Archive pour mars 2009

L’état binational prôné par les extrêmistes palestiniens recouvre un projet de libanisation d’Israël

mars 30, 2009

d’après l’article de Gil Mihaely,historien et journaliste israélien, paru dans Le Monde du 21 mars 2009

Mihaely expose clairement en quoi l’idée très ancienne de l’Etat binational qui refait surface dans certains milieux palestiniens est une fausse bonne idée et de quelle façon le bon sens apparent qu’elle présente cache une négation des besoins fondamentaux humains porteuse de catastrophes et de guerres interminables.

Il explique que l’être humain n’est pas une créature seulement rationnelle,  et que  la religion et la nation sont des besoins impossibles à supprimer et qui répondent au besoin fondamental de donner du sens. »l’Etat- Nation est ce lieu irremplaçable ou s’articulent tant bien que mal le particulier et l’universel, l’individuel et le collectif.

Or, dit-il, à partir du moment ou il n’y a plus coïncidence entre Etat et Nation- soit que plusieurs nations cohabitent dans un seul Etat, soit que des nations soient dispersés entre plusieurs Etats,  cette cellule de base du système international ne fonctionne pas si bien. Si un Etat peut abriter une ou plusieurs minorités nationales, il ne peut jamais concilier deux communautés nationales d’importance égale.

Or si on peut exiger d’un Etat-nation le respect des droits de tous ses habitants, on peut difficilement lui demander de respecter des aspirations nationales  concurrentes, pas plus qu’on ne peutd’ailleurs exiger  de ceux qui appartiennent à la communauté nationale vaincue en 1948 d’accepter de gaité de coeur le drapeau, l’hymne et autres symboles des vainqueurs. Ils on pleinement le droit d’avoir les leurs. »

« Mais que serait ce fameux état binational sinon la garantie d’une frustration générale et permanente? Un Etat n’est n’est ni un ectoplasme distributeur d’allocations, ni une mairie en plus grand. Ce serait une grave erreur de négliger cette dimension anthropologique, surtout dans le contexte d’u conflit qui exaspère les réflexes nationaux de ses protagonistes. »

« Comment peut-on espérer que Palestiniens et Israéliens réussissent là ou Tchèques et Slovaques ont échoué, là où Flamands et Wallons se perdent? » Appliquée a Israël, la solution d’un seul Etat bi-national ne peut aboutir que à une libanisation et à un non-Etat. »

« Reste cependant, dit il, la question de savoir si la solution « Deux peuples, deux Etats » est encore applicable sur le terrain, compte tenu de la politique constante des gouvernements Israéliens successifs de la rendre inapplicable. En outre, dit il, l’incapacité des Palestiniens à  contrôler leur violence et à  accepter des compromis raisonnables ont créé chez les Israéliens une crispation sécuritaire visible aux dernières élections. »

« Cela dit, ajoute-t-il, si Israël a su conquérir et coloniser, il s’st montré aussi capable de se retirer des territoires occupés comme en 1982 eans le Sinaï;et en 2005 à Gaza. Bref,aussi difficile soit-elle à mettre en oeuvre,la solution des deux Etatsn’est pas seulement la moins injuste. Elle est la seule »

Un livre sur l’invention du peuple juif introduit la confusion avec l’idée des races

mars 29, 2009

D’après l’article de Eric Marty, professeur de littérature à l’Université Paris Diderot,publié par Le Monde du 29 mars 2009.

L’article de Marty est remarquable d’efficacité dans la démonstration de la perversité  de la thèse de Shlomo Sand dont le livre intitulé «  »Comment le peuple juif fut inventé de la Bible au sionisme » vient de sortir et rencontre , sans doute grâce au titre choc qui le résume, un certain succès de librairie. Marty passe rapidement sur la nature superficielle et approximative  du traitement d’informations « de seconde main  » de cet historien autodidacte, pour aller au  centre du problème.

Découvrant que il n’y a pas de race juive- ce qui est une  vérité éculée- Sand en conclut que le peuple juif est une invention historique récente, et, « divine surprise », que le peuple juif n’existe pas.

Tout le livre consiste ainsi  à vouloir prouver que les Juifs actuels ne sont pas « génétiquement « les descendants  des Hébreux.

Or ce qui fait le peuple juif n’a jamais été une question de race, contrairement aux affirmations nazies, et comme le montre la diversité des couleurs des juifs (noirs, blancs, jaunes, bruns, blonds,etc.),mais la religion, l’histoire, la langue.

Comme le dit Marty, il y a un peuple juif , bien  que il n’y ait pas de race juive. Il met à jour l’ambition de Sand de mimer le discours de Michel Foucault affirmant que « l’homme est une invention récente ». Mais pour Foucault, dit Marty,il était fondamental de réfléchir à cette invention dans les savoirs et de la déconstruire. »

Or, souligne Marty, « c’est sur ce point que le livre de Sand se révèle vide.Car s’il dénie aux Juifs une aspiration qu’ils n’ont jamais eue comme peuple, celle de se constituer en race, il ne déconstruit pas la notion de race.Au contraire, il lui confère un statut de vérité qui se donne comme vérité ultime. « En effet, la conclusion proprement perverse de son livre, est d’attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs,à savoir qu’ils sont -eux les Palestiniens- les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires. »

« Cet épilogue est révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l’inversion dont le peuple juif est la victime coutumière: les Juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens des juifs génétiques. On peut donc en déduire qui est l’occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas l’héritage génétique, en en faisant au contraire bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l’impensé qui obscurément pourrit ce qu’il tient pour une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu’il emploie et tout simplement mystificatrice, et ce d’autant plus qu’elle voudrait être au service de l’entente entre les ennemis. »

« Nier l’identité juive est une vieille marotte, aujourd’hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D’où vient ce vertige du négatif? On l’aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand; d’un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l’errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s’éteindre, ne cesse de renaître, avec désormais, un nouvel allié mythologique: les Palestiniens. »

Shlomo Sand pousse ainsi à la limite ce qui était déjà en filigrane de toute son oeuvre de « nouvel historien » acharné à tenter de « déconstruire »  tout sentiment national juif. L’ultra gauchiste conséquent qu’il est , partisan de l’Etat binational en Palestine et donc de la destruction de l’ Etat Juif, termine en apothéose sa trajectoire de haine du sionisme: par quelque chose qui est une forme de  négation radicale et absolue de l’identité juive pour laquelle un mot s’impose: le négationnisme. En effet, cette passion de nier la réalité historique au nom d’une soi-disant lutte contre un « conformisme » de la vision historique est le  double symétrique du faurissonisme, de plus en plus enfoncé dans un discours de dénonciation des « historiens officiels », aveugle à sa haine qui est le substrat caché de ses constructions abracadabrantes  , constructions dont la base est le déni d’une réalité incompatible avec les préjugés idéologiques qui constituent l’armature  d’une pensée elle même plus stéréotypée que ses cibles. A quand une invitation de Shlomo Sand au prochain spectacle de Dieudonné ?

LES ISRAELIENS REPLIQUENT AUX ACCUSATIONS SUR LE COMPORTEMENT DE TSAHAL

mars 28, 2009

Face à la campagne médiatique sans précédent menée contre eux après la guerre de Gaza et aux accusations de crimes de guerre,  les Israéliens ont commencé  à développer leur défense, pour parer à l’offensive  venue de plusieurs horizons à la fois  et visant à  développer la haine anti israélienne et à les couper des opinions publiques dans le monde entier.

La première riposte s’est située sur le plan des chiffres des pertes humaines durant l’offensive.Le choix de l’état major ayant été de ne pas autoriser les journalistes à accéder au champ de bataille, la conséquence en a été que les seuls à commenter et à rapporter les évènements en ont été les Palestiniens eux mêmes.

On se trouve à peu près dans une situation équivalente à celle qui se produirait si au cours de la grande journée de protestation sociale et de manifestations en France du mois de marssi  les seuls chiffres de manifestants et de pourcentages de grévistes avaient été fournis par les syndicats. Quand on sait que l’ écart a varié de presque 1 à 3 (1,2 millions de manifestants pour la police, 3millions pour les syndicats) et que il y a une surenchère systématique des syndicats pour des raisons faciles à comprendre :le nombre annoncé est celui qui signifie l’échec ou la réussite du mouvement, et il n’y a pas d’indicateur indiscutable de ces chiffres, sans parler des traditions de propagande  inscrites dans les mentalités militantes depuis des décennies,on comprend que la plupart des gens, sauf les manifestants eux mêmes, ont l’habitude de couper la poire en deux entre les deux estimations.

Toujours est il que les Palestiniens, dont les associations  « non gouvernementales » sont constituées de militants hautement politisés et engagés dans le combat nationaliste contre Israël, considèrent la propagande anti israélienne comme un de leurs devoirs essentiels, et ne se sont pas privés  de gonfler les chiffres globaux des pertes humaines, pendant que le Hamas  rétrécissait jusqu’au grotesque le nombre de ses propres pertes.

Les organisations de « défense des droits de l’homme « palestiniennes sont des organisations de défense des intérêts palestiniens qui ont compris l’avantage médiatique qu’elles trouvent, en Occident, à se parer de ce titre. Elles n’ont jamais condamné la moindre atteinte aux droits de l’ Homme dans les rangs palestiniens (crimes contre l’humanité que sont les attentats contre les civils, tortures exercées par le Hamas et le Fatah l’un contre l’autre,etc..;)

Les chiffres de Tsahal diffèrent donc énormément de ceux des organisations palestiniennes, dont le but est de présenter l’Etat israélien comme un monstre criminel.

Pour les Israéliens, le nombre total de victmes palestiniennes de l’offensive se monte à 1166, dont 709 ont été identifiés comme membres actifs de la branche armée du Hamas.295 civils (dont 49 femmes et 89 mineurs de moins de 16 ans)ont été reconnus comme victimes de l’offensive( c’est à dire approximativement un quart des victimes, contrairement aux chiffres des organisations palestiniennes qui affirment eux  dénombrer 926 civils sur 1417 victimes (et 236 combattants (soit 4 fois plus de civils que de combattants) (Le Hamas n’en « reconnaît » qu’une cinquantaine) auxquels il rajoute 255 policiers du Hamas  (La différence entre la Police du Hamas, qui traque et torture les opposants,  et maintient le pouvoir du Hamas sur Gaza et est en fait une milice armée à son service et la branche militaire qui ne fait pas grand chose à part lancer des roquettes sur la population civile israélienne est assez spécieuse.Ce d’autant plus que la nuance entre « militaires » se camouflant en civils en ôtant leurs uniformes, et policiers en uniforme et en armes comptés comme des « civils », est assez « jésuitique » (si l’on peut dire).

L’énormité de la différtence des chiffres montre bien que la réalité n’a pas été le seul facteur a être pris en compte dans ces « comptages ».

Le deuxième axe de défense des Israéliens, après la publication de témoignages de soldats israéliens décrivant des comportements  » injustifiables » de militaires israéliens a été de dire que il ne s’était en rien agi de consignes délibérées visant au meurtre de civils, mais souvent d’ordres visant à éviter d’exposer les soldats israéliens, menacés d’attaques de  kamikases ou de tentatives d’enlèvement annoncées par le Hamas.

Surtout, la source de ces témoignages a été un groupe d’élèves soldats, qui n’ont commis aucun acte, mais en ont rapporté, et qui étaient dirigés dans leurs cours par un officier de réserve ultra gauchiste, lui même condamné par l’ armée pour refus de servir en territoire occupé, et qui a publié un livre intitulé « Refuznik », tout un programme.

Le troisième axe de défense israélien est la contestation de l’usage criminel de bombes au phosphore. Celle ci ont bien été utilisées, comme cela est autorisé dans les lois internationales, mais comme bombes éclairantes ou comme « nuages de fumées », et non comme bombes incendiaires , comme cela a été le cas  dans des bombardements de la 2 ème guerre mondiale. L’amalgame a été fait en toute connaissance de cause par des organisations pacifistes, qui ne s’arrêtent pas à de telles manipulations, pour disqualifier l’action israélienne, et au fond, la légitime défense qui a été au point de départ de l’action israélienne.

Les pacifistes et les gauchistes, réduits au silence par le consensus massif de la population israélienne pour soutenir la riposte israélienne aux bombardements des populations civiles par le Hamas, ne se tiennent plus de joie à l’idée de pouvoir apparaître rétrospectivement comme les hérauts  de la morale et de l’humanité, prêts sans hésiter à donner la partie belle à ces autres défenseurs des droits de l’homme et des libertés que sont les terroristes du Hamas repeints en victimes innocentes de ceux qu’ils osent dépeindre en barbares.

JACQUES CHIRAC A L’ATTAQUE DES NEGATIONNISTES

mars 28, 2009

(D’après l’article de Sophie de Ravinel, dans Le Figaro du 28-03-2009)

A l’UNESCO,Jacques Chirac a apporté un soutien appuyé au projet Aladin, initié par la Fondation de la mémoire de la Shoah, projet destiné à lutter contre le négationnisme, en particulier dans les pays arabes, en rendant accessibles en arabe, sur Internet, des informations objectives sur la Shoah et sur les relations judéo-arabes.

« Le drame de la Shoah interdit l’oubli.Il impose la pudeur. Il fait exploser la colère au coeur de chaque homme de bonne volonté, lorsque la Shoah est contestée. » a-t-il déclaré.

« Il a insisté sur le fait que’il ne s’agissait pas de « faire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n’est pas la leur »… mais qu’il était important « de faire connaître la Shoah, pour la faire sortir du silence que l’on a fabriqué autour d’elle dans beaucoup de pays »

« Evoquer la Shoah risquait de susciter dans ces pays un sentiment de sympathie pour les Juifs et l’existence d’Israël. Alors, on l’a cachée. »

Jacques Chirac s’est inquiété du fait que « les conflits incessants du Proche Orient sevent aujourd’hui de prétexte à une nouvelle haine d’Israël. Elle est en train de devenir une nouvelle haine des Juifs. Cette haine se répand. Elle peut être le début d’un nouveau cauchemar. Il n’y aura pas de paix au Proche-Orient tant que il n’y aura pas reconnaissance et acceptation de l’Etat d’Israël.. Mais il n’y aura pas de reconnaissance mutuelle réelle sans assentiment des peuples(…)sans une compréhension plus intime. »

Jacques Chirac ne s’est pas adressé que à cette partie du monde, disant que « nul pays, nulle culture ne sont immunisés  contre la tentation du génocide ».. »Nous ne devons jamais accepter comme démocratiques les partis qui propagent la haine. L’accord trouvé entre libéraux, démocrates chrétiens, socialistes et communistes dans l’après guerre pour rejeter les partis de la haine doit être considéré comme un acquis définitif de la démocratie européenne. »

Ces propos étaient une réponse claire  aux nouveaux propos provocants de Le Pen , réitérant son affirmation que les chambres à gaz étaient « un détail  » de la seconde guerre mondiale? ce qui a entraîné une  décision des partis européens démocratiques de modifier le règlement de l’assemblée européenne pour empêcher la possibilité que Le Pen puisse en devenir président, au bénéfice de l’äge.

Un pacifiste israélien remet en cause le pacifisme

mars 23, 2009

(d’après le texte de Amir Gutfreund, écrivain israélien, publié par Le Monde du 22mars 2009)

Le texte de Amir Gutfreund est intéressant parce que il constitue la première autocritique du pacifisme en Israël , venue donc de l’intérieur même du pacifisme, publiée en France.

A.G. se définit lui même comme « un homme de gauche, autrement dit quelqu’un qui veut la paix à tout prix et qui est prêt, pour cela à  d’énormes concessions ». Il dit d’ailleurs avoir voté travailliste aux élections de février dernier.

Pourtant, devant l’évolution vers la droite du pays, il n’interprète pas le phénomène comme le fait que les Israéliens sont allergiques à la paix, mais comme « une réaction aussi instinctive que salutaire ».

Pourquoi?

Parce que, dit -il, » les Israéliens demandent une pause; qu’on leur permette d’hésiter encore un peu avant d’en venir à des décisions irrévocables ». « Les raisons qui ont poussé l’opinion publique israélienne « à droite », ne lui sont pas étrangères, tout électeur de gauche qu’il soit »; en effet, » tout accord de paix, aussi précaire soit -il représente e effet pour Israël la mise en jeu de sa propre existence »

« Au cours des dernières décennies,la paix est apparue à portée de la main, puis tout est parti en vrille, et il se demande si cette paix était vraiment si proche, ou si il s’est agi de rêves et de châteaux en Espagne.

Il n’est pas besoin d’être de droite, dit-il, pour sentir qu’un changement profond s’est récemment opéré dans la réalité qui est celle d’Israël au Proche Orient. Un facteur nouveau, dont les Européens se sont insuffisamment rendu compte est intervenu:la survenue de l’intégrisme islamique.

« Rituellement, quelqu’un vient faire miroiter aux yeux des Palestiniens la promesse de succès supplémentaires, de victoire totale,pourvu qu’ils se retiennent, pourvu qu’ils sachent résister au compromis en cours… Un vent d’extrêmisme islamique souffle.Si naguère le conflit israélo- palestinien a pu apparaître soluble dans le cadre d’un partage des ressources  et de solutions humanitaires, il est sûr que, aujourd’hui, alors que les données du problème n’ont apparemment pas changé, aucun espoir de ce type n’est plus envisageable.

« Des pans entiers de la population palestinienne croient désormais dur comme fer dans les promesses d’un djihad mondialisé. Alors que le conflit est en apparence resté le même,il a changé de bases, et une grande partie des pacifistes, en Israël et ailleurs, n’ont pas pris connaissance du » tour de passe passe auquel s’est livrée l’histoire ».

« Il y a dix ans, j’étais convaincu que des concessions israéliennes conduiraient à la paix.Désormais je suis au contraire convaincu que les retraits les plus spectaculaires ne serviront à rien ».

Normalement, explique-t-il, ce devrait être les Israéliens qui n’ont pas intérêt au changement étant donné le « confort » de leur société, et les Palestiniens, du fait de leur misère et de leur souffrance,qui désirent celui- ci.

Or, cette situation s’est inversée. Les Israéliens ont l’estomac noué d’angoisse quand la paix ne progresse pas, et les Palestiniens s’enthousiasment pour les opportunités que recèle l’attente: obtenir plus et à de meilleures conditions dans l’avenir. »

« Comment arriver à ouvrir les yeux des Européens sur cette mutation, s’interroge-t-il? Cela lui paraît difficile quand on constate la paralysie qui saisit les Européens quand ils doivent affronter le radicalisme musulman, et leur crainte d’apparaître arrogants, racistes et colonialistes..

L’épreuve, dit-il aura lieu, à l’occasion de la « conférence de Durban 2 ». Il imagine déjà la scène: « Le délégué d’un pays ou les fillettes de8 ans sont mariées de force à des vieillards proclamera son indignation devant la situation des droits de l’homme en Israël ». Le délégué d’un pays qui subventionne partout dans le monde le terrorisme portraiturera Israël en état terroriste. L’ambassadeur d’une nation ou un tribunal a prononcé une peine de viol collectif sur une jeune fille dont le frère avait attenté à l’honneur d’une autre femme dissertera sur la politique scandaleuse d’Israël par rapport à ses minorités. »

« Durban 2 est un évènement si parodique, si grotesque, qu’on pourrait croire qu’il a été taillé pour dessiller les yeux des incrédules », et pourtant , il n’est pas convaincu du réveil de la conscience européenne.

Au moment ou commenceront les discours délirants sur Israël, y aura-t-il une surprise?

QU’EST CE QU’UNE NATION? RELEXIONS SUR LE TEXTE FONDAMENTAL DE ERNEST RENAN (1882)

mars 6, 2009

« Les nations sont quelque chose d’assez nouveau dans l’histoire. L’antiquité ne les connut pas; l’Egypte, la Chine, l’antique Chaldée ne furent à aucun degré des nations. C’étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n’y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus que de citoyens chinois. L’antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires. Elle n’eut guère de nations au sens ou nous l’entendons. La Gaule, l’Espagne, l’Italie, avant leur absorption dans l’empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties. »

Qu’est ce qui caractérise les différents états issus de la brisure de l’empire carolingien, selon Renan ? C’est la fusion des populations qui les composent. Deux faits contribuent essentiellement à ce résultat:L’adoption du christianisme par les envahisseurs germaniques, qui empêche une distinction vainqueurs/vaincus par la religion, et l’oubli par les conquérants de leur propre langue (Renan reviendra plus loin sur la nécessité de l’oubli pour forger les nations.). « De ce fait, le moule qu’imposèrent ces envahisseurs devint le moule même de la nation et « France » devint le nom d’un pays ou n’étaient entrés qu’une infime minorité de Francs. Au bout d’une ou deux générations, les envahisseurs ne se distinguaient plus du reste de la population; leur influence n’en avait pas moins été profonde; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu’il n’avait pas auparavant. »

« L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création des nations, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été les plus bienfaisantes. L’unité se fait toujours brutalement: la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d’une extermination et d’une terreur continuée pendant près d’un siècle. »

Mais là où la France a réussi, d’autres ont échoué. « Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposé les uns aux autres. Or l’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s’il est burgonde, alain, taïfale, visigoth; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint Barthelemy, les massacres du Midi du 13ème siècle. »

Mais qu’est ce donc qu’une nation , s’interroge Renan.

Pourquoi la Hollande est elle une nation, tandis que le Hanovre ou le Grand Duché de Parme n’en sont pas. Comment la France persiste -t-elle à être une nation, alors que le principe (dynastique) qui l’a créée n’existe plus. C’est la gloire de la France d’avoir, par la Révolution Française, proclamé qu’une nation existe par elle-même.

La question de la race

Renan s’inscrit en faux contre toute tentative de fonder la nation sur la race, comme le font en particulier les pangermanistes de l’époque. »C’est là, dit-il, une très grande erreur, qui si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès. »

« La considération ethnographique n’a été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. L’Italie est le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Etrusques, Pelasges, Grecs , sans parler de bien d’autres éléments s’y croisent dans un indéchiffrable mélange. »

« La vérité est qu’il n’y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l’analyse ethnographique, c’est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays , l’Angleterre, la France, l’Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L’Allemagne fait elle à cet égard exception? Est elle un pays germanique pur? Quelle illusion! Tout le Sud a été gaulois. Tout l’Est, à partir de l’Elbe, est Slave. Et les parties que l’on prétend réellement pures le sont elles réellement? Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu’en zoologie. Or l’étude des langues et de l’histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. L’apparition de l’individualité germanique dans l’histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus Christ. Apparemment, les Germains ne sont pas sortis de terre à cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n’avaient pas leur individualité à part. Le Français n’est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers »

« Le fait de la race, capital à l’origine, va donc toujours perdant de son importance. L’histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n’y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n’a pas le droit d’aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant: »Tu es de notre sang;tu nous appartiens ». En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau ».

On ne peut qu’être frappé de la netteté de la pensée de Renan et du caractère prémonitoire de sa réfutation des arguments développés ultérieurement par les nazis, qui en fait mettaient leurs pas dans ceux des pangermanistes qui les avaient précédés.

La question de la langue

 » Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue. »

« La langue invite à se réunir; elle n’y force pas. Les Etats-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation . Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses diverses parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue, c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude souvent obtenue par des vexations. »

« La considération exclusive de la langue a, comme l’attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l’exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu’on respire dans le vaste champ de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l’esprit; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N’abandonnons pas ce principe fondamental , que l’homme est un être raisonnable et moral, avant d’être parqué dans telle ou telle langue, avant d’être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance: ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands; Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain ».

La question de la religion

« A l’ origine, la religion tenait à l’existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de la famille. La religion d’Athènes, c’était le culte d’Athènes même. Elle n’impliquait nulle théologie dogmatique. Ce n’était déjà plus vrai dans l’Empire romain, avec les persécutions en particulier des Juifs par Antiochus Epiphane pour les amener au culte de Jupiter Olympien. »

« De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu’il peut, comme il veut. Il n’y a plus de religion d’Etat; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle; elle regarde la conscience de chacun »;

La question des intérêts

« La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. Suffit elle à faire une nation? Je ne le crois pas. Elle fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment. Elle est âme et corps à la fois; un »Zollverein » n’est pas une patrie. »

La question de la géographie

« La géographie est un des facteurs essentiels de l’histoire. Peut on croire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d’une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s’adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours, pour atteindre telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante à priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire et plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. On parle de raisons stratégiques. Rien n’est absolu; il est clair que des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin (Par rapport au Proche Orient, quelle prémonition!).

« Non, ce n’est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail; l’homme fournit l’âme. L’homme est tout dans dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. Rien de matériel n’y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol. »

Que faut il donc de plus que la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires pour créer ce principe spirituel?

Conclusion

« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, les constituent. L’une est dans le passé, l’autre est dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis . La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est, de tous les cultes, le plus légitime. Les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes , de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiments des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposés à faire encore. Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.

L’existence d’une nation est donc un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de la vie.

Les volontés humaines changent; mais qu’est ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront . La confédération européenne, probablement les remplacera (!!!). Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. A l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître. »

« Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l’oeuvre commune de la civilisation. Toutes apportent une note à ce grand concert de l’humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions.

Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister. »

Commentaires

On ne peut qu’être admiratif devant la beauté de la langue, la clarté de vues et d’expression de Renan face au problème complexe de l’idée de Nation. La liberté de pensée qui est la sienne et qui se manifeste dans la façon dont il arrive à la fois à envisager le caractère fini de l’existence des nations, à penser avec un siècle d’avance l’avènement d’une communauté européenne qui remet en cause le contenu de la notion de nation, et à éviter le piège d’un idéal de suppression des nations dont il formule très bien le risque de totalitarisme qu’il décrit avant la naissance du terme, montre la profondeur de la réflexion qui est la sienne.

Tous les débats actuels sur l’idée de nation sont déjà présents dans la façon dont il écarte, les uns après les autres , tous les présupposés « essentialistes » des courants ultranationalistes: idée de race chez les pangermanistes et leurs émules nazis, idée de frontières naturelles ou de frontières de » sécurité « , dans les conflits du Proche Orient, idée d’union douanière soutenue par certains tenants d’une Europe minimale, idée de fermeture sur sa culture « nationale » contenue dans certains comportements communautaristes.

L’idée d’un concert des nations ou chacune d’entre elles a sa partition à jouer pour faire progresser l’humanité contredit les prétentions de chacune à être le peuple élu .

Mais c’est dans la partie « positive » de son étude du concept de nation qu’il est le plus magistral.

D’abord, par sa définition de la nation comme une « famille spirituelle », il met l’accent sur le fait que ce sont des visions du monde qui sont partagées, et non des déterminations héréditaires, ce qui est prouvé en France par la possibilité pour les émigrants d’acquérir la nationalité française. Cette famille spirituelle est composée par l’adhésion aux valeurs véhiculées par la société française: démocratie et république, laïcité et droits des femmes, liberté de pensée, d’expression et de critique, séparation des pouvoirs, mais aussi qualité de l’existence, sophistication des produits, niveau élevé de la culture, variété des paysages et des types humains, etc.

Rien à voir avec un quelconque « Volksgeist » .

Mais ce n’est pas seulement une adhésion intellectuelle dont il s’agit. C’est également une adhésion affective: c’est l’entrée dans une famille, une affaire de coeur et de sentiment, qui fait que en France,( et dans les autres pays aussi bien sûr), les gens « aiment la France , tombent amoureux de la France (voir le livre de Jacqueline Remy: « Comment je suis devenu français », livre d’interviews de personnes, plutôt connues, qui ont pris la nationalité française).

Ensuite, c’est par sa définition de la Nation comme une « conscience morale ». L’acquisition de la nationalité ou le patriotisme tout simplement est inséparable de la notion d’une dette envers la collectivité, actuelle et passée. Envers le passé, même si on ne l’a pas partagé (dans le cas des personnes qui acquièrent ou ont acquis plus ou moins récemment la nationalité) parce que le passé est comme il le dit, un capital social partagé par tous les membres de la Nation ( la gloire, c’est à dire le renom, la valeur attribuée collectivement aux tenants de cette identité, mais aussi la culture longuement accumulée dans le creuset dont il parle, la longue sédimentation d’intelligence et de travail collectif qui aboutit à la chance extrême que constitue le fait d’être français dans le monde actuel, sur tous les plans). Envers la collectivité actuelle, qui maintient l’effort soutenu pendant des millénaires, et qui elle même, doit consentir à des sacrifices pour ne pas dilapider le « capital » culturel, scientifique, artistique , juridique, intellectuel et politique, et finalement humain constitué depuis si longtemps.

Ces conceptions de la Nation éclairent mieux quelques uns des débats actuels:

L’acquisition de la nationalité française apparait ainsi légitimement comme devant être demandée, c’est à dire le résultat d’une déclaration d’adhésion à ses valeurs fondamentales, et non acquise automatiquement par des étrangers qui ne s’en aperçoivent parfois même pas. Les modalités étant évidemment à réfléchir soigneusement.

La raison en est ce que dit Renan, et qui paraît très juste: une nation n’existe que tant qu’elle est portée par l’adhésion de ses membres et leur acceptation de faire des sacrifices pour son maintien. Si des personnes adhérentes d’autres cultures et d’autres valeurs que celles de la nation française ne reconnaissent pas celles ci, il y a un risque que au lieu de s’ajouter et de se féconder , elles minent le maintien de cet effort, déjà contrarié par l’évolution des moeurs.

On peut dire la même chose pour la nation israëlienne : si les Israëliens eux mêmes ne croient plus en la finalité de leurs efforts, si l’image valeureuse qu’ils ont d’eux mêmes, minée par le conflit avec le peuple palestinien, se défait, et si les élites ne défendent plus la signification de leur effort, si les classes populaires se sentent abandonnées, alors un grave danger de disparition de cette nation existera.

Quelle place donner à partir de cette vision de la Nation aux peuples en Diaspora ? Encore une question qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

ALAIN FINKIELKRAUT: TOUJOURS PLUS D’ENRACINEMENT, TOUJOURS MOINS DE LUMIERES ?

mars 6, 2009

La parution de l’entretien de AF et P.Thibaud dans le monde du 11/11/2007 ou il se saisit de l’opportunité du débat sur l’évolution des rapports juifs/chrétiens après la Shoah pour exposer et résumer ses thèses peut être une occasion de faire le point sur les théories qu’il développe et qui sont au coeur même du débat ,explicite ou implicite dans le monde juif, sur la question de la fidélité, de la transmission, et du maintien de l’identité juive.

Dans son ouvrage, »La défaite de la pensée », paru en 1987, il abordait déja ces questions du rapport des particularismes des cultures et de l’idéal universaliste, qu’il définissait comme l’opposition de l’esprit des Lumières, incarné dans la Révolution Française, et du Romantisme , en particulier allemand, et de sa passion du subjectivisme.

Identité culturelle et individualité

La critique féroce qu’il dressait des effets pervers de la décolonisation lui donnait l’occasion de montrer comment « le thème de l’identité culturelle qui permettait aux colonisés de se dégager de la dégradante parodie du colonisateur, en même temps, les déssaisissait de tout pouvoir face à leur propre communauté . Ils ne pouvaient prétendre se situer en dehors, à l’abri de ses impératifs, à l’écart de ses coutumes, puique c’était justement de ce malheur là qu’ils avaient voulu se délivrer en secouant le joug de la colonisation. Accéder à l’indépendance , c’était d’abord pour eux retrouver leur culture ».D’où l’attachement des états à veiller que nulle critique intempestive ne vienne troubler le « culte des préjugés séculaires », et « au triomphe définitif de l’esprit grégaire sur les autres manifestations. « On ne se révolte pas contre soi » et « rendus à eux mêmes, les anciens colonisés se retrouvent captifs de leur appartenance, transis dans cette identité collective qui les avait affranchis de la tyrannie des valeurs européennes.. « A peine ont ils dit « Nous avons gagné » qu’ils perdent le droit de s’exprimer autrement que à la première personne du pluriel. « Nous, c’était le pronom de l’authenthicité retrouvée, c’est désormais celui de l’homogénéité obligatoire,c’était la naissance à elle même d’une communauté, c’est la disparition de tout intervalle et donc de toute confrontation entre ses membres. Il n’y avait pas de place dans la logique coloniale pour le sujet collectif,; il n’y a pas, dans la logique identitaire, de place pour l’individu ».

Critiquant le fameux livre de Frantz Fanon, « les damnés de la terre »,il relevait que F.F. place l’individualisme » au premier rang des valeurs ennemies « . Dans ce livre, les combattants, au lieu de cultiver stérilement leurs particularités, sont invités à s’immerger dans « la marée populaire ». « Abdiquant toute pensée propre, ils retournent dans le giron de leur communauté. La « pseudo-réalité individuelle » est abolie: chacun se retrouve pareil aux autres, porteur de la même identité. Le corps mystique de la nation absorbe les âmes; et AF conclut que » une nation dont la vocation première est d’anéantir l’individualité de ses citoyens ne peut pas déboucher sur un état de droit ».

Il concluait que dans le débat entre les deux idées de la nation qui a partagé la conscience européenne depuis la Révolution française, FF prend parti pour le « Volk » ,opposant à la société des individus le génie national, « l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolu », rejoignant par là l’idéologie des anti-Lumières qui sonnent le rappel de tous les adversaires de la révolution et de l’universalisme rationaliste qui triomphe avec la révolution.

Herder est le maître à penser de ce courant qui trouve un echo très favorable en Allemagne ou il sert de drapeau au nationalisme allemand furieux de voir l’hégémonie française s’imposer à l’Europe, militairement et idéologiquement. Les intellectuels allemands s’enrôlent dans le combat contre les idées de raison universelle ou de loi idéale. « Sous le nom de culture, il ne s’agit plus pour eux de faire reculer le préjugé et l’ignorance, mais d’exprimer, dans sa singularité irréductible, l’âme unique du peuple dont ils sont les gardiens. »

« Parallèlement, les penseurs traditionnalistes accusent les jacobins d’avoir profané par des théories abstraites le génie national…

Libérés de leurs attaches , les individus l’étaient aussi de l’autorité transcendante qui jusqu’alors régnait sur eux . La puissance ne venait plus du ciel,mais d’en bas de la terre, du peuple,de l’union des volontés qui formaient la collectivité nationale.

AF a parfaitement raison d’indiquer là ce qui est aux yeux des conservateurs le « péché originel », « la présomption fatale d’où découle la dissolution de l’ensemble social.

C’est effectivement ce qui les met en rage , l’idée inouïe que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, les humains pourraient essayer de fonder une société non pas sur ce qui a toujours été,sur l’immuabilité d’une attribution des roles et des places, mais sur des aussi vieilles idées humaines que la justice, la raison, et si possible,la pensée libre appuyée sur la raison- qui n’est pas le rationalisme abstrait qu’ils caricaturent, mais une raison raisonnable,qui prenne en compte la réalité et les idéaux.

Ce qu’ils s’évertuent à démontrer comme impossible, une nation existant sans Dieu et sans Roi, est ce qui se développe sous leurs yeux ,et qui aboutit à la Démocratie,l’ horreur absolue pour eux, le sacrilège même.

Ce qu’ils affirment que l’on a jamais vu,unenation qui se donne son contrat, c’est ce qui se passe avec les constitutions successives, alors qu’ils continuent à affirmer, contrevérité évidente, que les constitutions , on ne les fabrique pas , on les trouve , que leur développement est spontané,organique et non intentionnel, que elles ne résultent pas d’un dessein clairement conçu par une ou plusieurs personnes.

Que penser, alors des constitutions françaises successives, et du débat sur les institutions. Que penser de la constitution israelienne, ou de celle des Etats Unis, et de tout ce qui est la place du politique dans l’évolution des sociétés.

Ce que les « contrerévolutionnaires « du 18 ème siècle et les anti Lumières qualifient de délire prométhéen,c’est la réappropriation par les humains de leur destin projeté hors d’euxmêmes dans les figures diverses et emboîtées de l’hétéronomie.
En fait pour eux, l’homme est le produit de son environnement ,et c’est folie de vouloir lui mettre entre les mains la responsabilité de ce qui le dépasse infiniment.

Il est vrai que les utopies révolutionnaires du 20 ème siècle ont montré à loisir la folie que pouvait produireune vision parfaitement et symétriquement opposée a celle ci et qui serait que l’homme peut faire table rase de tout et créer un monde issu de l’arbitraire de ses rêves ou de ses raisonnements abstraits . La vision d’une humanité toute puissante devant la réalité est aussi fausse que celle d’une humanité réduite à l’obéissance et à répéter indéfiniment ce qui a été fait par les générations antérieures. Les idéologies progressistes ont pu pécher par suffisance et balayer en pensée des réalités bien plus durables que leurs catéchismes bien pensants, mais l’idée d’une dignité liée à l’exercice d’une liberté, et donc d’une responsabilité, est bien plus haute que celle d’une soumission acceptée et même revendiquée au nom du respect pour les générations qui ont vécu auparavant. La création de l’Etat d’Israel en est un des plus beaux exemples. Fallait il, au nom du passé et des traditions, perpétuer l’abaissement et la dépendance dans lesquels vivaient les juifs, jusqu’à la conclusion de l’extermination?

AF démonte très efficacement la mécanique de la logique des contre révolutionnaires ( De Maistre, Bonald, etc.) et la ramène à leur but profond: »enseigner la soumission aux hommes, leur donner la religion du pouvoir établi,, substituer « l’évidence de l’autorité à l’autorité de l’évidence ». Comme il le remarque,, ils dénoncent fanatiquement la pénétration de l’esprit d’examen dans la sphère religieuse et s' »emploient à mater le doute, à enchaîner la raison ». Pour eux , » plus un ordre est ancestral, plus il mérite d’être préservé, et la valeur des institutions est fixée par leur ancienneté, non par leur proximité avec un modèle idéal. ».

Contre les Lumières qui ont choisi comme devise « Sapere aude », ose savoir, ose braver tous les conformismes, « aie le courage de te servir de ton propre entendement, sans le secours d’un directeur de conscience ou la béquille des idées reçues », ils proclament leur amour du préjugé: « Le préjugé est bon en son temps, déclare Herder, car il rend heureux. Il ramène les peuples à leur centre,les rattache solidement à leur souche,les rend plus florissants selon leur caractère propre,plus ardents et par conséquent plus heureux dans leurs penchants et leurs buts ».

Nation contractuelle ou Nation organique

AF expose bien comment le développement du positivisme remet en question les certitudes des Lumières et comment les sciences de l’inconscient divulguent la logique des lois et des croyances qui échappait aux Lumières, mais l’exemple de l’Alsace,qui parle allemand et est de culture allemande, et qui pourtant choisit de rester française oblige par exemple Renan à réviser ses certitudes. Il est ainsi prouvé que « l’idiome, la constitution héréditaire ou la tradition n’exercent pas sur les individus l’empire absolu que tendent à leur conférer les sciences humaines. Il est ainsi prouvé que le sentiment national ne résulte pas d’une détermination inconsciente, mais d’une libre détermination. » . Renan, qui combattait cette idée, fait maintenant de la nation l’objet d’un pacte implicite quotidiennement scellé entre ceux qui la composent. « Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices que l’on a faits et d e ceux que l’on est disposé à faire. Elle suppose un passé: elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible:le consentement, le désir clairement exprimé de poursuivre la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. » Ainsi, « ce n’est pas le Volkgeist, communauté organique de sang et de sol ou de moeurs et d’histoire, qui soumet à sa loi les comportements individus c’est le concours volontaire des individus qui forme les nations.

Les positions soutenues par AF dans ce livre penchaient clairement vers la défense de la conception contractuelle de la Nation, celle des Lumières, avec cependant un intérêt et une sensibilité pur les thèses romantiques.

En 1991, dans la revue ethnologique « Terrain », il écrivait pourtant: « Après coup, il m’a paru que dans ce livre, j’avais adhéré un peu trop naïvement aux Lumières. Certes, l’idéal de l’universalité rest le mien,(…) mais je ne peux plus dire: face aux dégats provoqués par le Romantisme,revenons aux Lumières. Car nous sommes les héritiers de l’un et des autres; les héritiers de ce qu’ils ont chacun de grand,mais aussi de l’impasse ou chacun nous a mis: le Romantisme, avec le risque d’enfermer les hommes dans leurs appartenances, et les Lumières , avec le triomphe de la raison instrumentale et de la technique.

Un début de virage s’opérait là, même si le refus du sectarisme philosophique pouvait se défendre. Dans le même texte, il apportait une nouvelle formulation,belle, de l’idéal des Lumières ,comme celui de la critique et de l' »arrachement », et le caractérisait comme la part de l’héritage occidental qui méritait d’être conservée.

Mais AF disait en même temps qu’il travaillait à une évaluation plus positive du Romantisme

Dans le livre « L’ingratitude », la bascule s’accentuait, et le balancier repassait du côté du Romantisme. Par un renversement complet,AF donne ses nouvelles formulations qui laissent de côté la définition des nations qu’il approuvait dans « la défaite de la pensée ».

Nation politique et Nation culturelle

« La Nation dont la France a proclamé la souveraineté à la face du monde,dit il, ce n’est pas une identité qui s’exprime, ce sont des citoyens qui récusent le statut de sujet que leur a légué l’Histoire et que leur impose la religion à travers l’axiome paulinien que tout pouvoir vient de Dieu ». » Ce n’est pas un ethnos qui fait valoir ses droits (?), c’est un demos qui s’insurge contre les abus du roi ». » La Nation, dit il, transforme les hommes attachés à leurs croyances particulières en hommes universels et rationnels. Bref, la France a légué au monde une définition de la nation politique et non pas culturelle. Le Français se sent avant tout citoyen dit Louis Dumont,et la France, pour lui, c’est la Démocratie, la république,et s’il est un peu instruit, il dira que la France a montrét au monde la voie des droits de l’homme et du citoyen, qu’elle est l’institutrice du genre humain

Mais pour AF ce gain de liberté signifie maintenant une perte d’identité, et l’homme soumis à ses propres lois renie son passé, son histoire et son identité culturelle. Ses mots deviennent de plus en plus durs. IL parle de l' »idéologie française », des penseurs « superfrançais » pour attaquer ceux, les penseurs allemands contemporains par exemple,qui veulent « dénationaliser la démocratie », « découpler la loyauté républicaine et la communauté de destin historique, prôner la remise en cause des filiations culturelles au profit de l’assentiment donné à des institutions et à des symboles politiques relevant de l’universalisable. Il oppose à ces discours universalisateurs le général De Gaulle, « qui plaçait plus haut que tout la sauvegarde des « patries charnelles », il ironise sur le ‘postnationalisme » des allemands échaudés par le nationalisme nazi,qui prennent parti contre le nationalisme culturel quebecquois.

Sommes nous ,avant toute autre chose,des héritiers,ou bien n’estce qu’une dimension parmi d’autres?

Au fil du livre, dont le titre, « l’ingratitude », donne l’axe essentiel, le plaidoyer devient de plus en plus passionné ,et violent,

L’interviewer, le quebecquois Antoine Robitaille, finit par lui poser la question: ce discours n’est il pas purement et simplement un discours conservateur?

La réponse de AF est ambigüe. La description, très juste , qu’il donne du discours conservateur correspond cependant tout à fait à ce qu’il dit lui même.

Le conservateur, dit il,né en réaction à la Révolution Française,c’est d’abord l’homme qui proteste contre les droits de l’homme. Burke « soutient que le lengage des droits de l’homme attente aux conditions d’une vie humaine. La Déclaration fait des hommes des individus, alors qu’ils sont avant tout des héritiers, etque l’Etatdoit se concevoir comme une association non seulement entre les vivants , mais entre les vivants et les morts et tous ceux qui vont naître. »

Au rebours de « l’orgueilleuse raison des Lumières », la « sagesse conservatrice » fait crédit aux morts, c’est à dire à la raison cachée dans les coutumes ,dans les institutions, dans les idées reçues

« A l’homme en général, le conservateur oppose des traditions particulières .A l’abstraction, l’autorité de l’expérience. Au « chimèrique individu », la réalité effective de l’être social. Aux revendications présentes, la piété envers le passé.

Thomas Paine, au contraire, polémiquant avec Burke, « dénonce cette apologie de la provenance, de la circonspection, et de l’humilité. L’égalité et la liberté,, affirme t il en substance ne régissent pas seulement les rapports entre les contemporains, mais ceux que les hommes d’aujourd’hui entretiennent avec les générations défuntes. Le passé n’est plus péremptoire, il est périmé; »

Il déclare: « Je défends les droits des vivants, et je m’efforce d’empêcher qu’ils soient aliénés , altérés ou diminués par l’autorité usurpée des morts ».

AF appelle à la rescousse Hannah Arendt et affirme que elle prend,( avec lui), le parti du conservateur dans cette polémique. L’homme nu, réduit à lui même,extrait de toute communauté,de tout ancrage, c’est la personne déplacée, l’apatride, tel qu’on l’ a rencontré au XX ème siècle, et qu’elle évoque dans « Les origines du totalitarisme ».

Sauf que l’apatride, ainsi dénommé sur le plan administratif, est tout sauf un homme sans mémoire, sans histoire et sans références. La démonstration est trop belle pour être vraie.Et jusque dans les camps d’internement, ils gardent leur appartenance, leurs affiliations partisanes, etc. C’est au contraire cette description dramatique de l’homme privé de références qui est mythique et mystificatrice, parce que un tel homme n’existe pas, même dans les camps. La référence à l’universel ne dépouille pas l’homme de ses dimensions, elle lui en ajoute une. C’est le consevateur qui crée lui même une abstraction pour pouvoir étayer sa lutte contre les abstractions.

AF evite pourtant une vision trop simplificatrice et univoque en affirmant que Hannah Arendt est « à la fois  » conservatrice et non conservatrice. »

Conservatrice, parce que « elle a peur pour la trame symbolique, la communauté de sens qui nous relie non seulement à nos contemporains, mais aussi à ceux qui sont morts et à ceux qui viendront après nous. Elle a peur pour le passé , pour le temps humain, pour la continuité qu’instituent les objets et les oeuvres, pour le cadre durable au sein duquel peuvent se déployer l’action et la création.

Pas conservatrice, car elle n’aspire pas davantage au rétablissement de l’ordre qu’à l’instauration d’une société organique ou les tâches s’accompliraient naturellement, sans discussion,sans intervention, sans projet, indépendamment des volontés individuelles. IL ne s’agit en aucune façon de restreindre la faculté d’agir à ce que la tradition prescrit ou de fondre la multiplicité des personnes dans l’unité substantielle d’on ne sait quel Volkgeist. Le monde dont elle se soucie est bien un héritage, mais cet héritage ne se présente ni comme unmodèle de comportement,ni comme une identité collective.

Que conclure de cette évolution de AF, reconnue par lui même?

Visiblement, le centre de sa préoccupation s’est déplacé au fil du temps. Sa vision de l’homme s’est de plus en plus rapprochée de celle des anti Lumières , l’homme s’est de plus en plus identifié pour lui à l’héritier. Finalement pour lui, ce sont les déterminations inconscientes (le jeu de la langue, le poids de l’histoire (« l’histoire, c’est le code ») qui donnent sa vraie nature à l’individu. Un peu comme les psychanalystes qui identifient leur patient à son inconscient, oubliant que Freud n’avait jamais pensé une telle chose, puisque pour lui, »Là où Ca était, Je dois advenir ». L’arrachement qu’il admirait chez les Lumières est devenu pour lui synonyme de dé-solation, d’abandon des devoirs et des dettes, d’illusion présomptueuse et sa vision du monde a tourné à la nostagie, comme le lui suggérait un peu son ami interviewer. Il est devenu de plus en plus identifié au sentiment de responsabilité dans le maintien des éléments d’enracinement culturel des peuples et des individus, dont il s’affirme de plus en plus comme le gardien.

Pourtant, sa réflexion reste d’une acuité exceptionnelle, la matière de pensée qu’il brasse fournit des matériaux extrêmement riches pour l’élaboration des questions portant sur les questions vitales dans le monde actuel que sont les identités individuelles et collectives, le sentiment national et la nature des nations, la transmission des cultures et la défense des « petites nations ». Sa pensée, qui a évolué dans le sens d’un conservatisme éclairé reste vivante et évolutive, et originale dans le paysage politique et philosophique français

JUIFS ET CHRETIENS: LE DEBAT ENTRE A.FINKIELKRAUT ET P.THIBAUD

mars 6, 2009

A partir de l’entretien publié par Le Monde du 12/11/2007 Le débat s’engage sur ce qui a changé entre chrétiens et juifs depuis les lendemains de la Shoah. AF reconnaît que depuis cette période l’Eglise a rompu avec ce que Jean XXIII appelait « l’enseignement du mépris ». Il expose sa théorie qui est que, « hérité de Saint Paul,le mépris chrétien visait le « juif charnel ». Il se fondait sur une opposition tranchée entre l’esprit et la chair. L’esprit, c’était la foi. Et la chair, c’était principalement deux choses:la filiation et la convoitise » Ce qu’il entend par la chair, c’est non seulement la concupiscence,le désir, dont on ne voit pas très bien pourquoi les juifs seraien les seuls porteurs,mais leur attachement à l’origine, à l’héritage, et le refus de l’universalisme chrétien ,de ce que il appelle « la religion de l’humanité » , conçu comme une vision abstraite, »désaffiliée et déterritorialisée »(P.T.). A.F. se livre à une attaque en règle contre cette « religion de l’humanité », c’està dire « l’universalisation du semblable » et  » la condamnation de tout ce qui divise ou sépare les hommes » Il développe l’idée que l’Europe, « née à Auschwitz », s’est bâtie sur une conception selon laquelle elle devait se « désoriginer », se défaire d’elle même et ne garder de son héritage que les droits de l’homme; « Vacuité substantielle, tolérance radicale » tel est, dit il,d’après le sociologue Ulrich Beck, le secret de l’Europe. Nous ne sommes rien, c’est la condition préalable pour que nous ne soyons fermés à rien ni à personne. Développant cette critique de l’universalisme abstrait , qui refuse le droit à la particularité au nom d’un moralisme impersonnel, il dit que ce nouvel universalisme bien pensant fait honte aux juifs de garder leur attachement à leurs racines, à leur être historique. Ainsi en arrive t’on selon lui, à ce paradoxe que » l’Eglise abandonne la réprobation du juif « charnel » et que la démocratie la reprend fièrement. » C’estcette « nouvelle religion « qui fait le procès du donné, de l’appartenance,bref de la chair et des juifs qui s’entêtent à lui demeurer fidèles. La deuxième partie de l’entretien part de la préparation d’une nouvelle conférence internationale de Durban. La première, on se rappelle, avait donné libre cours à un déchaînement de haine anti occidentale, antiisraelienne et antijuive, orchestré par les délégations du tiers monde noyautées par les lobbies islamistes, sous pretexte de lutte contre le racisme et l’intolérance.A.F. exprime sa crainte que, s’il n’y apas de réaction des pays occidentaux et de la France, Israel et l’Occident soient encore plus les boucs émissaires des malheurs de l’Afrique et de la stagnation du monde arabo-musulman. Comment réagir à ceux qui désignent notre civilisation comme leur ennemi? « Ce n’est pas nous qui choisissons notre ennemi, c’est l’ennemi qui nous choisit  » dit il en citant Carl Schmitt . « Devons nous réagir? Ceux qui s’y refusent, en tous cas ne sont pas animés par l’esprit de paix, mais par une autre idée de la guerre: la guerre civile mondiale qui oppose les dominés aux dominants, c’est à dire l’axe Washington-Tel-Aviv. La révolte des dominés, dans cette optique est légitime, et ses formes les plus violentes toujours excusables. Et bien non, l’Occident ce n’est pas seulement la domination, ce n’est pas seulement le crime,, c’est un monde qui mérite d’être entretenu et perpétué. Le troisième axe de l’entretien est la reprise par A.F. de ce qui, selon lui, « caractérise les grands penseurs juifs du XX ème siècle:Levinas, Harendt, Jonas; c’est à dire leur insistance sur le thème de la responsabilité. Répondre del’Autre, répondre du monde, répondre de la culture et de l’expérience des belles choses, et répondre de la terre; il ne s’agit plus de réaliser les grandes espérances, mais d’être ému et requis par la fragilité. » Cette proposition qu’il fait « d’humanité à l’humanité a du mal à se faire entendre, car ce qui règne aujourd’hui, c’est le cynisme associé au sentimentalisme ». La conclusion est tirée parP.T. qui cite Tocqueville disant que le patriotisme est la première des vertus -pas la plus haute. La première, celle qui déclenche toutes les autres, l’implication politique étant pour lui le moyen classique de faire échapper la morale à l’abstraction, pour qu’elle devienne exigence vécue et partagée. Lien recommandé: interview de A.Finkielkraut dans la revue d’ethnologie « TERRAIN » numéro consacré aux nations, en Europe,dans lequel il évoque l’évolution de sa pensée sur l’opposition Lumières/Romantisme depuis son ouvrage: La défaîte de la pensée (octobre 1991) http://terrain.revues.org/document3013.html

DIASPORA JUIVE ET DIASPORA IRLANDAISE:l’ARTICULATION DES FIDELITES

mars 6, 2009

La caractéristique de toutes les diasporas est l’existence d’un fonctionnement psychique intégrant une double appartenance et une double fidélité. Ce système psychique ne fait que matérialiser le fait que chez tout individu, il existe une multitude de systèmes d’appartenance et donc de définitions de l’identité en réciprocité avec les groupes d’appartenance (religieux, partisan, professionnel, culturel ou national).

Il existe pourtant , dans les consciences, une sorte de rivalité entre ces groupes pour avoir priorité l’un par rapport à l’autre, sans parler de ce que certains exigent que soit proclamée cette priorité.

On en arrive parfois ainsi à des situations qui ressemblent à celles ou l’on demande à un enfant lequel de ses parents il préfère ( ce sont parfois les parents eux-mêmes qui posent cette question aberrante). Si on veut rester dans ce parallèle familialiste, la comparaison qui s’impose est plutôt celle du rapport entre les devoirs dus à ses parents et ceux dus à la famille que l’on crée soi-même (femme et enfants): il peut y avoir des conflits de priorité dans certaines situations, mais à priori , il n’y a pas d’antinomie. Bien au contraire, on peut penser que plus ces liens sont intenses, plus grande est la richesse d’existence de ceux qui les vivent.

Pour essayer d’éclairer cette question du rapport entre diaspora, fidélité à une communauté et fidélité à une patrie, on peut , pour décaler le regard, se pencher sur la façon dont elle est vécue par d’autres diaspora que la juive, l’irlandaise par exemple .

La diaspora irlandaise

Issue pour l’essentiel de la grande émigration du milieu du 19 ème siècle consécutive à la grande famine créée par la poitique économique génocidaire (un million et demi de morts, un quart de la population de l’époque ) des Anglais, elle constitue avec ses 40 millions d' »IrlandoAméricains » un des piliers constitutifs de la société américaine, avec un rôle historique dans la création et la direction du parti démocrate, des syndicats, de l’administration fédérale et de l’Eglise Catholique américaine, et elle tient une place importante dans la production littéraire, cinematographique et la presse.

« Ce qui définit sans doute le mieux les Irlandais « , écrit Philippe O’Rorke, « c’est sans doute ce sens aigu de l’Histoire. Soudés par l’expérience du malheur, comme les Juifs, conscients d’avoir été persécutés et martyrisés, ils ont la conscience, après une histoire longue et tourmentée, d’être un vieux peuple, doté d’un caractère irréductible et d’une foi en soi ancestrale ».

La diaspora irlandaise, comme les autres, se caractérise par une capacité à faire naître des communautés unies entre elles par la mémoire, une mémoire collective sociale, fusionnelle, qui ne nécessite pas de longs discours pour se faire comprendre.

Cette communauté irlandaise, soudée par la mémoire de ses souffrances, l’est aussi par la façon dont elle cultive la fidélité à la culture irlandaise (celtique), et sa solidarité avec le combat de la nation irlandaise pour acquérir son indépendance, y compris en Irlande du Nord, face à la violence de la politique anglaise.

Les mythes irlandais (mythes celtiques, geste arthurienne ) sont des symboles qui ont modelé l’imaginaire collectif irlandais et la vision du monde qui en découlait, le différenciant en particulier de celui de l’oppresseur anglais, exprimant quelque chose de la façon dont les paysages et les conditions de vie ont déterminé le rapport au monde de la population.

La langue, la musique, les légendes ont forgé une sensibilité au monde qui s’appuie sur ces symboles: romanesque, rêveuse, généreuse, combative, elle irrigue une identité collective qui constitue un des harmoniques de chaque identité individuelle.

Sur le plan collectif, elle ancre une résistance à la volonté hégémonique de l’ Angleterre, arrimée elle même à une culture aristocratique et protestante.

Cette sensibilité n’empêche en rien les Irlandais de se sentir profondément et totalement américains. Ils ont pu être intensément solidaires de l’Irlande, soutenir ses luttes pour l’indépendance et même éventuellement les combats de l’IRA en Irlande du Nord, ils n’ont jamais cessé de se vivre comme totalement américains . Jamais le patriotisme américain et la défense des valeurs américaines ne sont entrés en concurrence avec la solidarité communautaire. Jamais le soutien à la perennité du peuple irlandais n’a passé par un recul vis à vis de l’identité américaine.Jamais ils n’ont remis en cause les valeurs et les institutions qui fondent la Nation américaine.
Les grandes nations, qui sont issues de la fusion de plusieurs composantes (aux Etats Unis, les communautés irlandaises, noires, italiennes, indiennes, anglo saxonnes, etc.,en France,les diverses provinces et leurs cultures traditionnelles, les tribus celtes et franques;) on toutes construit des équilibres entre le dépassement de ces particularismes au sein d’une unité qui les transcende, et le maintien d’une loyauté à ces collectivités d’origine.

Les juifs de France ont pu hésiter, de par leur histoire de rejet et d’exclusion, à croire qu’ils étaient réellement considérés comme composante de cette unité supérieure.Pourtant, ils le sont effectivement, et dans la partie moderne de l’histoire, c’est la période de l’occupation allemande, qui a correspondu de fait à une guerre civile française, qui a remis en cause cette intégration. De même, au moment de l’Affaire Dreyfus, c’était toutes les forces ennemies de la République, l’extrême droite monarchiste et l’Eglise dressée contre la République qu’elle vivait comme l’ennemi mortel de ses privilèges, qui s’étaient saisies du cheval de bataille antisémite pour monter à l’assaut des valeurs républicaines. Le paradoxe était alors que c’étaient les défenseurs des juifs qui défendaient les vraies valeurs françaises, celles des droits de l’homme et de l’individu et ceux qui accusaient les juifs au nom du patriotisme , qui trahissaient ces valeurs. Comme la communauté irlandaise, qui a pu souffrir elle aussi d’un racisme à son égard à l’arrivée dans le pays, la communauté juive a trouvé sa place dans l’histoire nationale, tout en conservant son identité culturelle. Son histoire fait partie de l’histoire française, y compris avec la déportation et avec les Justes qui s’y sont opposé, avec la Résistance Juive et les réseaux qui ont protégé la plus grande partie des juifs de France de l’extermination qui s’est produite dans la majorité de l’Europe.

Le perdant radical

mars 6, 2009

LE PERDANT RADICAL écrit par H.M. Enzensberger

L’ouvrage de H.M.Enzensberger propose une tentative de comprendre ce qui reste toujours énigmatique pour la plupart des Occidentaux : qu’est ce qui pousse des êtres humains à se détruire en entraînant dans leur mort le plus possible d’êtres humains, quel est le processus mental qui conduit des hommes et parfois des femmes, jeunes, à organiser froidement le maximum de souffrances au prix d’une mort assurée pour eux mêmes.

Partant du phénomène des « forcenés » qui, à un moment, dans un lycée, dans la rue ou dans leur maison, tuent tous ceux qu’ils peuvent avant de se supprimer eux mêmes, il analyse le mécanisme qui sous-tend ces actes, et ensuite étend cette explication au terrorisme suicidaire islamique.

Le centre de ce mécanisme réside pour lui dans le sentiment d’être un « perdant ».

Un « perdant radical » , c’est pour lui quelqu’un qui non seulement ne se situe pas du côté des gagnants ( les gens heureux, ou ceux qui obtiennent une reconnaissance de leur valeur sociale, humaine, affective), mais qui en plus a le sentiment d’avoir perdu quelque chose, qu’il a eu ou aurait du avoir, d’un statut de gagnant ou de dominant.

C’est un homme humilié dans sa revendication d’être dominant dans le rapport des sexes, ou d’être un père tout-puissant, ou d’un statut social qui lui est dû par ses études ou son origine ethnique ou nationale.

Cet homme est envahi par le ressentiment, par une rage qui le ronge en silence et qui peut éclater sous l’effet d’une vexation minime, symbolique à ses yeux de son statut de victime. Le monde ne lui apporte pas ce qu’il lui doit, et il n’y voit aucune issue du côté d’un travail ou d’un effort de sa part..
Le sentiment d’impuissance et la haine, qui se combinent dans la rage, mijotent dans son esprit, et dans la mesure ou il ne dispose pas des moyens psychiques de l’autocritique, se cristallisent sur des boucs émissaires (le patron, les collègues, la femme, la police, etc..)

Totalement identifié à cette image de perdant, que les autres finissent par lui renvoyer, il ne lui reste plus que cette rage destructrice qui peut éclater dans l’apothéose du drame.

Cette disposition fondamentalement paranoïaque (sentiment de préjudice, agressivité, rationalisation déviante, absence de capacité autocritique, mégalomanie, rumination et incubation lente de la persécution) avec ses risques de « passage à l’acte » entre en conjonction avec le discours lui même paranoïaque de l’islamisme terroriste.

C’est la communauté musulmane elle-même qui est pensée par l’islamisme en ces termes de « perdante radicale ». La perte du rayonnement et du prestige possédés à une époque ancienne, n’est pas analysée en termes d’autocritique de la fermeture de cette société sur elle-même et de son mépris déplacé par rapport aux progrès de la pensée, de la technique, et de la liberté qui l’ont entouré. Les constats de son retard et de sa dépendance sont attribués à des ennemis mythiques(USA, Israel,capitalisme, etc. ). Ils sont accentués par la visibilité donnée aux succès des autres pays par la mondialisation médiatique.

L’idéologie islamiste constitue alors la base d’un renversement mégalomane de la vision de soi. La religion permet d’inverser le retard en fidélité aux « vraies » valeurs,la modernité devient un péché mortel, la puissance de vie et de mort sur les victimes du terrorisme gonfle de toute puissance ceux qui se méprisaient intimement et renverse la situation en mépris de la vie des autres.

Le parallélisme établi par l’auteur avec le nihilisme inclus dans la course à la destruction du nazisme est pertinent, mais il ne faut pas sous-estimer, même dans le jusqu’auboutisme hitlérien, la capacité à s’auto-persuader et à se convaincre par les mythes auto-créés.

En conclusion, le livre est une bonne étude sur les méfaits des mécanismes paranoïaques individuels quand ils rentrent en résonance avec des idéologies elles-mêmes paranoïaques.

Mais le lecteur reste sur une certaine insatisfaction devant le caractère univoque de l’explication. Chacun perçoit en même temps la justesse des processus décrits et leur insuffisance à rendre compte de la complexité des plans concernés par le terrorisme islamique. Une réflexion à poursuivre, donc.

LA REVOLTE DES JUIVES ORTHODOXES EN ISRAEL

mars 6, 2009

LA REVOLTE DES JUIVES ORTHODOXES EN ISRAEL (d’après un article du Figaro du 20/08/2007 de Patrick Saint Paul) « Dans le bus de la ligne 40 de Jérusalem, les hommes montent par l’avant, alors que les femmes montent par une entrée séparée à l’arrière. Les hommes s’assoient à l’avant dans le sens de la circulation, tournant volontairement le dos aux femmes, cantonnées à l’arrière. Qu’une passagère tente de s’infiltrer à l’avant, elle sera expulsée vers le fond. Un groupe de femmes appartenant à cette communauté religieuse est entré en rébellion. En lançant une action en justice contre la ségrégation dans les transports en commun, elles espèrent aussi contrer la radicalisation des « hommes en noir » et leur influence grandissante sur la société israélienne . L’écrivain féministe Naomi Ragen a pris la tête de la révolte. Victime d’une agression dans ce contexte à bord du bus 40, elle vient d’intenter un procès au Ministère des Transports et à la compagnie de bus. De plus en plus nombreuse (7 enfants par famille en moyenne),la communauté ultra orthodoxe représente aujourd’hui un tiers des habitants de la ville sainte, dont le maire. Les deux principales compagnies de bus se sont adaptées et une trentaine de bus pratiquent désormais la ségrégation. Dans des quartiers ultraorthodoxes, certaines banques imposent des guichets séparés pour les hommes et les femmes Dans un arrêt retentissant,un rabbin éminent a interdit aux femmes d’accéder à des diplômes universitaires Depuis quelques mois, des « patrouilles de la pudeur » s’en prennent aux femmes vêtues de façon « provocante » qui circulent dans les quartiers « haredim » (ultraorthodoxes). La crainte de la tentation sexuelle est permanente dans la société ultraorthodoxe. Les femmes doivent adopter une tenue pudique qui implique de cacher ses cheveux, ses bras et même ses chevilles. Tout contact physique avec un homme autre que son mari est interdit à la femme au point que elle ne doit jamais se trouver seule avec lui. Ces contraintes limitent fortement les capacités de sortie des femmes, que ce soit pour les sorties ou le travail. Les ultraorthodoxes rejettent toute une part de la modernité occidentale et considèrent le monde qui les entoure comme une source permanente de perversion. La TV et la publicité sont une source d’ »images explicites » qui ne sont pas les bienvenues, notamment parce qu’elles peuvent propager les valeurs d’indépendance de l’individu, d’égalité des religions et des sexes. Les haredim vivent généralement en marge de la société laïque, dans leurs quartiers et sous la direction de leurs rabbins, seule source de pouvoir pleinement légitime à leurs yeux. Ainsi Joel Kreuz n’utilise que les téléphones portables kasher,sans accès à Internet ni aux SMS. Il s’est débarassé de son ordinateur lorsqu’Internet a fait son apparition, pour ne pas être exposé aux images occidentales. IL n’a jamais vu un film de sa vie. Il juge positive la séparation totale imposée aux femmes dans certains régimes islamiques. Un rabbin affirme remercier trois fois par jour l’Eternel pour la création des bus séparés. « La séparation entre hommes et femmes est un principe fondamental de la loi juive , dit il . On se porte mieux lorsqu’on ne voit pas les femmes » . » Cet article montre clairement la profonde parenté qui relie tous les mouvements fondamentalistes , juifs et musulmans surtout, dans leur refus viscéral de la modernité, de la démocratie, de la liberté individuelle et de l’égalité des sexes .

La légende malmenée de David et Salomon

mars 6, 2009

La légende malmenée de David et Salomon

(Quand l’archéologie démythifie la Bible)

Article de Le Monde 2 du 23 décembre 2006

Cet article est une interview de deux archéologues, l’israélien Israël Finkelstein et l’Américain Neil Asher Silberman, auteurs des « Rois sacrés de la Bible » (Bayard,320 p) et de « La Bible dévoilée » (Bayard,430p,2006)

I.Finkelstein est coresponsable des fouilles du site de Megiddo et ancien directeur de l’Institut d’archéologie de l’université de Tell Aviv.

N.A. Silberman est directeur du Ename Center for Public Archaeology and Heritage Presentation et éditeur associé de la revue Archaeology

Dans cette article, les auteurs remettent en cause la vision littérale ,inspirée des textes sacrés, de la période historique des rois David et Salomon. La conception d’une monarchie unifiée, à cette époque, leur paraît erronée et devoir être remplacée par la coexistence de cités-états, gouvernées par de minuscules roitelets. Les vestiges de grands monuments ,datés jusque là de cette époque, paraissent devoir,grâce aux procédés scientifiques de datage par le carbone 14, être considérés comme liés à la période ultérieure de la dynastie Omride en Israel. Jérusalem aurait été, d’après les fouilles extrêmement nombreuses de cette région une bourgade de 2000 habitants au maximum avec ses environs ..

L’unité du peuple israelien paraît aux auteurs bien postérieure à cette mythique monarchie unifiée, et leur semble le produit de l’émigration vers le sud des populations d’Israel ,après l’écrasement de leurs forces par le royaume assyrien, alors au faîte de sa puissance. La population du sud –le royaume de Juda aurait alors doublé en une vingtaine d’années seulement. C’est la classe dirigeante qui aurait du alors chercher à réunir ces populations par une idéologie et une histoire commune. On aurait alors assisté en Juda à la fondation d’une nouvelle idéologie d’Etat, fondée sur l’unicité du peuple hébreu, sur la centralité du culte dans le Temple de Jérusalem, sur l’unicité de la dynastie légitimement régnante, c’est à dire la lignée davidique.

Les auteurs disent que nous avons tous l’idée que le Temple de Salomon à Jérusalem était le lieu de culte unique,mais que c’est un non- sens et qu’il existe des preuves archéologiques que à son époque et même plus tard, il y avait,dans les endroits reculés de Juda des cultes parallèles organisés par les aristocraties locales. C’est seulement sous Ezéchias, que ces petits temples sont détruits et que débute la centralisation du culte à Jérusalem.La centralisation du culte est une décision politique,certainement pas religieuse ni spirituelle. Cette dimension spirituelle n’interviendra que vers le VI ème et V ème siècle avant JC, avec l’introduction de la notion de Dieu unique. Auparavant, il s’agit de Dieu local, ou national, comme partout à cette époque.

Ce bouleversement apparaît lié pour les auteurs à la défaite de Megiddo, ou le pharaon Néchao II tue le roi de Juda,Josias. Cette défaite, qui aurait pu signifier l’échec du Dieu nationzl, est au contraire présentée comme une punition des fautes du peuple juif, faisant du Dieu un Dieu universel, et pas seulement protecteur des ressortissants de son « implantation »

locale.

Le messianisme apparaît alors aux auteurs comme un moyen d’entretenir l’espoir d’une suite à l’histoire en annonçant la venue d’un nouveau roi qui sera, à son tour, choisi par Dieu parmi les descendants de David et Salomon . Ainsi se crée la matrice du Christianisme à venir.

Il y a quelque chose de vertigineux dans cette remise en perspective de l’histoire et de la masse d’idées reçues charriées par la transmission de la vision littérale des textes sacrés, et dont on voit l’impact sur des visions politiques dans cette région.

Lien utile :

http://histoireenprimaire.free.fr/ressources/bible.htm


Mythes bibliques, sacré et identité juive

mars 6, 2009

La possibilité d’une identité juive séparée de la religion constitue une question essentielle de l’époque récente pour le monde juif . Cette question se double d’une autre : est il possible de maintenir une identité juive sans le recours aux mythes immenses condensés dans la religion et sans les symboles qu’elle charrie, ainsi que sans, par exemple, les fêtes traditionnelles ?

La question s’est ainsi posée d’un « Seder » laïque, contradiction dans les termes puisqu’il s’agirait d’une fête « religieuse laïque » . En même temps, la proposition n’est pas absurde puisqu’il existe des fêtes religieuses qui ont fini par devenir des fêtes universelles (Noël, dont la version laïque avec le Père Noël s’est superposée à la fête de la naissance du Christ) mais il est vrai que beaucoup de fêtes religieuses ont intégré les fêtes païennes qui les précédaient (exemple Pâques et les fêtes du Printemps) .

Les fêtes religieuses ont eu pour fonction d’encadrer la vie quotidienne des populations dans un système serré, rythmé de façon redondante par la référence aux textes sacrés religieux ( rythme du travail et du repos, régimes alimentaires, cérémonies des moments clefs de l’existence :naissance, mort, mariage, fiançailles, etc..) de façon que tous les évènements du quotidien prennent une signification religieuse.

Ce système a uniformisé et unifié la population et constitué une forme extrêmement forte d’identité commune, de partage des croyances, des idéaux et des références. Cela a fonctionné aussi bien dans la religion chrétienne que dans la religion juive . Les fêtes ont constitué un réseau symbolique, par le système de renvoi aux textes sacrés, qui était l’armature même de la pensée, de la vision du monde et du système de valeurs de l’époque.

Or, la situation actuelle est tout à fait différente.

La religion ne peut plus, sauf pour une faible minorité, être considérée comme l’armature de la pensée des gens actuellement. Elle fonctionne, pour le plus grand nombre,comme une référence vague, derrière laquelle chacun met des choses très différentes, qui conserve encore une certaine autorité morale, assez floue, mais qui est ,fondamentalement remise en cause par le rationalisme, et par dessus tout , par la science. Le passage très rapide ,en France, pays de grande tradition catholique, à un pourcentage de l’ordre de 15 % de la population de la part pratiquante régulièrement donne une idée de l’ampleur du phénomène. La religion perd de plus en plus son caractère structurant, pour être remplacée par des systèmes de croyance « informes »,croyances vagues en un autre monde, systèmes ésotériques, croyances magiques non stabilisées.,systèmes individualisés et peu unifiants.

Il me paraît donc assez vain de vouloir remettre au premier plan de façon artificielle un système qui apparaît à bout de souffle.

La particularité de la religion dans l’histoire juive est que le texte sacré religieux a été la principale source des représentations historiques que le peuple juif avait de lui même . Ceci a conduit à une imbrication totale de l’histoire du peuple juif et des mythes religieux relatés dans les textes sacrés. Le gain extrême retiré par le peuple juif de cette confusion – la sacralisation de son histoire, l’universalisation de ses mythes, la puissance des mythes constitués, s’est payé de la perte de toute autonomie de pensée par rapport à cette vision religieuse et donc à priori contradictoire avec tout esprit critique. Le discours de la pensée juive et des représentations juives s’est déroulé à l’intérieur de l’espace mythique religieux et non à côté .

Comment ne pas rester enfermé dans ce cadre, en voie de désagrégation, et comment élaborer quelque chose qui puisse prendre le relais ? (en sachant que le problème est général) .

On peut réfléchir sur la façon similaire dont ont fonctionné les systèmes de symboles nationaux ( 14 Juillet, commémorations des victoires historiques de la Nation, monuments aux morts, noms de rues et de places attribués aux grandes figures nationales ,hymne national,etc..)qui constituent la référence symbolique à un patrimoine commun historique. ( cf Les « lieux de mémoire » que Pierre Nora analyse dans son ouvrage collectif)

Ces symboles finissent par imprégner de façon semi consciente la vie quotidienne et manifestent la présence concrète du passé dans le présent et la dette du présent envers ce passé.

L’exemple du 14 juillet peut être éclairant dans cette tentative de réflexion.

Il s’agit d’un événement, porté à la dimension de symbole, de la révolte contre l’Ancien Régime, qui fonde des valeurs essentielles du peuple français. Un événement résume alors une révolution fondatrice de la pensée –la sortie non pas d’Egypte, mais de l’univers éternellement fixe de l’ordre du monde. Il ne s’agit pas ,dans la fête, de revivre l’événement, mais de le célébrer par une cérémonie qui lui attribue une valeur de symbole, c’est à dire d’élément dont la signification (de rupture et de fondation) est partagée par tous, et qui scelle le destin commun de la collectivité française.

Cet élément symbolique constitue à la fois un « signe de reconnaissance » de la collectivité et un rappel du passé qui a généré l’identité française .Il comprend donc, comme la plupart des symboles,( et des mythes ),une pluralité de dimensions, une richesse de significations qui déborde l’apparence immédiate .

Les peuples ont besoin d’extraire de leur histoire des évènements qui condensent en eux des moments décisifs réels de leur orientation, qui signifient et résument les valeurs sur lesquelles ils s’accordent, qui sont en même temps une image fixant leur identité, et un élément du « langage » commun nécessaire pour s’entendre, c’est à dire s’accorder sur le sens de façon plus ou moins immédiate.

Ces symboles sont également porteurs des sentiments patriotiques ou nationaux, qui sont le fait d’un attachement sentimental à un particularisme historique, mélanges complexes de liens noués à un univers familier – linguistique,éducatif, politique, culturel, paysager, etc…-de l’environnement sur tous les plans de chaque individu.

Cet attachement est directement lié, comme dans les liens interpersonnels, à la précocité, a la durée et aux bienfaits reçus dans cette relation, en particulier dans l’élaboration par chacun de son identité personnelle. Il existe indépendamment de l’usage que peut en faire un Etat, qui « réclame » cet attachement comme un dû .Les états ont d’ailleurs depuis longtemps compris l’importance, face aux tendances centrifuges existant dans les sociétés, des mises en scène valorisant , avec le maximum de décorum, les symboles de l’union – jusqu’au sacrifice- . Il s’accompagne, comme les relations d’amour interindividuel, d’une certaine surévaluation de l’objet, d’où les déviations possibles (chauvinisme, nationalisme). Il est aussi le pressentiment d’une évolution mentale commune, liée à la sédimentation dans les couches profondes de la conscience de la lente distinction qui s’opère entre les peuples, au fil des péripéties de leur histoire, des choix de société et de mode de pensée qui finissent par se dégager de l’évolution collective.

Pour revenir à l ‘exemple du « Seder », celui ci est donc la célébration de la sortie du peuple juif d’Egypte,peuple unifié à ce moment..

L’ambiguïté est que cet événement , considéré comme symbolique de la naissance du peuple juif, et de son rapport à l’exil,,n’est en rien prouvé comme s’étant passé de cette façon dans la réalité. Il s’agit d’une épopée mythique, qui a évidemment des rapports avec la réalité, mais lesquels ?

Surtout, il fait partie d’un ensemble mythique, la Bible , qui est lui même le récit mythologique du lien mythique entre Dieu et les Juifs.

La question est alors de savoir, si l’on veut aboutir à une vision laïque des rapports à l’histoire du peuple juif, si il est possible de « recycler » des mythes liés aussi intimement à la religion que à l’histoire du peuple juif.

Au fond, il n’est pas certain que les symboles rassembleurs dont a besoin le peuple juif, et qui doivent être chargés affectivement pour pouvoir opérer leur travail d’identification des membres de la communauté, du fait de l’absence des deux facteurs les plus puissants sur ce plan :la langue (le Yddish n’étant plus que l’objet d’une pieuse nostalgie) et les frontières géographiques d’un état (réservées à la moitié du monde juif qui a choisi l’israelianité) , ne puissent être que les mythes religieux qui ont fonctionné pendant les siècles précédents, quand la religion était l’horizon intellectuel d’une époque.

Des évènements réels devraient pouvoir prendre le relais, ce qui implique que une autre histoire que la Bible soit construite et enseignée, dont certains éléments pourraient être mis en exergue.

La particularité des juifs est d’avoir, pour des raisons historiques, une histoire en grande partie captée et remaniée par le mythe immense de la religion. Il est peut-être possible de la récupérer et de viser une sortie de la confusion entre les deux plans.

L’histoire juive est suffisamment riche d’éléments glorieux ou tragiques pour qu’on y trouve matière à symboliser la trajectoire de ce peuple, physique, morale et mentale , de façon à permettre de figurer ce qui lie ses membres par delà les différences qui ont toujours existé .

Ainsi, les différentes strates de représentations qui constituent une Nation, qui est la représentation d’elle même d’une collectivité, peuvent se superposer et s’ajouter les unes aux autres, construisant un ensemble qui résiste aux variations conjoncturelles.


LES RABBINS LIBERAUX S’OPPOSENT A DES DEMANDES ANTILAIQUES D’UNE PARTIE DE LA COMMUNAUTE

mars 6, 2009

Dans un article du Figaro du 18/01/2008, les rabbins Daniel Farhi, Stephen Berkowitz et Celia Surget ont critiqué la réclamation faite au près de la HALDE par des associations juives émettant des exigences concernant la fiscalité des dons, les places dans les carrés confessionnnels juifs dans les cimetières, le calendrier des examens pour les élèves et les étudiants juifs, la nourriture cachère dans les hopitaux.

Ils soulignent que il ya quelque chose d’indécent à s’adresser pour cela à une autorité chargée de lutter contre les discriminations prohibées par la loi, d’accompagner les victimes ,de promouvoir les bonnes pratiques pour faire entrer dans les faits le principe d’égalité.

Ainsi ils dénoncent ceux qui ne semblent plus comprendre l’esprit des décisions du Grand Sanhedrin de 1807, selon lesquelles la Loi du pays est la Loi. Certains, relèvent ils, accumulent les exigences de moins en moins compatibles avec une vraie citoyenneté. Leur prise en compte irait à l’encontre de la laïcité française à laquelle ils réaffirment leur attachement. Ils rappellent que les carrés confessionnaux dans les cimetières sont des dérogations, non un droit en soi, que il est inadmissible de vouloir imposer l’arrêt des digicodes au pretexte d’une pratique orthodoxe de certains locataires juifs, aux dépens de la sécurité et de la tranquillité des autres occupants.

Cette prise de position se démarquant de la surenchère intégriste et communautariste des ultra orthodoxes est bienvenue, au moment ou les discours pro-religieux de Sarkozy ouvrent une brèche dans la laïcité que ces fondamentalistes rêvent d’utiliser pour renforcer leurs positions. Leur conclusion me paraît pouvoir être reprise à la lettre: « Il y a deux siècles, en acceptant la devise de la République -Liberté, Egalité, Fraternité-, les juifs ont aussi implicitement accepté cette autre devise:Judéité, Laïcité, Citoyenneté.

IDENTITE ET LIBERTE

mars 6, 2009

Le roman de Philip Roth « La tache » racontait l’histoire extraordinaire d’un enseignant d’une université américaine chassé de son poste par la rumeur , issue de la dictature du « politiquement correct », qui l’accusait d’une réflexion « raciste » à l’encontre d’étudiants noirs, a qui il avait fait remarquer leur absentéisme en les traitant d' »étudiants fantômes ». A partir de là s’était mis en route un enchaînement de lâchetés, de soumissions à l’opinion générale, de rivalités qui aboutissait à la destruction sociale d’un individu et à son marquage du sceau infâmant de l’étiquette de raciste;

Or, l’ironie du sort suprême de cette situation était que cet enseignant était lui même un noir,qui avait rejeté cette identité de Noir, en profitant de la clarté de sa peau, et s’était caché sous une identité juive, ce qui le mettait dans l’impossibilité de se disculper sous peine d’être rejeté pour cette identité de Noir, par tous les biens pensants politiquement corrects qui l’accusaient de racisme.

L’essentiel du livre de Roth était de prendre à contre-pied tous les lieux communs de la bien- pensance américaine, et de faire de ce personnage qui reniait ses origines avec une détermination farouche, à la fois un exemple d’affirmation extraordinaire de la liberté de chaque individu de choisir son destin,contre les déterminations de la race, contre la solidarité avec sa communauté, avec sa famille (il rompait même complètement avec sa mère pour ne pas risquer d’être démasqué) , d’en faire une figure de la lutte contre une destinée écrite (celle d’être, au mieux, le bon nègre toléré jusqu’à un certain point seulement dans la société blanche), un cas de « traître » à sa classe d’origine affirmant son droit à la quête du bonheur, inscrite dans la constitution américaine, au prix des liens familiaux et de l’honneur d’une fidélité aux siens;

Parallèlement, son destin le rattrapait et lui faisait payer au prix fort ce renoncement à ses devoirs, montrant d’une certaine façon le côté sans espoir de cette tentative de libération des déterminations, tentative héroïque dans un sens par le prix de solitude, de mensonge, et de crainte qu’il acceptait de payer pour ce rêve d’échapper à un destin collectif, par son refus de l’impuissance à forcer la nécessité et le hasard des conditions de sa naissance, par sa volonté de miser toute sa vie sur une seule carte que la providence lui avait fournie: le fait que sa négritude ne se voyait pas.

De plus, ayant fait un enfant avec une femme blanche qui ignorait tout cela, il se retrouvait suspendu au jeté de dés de la loterie génétique qui pouvait donner un enfant blanc ou noir de peau selon la combinaison aléatoire des gènes, avec l’épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête de la révélation de sa filiation.

L’ironie profonde à l’égard des pressions des communautés (enseignante, Noire) sur leurs membres pour qu’ils se conforment aux stéréotypes moraux qu’elles produisent, la contradiction entre ces attentes et l’idéologie violemment individualiste secrétée par la société américaine, constitue un vibrant plaidoyer en faveur de la liberté de l’individu face au conformisme produit par les société sur leurs membres.

C’est cette faculté qu’ont les individus de choisir, contre toutes les déterminations extérieures, une liberté qui est ce qui fonde pour eux leur dignité( y compris des choix antisociaux comme ceux de certains délinquants), laquelle peut résider justement dans une rebellion contre une place assignée, contre une soumission à une injonction morale.

Dans une interview donnée au journal Le Monde, l’avocat Thierry Levy, qui vient de faire paraître son dernier ouvrage: »Levy oblige » expliquait son refus d’être figé dans une identité juive:

Fils d’une mère qui s’était convertie au catholicisme, baptisé par l’evêque de Paris, il dit « avoir si peu souffert de l’antisémitisme qu’à 20 ans, il pouvait proclamer que en France,il avait disparu « . Pourtant, au fil des ans , il va se découvrir « juif aux yeux des autres, les juifs et les non-juifs. » De nouveau, il s’énerve « On pense à ma place,on m’attribue des opinions,on préjuge de mes choix et de mes engagements. On me met dans le camp des victimes avec la Shoah et dans celui des bourreaux avec Israêl. Mille raisons ,subjectives et objectives, me mettent en dehors du camp des victimes, mais si je devais choisir ma préférence, je dirais que je ne me conçois pas sans un inextricable mélange de bien et de mal et sans l’inaltérable capacité de commettre ce dernier ».

Ce qu’il défend dans sa vie ,dit Pascale Robert-Diard, l’intervieweuse, c’est ce droit à ne pas être réduit à une seule identité-« identité, dit il, c’est un mot pour police ».

Cette révolte contre une identité décrétée, imposée, administrée , est à la base de tous les refus des valeurs morales qui se présentent comme devant être admises parce que elles sont le fait d’un groupe qui érige en norme ce qui va dans le sens de la défense de ses intérêts ,ou même de sa survie, et qui exige que ces valeurs l’emportent sur la réflexion intérieure des individus. Il existe toujours des individus qui se réservent le droit d’examen et d’inventaire de ces normes, au nom du refus de l’autorité de la chose établie, et qui mettent le droit à l’identité subjective et à l’éthique personnelle au dessus des codes élaborés par des instances officielles ou par les groupes sociaux, même si le prix à payer pour cette désolidarisation peut être très lourd.

OPINION LIBRE :DEFENDRE LE JUDAISME OU DEFENDRE LES JUIFS ?

mars 6, 2009

A l’heure ou la question de l’identité juive hors de la religion se pose avec une insistance grandissante d’un coté, et ou de l’autre les inquiétudes sur l’avenir de l’Etat hébreu vont croissantes avec les progrès de l’islamisme extremiste et le danger nucléaire iranien, il devient important d’éclairer les choix qui se présentent aux juifs de la Diaspora

La multiplication des mariages mixtes, la réduction de la croyance religieuse, la dilution dans la population générale font que objectivement , le mode de vie juif se réduit, les traditions se perdent, malgré la volonté d’une minorité de faire des efforts pour les faire survivre.

Clairement,un monde s’efface,celui qui liait une foi et des rites , et même une langue, le Yiddish,effacement aussi bien lié au recul général des religions que à l’assimilation qui ne rencontre plus les obstacles antérieurs, et à la disparition d’une partie de cet univers avec la population détruite dans la Shoah.

Cette disparition produit une réaction de refus de la part de la génération de ceux qui ont suivi la génération détruite ou rescapée de la Shoah, et qui se sentent coupables de ne pas maintenir la continuité des 20 siècles ou le peuple juif a préservé son existence en l’accrochant à la religion et en s’identifiant à cette religion.

Mais comment maintenir en vie un peuple qui s’est confondu avec une religion quand la foi n’est plus là?

Israel a été une réponse partielle à cette question. L’acquisition d’un Etat, la résurrection d’une langue qui est redevenue vivante , la transformation d’une nature, la reconquête d’une fierté, ont justifié la création d’un Etat qui a pris la succession de l’Etat juif initial, au prix d’un fait accompli qui a suscité des problèmes de plus en plus lourds. La nation juive a vécu une renaissance qui a stupéfié le monde, et par ce seul fait, a justifié son existence. Car la justification des nations, c’est leur apport à l’humanité, et l’apport d’Israel, c’est la dignité retrouvée,la fin de la soumission, l’arrêt des humiliations subies sans riposte.C’est l’illustration du droit à l’autodéfense des agressés, la reconquête d’une humanité par ceux à qui elle a été déniée pendant des millénaires.

Le problème n ‘est pas que celui de la survie du peuple juif. Il est avant tout des conditions de sa survie, et même l’hypothèse la plus terrible, celle d’une défaite israelienne, et d’un éventuel autre génocide, nucléaire, ne changera pas cette donnée nouvelle: les juifs ne se laisseront plus faire sans se battre, les assassins paieront le prix de leurs crimes.

L’histoire du peuple juif est exemplaire pour l’humanité, pas seulement parce que elle démontre, à son détriment, les ressources de sauvagerie qui existent dans la nature humaine, mais parce que elle est symbolique de ce qui est vital de dignité pour que l’existence vaille d’être vécue, et des capacités de regagner une dignité humaine qui a été perdue ou détruite du fait d’autres humains.

Bien plus que le mythe biblique, qui a participé à la civilisation du monde entier, c’est l’histoire concrète de ce peuple, qui fait symbole universel de la résistance à l’esclavage,et à la déshumanisation: Il a symbolisé ces deux faces de l’humanité: la capacité à produire de l’inhumain et le pouvoir de perdre, mais aussi de retrouver une humanité perdue.

De cela, les juifs doivent être éternellement reconnaissants à Israel et à ceux qui ont construit ce pays. L’identité de ce peuple est avant tout celle de ce destin: perte et restauration de l’humanité.et d’une fierté humaine; La Shoah et Israel sont les deux faces indissociables, et rapprochées chronologiquement d’un être au monde qui s’est détaché de la religion à laquelle il avait suspendu son identité et sa lutte pour ne pas cesser d’exister.

Comme une fusée qui largue son premier étage pour s’adapter à des conditions différentes de pesanteur et de densité de l’atmosphère, l’identité juive doit se rebâtir sur le tournant qu’ont constitué la naissance d’Israel et la Shoah.Sans victimisation, mais en s’adossant à cette insécurité du gain de l’humain sur la barbarie, sans moralisme, mais dans la prise en considération de la dimension éthique des choix politiques et stratégiques qui s’imposent, sans angélisme et sans faiblesse.

Les traces de l’intrication de l’identité juive avec la religion sont gravées dans la mémoire juive, mais ce n’est pas la remise au goût du jour de souvenirs qui fera vivre le peuple juif. C’est la dialectique vivante entre les questions d’existence à résoudre au jour le jour et les effets du destin juif sur les consciences qui créera une pensée juive, visible dans les productions de la culture moderne (cinéma, romans, pensée philosophique, morale et politique) et dans la vie politique et citoyenne, c’est à dire l’Histoire en train de se faire.

Les Juifs de la Diaspora ont donc un devoir de solidarité et de défense de l’Etat israelien, en dehors de leurs devoirs de citoyens français, et de solidarité et de défense de leur communauté, et un devoir de penser les implications politiques et historiques du destin juif, de la place de la tradition et de la religion dans la question de l’identité d’un groupe, une obligation de réfléchir à la question de l’identité sans tomber dans le repli identitaire qui menace actuellement.

La Diaspora doit accepter de n’être que ce qu’elle est: une fraction du peuple juif, dont le destin se détermine plus sur sa terre d’origine que dans les pays ou elle est diluée, comme c’est le cas pour toutes les diasporas, ce qui ne veut pas dire qu’elle est sans importance. La lutte pour déterminer qui a le droit de parler au nom du peuple juif, Diaspora ou Etat israelien, est stupide. Mais la volonté de la Diaspora de représenter l’essence du peuple juif est l’expression de la nostalgie d’un mode de vie ancien, qui traduit la tendance à figer l’histoire dans le passé ,propre a l’histoire juive et à son regard tourné vers le passé.

La haine qui poursuit les juifs, qu’ils soient dispersés en diaspora ou rassemblés sur la terre juive, continue, qu’on le veuille ou non, a être le lien ombilical qui les relie à leur destin, bien plus que la pensée de tous les grands penseurs juifs. Cette haine se développe maintenant dans le sillage de l’islamisme extrêmiste, qui se répand à la surface du globe comme une infection, réduisant à néant l’espoir né après guerre d’une disparition des racismes extrêmistes.C’est cette position au carrefour des passions humaines qui définit les coordonnées de l’identité juive, liée à cette négation d’elle qui l’a entourée pendant 20 siècles

Le repli sur le religieux est une erreur grave qui choisit l’identité passée contre l’identité actuelle, et rabat l’être juif sur une vision d’un monde rétracté dans un ghetto intellectuel , dans un temps figé , qui fait du juif un objet pour gardien de musée. Les racines d’un arbre ne sont pas cet arbre, et ce qui fait la valeur de l’arbre, c’est sa ramure, son feuillage et éventuellement ses fruits.

« My father, my lord »,l’univers glauque d’une famille israelienne ultra orthodoxe

mars 6, 2009

Le film de David Volach décrit l’univers étouffant de la vie d’un enfant d’une famille juive de Jérusalem, dont le père est une figure d’un mouvement ultra religieux. Cette vie étrange, complètement coupée de la réalité extérieure, nous est décrite telle que peut la percevoir l’ enfant, le jeune Menahem,âgé d’entre 6 et 8 ans.

Le père est montré dans son fonctionnement entièrement tourné vers son activité religieuse, une activité elle-même centrée sur une seule chose: l’éxécution des rituels, l’ observance des « commandements », et le développement d’une rhétorique de justification de cette pratique. On y voit l’enfermement intellectuel de cet homme, plongé continuellement dans le monde des livres, au point d’oublier l’enfant qui est à ses côtés, et dont la production intellectuelle aboutit à des nullités grotesques, que boivent religieusement les adeptes plus jeunes dont il est le mentor. Car une des choses montrées dans le film, c’est le côté momifié de cette pensée,uniquement consacrée à l’apologie du texte religieux, et son aspect incantatoire et vide. Il y a des pensées religieuses qui ont enrichi et approfondi la pensée humaine; celle-ci ne sert qu’à sa propre autoreproduction.

L’enfant, qui est pris dans cet univers de pensée qui l’enveloppe entièrement, l’admet, mais le film montre comment,avec sa sensibilité naturelle, quelque chose en lui perçoit bien les anomalies de ce discours, le côté inhumain et absurde de certaines de ces prescriptions, même si le père écrase immédiatement ce qui s’ébauche d’une pensée critique chez l’enfant, au nom de l’interdiction de critiquer et même de questionner les commandements religieux. On voit très clairement dans ces instants,la façon dont fonctionne l’interdit de penser qui est le substrat même de cette forme sectaire de religiosité. C’est le paradoxe même de cette forme d’hyper intellectualité que son but est d’empêcher de penser, car le but final, c’est l’obéissance.

Parallèlement à cette activité intellectuelle d’apologie de la soumission au texte – le contraire de la discussion et de l’émulation intellectuelle- on sent aussi les bénéfices énormes que peuvent en tirer les pratiquants: car pour eux, comme pour les activistes d’autres sectes,d’une part le monde est simple: tout a été dit et est écrit dans le texte sacré; et d’autre part , il y a le sentiment de faire partie de l’élite des « élus », de ceux qui seuls, seront sauvés. On le voit dans le passage délirant ou le père explique que tous ceux qui ne sont pas les défenseurs de la Torah n’ont été créés par Dieu, hommes et animaux, que pour servir ces défenseurs, et n’ont pas d’existence individuelle aux yeux du Seigneur.

L’enfant essaye de trouver de quoi vivre dans ce monde étranger au monde, ou il n’a aucun contact avec d’autres adultes ou d’autres enfants que ceux du petit cercle d’adeptes. Même l’expédition de « vacances », au bord de la Mer Morte, aboutit à une plage réservée aux pratiquants de la secte, et le voyage pour y arriver se fait dans un minibus réservé pour eux seuls.Le père, qui est affectueux envers l’ enfant, mais n’a aucune idée de ce qui est nécessaire à un enfant pour exister, en dehors des règles qui lui sont apprises, ne voit rien de ce qui se passe autour de lui, uniquement tourné vers son monde intérieur, et le drame qui va se produire sera la conséquence directe de cet aveuglement à la réalité qui l’entoure.

Le film est un cri de colère contre la violence latente dans ces pratiques. Il y joint le portrait juste et touchant d’un enfant, ce qui n’est pas si fréquent au cinéma, et de la plasticité de cet age, qui même dans le désert d’échanges qui l’entoure , repère les oasis de vie làou il le peut, et instinctivement, se tourne vers elles.

La « religion civile » de la Shoah, concept nouveau de l’antisionisme

mars 6, 2009

Un nouveau concept est en train de se développer dans les milieux critiques de la politique israelienne, en particulier dans les milieux intellectuels pacifistes , israeliens ou européens, qui se trouvent mis en porte à faux par la désaffection de la population israelienne pour le discours oecuménique des pacifistes, devant la montée de la violence extremiste islamiste, et la confirmation de l’existence d’une frange palestinienne qui ne cache pas son refus d’admettre l’existence d’Israel, et qui revendique une guerre à mort.

Le livre de georges Bensoussan, »Un nom impérissable », développe la thèse suivant laquelle le sionisme, privé de « légitimité » par l’épuisement de l’idéal socialiste initial et de la mythologie de la construction d’un homme nouveau, tenterait d’en retrouver une en développant un nouvel appareil mythologique autour d’une identité victimaire, centrée sur l’évènement historique de la Shoah.

Ce livre rejoint la thèse de Esther Benbassa, « La souffrance comme identité » qui développe avec complaisance une thèse semblable :celle de l’autoperception du peuple juif comme communauté de souffrance, de la description de l’histoire juive comme « une vallée de larmes culminant dans l’holocauste »,et de la définition du peuple juif par Hermann Cohen comme « peuple de la souffrance ».

Le corollaire immédiat de cette thèse -et à mon avis peut-être le moteur même de la recherche-, c’est que cette vision du monde entraîne les Juifs dans une « tour d’ivoire morale » qui les rend insensibles… à la souffrance du peuple palestinien (présentée elle comme réelle a côté d’une sorte d’auto-apitoiement permanent sur un mythe de souffrance qui serait la face inversée d’une élection, donnant droit à tous les hors-droits imaginables-vieux mythe antisémite du peuple qui se croit non soumis aux obligations communes)

Il y a dans la façon dont certains se font les procureurs implacables du sionisme sur le plan des idées, la poursuite du refus fondamental de ce sionisme qui ne peut plus actuellement s’exprimer ouvertement. Comme ils n’osent pas remettre en cause le fait accompli du sionisme, ce qui conduirait à l’idée gauchiste d’ un état démocratique bi -national dont tout le monde sent bien qu’il est un nonsens même plus politiquement correct, ils expriment leur rejet de ce nationalisme par des critiques de tout et de son contraire.

On reproche au sionisme d’avoir ignoré la Shoah, et après, de lui donner une place trop importante. On lui reproche d’avoir nié la faiblesse juive, et après on lui reproche d’identifier les juifs à cette faiblesse. On lui reproche sa dureté, de ne faire que des victimes autour de lui, et maintenant , de larmoyer sur les souffrances juives.

Finalement, rien ne trouve grâce aux yeux de ces historiens, qui rejoignent les « nouveaux historiens « israeliens dans leur travail de ‘déconstruction » qui leur permet d’être aussi vierges de toute compromission morale que remarqués pour leur « courageux anticonformisme ».

Leur conceptions générales, plus ou moins orientées par une construction intellectuelle « de gauche », ne sont pas vraiment compatibles avec un mouvement nationaliste comme le sionisme; ce nationalisme ne peut trouver aucune place dans leurs grilles de lecture, et si ils l’admettent du bout des lèvres pour ne pas se couper des peuples et des autorités morales qui le comprennent intuitivement , cette acceptation les met en contradiction avec tous leurs schémas de pensée, ce qu’en tant que intellectuels, ils supportent particulièrement mal.

L’identité juive ne se résume pas à la persécution, la culture juive est une des plus anciennes et des plus importantes du monde , mais, politiquement, le destin juif a été un destin d’angoisse et de négation , de persécution et d’exclusion, dont les Lumières n’ont pas suffi à les extraire. On ne peut oublier que les raisons de la naissance du rêve sioniste ont été les conditions épouvantables d’existence des Juifs de l’Est, et les poussées d’antisémitisme en Europe Occidentale.C’est le fait politique du nationalisme juif qui est inadmissible pour des gens qui ne peuvent admettre que la lutte des classes ou la révolution comme issue moralement concevable à un malheur politique. Le nationalisme, sauf pour les pays colonisés, ne rentre pas dans leurs cadres de pensée

Le fondement de la légitimité de l’Etat Israelien reste là:L’antisémitisme polonais de 1967 qui a conduit à l’émigration les derniers juifs ou presque de Pologne date quand même de 20 ans après la naissance d’Israel,il n’y aplus de vie possible pour les juifs dans le monde arabe; comme le disait le rabbin Eisenberg: »Tout ça n’est pas grave. Il n’y a de danger pour les Juifs que dans deux endroits: Israel et la Diaspora.

La bataille qui s’engage dans la période actuelle entre Israel et ses adversaires, est au moins autant une bataille dans le champ des idées que dans le domaine des armes. Le combat des Arabes depuis le début de l’existence d’Israel est celui d’une affirmation de l’illégitimité de celui-ci, au nom de la légitimité ( apparue ensuite) du nationalisme palestinien.Or, ces deux légitimités sont égales, c’est pourquoi il faudra un compromis,faute de quoi on s’acheminera vers une lutte à mort .

Présenter les juifs comme des oppresseurs impitoyables et en même temps larmoyant sur leur sort, vise à les déconsidérer et à les déligitimer dans une opinion déja très orientée par la victimisation médiatique du peuple palestinienà laquelle participent les démagogues variés du monde antioccidental,qui usent et abusent de la vision moralisatrice qui est si efficiente dans le monde occidental et pas du tout dans le leur.

La société israelienne vit certainement une crise morale et politique avec l’accentuation de ses lignes de division internes, mais elle veut continuer à vivre;

Le sens de son existence est d’abord le droit qu’elle a d’exister en vertu du principe du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, qui est exactement aussi valable pour eux que pour les anciennes colonies parvenues à l’indépendance, et d’affirmer leur identité dans cette liberté. La contestation de ce droit, directe ou camouflée, doit être combattue sans relâche, y compris chez ceux qui cherchent à plaire à tout le monde , même à leurs ennemis.

« BEAUFORT » UN SUPERBE ROMAN SUR LES SOLDATS ISRAELIENS AU LIBAN PAR RON LESHEM

mars 6, 2009

Ce roman superbe , inspiré de très près par la réalité rapportée à l’auteur par le chef de l’unité décrite dans le livre, décrit la vie d’une unité d’élite de l’armée israelienne qui garde le château de Beaufort, château médiéval occupé par le Hezbollah jusqu’à l’offensive menée au Liban par l’armée israelienne commandée par Ariel Sharon en 1982 et qui avait abouti, après avoir chassé le Fatah et Arafat de Beyrouth, à l’occupation du Sud Liban jusqu’en 2000, année du retrait volontaire de l’armée israelienne.

Le livre raconte avec une justesse de ton extraordinaire le monde intérieur et les rapports de ces soldats, entraînés à une guerre d’offensive et d’audace, contraints de s’enterrer dans des abris bétonnés et de subir passivement les bombardements et les attaques imprévisibles et meurtrières d’un ennemi qu’ils ne voient jamais.

Il décrit dans une langue exceptionnelle d’intensité et de vérité les sentiments d’amour profond, d’intensité affective qui lient ces jeunes gens, à peine sortis de l’adolescence, et dont la vie est risquée en permanence, à la merci d’une roquette ou d’un missile contre lesquels n’existent pas de parades. Seule la chance décide qui va vivre ou mourir.Le chef de l’unité à peine plus âgé que ses soldats, dévoré de l’envie de se battre, doit en permanence maintenir cette volonté de combattre qui est la fierté de cette unité et qui se heurte aux conditions passives qui leur sont imposées par leur mission de garde, et qui s’amplifient quand la perspective d’un repli pour des raisons politiques se précise de plus en plus.

La coexistence des blagues juvéniles, des préoccupations amoureuses de cet âge, du sentiment d’être une avant garde vitale pour la protection d’Israel,avec l’excitation du combat, la rage contre un ennemi qui frappe en restant hors de portée, la détresse immense quand un copain- un ami plus proche que ne peuvent l’être tous les proches, quelqu’un pour qui on peut donner sa vie, et qui peut donner la sienne pour vous- est tué à quelques mètres de soi, tout cela crée un univers incommunicable au reste des mortels. L’intensité des sentiments , la force des liens créés dans un petit groupe, le langage commun qui les soude, mélange de formules consacrées, de code de complicité, la référence implicite à l’honneur qui impose au risque de l’existence la solidarité absolue ,le refus de l’abandon du blessé ou même du corps de l’ami mort, constituent un monde qui s’oppose à la vulgarité et à l’individualisme de la société banale pour laquelle ils se battent.

La décision politique du retrait du Liban va ébranler cette acceptation du sacrifice possible en en remettant en cause la justification-pourquoi partir maintenant et pas avant-, en rendant impensable d’être le dernier mort de cette guerre que le pays commence à désavouer.La pression médiatique des pacifistes, l’hystérie des mères, le lâche soulagement qui s’étend, ébranlent la conviction intérieure de ces jeunes qui se sentent isolés du pays qu’ils étaient prêts à défendre au prix de leur vie.

La fierté née de ces risques extrêmes survivra à la fin de l’aventure, à la séparation du groupe, au souvenir des amis perdus, et à l’entrée dans la vie adulte et dans le quotidien.

Du livre, en attendant le film qui sortira prochainement, subsistera l’image de ces garçons , de leur courage évitant les phrases grandiloquentes, de leur capacité à se battre pour des valeurs que le pays n’est plus unanime à partager, et pour lequel ils illustrent la formule de Renan: »Une nation est une grande solidarité faite des sacrifices que l’on a faits et de ceux que l’on est disposés à faire ».