Archive pour octobre 2008

PARTAGE DE JERUSALEM: QUELLES SONT LES HYPOTHESES ACTUELLES?

octobre 30, 2008

D »après le livre de  Frédéric ENCEL: »GEOPOLITIQUE DE JERUSALEM »

Ouvrage remarquable paru en février 2008, le livre de Encel ,docteur en géopolitique et enseignant à Sciences Po, étudie la place de Jérusalem dans les représentations  des différentes parties du conflit israélo arabe et les différentes stratégies, militaires,démographiques, diplomatiques,médiatiques en jeu pour la possession de cette cité au centre des systèmes symboliques de chacun des belligérants; le dernier chapitre du livre examine toutes les hypothèses qui ont été envisagées pour trouver des solutions acceptables par les deux camps.

1)L’internationalisation des Lieux Saints.

« Pour les adversaires politiques, « les Lieux Saints ne sont certes pas rien, mais pas tout non plus ». « Au delà de leur existence intrinsèque,de leur accès plus ou moins libre, l’enjeu majeur se situe bien au niveau de leur possession. Ainsi pour un Juif , prier librement au Mur des Lamentations est une chose, accomplir son devoir de croyant sous souveraineté juive en est une autre, infiniment plus précieuse et valorisante. De même un musulman palestinien ne sera pas satisfait , même accueilli avec des fleurs par un soldat israélien, si la souveraineté de l’esplanade des Mosquées, échappe à ses coreligionnaires et citoyens, et donc en partie à lui ».

L’internationalisation des Lieux Saints se heurte à trois difficultés majeures:

D’abord celle de les repertorier; Ainsi l’Etat juif pourrait limiter volontairement  leur nombre afin d’en voir le moins possible passer sous contrôle international (il ne s’agit évidemment pas des 3 principaux Mur des Lamentations, Saint sepulchre,Esplanade des Mosquées reconnus de tout le monde.).Les chrétiens et les musulmans ayant évidemment l’intérêt inverse, de soustraire le maximum de lieux au contrôle israélien;

Ensuite se poserait la question de savoir qui gérerait les lieux internationalisés. Côté israélien, on n’accorde aucune confiance aux instances et aux forces internationales. Côté palestinien, des pressions intégristes pourraient s’exercer contre la présence de personnes de confession juive dans les personnels onusiens.

Enfin, quelles seraient les prérogatives de cette force: simple observateurs, démunis de pouvoir réel, et donc à la merci de toutes les provocations extrêmistes,ou dotés de moyens d’action, et risquant alors de devenir aussi des cibles pour une escalade.

« En fait, l’abandon par Israël de sa souveraineté sur les lieux saints juifs,si difficilement retrouvés ,paraît inimaginable à la population israélienne, et apparaîtrait comme une capitulation  avant même la bataille, déclenchant une opposition à laquelle aucun gouvernement ne pourrait résister. Les palestiniens, ne perdant pas ce qu’ils n’ont pas, pourraient y voir  une défaite de leur adversaire, en attendant plus, dans un deuxième temps. »

2) l’internationalisation de la ville.

Ce  projet irréaliste, fondé sur la division de la ville selon la frontière de 1948, qui a l’avantage de séparer, sans enchevêtrement, les deux populations, est en fait inacceptable pour les israéliens, car en plus de perdre la souveraineté sur les lieux saints juifs, ils perdraient la quasi totalité des quartiers forteresses implantés depuis 1967. Les palestiniens , pour les mêmes raisons que plus haut y verraient l’avantage du désavantage de leurs ennemis.

3)l’internationalisation de Jérusalem et de toute la région environnante.

Ce projet est encore plus irréaliste que les précédents, er produit évidemment l’opposition catégorique des Israéliens. L’idée est d’élargir la zone neutralisée, en y incluant Bethléém et Ramallah, villes principales chrétienne et palestinienne, pour équilibrer les populations. Mais même le Vatican a cessé de réclamer l’internationalisation des lieux saints, la communauté chrétienne est numériquement d’un autre ordre de grandeur que les juifs et les palestiniens.

4) la souveraineté partagée: une ville pour deux états..

Encel dit que depuis 1967, les Israéliens ont laissé la porte ouverte à un compromis de cette sorte. En fait, les Israéliens garderaient la souveraineté sur la ville, mais laisseraient des très larges responsabilités de gestion municpale, (infrastructures, services techniques et sociaux, à l’exception de la sécurité), à l’autorité palestinienne. Le parti travailliste est acquis à cette hypothèse, qui aurait pour avantage, du point de vue israélien, de ne pas prévoir de déracinement des populations juives des  implantations, et de maintenir la souveraineté. Mais ce sont les palestiniens qui seraient privés de l’essentiel Une variante,à leurs yeux: la souveraineté sur une partie de Jerusalem. On ne peut donc pas escompter qu’ils se contentent de si peu;

Une autre hypothèse envisage une division plus ou moins selon la frontière de 48, la ville restant ouverte. Les juifs des implantations vivraient en tant que résidents israéliens sous souveraineté palestinienne, ou partiraient. Cette hypothèse est évidemment séduisante pour les palestiniens, pas du tout pour les israéliens;

Une variante plaît beaucoup à Yehoshua,qui consiste à ne faire de Jerusalem  la capitale d’aucun état, Tel Aviv étant celle d’Israël, Ramallah celle de la Palestine. Le caractère complètement déréel de cette idée, qui fait abstraction de toute la charge symbolique, pour les juifs comme pour le monde musulman, attachée à cette ville illustre bien  la capacité à errer de certains intellectuels pris dans leurs contradictions.

5) Le contrôle mixte, ou la souveraineté conjointe;

Cette conception ferait que à tous les échelons de la gestion de la ville,un nombre égal de représentants juifs et arabes exerceraient le contrôle conjoint sur les deux parties de la ville.Par souci d’équilibre démographique, Ramallah et Bethlléem,et aussi Maale Adounim et Beth Shemesh y seraient intégrés. La surface de la ville serait alors cinq fois plus grande que la superficie actuelle;

L’avantage du point de vue israélien serait de ne pas déraciner ni contraindre à vivre sous souveraineté étrangère les habitants des cités forteresses. Du point de vue palestinien, il y aurait  une reconnaissance politique, sans aller jusqu »à la souveraineté exclusive. Du moins « deviendraient_ils « copropriétaires », à égalité avec les israéliens »; Les obstacles à cette cogestion sautent aux yeux: y aurait il des possibilités de modifier les populations  habitant au moment de l’accord?

Toutes ces hypothèses montrent leurs aspects peu réalistes, soit que elles ne satisfont pas la revendication fondamentale de souveraineté d’un côté ou de l’autre, soit qu’elles présupposent une capacité à trouver des accords dont on ne voit pas le moindre indice actuellement. Quand on voi lle côté laborieux des accords pour l’Europe, imaginer entre les ennemis mortels que sont Juifs et Arabes des accords incessants paraît une pure utopie, et la source assurée de la réapparition immédiate de conflits conduisant très rapidement au redémarrage de l’affrontement.

Comme le dit Encel »une bonne frontière étatique vaut mieux qu’un enchevêtrement de prérogatives fonctionnelles, difficilement applicables sur le terrain et génératrices de fièvresmystiques et nationalistes.

Il développe l’idée que » l’imbrication des populations,, même dans de vastes espaces,est presque invariablement,, lorsque l’antagonisme risque de dégénérer en guerre ouverte, un obstacle à la résolution du conflit et la condition idéale pour que s’instaure une spirale de violence généralisée et souvent incontrôlable, menant, comme dans l’ex-Yougoslavie, à des catastrophes… En tout état de cause, le grand soir de la fraternité Abrahamique paraît fort lointain, et les interprétations contemporaines des Livres Saints nous en éloignent plutôt,, qui réactivent la fascinante nécessité de la limite territoriale… »

Consubstantielle à l’idée d’une nécessaire séparation des populations, la notion de frontière devrait s »appliquer à Jerusalem plus que partout ailleurs, quoi qu’en pensent les partisans de « la paix des coeurs ».

« C’est précisément parce que Jerusalem cristallise les passions, suscite l’instrumentation de sa sacralité à des fins politiques,qu’une implacable frontière, étatique,matérialisée,( qui ne prendrait pas nécessairement la forme de barbelés), c’est à dire reconnaissable à la fois par les adversaires sur le terrain et les autres nations devra objectivement baliser l’espace en jeu.

L’heure du declin de l’Etat-Nation n’a pas encore sonné et les Palestiniens ne se plieront pas à un autre statut politique et réclameront de vivre  et d’évoluer en nationaux palestiniens dans des frontières sures et reconnues, en particulier à Jérusalem. »

6)L’hypothèse du corridor palestinien.

c’est l’hypothése privilégiée, avec beaucoup de précautions oratoires, par F. Ensel

« Au terme de ce projet,la majeure partie de Jerusalem resterait sous la souveraineté d’Israël et la boucle de la ceinture israélienne autour de Jerusalem-Est resterait ouverte pour qu’un corridor relie la Vieille Ville à l’Etat palestinien. Il ne s’agirait pas d’une aberration comme le couloir de Dantzig a pu l’être en son temps, puisque Israël conserverait sa pleine continuité territoriale. Contrôlé (militairement, politiquement, administrativement) par les Palestiniens, cette zone habitée par une population exclusivement arabe serpenterait entre les quartiers juifs de Jerusalem_Est et plusieurs implantations du Grand Jerusalem;

Pour ce qui est de l’Esplanade des Mosquées,, les autorités musulmanes continueraient à gérer les lieux en s’intégrant aux structures étatiques palestiniennes. Le gouvernement palestinien prendrait le contrôle du site moyennant des restrictions drastiques en matière d’armement. En effet les israéliens redoutent que les flambées de violence sur l’Esplanade ne dégénèrent en contrebas, atteignant  l’esplanade du Mur des Lamentations. Reste le problème posés par les militants juifs mystiques, intriqués dans la population des quartiers arabes. Là, Encel n’envisage pas le délogement de ces gens , et est obligé de se rabattre sur une solution de cogestion, contraire à son idée de séparation  nette des populations;

Un te projet  nécessite pour sa réalisation des conditions difficiles à réaliser.

D’abord un gouvernement israélien indépendant des pressions des partis religieux, donc fondé sur les partis de gauche ou laïques.L’apparition du parti centriste Kadima, susceptible de s’allier avec les travaillistes  pour mener les négociations augmente la probabilité d’une telle combinaison;

Ensuite une Autorité Palestinienne disposant d’une marge de manoeuvre par rapport aux pressions islamistes, ce qui varie avec la conjoncture politique;

Enfin et surtout, il est vital de laisser l’ouverture du passage pour les palestiniens, vers leurs lieux saints. La tentatve d’implantation des extrêmistes religieux juifs en plein coeur de ce passage, dans le quartier arabe de  Ras al-Amoud risque de constituer un fait accompli irréversible sans énormes difficultés et ainsi de constituer un seuil au delà duquel il n’y aurait plus aucun compromis possible pour les adversaires. C’est surement l’idée directrice de ceux qui ont décidé cette implantation, c’est à dire la politique du pire: celle ou la seule issue est la défaite définitive de l’adversaire. Les pays du monde entier verraient d’un très mauvais oeil cette attitude, et la feraient payer très cher à celui des belligérants qui ferait preuve d’une intransigeance aussi radicale.

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Dissémination nucléaire au Moyen Orient: un risque fou

octobre 10, 2008

Les dernières nouvelles du Moyen Orient n’inspirent pas davantage d’optimisme que celles de la planète financière. L’impression générale reste celle que l’on préfère débrancher les alarmes plutôt que prendre des mesures.

De nombreux commentateurs occidentaux répètent la même litanie: les grandes puissances n’ont pas les moyens d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. En même temps, tous insistent sur la nécessité de monter le niveau des sanctions et de négocier en même temps: mais quelles sanctions? La Russie, qui est décidée à faire pièce aux Etats Unis par tous les moyens pour essayer de retrouver un statut de puissance perdu avec la dissolution de l’empire soviétique, et la Chine pour qui il est vital de se  ménager des accès au pétrole qui va devenir un facteur limitant de son économie jouent toutes les deux un double jeu évident,et cherchent à se concilier les bonnes graces de l’Etat bandit iranien. On est dans la situation ou l’on serait quand certaines polices tentent d’arrêter des gangsters pendant que d’autres services négocient des accords d’impunité avec les mêmes. Quant aux négociations, les Iraniens envisagent de négocier après qu’ils auront produit la bombe, quand ils auront un moyen de pression immense. Avant, il ne s’agit que de gagner du temps.

Pendant ce temps, on apprend que la Syrie, instruite par l’expérience de la frappe israélienne qui a détruit la centrale nucléaire en construction, a décidé de poursuivre sa politique de construction d’une capacité nucléaire, mais cette fois en s’inspirant de l’exemple iranien, c’est à dire en dissimulant et en dispersant ses installations sur le modèle des cascades de centrifugeuses utilisé par l’Iran. Qui a fourni ce matériel  ultra sophistiqué à la Syrie, qui est elle même bien incapable de le fabriquer ? Mystère.

On frissonne en tout cas à l’idée que le régime de gangsters, de trafiquants, et de tortionnaires qui existe à Damas, qui manipule les attentats et la terreur politique au Liban, puisse lui aussi escompter bénéficier de la bombe d’ici quelques années.L’ Etat mafieux syrien, constitué de l’équilibre des différents clans criminels représente à peu près ce que serait la Colombie aux mains des cartels de la drogue: un mélange abject de terrorisation de la population, de mise en esclavage des gens pour le bénéfice de quelques tueurs cherchant à satisfaire sans limite leurs appétits grossiers.

La bombe entre les mains des « cartels « serait un scénario d’horreur dont on se rapproche.

L’Iran, si il obtient la bombe, se délectera de transférer cet instrument de terreur à des sous fifres Syriens qui dévieront vers eux les risques de représailles en cas d’utilisation de cette arme.

A défaut de cette solution, le Hezbollah sera sûrement un zélé agent des basses oeuvres iraniennes, comme  sa nature l’y oblige.Dénué d’autonomie par rapport à l’Iran dont il est la créature, on peut s’attendre au pire de la part de cette milice fanatisée qui grignote le pouvoir  au Liban pour le plus grand plaisir de son maître iranien. Or des informations très inquiétantes sont parvenues du Liban faisant état de troubles étranges ayant frappé des dizaines de personnes dans une zone contrôlée par le Hezbollah, pour lesquels des experts iraniens seraient venus spécialement décontaminer la région. De là à penser que le Hezbollah, avec l’aide des militaires iraniens qui l’encadrent, serait en train de manipuler des armes chimiques dans la perspective du prochain conflit avec Israël, il n’y a qu’un pas. Comme quoi, dans la ligne des transgressions des interdits des lois de la guerre, on peut s’attendre au pire, et sans doute vaut-il mieux ne pas s’appuyer sur l’espoir d’une « modération » naturelle des Fous de Dieu.Les régimes de terreur de l’Iran comme de la Syrie ne connaissent que la force et son abus comme ligne de conduite, et la surenchère dans la menace comme tactique générale. L’ internationale des états maffieux se met en place, et elle espère arriver par l’équilibre de la terreur à imposer ses volontés à la communauté des nations libres.

L’entrée de la Syrie dans la course à l’arme nucléaire signifie que l’exemple iranien donne déja des idées à d’autres régimes de la région, puisque les sanctions restent inopérantes. A quand une bombe algérienne, à portée de la France, ou Soudanaise pour permettre au régime criminel qui  dirige  le pays de se débarasser des populations chrétiennes du Sud ?.

Dans un article récent, Maryam Radjavi associait l’attitude des dirigeants occidentaux à celle des souris qui, dans un conte du poète Obeid Zakani,cherchaient à amadouer un chat en le couvrant de présents. Quand comprendra-t-on  qu’un prédateur obéit à sa nature, et pas aux cadeaux qu’on lui fait, même si ceux ci sont parfois bons à prendre, dans un premier temps.