La « religion civile » de la Shoah, concept nouveau de l’antisionisme

Un nouveau concept est en train de se développer dans les milieux critiques de la politique israelienne, en particulier dans les milieux intellectuels pacifistes , israeliens ou européens, qui se trouvent mis en porte à faux par la désaffection de la population israelienne pour le discours oecuménique des pacifistes, devant la montée de la violence extremiste islamiste, et la confirmation de l’existence d’une frange palestinienne qui ne cache pas son refus d’admettre l’existence d’Israel, et qui revendique une guerre à mort.

Le livre de georges Bensoussan, »Un nom impérissable », développe la thèse suivant laquelle le sionisme, privé de « légitimité » par l’épuisement de l’idéal socialiste initial et de la mythologie de la construction d’un homme nouveau, tenterait d’en retrouver une en développant un nouvel appareil mythologique autour d’une identité victimaire, centrée sur l’évènement historique de la Shoah.

Ce livre rejoint la thèse de Esther Benbassa, « La souffrance comme identité » qui développe avec complaisance une thèse semblable :celle de l’autoperception du peuple juif comme communauté de souffrance, de la description de l’histoire juive comme « une vallée de larmes culminant dans l’holocauste »,et de la définition du peuple juif par Hermann Cohen comme « peuple de la souffrance ».

Le corollaire immédiat de cette thèse -et à mon avis peut-être le moteur même de la recherche-, c’est que cette vision du monde entraîne les Juifs dans une « tour d’ivoire morale » qui les rend insensibles… à la souffrance du peuple palestinien (présentée elle comme réelle a côté d’une sorte d’auto-apitoiement permanent sur un mythe de souffrance qui serait la face inversée d’une élection, donnant droit à tous les hors-droits imaginables-vieux mythe antisémite du peuple qui se croit non soumis aux obligations communes)

Il y a dans la façon dont certains se font les procureurs implacables du sionisme sur le plan des idées, la poursuite du refus fondamental de ce sionisme qui ne peut plus actuellement s’exprimer ouvertement. Comme ils n’osent pas remettre en cause le fait accompli du sionisme, ce qui conduirait à l’idée gauchiste d’ un état démocratique bi -national dont tout le monde sent bien qu’il est un nonsens même plus politiquement correct, ils expriment leur rejet de ce nationalisme par des critiques de tout et de son contraire.

On reproche au sionisme d’avoir ignoré la Shoah, et après, de lui donner une place trop importante. On lui reproche d’avoir nié la faiblesse juive, et après on lui reproche d’identifier les juifs à cette faiblesse. On lui reproche sa dureté, de ne faire que des victimes autour de lui, et maintenant , de larmoyer sur les souffrances juives.

Finalement, rien ne trouve grâce aux yeux de ces historiens, qui rejoignent les « nouveaux historiens « israeliens dans leur travail de ‘déconstruction » qui leur permet d’être aussi vierges de toute compromission morale que remarqués pour leur « courageux anticonformisme ».

Leur conceptions générales, plus ou moins orientées par une construction intellectuelle « de gauche », ne sont pas vraiment compatibles avec un mouvement nationaliste comme le sionisme; ce nationalisme ne peut trouver aucune place dans leurs grilles de lecture, et si ils l’admettent du bout des lèvres pour ne pas se couper des peuples et des autorités morales qui le comprennent intuitivement , cette acceptation les met en contradiction avec tous leurs schémas de pensée, ce qu’en tant que intellectuels, ils supportent particulièrement mal.

L’identité juive ne se résume pas à la persécution, la culture juive est une des plus anciennes et des plus importantes du monde , mais, politiquement, le destin juif a été un destin d’angoisse et de négation , de persécution et d’exclusion, dont les Lumières n’ont pas suffi à les extraire. On ne peut oublier que les raisons de la naissance du rêve sioniste ont été les conditions épouvantables d’existence des Juifs de l’Est, et les poussées d’antisémitisme en Europe Occidentale.C’est le fait politique du nationalisme juif qui est inadmissible pour des gens qui ne peuvent admettre que la lutte des classes ou la révolution comme issue moralement concevable à un malheur politique. Le nationalisme, sauf pour les pays colonisés, ne rentre pas dans leurs cadres de pensée

Le fondement de la légitimité de l’Etat Israelien reste là:L’antisémitisme polonais de 1967 qui a conduit à l’émigration les derniers juifs ou presque de Pologne date quand même de 20 ans après la naissance d’Israel,il n’y aplus de vie possible pour les juifs dans le monde arabe; comme le disait le rabbin Eisenberg: »Tout ça n’est pas grave. Il n’y a de danger pour les Juifs que dans deux endroits: Israel et la Diaspora.

La bataille qui s’engage dans la période actuelle entre Israel et ses adversaires, est au moins autant une bataille dans le champ des idées que dans le domaine des armes. Le combat des Arabes depuis le début de l’existence d’Israel est celui d’une affirmation de l’illégitimité de celui-ci, au nom de la légitimité ( apparue ensuite) du nationalisme palestinien.Or, ces deux légitimités sont égales, c’est pourquoi il faudra un compromis,faute de quoi on s’acheminera vers une lutte à mort .

Présenter les juifs comme des oppresseurs impitoyables et en même temps larmoyant sur leur sort, vise à les déconsidérer et à les déligitimer dans une opinion déja très orientée par la victimisation médiatique du peuple palestinienà laquelle participent les démagogues variés du monde antioccidental,qui usent et abusent de la vision moralisatrice qui est si efficiente dans le monde occidental et pas du tout dans le leur.

La société israelienne vit certainement une crise morale et politique avec l’accentuation de ses lignes de division internes, mais elle veut continuer à vivre;

Le sens de son existence est d’abord le droit qu’elle a d’exister en vertu du principe du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, qui est exactement aussi valable pour eux que pour les anciennes colonies parvenues à l’indépendance, et d’affirmer leur identité dans cette liberté. La contestation de ce droit, directe ou camouflée, doit être combattue sans relâche, y compris chez ceux qui cherchent à plaire à tout le monde , même à leurs ennemis.

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