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La Paix Maintenant, un mouvement pacifiste qui a perdu son crédit

juillet 2, 2008

Les Amis de Shalom Arshav fêtaient il y a un mois le trentième anniversaire de cette organisation à la mairie du 9 ème arrondissement de Paris. La vidéo de cette manifestation organisée conjointement avec l’Association pour un Judaïsme Humaniste et Laïque et le Cercle Bernard Lazare montrait, derrière l’autosatisfaction de rigueur pour le fait de voir triompher des conceptions défendues avant tout le monde,la profonde inquiétude devant la paralysie du processus de paix, mais aussi devant la déconnexion du mouvement avec l’opinion publique israélienne, la perplexité devant ce décalage,et les différences difficilement masquées dans les discours tenus sur cette situation.

L’analyse la plus lucide et la plus fine était apportée par l’ex-ambassadeur israélien en France qui faisait ce constat: alors que les deux tiers de la population juive en Israël sont maintenant convaincus de la nécessité de l’existence d’un état palestinien comme condition de la paix dans la région, ils continuent à exprimer leur méfiance vis à vis de la Gauche, qui a pourtant depuis longtemps défendu cette thèse. Alors que la Droite n’ a pas de projet autre,c’est elle que la population charge de défendre le plus important à ses yeux: la préservation de la sécurité et de l’existence de l’Etat Juif.

Il dit en même temps la raison fondamentale de la désaffection de la population israélienne pour Shalom Arshav: reprenant le discours ultra simpliste de la représentante israélienne du mouvement, il va droit au coeur du problème: le discours de critique sans la moindre réserve de cette militante est perçu par les Israéliens comme impossible à distinguer du discours des Palestiniens,d’une part et d’autre part comme recelant potentiellement la possibilité de « tout lâcher » pour obtenir la paix avec eux;

De plus, il met l’accent sur le changement absolument essentiel de l’environnement d’Israel: non seulement évidemment la présence de l’Iran et d’un nouvel axe chiite (Iran, Irak, Hezbollah, Hamas, Syrie), mais le développement d’un fanatisme islamique qui se répand dans la population palestinienne, qui fait que on ne peut pas du tout écarter l’éventualité d’une victoire électorale du Hamas en Palestine, avec les conséquences extrêmes que cela pourrait avoir.( voir déjà ce qui se passe à Gaza).

La conséquence de ce fait, jointe à la période de plusieurs années de la 2ème intifada ou la population palestinienne a manifesté son adhésion au terrorisme anti civils, avec manifestations indécentes de joie à chaque mort israélien, a conduit au phénomène actuel: la perte de confiance envers la volonté profonde de paix des palestiniens, le doute quant à l’idée que tout terrain lâché ne sera pas une victoire sans contrepartie pour les fanatiques, et que la pensée que lasécurité est encore plus vitale dans ce contexte que dans la période de domination claire de l’état isrélien.

C’était extrêmement frappant, au vu de cette vidéo, de constater les doutes, les démentis de changement de position,l’embrouillamini de Albert Memmi, pourtant figure de proue du mouvement, dont on perçoit clairement le malaise et l’incertitude .

Car ce qui introduit justement la méfiance vis à vis de Shalom Arshav, c’est que eux ne disent rien de cette situation. Ils continuent inébranlablement à tenir le même discours que au moment de Oslo, sans introduire le moindre bémol. Ils considèrent que « ils n’ont pas à s’occuper de ce qui se passe chez les Palestiniens, ce n’est pas leur affaire, cela ne les regarde pas. Et du coup, l’analyse est biaisée . La critique des palestiniens est laissée aux Palestiniens eux mêmes, Shalom Arshav s’occupe de critiquer le gouvernement israélien, et ne s’occupe que de cela.

De plus deux éléments portent à augmenter encore la méfiance à leur égard.

Le premier c’est que dans le « paquet » des critiques de Shalom Arshav se mélangent des critiques de niveaux très différents: on entendait ainsi à cette réunion Elizabeth de Fontenay critiquer les « exactions  » de Tsahal et le fait que « les civils n’étaient pas épargnés par les bombardements ». Quand on sait la façon dont les terroristes ont bien soin de se placer au milieu des civils qu’ils utilisent comme boucliers humains, ces affirmations tiennent ni plus ni moins de l’angélisme, et on voit un vieux fond antimilitariste ressurgir dans le discours « de gauche », justifiant la méfiance des israéliens qui savent bien que disqualifier leur armée est attaquer un des fondements de leur unité et de leur sécurité.

De la même façon, quand on entend des militants évoquer , à propos de la délimitation des frontières avec le futur état palestinien, les frontières de 1948 aussi bien que celles de 67, on se frotte les yeux: il y a des gens à Shalom Arshav qui envisagent de discuter sur les frontières du partage de l’Onu, avec une largeur de 12 km à certains endroits d’Israël? Ces gens sont dangereux!

De façon semblable, autant la critique de la poursuite de l’établissement des colonies est fondée, autant la critique de tous les check points apparaît comme négligeant les questions de sécurité au nom de la poursuite de la paix et de la volonté de donner des gages rassurants aux palestiniens. L’argument toujours mis en avant par Shalom Arshav est que très peu des check points sont établis à la frontière même d’Israël, et sont justifiés par la protection de sa population. Mais l’argument est spécieux car ce n’est pas parce que un grand nombre d’entre eux sont là pour assurer la sécurité des colonies qu’ils doivent être supprimés. L’Etat israelien a la responsabilité d’assurer la sécurité de tous ses citoyens , même si ce sont des colons. Désapprouver la colonisation ne peut pas se régler en laissan les colons se faire assassiner par les palestiniens.Le fait de contester ces évidences est la vraie raison de la désaffection de la population pour cette organisation qui apparaît à ses yeux comme négligeant, au nom d’impératifs moraux universalistes et de positions pacifistes « à tout prix » la sécurité et les intérêts réels du peuple israélien; La population ne s’y trompe pas et elle voit bien les failles que tente de dissimuler le discours inébranlable des défenseurs de cette organisation. Ce qu’elle était seule à dire à une époque est devenu une évidence majoritaire, et ce qu’elle ajoute maintenant suscite un rejet viscéral de ceux qui sentent que les attaques contre l’armée et la politique de l’etat, dans cette période de « pré prochaine guerre », mettent en danger ce qui a le plus de valeur à leurs yeux.

L’ambiguité des mouvements pacifistes a toujours résidé dans le fait que au nom de l’idéal magnifique de la Paix, ils ont régulièrement fermé les yeux  sur les autres dimensions du problème que celle de l’unique question de la Paix ou de la Guerre; Avant la guerre de 14 18, les pacifistes français ont lutté de toutes leurs forces contre les budgets militaires français,pensant que les pacifistes allemands en feraient autant de leur côté. Moyennant quoi, la France avait pris du retard dans la course aux armements quand la guerre a éclaté, ce qui a donné, au départ un certain avantage aux Allemands. L’ intrication totale, dans toutes les guerres modernes, du militaire et du politique, la façon dont des guerres peuvent être gagnées militairement et perdues politiquement (guerre d’Algérie par exemple), le combat décisif pour gagner les opinions publiques, font que les mouvements pacifistes d’un pays sont désormais des éléments importants de la stratégie d’un pays ou d’un mouvement adverse. En s’interdisant toute critique des palestiniens et en réservant celles ci à l’Etat israelien, Shalom Arshav, qu’il le veuille ou non, pèse dans la lutte mondiale pour le gain des opinions publiques,en validant le portrait caricatural et unilatéral d’Israël dressé, partout où ils le peuvent, par les Palestiniens;