autres ».

Le journaliste reprenant la thèse du livre de Burg ( Hitler a gagné parce que les juifs sont devenus presque nazis) lui dit: « Dans votre livre , nous ne sommes pas seulement des victimes du nazisme.Nous sommes presque des judéo-nazis. Vous être prudent. Vous ne dites pas que Israël est l’Allemagne nazie, mais vous n’en êtes pas loin. Vous dites que Israël en est au stade de l’Allemagne pré-nazie. La encore, Burg ne dément pas . Il se dit plutôt optimiste que pessimiste, parce que il dit avoir commencé son livre comme un deuil, un deuil d’Israël, avec l’idéee que tout était perdu, et avoir écrit un titre pour son livre « Hitler a gagné » Il l’a donc transformé en « Vaincre Hitler ».

Alain Finkielkraut a très justement démonté l ‘abandon de l’éthique de responsabillté chez A.B. au moment ou il a renoncé à son poste à la Knesseth et son remplacement par un « exhibitionnisme moral, « la dictature du coeur » et le narcissisme de la conviction ».

Mais quand on y regarde de plus près, on voit qu’il y a une continuité entre la position pacifiste, culpabilisée,prête à tout lâcher pour le confort de la bonne conscience que l’on trouve dans une aile gauche des travaillistes qui ne s’arrête pas à l’acceptation de la justesse et de la nécessité d’un état palestinien, mais qui glisse vers le rejet de toute faute du côté israélien, et pour qui les trente deniers de l’adhésion aux thèses des ennemis de son peuple sont le certificat de bonne moralité que ces ennemis sont tout prêts à leur fournir (très provisoirement) en échange de ces bons et loyaux services.

En tous cas, Burg peut, dans les médias, apparaître – ce qui lui fait évidemment très plaisir- comme un interlocuteur valable, face aux défenseurs du droit à exister d’Israël, celui qui peut représenter une alternative raisonnable au sionisme, puisque il n’est pas « partie prenante » comme un Palestinien. Les médias peuvent ainsi appâter les spectateurs ou les lecteurs avec des déclarations fracassantes, qui font monter l’audience, faire espérer une polémique ultra violente et excitante, et préparer en douceur l’ éventualité d’une alternative avec le sionisme,si les rapports de force internationaux rendent cette éventualité plus intéressante.

Les ravages que peuvent entraîner les visions religieuses de la politique ne s’appliquent pas en Israel que à la droite religieuse, expansionniste et obscurantiste; la vision religieuse d’une gauche bien pensante, plus soucieuse de préserver sa bonne conscience universelle que d’avoir à penser les conflits internes de valeurs qui sont l’essence même du politique,n’est pas meilleure; Le culte de la belle âme aux mains propres, car sans mains, a encore des beaux jours devant lui.

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