Le peuple juif et le peuple noir américain: deux peuples parias, témoins de l’inhumain dans la civilisation

Le peuple noir américain et le peuple juif  ont en commun l’expérience, dans leur histoire et dans leur mémoire, de la négation de leur humanité et du mépris et de la haine racistes portés au point le plus extrême.

L’un et l’autre ont connu , sous des formes différentes,l’exil forcé, la ségrégation sociale par la mise en place de ghettos,la haine poussée jusqu’au meurtre, la négation de leur humanité par les cultures dites civilisées.

L’un et l’autre ont développé des stratégies de survie et de résistance  aux pratiques de ségrégation et d’humiliation,appuyées sur l’utilisation de la force et de la terreur par des sociétés ou ils  se trouvaient dans un statut de minorité sans moyens de défense.

L’un et l’autre ont lutté pour pouvoir occupper une place à part entière dans ces sociétés, ce qui a produit une division dans ces pays entre les forces agrippées à la préservation de cette exclusion, et celles soucieuses  de défendre les  principes de respect humain  qui étaient au fondement de leurs valeurs,

Ces deux peuples sont ainsi devenus les témoins vivants de la capacité de clivage des sociétés humaines autour de groupes minoritaires qui polarisent frustrations,haines, besoin d’affirmation de soi et désirs de destruction de l’autre, égoïsmes sans retenue et volonté d’abuser de sa force, dans l’oubli total de toutes les valeurs morales  fondées sur la reconnaissance de la valeur humaine de chacun.

Les deux peuples ont éprouvé la souffrance de constater la fragilité des constructions morales de la civilisation,la capacité de cruauté infinie qui existe chez l’homme et  dont aucune culture ne met à l’abri, l’aptitude de l’être humain à oublier l’empathie  et l’identification à l’autre qui sont au fondement même de la nature sociale des hommes, dès qu’un indice de différence est élevé au rang de différence d’essence avec l’autre;

Tous les deux ont pu constater la capacité de résurgence de la sauvagerie humaine  , en particulier quand des forces politiques s’emparent des passions mauvaises qui existent en l’homme et s’en servent comme support pour leur conquête d’un pouvoir, utilisant la très ancienne recette du bouc émissaire comme moyen de manipulation des esprits.

Surtout, tous les deux ont été contraints de lutter contre l’incroyable force du préjugé, qui semblait renaître chaque fois  qu’un de ses éléments avait été abattu, montrant la faiblesse  de la rationalité face à l’empire des croyances et des passions.

En même temps, chacun des individus de ces peuples a  combattu pour maintenir le sentiment de sa dignité personnelle contre la volonté de la lui ôter, et, de façon différente  dans les deux cas, la religion a constitué un support pour le maintien de cette dignité. Pour les Juifs, dans l’attachement indéfectible aux commandements éthiques  qui signifiaient la  véritable valeur humaine de ceux qui s’y soumettaient;pour les Noirs, dans la consolation d’un système chrétien qui affirmait la valeur égale de tous les humains au regard du Christ, et l’idéal d’un amour pour l’homme à l’opposé du  traitement bestial qui leur était imposé.

Ces situations ont été différentes de la simple  cruauté des vainqueurs sur les vaincus dans les innombrables conflits inter humains, où les vainqueurs pouvaient abuser de leurs victoires, mais n’avaient pas besoin de nier l’humanité de ceux qu’ils avaient vaincu.

Mais cette fondamentale similitude dans les destins ne cache pas certaines différences.

La première était que la différences des Noirs était visible, alors que celle des Juifs ne l’était pas toujours, ce qui  suscitait d’ailleurs un surcroît de méfiance et de paranoïa à leur égard.

La deuxième était que les Juifs  avaient pu accéder à l’instruction,privilégiée par leur rapport au Livre, ce qui avait permis à certains d’entre eux d’accéder aux élites , intellectuelles ou commerciales de la Nation, statut pouvant toujours d’un moment à l’autre être remis en question, mais source d’un sentiment d’envie dans leur entourage.

La troisième est  que la misère économique à laquelle étaient réduits les Noirs avait ajouté un  fossé culturel et sociologique au fossé racial et rajouté des  facteurs supplémentaires au préjugés d’infériorité développés à leur encontre.

La situation actuelle est paradoxale avec l’apparition d’un antagonisme communautaire aux Etats Unis entre Noirs et Juifs, dont  des échos étouffés arrivent en France avec  la tentative  de Dieudonné de créer un vrai mouvement antisémite chez les Noirs Français, tentative coïncidant, sans qu’il n’y ait aucun hasard à cela , avec le premier assassinat antisémite commis en France depuis la 2 ème guerre mondiale (si on exclut les assassinats liés à l’exportation du terrorisme proche-oriental), celui de Ilan Halimi, et qui est le fait d’un Noir.(affaire du « gang des barbares »)

L’explication de ce ressentiment des Noirs à l’égard des Juifs  se trouve dans deux facteurs. Le premier et le plus important est le développement de l’influence de l’Islam dans la communauté noire.Ce développement de l’Islam est lié à la signification de refus des valeurs américaines que prend cette  adhésion , contre pied absolu à la religion chrétienne , identifiée par les extrêmistes noirs à l’idéologie des « bons noirs »  qui rêvent d’intégration à la société américaine. La haine des exclus trouve  dans ce rejet des valeurs  religieuses américaines une façon de chercher une identité par l’opposition à tout ce qui est identifié à la culture des Etats Unis. Les prédicateurs musulmans reprennent les clichés antisémites les plus éculés, et la propagande la plus grossièrement mensongère, jusqu’à prétendre que ce sont (evidemment) les Juifs qui on été les principaux metteurs en oeuvre de la traite des Noirs.

Le deuxième facteur était, jusqu’à l’élection de Obama, la conviction de la communauté noire que , contrairement à ses espoirs, et en particulier à ceux nés de l' »affirmative action » visant à promouvoir l’accès des Noirs à des filières scolaires ou d’emploi jusque là inaccessibles,elle restait enfermée dans un cercle de misère auquel les autres minorités (hispanique, asiatique) échappaient rapidement, accédant plus rapidement aux cercles aisés ou dirigeants de la société. La comparaison avec la communauté juive, largement intégrée aux couches aiséees , lui donnait par comparaison, le sentiment que les Juifs étaient  une minorité  avantagée par rapport à elle même.

L’élection de Obama, par la révélation stupéfiante qu’elle apporte de l’évolution  des esprits en Amérique, par le fait de confier la responsabilité suprême du pays ( et en partie du monde) à un Noir change  fondamentalement la vision d’exclusion des Noirs quant à leur place dans la société américaine, et dans la représentation qu’en ont les Américains.

Quelle que soit la  soi-disant compétition victimaire des deux peuples, ils restent tous les deux marqués dans leur chair et leur mémoire par le sceau du préjugé négateur, et par la lutte pour faire reconnaître l’humanité , c’est à dire le respect des humains, comme la valeur fondamentale de la civilisation, celle qui fait la ligne de partage entre civilisation et sauvagerie.

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