Archive pour mars 2009

L’état binational prôné par les extrêmistes palestiniens recouvre un projet de libanisation d’Israël

mars 30, 2009

d’après l’article de Gil Mihaely,historien et journaliste israélien, paru dans Le Monde du 21 mars 2009

Mihaely expose clairement en quoi l’idée très ancienne de l’Etat binational qui refait surface dans certains milieux palestiniens est une fausse bonne idée et de quelle façon le bon sens apparent qu’elle présente cache une négation des besoins fondamentaux humains porteuse de catastrophes et de guerres interminables.

Il explique que l’être humain n’est pas une créature seulement rationnelle,  et que  la religion et la nation sont des besoins impossibles à supprimer et qui répondent au besoin fondamental de donner du sens. »l’Etat- Nation est ce lieu irremplaçable ou s’articulent tant bien que mal le particulier et l’universel, l’individuel et le collectif.

Or, dit-il, à partir du moment ou il n’y a plus coïncidence entre Etat et Nation- soit que plusieurs nations cohabitent dans un seul Etat, soit que des nations soient dispersés entre plusieurs Etats,  cette cellule de base du système international ne fonctionne pas si bien. Si un Etat peut abriter une ou plusieurs minorités nationales, il ne peut jamais concilier deux communautés nationales d’importance égale.

Or si on peut exiger d’un Etat-nation le respect des droits de tous ses habitants, on peut difficilement lui demander de respecter des aspirations nationales  concurrentes, pas plus qu’on ne peutd’ailleurs exiger  de ceux qui appartiennent à la communauté nationale vaincue en 1948 d’accepter de gaité de coeur le drapeau, l’hymne et autres symboles des vainqueurs. Ils on pleinement le droit d’avoir les leurs. »

« Mais que serait ce fameux état binational sinon la garantie d’une frustration générale et permanente? Un Etat n’est n’est ni un ectoplasme distributeur d’allocations, ni une mairie en plus grand. Ce serait une grave erreur de négliger cette dimension anthropologique, surtout dans le contexte d’u conflit qui exaspère les réflexes nationaux de ses protagonistes. »

« Comment peut-on espérer que Palestiniens et Israéliens réussissent là ou Tchèques et Slovaques ont échoué, là où Flamands et Wallons se perdent? » Appliquée a Israël, la solution d’un seul Etat bi-national ne peut aboutir que à une libanisation et à un non-Etat. »

« Reste cependant, dit il, la question de savoir si la solution « Deux peuples, deux Etats » est encore applicable sur le terrain, compte tenu de la politique constante des gouvernements Israéliens successifs de la rendre inapplicable. En outre, dit il, l’incapacité des Palestiniens à  contrôler leur violence et à  accepter des compromis raisonnables ont créé chez les Israéliens une crispation sécuritaire visible aux dernières élections. »

« Cela dit, ajoute-t-il, si Israël a su conquérir et coloniser, il s’st montré aussi capable de se retirer des territoires occupés comme en 1982 eans le Sinaï;et en 2005 à Gaza. Bref,aussi difficile soit-elle à mettre en oeuvre,la solution des deux Etatsn’est pas seulement la moins injuste. Elle est la seule »

Un livre sur l’invention du peuple juif introduit la confusion avec l’idée des races

mars 29, 2009

D’après l’article de Eric Marty, professeur de littérature à l’Université Paris Diderot,publié par Le Monde du 29 mars 2009.

L’article de Marty est remarquable d’efficacité dans la démonstration de la perversité  de la thèse de Shlomo Sand dont le livre intitulé «  »Comment le peuple juif fut inventé de la Bible au sionisme » vient de sortir et rencontre , sans doute grâce au titre choc qui le résume, un certain succès de librairie. Marty passe rapidement sur la nature superficielle et approximative  du traitement d’informations « de seconde main  » de cet historien autodidacte, pour aller au  centre du problème.

Découvrant que il n’y a pas de race juive- ce qui est une  vérité éculée- Sand en conclut que le peuple juif est une invention historique récente, et, « divine surprise », que le peuple juif n’existe pas.

Tout le livre consiste ainsi  à vouloir prouver que les Juifs actuels ne sont pas « génétiquement « les descendants  des Hébreux.

Or ce qui fait le peuple juif n’a jamais été une question de race, contrairement aux affirmations nazies, et comme le montre la diversité des couleurs des juifs (noirs, blancs, jaunes, bruns, blonds,etc.),mais la religion, l’histoire, la langue.

Comme le dit Marty, il y a un peuple juif , bien  que il n’y ait pas de race juive. Il met à jour l’ambition de Sand de mimer le discours de Michel Foucault affirmant que « l’homme est une invention récente ». Mais pour Foucault, dit Marty,il était fondamental de réfléchir à cette invention dans les savoirs et de la déconstruire. »

Or, souligne Marty, « c’est sur ce point que le livre de Sand se révèle vide.Car s’il dénie aux Juifs une aspiration qu’ils n’ont jamais eue comme peuple, celle de se constituer en race, il ne déconstruit pas la notion de race.Au contraire, il lui confère un statut de vérité qui se donne comme vérité ultime. « En effet, la conclusion proprement perverse de son livre, est d’attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs,à savoir qu’ils sont -eux les Palestiniens- les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires. »

« Cet épilogue est révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l’inversion dont le peuple juif est la victime coutumière: les Juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens des juifs génétiques. On peut donc en déduire qui est l’occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas l’héritage génétique, en en faisant au contraire bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l’impensé qui obscurément pourrit ce qu’il tient pour une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu’il emploie et tout simplement mystificatrice, et ce d’autant plus qu’elle voudrait être au service de l’entente entre les ennemis. »

« Nier l’identité juive est une vieille marotte, aujourd’hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D’où vient ce vertige du négatif? On l’aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand; d’un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l’errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s’éteindre, ne cesse de renaître, avec désormais, un nouvel allié mythologique: les Palestiniens. »

Shlomo Sand pousse ainsi à la limite ce qui était déjà en filigrane de toute son oeuvre de « nouvel historien » acharné à tenter de « déconstruire »  tout sentiment national juif. L’ultra gauchiste conséquent qu’il est , partisan de l’Etat binational en Palestine et donc de la destruction de l’ Etat Juif, termine en apothéose sa trajectoire de haine du sionisme: par quelque chose qui est une forme de  négation radicale et absolue de l’identité juive pour laquelle un mot s’impose: le négationnisme. En effet, cette passion de nier la réalité historique au nom d’une soi-disant lutte contre un « conformisme » de la vision historique est le  double symétrique du faurissonisme, de plus en plus enfoncé dans un discours de dénonciation des « historiens officiels », aveugle à sa haine qui est le substrat caché de ses constructions abracadabrantes  , constructions dont la base est le déni d’une réalité incompatible avec les préjugés idéologiques qui constituent l’armature  d’une pensée elle même plus stéréotypée que ses cibles. A quand une invitation de Shlomo Sand au prochain spectacle de Dieudonné ?

LES ISRAELIENS REPLIQUENT AUX ACCUSATIONS SUR LE COMPORTEMENT DE TSAHAL

mars 28, 2009

Face à la campagne médiatique sans précédent menée contre eux après la guerre de Gaza et aux accusations de crimes de guerre,  les Israéliens ont commencé  à développer leur défense, pour parer à l’offensive  venue de plusieurs horizons à la fois  et visant à  développer la haine anti israélienne et à les couper des opinions publiques dans le monde entier.

La première riposte s’est située sur le plan des chiffres des pertes humaines durant l’offensive.Le choix de l’état major ayant été de ne pas autoriser les journalistes à accéder au champ de bataille, la conséquence en a été que les seuls à commenter et à rapporter les évènements en ont été les Palestiniens eux mêmes.

On se trouve à peu près dans une situation équivalente à celle qui se produirait si au cours de la grande journée de protestation sociale et de manifestations en France du mois de marssi  les seuls chiffres de manifestants et de pourcentages de grévistes avaient été fournis par les syndicats. Quand on sait que l’ écart a varié de presque 1 à 3 (1,2 millions de manifestants pour la police, 3millions pour les syndicats) et que il y a une surenchère systématique des syndicats pour des raisons faciles à comprendre :le nombre annoncé est celui qui signifie l’échec ou la réussite du mouvement, et il n’y a pas d’indicateur indiscutable de ces chiffres, sans parler des traditions de propagande  inscrites dans les mentalités militantes depuis des décennies,on comprend que la plupart des gens, sauf les manifestants eux mêmes, ont l’habitude de couper la poire en deux entre les deux estimations.

Toujours est il que les Palestiniens, dont les associations  « non gouvernementales » sont constituées de militants hautement politisés et engagés dans le combat nationaliste contre Israël, considèrent la propagande anti israélienne comme un de leurs devoirs essentiels, et ne se sont pas privés  de gonfler les chiffres globaux des pertes humaines, pendant que le Hamas  rétrécissait jusqu’au grotesque le nombre de ses propres pertes.

Les organisations de « défense des droits de l’homme « palestiniennes sont des organisations de défense des intérêts palestiniens qui ont compris l’avantage médiatique qu’elles trouvent, en Occident, à se parer de ce titre. Elles n’ont jamais condamné la moindre atteinte aux droits de l’ Homme dans les rangs palestiniens (crimes contre l’humanité que sont les attentats contre les civils, tortures exercées par le Hamas et le Fatah l’un contre l’autre,etc..;)

Les chiffres de Tsahal diffèrent donc énormément de ceux des organisations palestiniennes, dont le but est de présenter l’Etat israélien comme un monstre criminel.

Pour les Israéliens, le nombre total de victmes palestiniennes de l’offensive se monte à 1166, dont 709 ont été identifiés comme membres actifs de la branche armée du Hamas.295 civils (dont 49 femmes et 89 mineurs de moins de 16 ans)ont été reconnus comme victimes de l’offensive( c’est à dire approximativement un quart des victimes, contrairement aux chiffres des organisations palestiniennes qui affirment eux  dénombrer 926 civils sur 1417 victimes (et 236 combattants (soit 4 fois plus de civils que de combattants) (Le Hamas n’en « reconnaît » qu’une cinquantaine) auxquels il rajoute 255 policiers du Hamas  (La différence entre la Police du Hamas, qui traque et torture les opposants,  et maintient le pouvoir du Hamas sur Gaza et est en fait une milice armée à son service et la branche militaire qui ne fait pas grand chose à part lancer des roquettes sur la population civile israélienne est assez spécieuse.Ce d’autant plus que la nuance entre « militaires » se camouflant en civils en ôtant leurs uniformes, et policiers en uniforme et en armes comptés comme des « civils », est assez « jésuitique » (si l’on peut dire).

L’énormité de la différtence des chiffres montre bien que la réalité n’a pas été le seul facteur a être pris en compte dans ces « comptages ».

Le deuxième axe de défense des Israéliens, après la publication de témoignages de soldats israéliens décrivant des comportements  » injustifiables » de militaires israéliens a été de dire que il ne s’était en rien agi de consignes délibérées visant au meurtre de civils, mais souvent d’ordres visant à éviter d’exposer les soldats israéliens, menacés d’attaques de  kamikases ou de tentatives d’enlèvement annoncées par le Hamas.

Surtout, la source de ces témoignages a été un groupe d’élèves soldats, qui n’ont commis aucun acte, mais en ont rapporté, et qui étaient dirigés dans leurs cours par un officier de réserve ultra gauchiste, lui même condamné par l’ armée pour refus de servir en territoire occupé, et qui a publié un livre intitulé « Refuznik », tout un programme.

Le troisième axe de défense israélien est la contestation de l’usage criminel de bombes au phosphore. Celle ci ont bien été utilisées, comme cela est autorisé dans les lois internationales, mais comme bombes éclairantes ou comme « nuages de fumées », et non comme bombes incendiaires , comme cela a été le cas  dans des bombardements de la 2 ème guerre mondiale. L’amalgame a été fait en toute connaissance de cause par des organisations pacifistes, qui ne s’arrêtent pas à de telles manipulations, pour disqualifier l’action israélienne, et au fond, la légitime défense qui a été au point de départ de l’action israélienne.

Les pacifistes et les gauchistes, réduits au silence par le consensus massif de la population israélienne pour soutenir la riposte israélienne aux bombardements des populations civiles par le Hamas, ne se tiennent plus de joie à l’idée de pouvoir apparaître rétrospectivement comme les hérauts  de la morale et de l’humanité, prêts sans hésiter à donner la partie belle à ces autres défenseurs des droits de l’homme et des libertés que sont les terroristes du Hamas repeints en victimes innocentes de ceux qu’ils osent dépeindre en barbares.

JACQUES CHIRAC A L’ATTAQUE DES NEGATIONNISTES

mars 28, 2009

(D’après l’article de Sophie de Ravinel, dans Le Figaro du 28-03-2009)

A l’UNESCO,Jacques Chirac a apporté un soutien appuyé au projet Aladin, initié par la Fondation de la mémoire de la Shoah, projet destiné à lutter contre le négationnisme, en particulier dans les pays arabes, en rendant accessibles en arabe, sur Internet, des informations objectives sur la Shoah et sur les relations judéo-arabes.

« Le drame de la Shoah interdit l’oubli.Il impose la pudeur. Il fait exploser la colère au coeur de chaque homme de bonne volonté, lorsque la Shoah est contestée. » a-t-il déclaré.

« Il a insisté sur le fait que’il ne s’agissait pas de « faire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n’est pas la leur »… mais qu’il était important « de faire connaître la Shoah, pour la faire sortir du silence que l’on a fabriqué autour d’elle dans beaucoup de pays »

« Evoquer la Shoah risquait de susciter dans ces pays un sentiment de sympathie pour les Juifs et l’existence d’Israël. Alors, on l’a cachée. »

Jacques Chirac s’est inquiété du fait que « les conflits incessants du Proche Orient sevent aujourd’hui de prétexte à une nouvelle haine d’Israël. Elle est en train de devenir une nouvelle haine des Juifs. Cette haine se répand. Elle peut être le début d’un nouveau cauchemar. Il n’y aura pas de paix au Proche-Orient tant que il n’y aura pas reconnaissance et acceptation de l’Etat d’Israël.. Mais il n’y aura pas de reconnaissance mutuelle réelle sans assentiment des peuples(…)sans une compréhension plus intime. »

Jacques Chirac ne s’est pas adressé que à cette partie du monde, disant que « nul pays, nulle culture ne sont immunisés  contre la tentation du génocide ».. »Nous ne devons jamais accepter comme démocratiques les partis qui propagent la haine. L’accord trouvé entre libéraux, démocrates chrétiens, socialistes et communistes dans l’après guerre pour rejeter les partis de la haine doit être considéré comme un acquis définitif de la démocratie européenne. »

Ces propos étaient une réponse claire  aux nouveaux propos provocants de Le Pen , réitérant son affirmation que les chambres à gaz étaient « un détail  » de la seconde guerre mondiale? ce qui a entraîné une  décision des partis européens démocratiques de modifier le règlement de l’assemblée européenne pour empêcher la possibilité que Le Pen puisse en devenir président, au bénéfice de l’äge.

Un pacifiste israélien remet en cause le pacifisme

mars 23, 2009

(d’après le texte de Amir Gutfreund, écrivain israélien, publié par Le Monde du 22mars 2009)

Le texte de Amir Gutfreund est intéressant parce que il constitue la première autocritique du pacifisme en Israël , venue donc de l’intérieur même du pacifisme, publiée en France.

A.G. se définit lui même comme « un homme de gauche, autrement dit quelqu’un qui veut la paix à tout prix et qui est prêt, pour cela à  d’énormes concessions ». Il dit d’ailleurs avoir voté travailliste aux élections de février dernier.

Pourtant, devant l’évolution vers la droite du pays, il n’interprète pas le phénomène comme le fait que les Israéliens sont allergiques à la paix, mais comme « une réaction aussi instinctive que salutaire ».

Pourquoi?

Parce que, dit -il, » les Israéliens demandent une pause; qu’on leur permette d’hésiter encore un peu avant d’en venir à des décisions irrévocables ». « Les raisons qui ont poussé l’opinion publique israélienne « à droite », ne lui sont pas étrangères, tout électeur de gauche qu’il soit »; en effet, » tout accord de paix, aussi précaire soit -il représente e effet pour Israël la mise en jeu de sa propre existence »

« Au cours des dernières décennies,la paix est apparue à portée de la main, puis tout est parti en vrille, et il se demande si cette paix était vraiment si proche, ou si il s’est agi de rêves et de châteaux en Espagne.

Il n’est pas besoin d’être de droite, dit-il, pour sentir qu’un changement profond s’est récemment opéré dans la réalité qui est celle d’Israël au Proche Orient. Un facteur nouveau, dont les Européens se sont insuffisamment rendu compte est intervenu:la survenue de l’intégrisme islamique.

« Rituellement, quelqu’un vient faire miroiter aux yeux des Palestiniens la promesse de succès supplémentaires, de victoire totale,pourvu qu’ils se retiennent, pourvu qu’ils sachent résister au compromis en cours… Un vent d’extrêmisme islamique souffle.Si naguère le conflit israélo- palestinien a pu apparaître soluble dans le cadre d’un partage des ressources  et de solutions humanitaires, il est sûr que, aujourd’hui, alors que les données du problème n’ont apparemment pas changé, aucun espoir de ce type n’est plus envisageable.

« Des pans entiers de la population palestinienne croient désormais dur comme fer dans les promesses d’un djihad mondialisé. Alors que le conflit est en apparence resté le même,il a changé de bases, et une grande partie des pacifistes, en Israël et ailleurs, n’ont pas pris connaissance du » tour de passe passe auquel s’est livrée l’histoire ».

« Il y a dix ans, j’étais convaincu que des concessions israéliennes conduiraient à la paix.Désormais je suis au contraire convaincu que les retraits les plus spectaculaires ne serviront à rien ».

Normalement, explique-t-il, ce devrait être les Israéliens qui n’ont pas intérêt au changement étant donné le « confort » de leur société, et les Palestiniens, du fait de leur misère et de leur souffrance,qui désirent celui- ci.

Or, cette situation s’est inversée. Les Israéliens ont l’estomac noué d’angoisse quand la paix ne progresse pas, et les Palestiniens s’enthousiasment pour les opportunités que recèle l’attente: obtenir plus et à de meilleures conditions dans l’avenir. »

« Comment arriver à ouvrir les yeux des Européens sur cette mutation, s’interroge-t-il? Cela lui paraît difficile quand on constate la paralysie qui saisit les Européens quand ils doivent affronter le radicalisme musulman, et leur crainte d’apparaître arrogants, racistes et colonialistes..

L’épreuve, dit-il aura lieu, à l’occasion de la « conférence de Durban 2 ». Il imagine déjà la scène: « Le délégué d’un pays ou les fillettes de8 ans sont mariées de force à des vieillards proclamera son indignation devant la situation des droits de l’homme en Israël ». Le délégué d’un pays qui subventionne partout dans le monde le terrorisme portraiturera Israël en état terroriste. L’ambassadeur d’une nation ou un tribunal a prononcé une peine de viol collectif sur une jeune fille dont le frère avait attenté à l’honneur d’une autre femme dissertera sur la politique scandaleuse d’Israël par rapport à ses minorités. »

« Durban 2 est un évènement si parodique, si grotesque, qu’on pourrait croire qu’il a été taillé pour dessiller les yeux des incrédules », et pourtant , il n’est pas convaincu du réveil de la conscience européenne.

Au moment ou commenceront les discours délirants sur Israël, y aura-t-il une surprise?

QU’EST CE QU’UNE NATION? RELEXIONS SUR LE TEXTE FONDAMENTAL DE ERNEST RENAN (1882)

mars 6, 2009

« Les nations sont quelque chose d’assez nouveau dans l’histoire. L’antiquité ne les connut pas; l’Egypte, la Chine, l’antique Chaldée ne furent à aucun degré des nations. C’étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n’y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus que de citoyens chinois. L’antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires. Elle n’eut guère de nations au sens ou nous l’entendons. La Gaule, l’Espagne, l’Italie, avant leur absorption dans l’empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties. »

Qu’est ce qui caractérise les différents états issus de la brisure de l’empire carolingien, selon Renan ? C’est la fusion des populations qui les composent. Deux faits contribuent essentiellement à ce résultat:L’adoption du christianisme par les envahisseurs germaniques, qui empêche une distinction vainqueurs/vaincus par la religion, et l’oubli par les conquérants de leur propre langue (Renan reviendra plus loin sur la nécessité de l’oubli pour forger les nations.). « De ce fait, le moule qu’imposèrent ces envahisseurs devint le moule même de la nation et « France » devint le nom d’un pays ou n’étaient entrés qu’une infime minorité de Francs. Au bout d’une ou deux générations, les envahisseurs ne se distinguaient plus du reste de la population; leur influence n’en avait pas moins été profonde; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu’il n’avait pas auparavant. »

« L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création des nations, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été les plus bienfaisantes. L’unité se fait toujours brutalement: la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d’une extermination et d’une terreur continuée pendant près d’un siècle. »

Mais là où la France a réussi, d’autres ont échoué. « Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposé les uns aux autres. Or l’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s’il est burgonde, alain, taïfale, visigoth; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint Barthelemy, les massacres du Midi du 13ème siècle. »

Mais qu’est ce donc qu’une nation , s’interroge Renan.

Pourquoi la Hollande est elle une nation, tandis que le Hanovre ou le Grand Duché de Parme n’en sont pas. Comment la France persiste -t-elle à être une nation, alors que le principe (dynastique) qui l’a créée n’existe plus. C’est la gloire de la France d’avoir, par la Révolution Française, proclamé qu’une nation existe par elle-même.

La question de la race

Renan s’inscrit en faux contre toute tentative de fonder la nation sur la race, comme le font en particulier les pangermanistes de l’époque. »C’est là, dit-il, une très grande erreur, qui si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès. »

« La considération ethnographique n’a été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. L’Italie est le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Etrusques, Pelasges, Grecs , sans parler de bien d’autres éléments s’y croisent dans un indéchiffrable mélange. »

« La vérité est qu’il n’y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l’analyse ethnographique, c’est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays , l’Angleterre, la France, l’Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L’Allemagne fait elle à cet égard exception? Est elle un pays germanique pur? Quelle illusion! Tout le Sud a été gaulois. Tout l’Est, à partir de l’Elbe, est Slave. Et les parties que l’on prétend réellement pures le sont elles réellement? Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu’en zoologie. Or l’étude des langues et de l’histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. L’apparition de l’individualité germanique dans l’histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus Christ. Apparemment, les Germains ne sont pas sortis de terre à cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n’avaient pas leur individualité à part. Le Français n’est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers »

« Le fait de la race, capital à l’origine, va donc toujours perdant de son importance. L’histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n’y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n’a pas le droit d’aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant: »Tu es de notre sang;tu nous appartiens ». En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau ».

On ne peut qu’être frappé de la netteté de la pensée de Renan et du caractère prémonitoire de sa réfutation des arguments développés ultérieurement par les nazis, qui en fait mettaient leurs pas dans ceux des pangermanistes qui les avaient précédés.

La question de la langue

 » Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue. »

« La langue invite à se réunir; elle n’y force pas. Les Etats-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation . Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses diverses parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue, c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude souvent obtenue par des vexations. »

« La considération exclusive de la langue a, comme l’attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l’exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu’on respire dans le vaste champ de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l’esprit; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N’abandonnons pas ce principe fondamental , que l’homme est un être raisonnable et moral, avant d’être parqué dans telle ou telle langue, avant d’être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance: ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands; Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain ».

La question de la religion

« A l’ origine, la religion tenait à l’existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de la famille. La religion d’Athènes, c’était le culte d’Athènes même. Elle n’impliquait nulle théologie dogmatique. Ce n’était déjà plus vrai dans l’Empire romain, avec les persécutions en particulier des Juifs par Antiochus Epiphane pour les amener au culte de Jupiter Olympien. »

« De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu’il peut, comme il veut. Il n’y a plus de religion d’Etat; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle; elle regarde la conscience de chacun »;

La question des intérêts

« La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. Suffit elle à faire une nation? Je ne le crois pas. Elle fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment. Elle est âme et corps à la fois; un »Zollverein » n’est pas une patrie. »

La question de la géographie

« La géographie est un des facteurs essentiels de l’histoire. Peut on croire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d’une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s’adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours, pour atteindre telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante à priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire et plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. On parle de raisons stratégiques. Rien n’est absolu; il est clair que des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin (Par rapport au Proche Orient, quelle prémonition!).

« Non, ce n’est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail; l’homme fournit l’âme. L’homme est tout dans dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. Rien de matériel n’y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol. »

Que faut il donc de plus que la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires pour créer ce principe spirituel?

Conclusion

« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, les constituent. L’une est dans le passé, l’autre est dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis . La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est, de tous les cultes, le plus légitime. Les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes , de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiments des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposés à faire encore. Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.

L’existence d’une nation est donc un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de la vie.

Les volontés humaines changent; mais qu’est ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront . La confédération européenne, probablement les remplacera (!!!). Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. A l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître. »

« Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l’oeuvre commune de la civilisation. Toutes apportent une note à ce grand concert de l’humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions.

Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister. »

Commentaires

On ne peut qu’être admiratif devant la beauté de la langue, la clarté de vues et d’expression de Renan face au problème complexe de l’idée de Nation. La liberté de pensée qui est la sienne et qui se manifeste dans la façon dont il arrive à la fois à envisager le caractère fini de l’existence des nations, à penser avec un siècle d’avance l’avènement d’une communauté européenne qui remet en cause le contenu de la notion de nation, et à éviter le piège d’un idéal de suppression des nations dont il formule très bien le risque de totalitarisme qu’il décrit avant la naissance du terme, montre la profondeur de la réflexion qui est la sienne.

Tous les débats actuels sur l’idée de nation sont déjà présents dans la façon dont il écarte, les uns après les autres , tous les présupposés « essentialistes » des courants ultranationalistes: idée de race chez les pangermanistes et leurs émules nazis, idée de frontières naturelles ou de frontières de » sécurité « , dans les conflits du Proche Orient, idée d’union douanière soutenue par certains tenants d’une Europe minimale, idée de fermeture sur sa culture « nationale » contenue dans certains comportements communautaristes.

L’idée d’un concert des nations ou chacune d’entre elles a sa partition à jouer pour faire progresser l’humanité contredit les prétentions de chacune à être le peuple élu .

Mais c’est dans la partie « positive » de son étude du concept de nation qu’il est le plus magistral.

D’abord, par sa définition de la nation comme une « famille spirituelle », il met l’accent sur le fait que ce sont des visions du monde qui sont partagées, et non des déterminations héréditaires, ce qui est prouvé en France par la possibilité pour les émigrants d’acquérir la nationalité française. Cette famille spirituelle est composée par l’adhésion aux valeurs véhiculées par la société française: démocratie et république, laïcité et droits des femmes, liberté de pensée, d’expression et de critique, séparation des pouvoirs, mais aussi qualité de l’existence, sophistication des produits, niveau élevé de la culture, variété des paysages et des types humains, etc.

Rien à voir avec un quelconque « Volksgeist » .

Mais ce n’est pas seulement une adhésion intellectuelle dont il s’agit. C’est également une adhésion affective: c’est l’entrée dans une famille, une affaire de coeur et de sentiment, qui fait que en France,( et dans les autres pays aussi bien sûr), les gens « aiment la France , tombent amoureux de la France (voir le livre de Jacqueline Remy: « Comment je suis devenu français », livre d’interviews de personnes, plutôt connues, qui ont pris la nationalité française).

Ensuite, c’est par sa définition de la Nation comme une « conscience morale ». L’acquisition de la nationalité ou le patriotisme tout simplement est inséparable de la notion d’une dette envers la collectivité, actuelle et passée. Envers le passé, même si on ne l’a pas partagé (dans le cas des personnes qui acquièrent ou ont acquis plus ou moins récemment la nationalité) parce que le passé est comme il le dit, un capital social partagé par tous les membres de la Nation ( la gloire, c’est à dire le renom, la valeur attribuée collectivement aux tenants de cette identité, mais aussi la culture longuement accumulée dans le creuset dont il parle, la longue sédimentation d’intelligence et de travail collectif qui aboutit à la chance extrême que constitue le fait d’être français dans le monde actuel, sur tous les plans). Envers la collectivité actuelle, qui maintient l’effort soutenu pendant des millénaires, et qui elle même, doit consentir à des sacrifices pour ne pas dilapider le « capital » culturel, scientifique, artistique , juridique, intellectuel et politique, et finalement humain constitué depuis si longtemps.

Ces conceptions de la Nation éclairent mieux quelques uns des débats actuels:

L’acquisition de la nationalité française apparait ainsi légitimement comme devant être demandée, c’est à dire le résultat d’une déclaration d’adhésion à ses valeurs fondamentales, et non acquise automatiquement par des étrangers qui ne s’en aperçoivent parfois même pas. Les modalités étant évidemment à réfléchir soigneusement.

La raison en est ce que dit Renan, et qui paraît très juste: une nation n’existe que tant qu’elle est portée par l’adhésion de ses membres et leur acceptation de faire des sacrifices pour son maintien. Si des personnes adhérentes d’autres cultures et d’autres valeurs que celles de la nation française ne reconnaissent pas celles ci, il y a un risque que au lieu de s’ajouter et de se féconder , elles minent le maintien de cet effort, déjà contrarié par l’évolution des moeurs.

On peut dire la même chose pour la nation israëlienne : si les Israëliens eux mêmes ne croient plus en la finalité de leurs efforts, si l’image valeureuse qu’ils ont d’eux mêmes, minée par le conflit avec le peuple palestinien, se défait, et si les élites ne défendent plus la signification de leur effort, si les classes populaires se sentent abandonnées, alors un grave danger de disparition de cette nation existera.

Quelle place donner à partir de cette vision de la Nation aux peuples en Diaspora ? Encore une question qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

ALAIN FINKIELKRAUT: TOUJOURS PLUS D’ENRACINEMENT, TOUJOURS MOINS DE LUMIERES ?

mars 6, 2009

La parution de l’entretien de AF et P.Thibaud dans le monde du 11/11/2007 ou il se saisit de l’opportunité du débat sur l’évolution des rapports juifs/chrétiens après la Shoah pour exposer et résumer ses thèses peut être une occasion de faire le point sur les théories qu’il développe et qui sont au coeur même du débat ,explicite ou implicite dans le monde juif, sur la question de la fidélité, de la transmission, et du maintien de l’identité juive.

Dans son ouvrage, »La défaite de la pensée », paru en 1987, il abordait déja ces questions du rapport des particularismes des cultures et de l’idéal universaliste, qu’il définissait comme l’opposition de l’esprit des Lumières, incarné dans la Révolution Française, et du Romantisme , en particulier allemand, et de sa passion du subjectivisme.

Identité culturelle et individualité

La critique féroce qu’il dressait des effets pervers de la décolonisation lui donnait l’occasion de montrer comment « le thème de l’identité culturelle qui permettait aux colonisés de se dégager de la dégradante parodie du colonisateur, en même temps, les déssaisissait de tout pouvoir face à leur propre communauté . Ils ne pouvaient prétendre se situer en dehors, à l’abri de ses impératifs, à l’écart de ses coutumes, puique c’était justement de ce malheur là qu’ils avaient voulu se délivrer en secouant le joug de la colonisation. Accéder à l’indépendance , c’était d’abord pour eux retrouver leur culture ».D’où l’attachement des états à veiller que nulle critique intempestive ne vienne troubler le « culte des préjugés séculaires », et « au triomphe définitif de l’esprit grégaire sur les autres manifestations. « On ne se révolte pas contre soi » et « rendus à eux mêmes, les anciens colonisés se retrouvent captifs de leur appartenance, transis dans cette identité collective qui les avait affranchis de la tyrannie des valeurs européennes.. « A peine ont ils dit « Nous avons gagné » qu’ils perdent le droit de s’exprimer autrement que à la première personne du pluriel. « Nous, c’était le pronom de l’authenthicité retrouvée, c’est désormais celui de l’homogénéité obligatoire,c’était la naissance à elle même d’une communauté, c’est la disparition de tout intervalle et donc de toute confrontation entre ses membres. Il n’y avait pas de place dans la logique coloniale pour le sujet collectif,; il n’y a pas, dans la logique identitaire, de place pour l’individu ».

Critiquant le fameux livre de Frantz Fanon, « les damnés de la terre »,il relevait que F.F. place l’individualisme » au premier rang des valeurs ennemies « . Dans ce livre, les combattants, au lieu de cultiver stérilement leurs particularités, sont invités à s’immerger dans « la marée populaire ». « Abdiquant toute pensée propre, ils retournent dans le giron de leur communauté. La « pseudo-réalité individuelle » est abolie: chacun se retrouve pareil aux autres, porteur de la même identité. Le corps mystique de la nation absorbe les âmes; et AF conclut que » une nation dont la vocation première est d’anéantir l’individualité de ses citoyens ne peut pas déboucher sur un état de droit ».

Il concluait que dans le débat entre les deux idées de la nation qui a partagé la conscience européenne depuis la Révolution française, FF prend parti pour le « Volk » ,opposant à la société des individus le génie national, « l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolu », rejoignant par là l’idéologie des anti-Lumières qui sonnent le rappel de tous les adversaires de la révolution et de l’universalisme rationaliste qui triomphe avec la révolution.

Herder est le maître à penser de ce courant qui trouve un echo très favorable en Allemagne ou il sert de drapeau au nationalisme allemand furieux de voir l’hégémonie française s’imposer à l’Europe, militairement et idéologiquement. Les intellectuels allemands s’enrôlent dans le combat contre les idées de raison universelle ou de loi idéale. « Sous le nom de culture, il ne s’agit plus pour eux de faire reculer le préjugé et l’ignorance, mais d’exprimer, dans sa singularité irréductible, l’âme unique du peuple dont ils sont les gardiens. »

« Parallèlement, les penseurs traditionnalistes accusent les jacobins d’avoir profané par des théories abstraites le génie national…

Libérés de leurs attaches , les individus l’étaient aussi de l’autorité transcendante qui jusqu’alors régnait sur eux . La puissance ne venait plus du ciel,mais d’en bas de la terre, du peuple,de l’union des volontés qui formaient la collectivité nationale.

AF a parfaitement raison d’indiquer là ce qui est aux yeux des conservateurs le « péché originel », « la présomption fatale d’où découle la dissolution de l’ensemble social.

C’est effectivement ce qui les met en rage , l’idée inouïe que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, les humains pourraient essayer de fonder une société non pas sur ce qui a toujours été,sur l’immuabilité d’une attribution des roles et des places, mais sur des aussi vieilles idées humaines que la justice, la raison, et si possible,la pensée libre appuyée sur la raison- qui n’est pas le rationalisme abstrait qu’ils caricaturent, mais une raison raisonnable,qui prenne en compte la réalité et les idéaux.

Ce qu’ils s’évertuent à démontrer comme impossible, une nation existant sans Dieu et sans Roi, est ce qui se développe sous leurs yeux ,et qui aboutit à la Démocratie,l’ horreur absolue pour eux, le sacrilège même.

Ce qu’ils affirment que l’on a jamais vu,unenation qui se donne son contrat, c’est ce qui se passe avec les constitutions successives, alors qu’ils continuent à affirmer, contrevérité évidente, que les constitutions , on ne les fabrique pas , on les trouve , que leur développement est spontané,organique et non intentionnel, que elles ne résultent pas d’un dessein clairement conçu par une ou plusieurs personnes.

Que penser, alors des constitutions françaises successives, et du débat sur les institutions. Que penser de la constitution israelienne, ou de celle des Etats Unis, et de tout ce qui est la place du politique dans l’évolution des sociétés.

Ce que les « contrerévolutionnaires « du 18 ème siècle et les anti Lumières qualifient de délire prométhéen,c’est la réappropriation par les humains de leur destin projeté hors d’euxmêmes dans les figures diverses et emboîtées de l’hétéronomie.
En fait pour eux, l’homme est le produit de son environnement ,et c’est folie de vouloir lui mettre entre les mains la responsabilité de ce qui le dépasse infiniment.

Il est vrai que les utopies révolutionnaires du 20 ème siècle ont montré à loisir la folie que pouvait produireune vision parfaitement et symétriquement opposée a celle ci et qui serait que l’homme peut faire table rase de tout et créer un monde issu de l’arbitraire de ses rêves ou de ses raisonnements abstraits . La vision d’une humanité toute puissante devant la réalité est aussi fausse que celle d’une humanité réduite à l’obéissance et à répéter indéfiniment ce qui a été fait par les générations antérieures. Les idéologies progressistes ont pu pécher par suffisance et balayer en pensée des réalités bien plus durables que leurs catéchismes bien pensants, mais l’idée d’une dignité liée à l’exercice d’une liberté, et donc d’une responsabilité, est bien plus haute que celle d’une soumission acceptée et même revendiquée au nom du respect pour les générations qui ont vécu auparavant. La création de l’Etat d’Israel en est un des plus beaux exemples. Fallait il, au nom du passé et des traditions, perpétuer l’abaissement et la dépendance dans lesquels vivaient les juifs, jusqu’à la conclusion de l’extermination?

AF démonte très efficacement la mécanique de la logique des contre révolutionnaires ( De Maistre, Bonald, etc.) et la ramène à leur but profond: »enseigner la soumission aux hommes, leur donner la religion du pouvoir établi,, substituer « l’évidence de l’autorité à l’autorité de l’évidence ». Comme il le remarque,, ils dénoncent fanatiquement la pénétration de l’esprit d’examen dans la sphère religieuse et s' »emploient à mater le doute, à enchaîner la raison ». Pour eux , » plus un ordre est ancestral, plus il mérite d’être préservé, et la valeur des institutions est fixée par leur ancienneté, non par leur proximité avec un modèle idéal. ».

Contre les Lumières qui ont choisi comme devise « Sapere aude », ose savoir, ose braver tous les conformismes, « aie le courage de te servir de ton propre entendement, sans le secours d’un directeur de conscience ou la béquille des idées reçues », ils proclament leur amour du préjugé: « Le préjugé est bon en son temps, déclare Herder, car il rend heureux. Il ramène les peuples à leur centre,les rattache solidement à leur souche,les rend plus florissants selon leur caractère propre,plus ardents et par conséquent plus heureux dans leurs penchants et leurs buts ».

Nation contractuelle ou Nation organique

AF expose bien comment le développement du positivisme remet en question les certitudes des Lumières et comment les sciences de l’inconscient divulguent la logique des lois et des croyances qui échappait aux Lumières, mais l’exemple de l’Alsace,qui parle allemand et est de culture allemande, et qui pourtant choisit de rester française oblige par exemple Renan à réviser ses certitudes. Il est ainsi prouvé que « l’idiome, la constitution héréditaire ou la tradition n’exercent pas sur les individus l’empire absolu que tendent à leur conférer les sciences humaines. Il est ainsi prouvé que le sentiment national ne résulte pas d’une détermination inconsciente, mais d’une libre détermination. » . Renan, qui combattait cette idée, fait maintenant de la nation l’objet d’un pacte implicite quotidiennement scellé entre ceux qui la composent. « Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices que l’on a faits et d e ceux que l’on est disposé à faire. Elle suppose un passé: elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible:le consentement, le désir clairement exprimé de poursuivre la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. » Ainsi, « ce n’est pas le Volkgeist, communauté organique de sang et de sol ou de moeurs et d’histoire, qui soumet à sa loi les comportements individus c’est le concours volontaire des individus qui forme les nations.

Les positions soutenues par AF dans ce livre penchaient clairement vers la défense de la conception contractuelle de la Nation, celle des Lumières, avec cependant un intérêt et une sensibilité pur les thèses romantiques.

En 1991, dans la revue ethnologique « Terrain », il écrivait pourtant: « Après coup, il m’a paru que dans ce livre, j’avais adhéré un peu trop naïvement aux Lumières. Certes, l’idéal de l’universalité rest le mien,(…) mais je ne peux plus dire: face aux dégats provoqués par le Romantisme,revenons aux Lumières. Car nous sommes les héritiers de l’un et des autres; les héritiers de ce qu’ils ont chacun de grand,mais aussi de l’impasse ou chacun nous a mis: le Romantisme, avec le risque d’enfermer les hommes dans leurs appartenances, et les Lumières , avec le triomphe de la raison instrumentale et de la technique.

Un début de virage s’opérait là, même si le refus du sectarisme philosophique pouvait se défendre. Dans le même texte, il apportait une nouvelle formulation,belle, de l’idéal des Lumières ,comme celui de la critique et de l' »arrachement », et le caractérisait comme la part de l’héritage occidental qui méritait d’être conservée.

Mais AF disait en même temps qu’il travaillait à une évaluation plus positive du Romantisme

Dans le livre « L’ingratitude », la bascule s’accentuait, et le balancier repassait du côté du Romantisme. Par un renversement complet,AF donne ses nouvelles formulations qui laissent de côté la définition des nations qu’il approuvait dans « la défaite de la pensée ».

Nation politique et Nation culturelle

« La Nation dont la France a proclamé la souveraineté à la face du monde,dit il, ce n’est pas une identité qui s’exprime, ce sont des citoyens qui récusent le statut de sujet que leur a légué l’Histoire et que leur impose la religion à travers l’axiome paulinien que tout pouvoir vient de Dieu ». » Ce n’est pas un ethnos qui fait valoir ses droits (?), c’est un demos qui s’insurge contre les abus du roi ». » La Nation, dit il, transforme les hommes attachés à leurs croyances particulières en hommes universels et rationnels. Bref, la France a légué au monde une définition de la nation politique et non pas culturelle. Le Français se sent avant tout citoyen dit Louis Dumont,et la France, pour lui, c’est la Démocratie, la république,et s’il est un peu instruit, il dira que la France a montrét au monde la voie des droits de l’homme et du citoyen, qu’elle est l’institutrice du genre humain

Mais pour AF ce gain de liberté signifie maintenant une perte d’identité, et l’homme soumis à ses propres lois renie son passé, son histoire et son identité culturelle. Ses mots deviennent de plus en plus durs. IL parle de l' »idéologie française », des penseurs « superfrançais » pour attaquer ceux, les penseurs allemands contemporains par exemple,qui veulent « dénationaliser la démocratie », « découpler la loyauté républicaine et la communauté de destin historique, prôner la remise en cause des filiations culturelles au profit de l’assentiment donné à des institutions et à des symboles politiques relevant de l’universalisable. Il oppose à ces discours universalisateurs le général De Gaulle, « qui plaçait plus haut que tout la sauvegarde des « patries charnelles », il ironise sur le ‘postnationalisme » des allemands échaudés par le nationalisme nazi,qui prennent parti contre le nationalisme culturel quebecquois.

Sommes nous ,avant toute autre chose,des héritiers,ou bien n’estce qu’une dimension parmi d’autres?

Au fil du livre, dont le titre, « l’ingratitude », donne l’axe essentiel, le plaidoyer devient de plus en plus passionné ,et violent,

L’interviewer, le quebecquois Antoine Robitaille, finit par lui poser la question: ce discours n’est il pas purement et simplement un discours conservateur?

La réponse de AF est ambigüe. La description, très juste , qu’il donne du discours conservateur correspond cependant tout à fait à ce qu’il dit lui même.

Le conservateur, dit il,né en réaction à la Révolution Française,c’est d’abord l’homme qui proteste contre les droits de l’homme. Burke « soutient que le lengage des droits de l’homme attente aux conditions d’une vie humaine. La Déclaration fait des hommes des individus, alors qu’ils sont avant tout des héritiers, etque l’Etatdoit se concevoir comme une association non seulement entre les vivants , mais entre les vivants et les morts et tous ceux qui vont naître. »

Au rebours de « l’orgueilleuse raison des Lumières », la « sagesse conservatrice » fait crédit aux morts, c’est à dire à la raison cachée dans les coutumes ,dans les institutions, dans les idées reçues

« A l’homme en général, le conservateur oppose des traditions particulières .A l’abstraction, l’autorité de l’expérience. Au « chimèrique individu », la réalité effective de l’être social. Aux revendications présentes, la piété envers le passé.

Thomas Paine, au contraire, polémiquant avec Burke, « dénonce cette apologie de la provenance, de la circonspection, et de l’humilité. L’égalité et la liberté,, affirme t il en substance ne régissent pas seulement les rapports entre les contemporains, mais ceux que les hommes d’aujourd’hui entretiennent avec les générations défuntes. Le passé n’est plus péremptoire, il est périmé; »

Il déclare: « Je défends les droits des vivants, et je m’efforce d’empêcher qu’ils soient aliénés , altérés ou diminués par l’autorité usurpée des morts ».

AF appelle à la rescousse Hannah Arendt et affirme que elle prend,( avec lui), le parti du conservateur dans cette polémique. L’homme nu, réduit à lui même,extrait de toute communauté,de tout ancrage, c’est la personne déplacée, l’apatride, tel qu’on l’ a rencontré au XX ème siècle, et qu’elle évoque dans « Les origines du totalitarisme ».

Sauf que l’apatride, ainsi dénommé sur le plan administratif, est tout sauf un homme sans mémoire, sans histoire et sans références. La démonstration est trop belle pour être vraie.Et jusque dans les camps d’internement, ils gardent leur appartenance, leurs affiliations partisanes, etc. C’est au contraire cette description dramatique de l’homme privé de références qui est mythique et mystificatrice, parce que un tel homme n’existe pas, même dans les camps. La référence à l’universel ne dépouille pas l’homme de ses dimensions, elle lui en ajoute une. C’est le consevateur qui crée lui même une abstraction pour pouvoir étayer sa lutte contre les abstractions.

AF evite pourtant une vision trop simplificatrice et univoque en affirmant que Hannah Arendt est « à la fois  » conservatrice et non conservatrice. »

Conservatrice, parce que « elle a peur pour la trame symbolique, la communauté de sens qui nous relie non seulement à nos contemporains, mais aussi à ceux qui sont morts et à ceux qui viendront après nous. Elle a peur pour le passé , pour le temps humain, pour la continuité qu’instituent les objets et les oeuvres, pour le cadre durable au sein duquel peuvent se déployer l’action et la création.

Pas conservatrice, car elle n’aspire pas davantage au rétablissement de l’ordre qu’à l’instauration d’une société organique ou les tâches s’accompliraient naturellement, sans discussion,sans intervention, sans projet, indépendamment des volontés individuelles. IL ne s’agit en aucune façon de restreindre la faculté d’agir à ce que la tradition prescrit ou de fondre la multiplicité des personnes dans l’unité substantielle d’on ne sait quel Volkgeist. Le monde dont elle se soucie est bien un héritage, mais cet héritage ne se présente ni comme unmodèle de comportement,ni comme une identité collective.

Que conclure de cette évolution de AF, reconnue par lui même?

Visiblement, le centre de sa préoccupation s’est déplacé au fil du temps. Sa vision de l’homme s’est de plus en plus rapprochée de celle des anti Lumières , l’homme s’est de plus en plus identifié pour lui à l’héritier. Finalement pour lui, ce sont les déterminations inconscientes (le jeu de la langue, le poids de l’histoire (« l’histoire, c’est le code ») qui donnent sa vraie nature à l’individu. Un peu comme les psychanalystes qui identifient leur patient à son inconscient, oubliant que Freud n’avait jamais pensé une telle chose, puisque pour lui, »Là où Ca était, Je dois advenir ». L’arrachement qu’il admirait chez les Lumières est devenu pour lui synonyme de dé-solation, d’abandon des devoirs et des dettes, d’illusion présomptueuse et sa vision du monde a tourné à la nostagie, comme le lui suggérait un peu son ami interviewer. Il est devenu de plus en plus identifié au sentiment de responsabilité dans le maintien des éléments d’enracinement culturel des peuples et des individus, dont il s’affirme de plus en plus comme le gardien.

Pourtant, sa réflexion reste d’une acuité exceptionnelle, la matière de pensée qu’il brasse fournit des matériaux extrêmement riches pour l’élaboration des questions portant sur les questions vitales dans le monde actuel que sont les identités individuelles et collectives, le sentiment national et la nature des nations, la transmission des cultures et la défense des « petites nations ». Sa pensée, qui a évolué dans le sens d’un conservatisme éclairé reste vivante et évolutive, et originale dans le paysage politique et philosophique français