« My father, my lord »,l’univers glauque d’une famille israelienne ultra orthodoxe

Le film de David Volach décrit l’univers étouffant de la vie d’un enfant d’une famille juive de Jérusalem, dont le père est une figure d’un mouvement ultra religieux. Cette vie étrange, complètement coupée de la réalité extérieure, nous est décrite telle que peut la percevoir l’ enfant, le jeune Menahem,âgé d’entre 6 et 8 ans.

Le père est montré dans son fonctionnement entièrement tourné vers son activité religieuse, une activité elle-même centrée sur une seule chose: l’éxécution des rituels, l’ observance des « commandements », et le développement d’une rhétorique de justification de cette pratique. On y voit l’enfermement intellectuel de cet homme, plongé continuellement dans le monde des livres, au point d’oublier l’enfant qui est à ses côtés, et dont la production intellectuelle aboutit à des nullités grotesques, que boivent religieusement les adeptes plus jeunes dont il est le mentor. Car une des choses montrées dans le film, c’est le côté momifié de cette pensée,uniquement consacrée à l’apologie du texte religieux, et son aspect incantatoire et vide. Il y a des pensées religieuses qui ont enrichi et approfondi la pensée humaine; celle-ci ne sert qu’à sa propre autoreproduction.

L’enfant, qui est pris dans cet univers de pensée qui l’enveloppe entièrement, l’admet, mais le film montre comment,avec sa sensibilité naturelle, quelque chose en lui perçoit bien les anomalies de ce discours, le côté inhumain et absurde de certaines de ces prescriptions, même si le père écrase immédiatement ce qui s’ébauche d’une pensée critique chez l’enfant, au nom de l’interdiction de critiquer et même de questionner les commandements religieux. On voit très clairement dans ces instants,la façon dont fonctionne l’interdit de penser qui est le substrat même de cette forme sectaire de religiosité. C’est le paradoxe même de cette forme d’hyper intellectualité que son but est d’empêcher de penser, car le but final, c’est l’obéissance.

Parallèlement à cette activité intellectuelle d’apologie de la soumission au texte – le contraire de la discussion et de l’émulation intellectuelle- on sent aussi les bénéfices énormes que peuvent en tirer les pratiquants: car pour eux, comme pour les activistes d’autres sectes,d’une part le monde est simple: tout a été dit et est écrit dans le texte sacré; et d’autre part , il y a le sentiment de faire partie de l’élite des « élus », de ceux qui seuls, seront sauvés. On le voit dans le passage délirant ou le père explique que tous ceux qui ne sont pas les défenseurs de la Torah n’ont été créés par Dieu, hommes et animaux, que pour servir ces défenseurs, et n’ont pas d’existence individuelle aux yeux du Seigneur.

L’enfant essaye de trouver de quoi vivre dans ce monde étranger au monde, ou il n’a aucun contact avec d’autres adultes ou d’autres enfants que ceux du petit cercle d’adeptes. Même l’expédition de « vacances », au bord de la Mer Morte, aboutit à une plage réservée aux pratiquants de la secte, et le voyage pour y arriver se fait dans un minibus réservé pour eux seuls.Le père, qui est affectueux envers l’ enfant, mais n’a aucune idée de ce qui est nécessaire à un enfant pour exister, en dehors des règles qui lui sont apprises, ne voit rien de ce qui se passe autour de lui, uniquement tourné vers son monde intérieur, et le drame qui va se produire sera la conséquence directe de cet aveuglement à la réalité qui l’entoure.

Le film est un cri de colère contre la violence latente dans ces pratiques. Il y joint le portrait juste et touchant d’un enfant, ce qui n’est pas si fréquent au cinéma, et de la plasticité de cet age, qui même dans le désert d’échanges qui l’entoure , repère les oasis de vie làou il le peut, et instinctivement, se tourne vers elles.

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