Archives de novembre 2009

L’islamisme est le totalitarisme du XXI ème siècle

novembre 16, 2009

Le vingtième siècle a vu l’apparition des deux grands totalitarismes qui ont produit l’enrégimentement des masses dans des systèmes qui contrôlaient tous les secteurs de leur existence, faisaient régner la terreur sur leurs populations, imposaient un système de pensée officiel auquel il n’était pas possible de s’opposer ouvertement, et visaient la conquête du monde entier par l’usage de la violence politique et militaire et la suppression de toute pensée et activité dissidente.

L’un et l’autre ont causé une masse de souffrances humaines inouïes, en s’appuyant sur la terreur, mais aussi sur la foi aveugle de millions de militants, prêts à tous les sacrifices pour réaliser le monde présenté comme idéal par  leur système de pensée,  leurrés par une propagande  cyniquement mensongère, mais misant sur l’effet de répétition et sur l’écrasement de toute information véridique par le moyen  du contrôle de tous les médias.

Ces deux systèmes, le système nazi et le système communiste, ont eu en commun le mépris pour les systèmes démocratiques, l’endoctrinement systématique de la jeunesse dès le plus jeune âge, l’instauration de systèmes de surveillance utilisant toute la puissance de l’Etat pour traquer  les opposants,.

Le premier n’a été vaincu que par l’union de toutes les puissances démocratiques, dans une lutte sans merci, et une guerre mondiale qui a laissé l’ Europe en ruines  et qui est passée près d’une défaite mortelle pour l’humanité.

Le second ne s’est écroulé, après 70 ans de souffrances pour les peuples, que par une déroute économique  liée à  l’aberration de son propre système, après avoir mené le monde au bord de l’affrontement nucléaire à plusieurs reprises.

Ni l’un ni l’autre n’ont cédé à une opposition venue de leurs propre monde. Ce n’est que la défaite de leurs forces dans le combat, militaire ou économique, avec les démocraties liguées contre eux qui a permis aux oppositions  de les terrasser et de reprendre une existence dans ces pays.

Les deux systèmes se sont constitués autour d’une idéologie centrée sur une valeur fondamentale, qui devait prendre le pas sur toutes les autres et annuler toute autre valeur que elle  même:

-la race, dans le système nazi, conduisant à l’élimination des autres races, et des valeurs humaines contradictoires avec  l’idée de privilégier une race au détriment de toutes les autres.

-La classe sociale, dans le système communiste, avec la négation de toute valeur autre que celle utile à la classe du peuple, puis au parti prétendant la représenter.

Dans les deux cas,  la subordination de toutes les valeurs à une seule aboutit de fait à la suppression de  toute valeur, puisque la « valeur » mise en exergue n’en est pas une réellement, puisque elle se réduit à la défense des intérêts d’un groupe qui pour prendre le pouvoir  annule tout l’édifice  de ce qui l’ a précédé pour reformuler les droits et les devoirs en fonction de ce qui permet son maintien   sans vergogne. Morale, éducation, justice,  culture, institutions politiques, tout devient seulement une arme pour perenniser la prise de pouvoir par un groupe et l’omniprésence des idées qu’il soutient. en même temps que la haine pour les idées divergentes est encouragée dans les masses.

Les deux systèmes ont eu en commun cette mise sous tutelle de la totalité des  pouvoirs et l’utilisation de tous les leviers sociaux et politiques dans un seul but: promouvoir  une seule pensée de la vie des humains et détruire toute idée concurrente.

Ce qui caractérise donc ces systèmes totalisants, c’est la conjonction de ces deux facteurs: une prise de pouvoir qui est suivie de mesures empêchant par la violence, légale et illégale, tout retour à l’état antérieur , et le développement d’un système de pensée    à la fois  effaçant les systèmes de valeurs opposés et  antérieurs,  se proposant comme un système de vie global, régissant toute la hiérarchie des valeurs en les réduisant à  une seule ( le dévouement au guide ou au parti, en dernier recours), supprimant avant tout l’idée qu’il peut y avoir des valeurs diverses entre lesquelles les individus ont la capacité de choisir, ce qui fonde leur liberté, leur responsabilité et donc leur dignité.

L’islamisme, c’est à dire le courant d’idées qui veut obtenir le pouvoir politique pour les représentants de la religion et donner tout le pouvoir politique aux chefs religieux dans le monde arabo- musulman réunit les caractères du totalitarisme  qui s’est imposé  dans une partie du monde au 20 ème siècle.

Sur le plan politique, l’ Iran, modèle de la révolution islamique , est un état ou règne la terreur politique, la persécution et la torture des opposants, et à l’extérieur, une politique expansionniste appuyée sur  le soutien à des mouvements terroristes en attendant le chantage à l’arme nucléaire. Les dernières élections présidentielles ont fourni la preuve de la volonté d’éradiquer, par tous les moyens (fraude électorale, terreur physique, procès faits aux opposants) toute ligne politique divergente de la théocratie absolue défendue par le noyau dirigeant;

Sur le plan idéologique, l’Islam, dans sa version exclusivement chiite, et sur le mode intégriste , est instauré en système de pensée unique , dans une intolérance totale à toute pensée dissidente. La vision de la religion qui est développée n’est pas celle de  quelques points de repères dans l’existence, en particulier sur le plan moral, mais celle d’un code impératif réglant tous les  domaines de l’existence  et interdisant le jugement personnel, puisque ce sont les autorités religieuses qui sont dépositaires de l’interprétation du texte sacré. Tous les secteurs de la vie collective et privée sont soumis à un seul impératif:  la conformité avec le texte source , tous ceux  de la  relation aux autres nations  ramenés au projet d’extension de l’Islam et de sa puissance dans le monde.

Ce qui a permis au christianisme d’échapper au contrôle omnipotent des esprits et de sortir de l’époque  de l’Inquisition, cela a été la lutte constante du pouvoir politique aux différentes époques pour circonscrire le pouvoir de l’Eglise et ne pas lui donner les moyens de l’Etat en plus de sa puissance d’influence sur les esprits. C’est ce qui a abouti, à la suite de longues luttes, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, élément fondamental de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs qui sont la principale garantie des libertés face à la pente naturelle du pouvoir de se renforcer et d’utiliser ses moyens supérieurs à tous ceux de la société civile pour s’exercer sans limite.

L’inexistence dans la pensée islamique d’une telle division, conçue comme blasphématoire puisque fondant ailleurs que dans la parole divine une institution, quelle qu’elle soit, place la pensée politique islamique sous le signe du règne de l' »Un ». Toute remise en question d’un écrit coranique est une critique de Dieu, qui a « inspiré » ces textes et est donc une faute suprême. La démocratie, en donnant la souveraineté au peuple plutôt qu’à Dieu, est aussi un système mécréant. Le monde est divisé en deux camps: celui de Dieu, et de ceux qui se soumettent totalement à sers volontés exprimées par les dignitaires religieux, et celui de ses ennemis qui ne méritent aucune pitié.

On retrouve la dénégation de toute valeur humaine à ceux qui ne partagent pas la foi de ces croyants, comme dans le nazisme la dénégation du caractère humain des juifs et dans le communisme l’absence de droits accordés aux soi-disants ennemis de classe ou ennemis du Parti.

De la même façon que les systèmes nazi et marxistes ont réussi à entraîner des masses énormes, à l’échelle d’un pays pour le nazisme et du monde entier pour le communisme,  en se présentant comme une révolution dans les valeurs, et en apportant à la fois l’idée d’une revanche ( pour le peuple allemand d’un côté, pour les masses  misérables de l’autre) et  le rêve d’une humanité sortie de ses contradictions: le rêve de « purification  » et d’unité par l’anéantissement de l’altérité des nazis, le rêve d’une humanité ayant dépassé les conflits d’intérêts et de classe dans la « société sans classe » du communisme , l’Islamisme  prolifère sur le fond de rancoeur et et d’humiliation des masses  musulmanes et promet une société délivrée de la pensée du variable et du choix subjectif  par l’obéissance à Dieu.

Car la religion possède deux facettes: celle d’une boussole morale pour les masses qui ne peuvent par elles mêmes répondre aux questions sur le sens de l’existence et les principes sur lesquels fonder ses choix existentiels, et qui peuvent trouver dans les grands mythes religieux l’affirmation de principes humains qui permettent de ne pas vivre simplement au jour le jour de ses appétits et de ses besoins immédiats;

Celle d’un système qui au lieu de permettre de penser les interrogations humaines, se propose comme la réponse à toutes les questions et qui interdit de poser d’autres questions que celles qu’elle formule ou d’y répondre autrement. Elle devient alors au contraire un outil d’évitement de la pensée, et fournit un recueil de questions -réponses dont il est interdit de sortir, formule qui convient très bien à de très nombreux esprits non formés à la réflexion indépendante, et qui nourrissent même une sourde hostilité vis à vis de cette liberté qui leur échappe.

C’est la raison du succès planétaire des grandes idéologies qui se présentent comme fournissant un système de réponses cohérent, impressionnant par  la dimension monumentale et par l’unification  de la vision du monde qu’il promet, et faisant rapidement oublier les éléments contradictoires qu’il a écartés dans la phase initiale de sa construction.

Ces idéologies, plutôt dévaluées dans le monde occidental qui a payé le prix pour savoir quel danger elles recèlent, possèdent encore un pouvoir d’attraction dans le monde arabo-musulman, à la recherche d’idées  susceptibles de fournir un étayage à un désir de puissance frustré et  à un besoin de valorisation identitaire qui passe par tout ce qui peut nier  l’influence culturelle occidentale.

L’intégrisme religieux, qui est une réaction de déni  et de recul face à la rapidité d’évolution et de transformation du monde, à laquelle s’oppose la fixité du dogme et du texte sacré, progresse partout en réaction à l’accélération des changements dans les modes de vie sociaux, particulièrement dans les sociétés traditionnelles, rurales ou  paléo industrielles, dont les populations ne sont pas armées pour s’adapter aux mutations.

C’est le cas du monde arabo-musulman, qui a manqué le train de la modernité , au moins intellectuelle , et qui choisit d’accentuer le côté traditionnel plutôt que de tenter de trouver les réponses suscitées par les bouleversements sociaux et économiques du monde actuel.

Ce déni de la réalité est dangereux car il pousse ses acteurs à s’enfermer de plus en plus dans leur monde anachronique et à agresser ceux dont l’existence est un démenti à leur  aveuglement volontaire. Surtout, les régimes totalitaires peuvent se contenter de n’entraîner qu’une minorité de leurs populations si les autres sont suffisamment terrorisés par la répression pour ne pas exprimer leurs désaccords et se résigner à laisser le champ libre à la violence de ceux qui les gouvernent, pourvu qu’on les laisse en paix, ce qui en général ne dure  pas.

La fuite en avant du régime totalitaire, qui est menacé par la porosité des barrières mises au contact avec les sociétés libres, et qui a besoin du mouvement perpétuel pour ne pas être miné par  l’infiltration du progrès mental venu de l’extérieur, comporte un danger constant d’escalade et de jusqu’auboutisme,  dernier recours pour mobiliser et embrigader les masses qui peuvent lui échapper .

Le fanatisme  généré par l’idée de valeur unique  et de sacrifice  comme signification suprême de l’existence  constitue un élément d’irrationnel qui doit être pesé dans l’évaluation des stratégies de lutte contre ces ennemis mortels des libertés.

Le choix fait par une partie des masses musulmanes de tourner le dos à la liberté et de se murer volontairement, comme le symbolise parfaitement le voile islamique, dans un monde hors du temps, par désespoir  de réussir à trouver une place valorisée dans le monde moderne , et par refus d’accepter de prendre acte du retard moral et intellectuel accumulé par rapport au monde occidental, mais par rapport aux autres cultures aussi, les jette dans les bras du parti de l’obscurantisme, de la haine, et de la soumission aveugle au refus de la pensée.

C’est  ce qui crée la situation de montée de l’extrêmisme qui évoque la situation de montée des fascismes dans l’entre deux guerres en Europe. L’absence de classe intellectuelle dans le monde islamique, hormis les cadres religieux gardiens du dogme , empêche que  une autre voix se fasse entendre pour proposer au monde arabe une autre issue que  succomber à ses propres démons.

Tous les intégrismes religieux et politiques, par leur vision littéraliste du monde ramenée à une vérité unique, résumée à un texte, sont des ennemis de la liberté de penser , et à terme, de s’exprimer. Mais quand s’y adjoint la prise de possesion de tous les leviers de pouvoir et d’information et la terreur politique , on entre dans le monde de l’horreur et du crime de masse, qui est l’aboutissement inévitable du totalitarisme.

Le débat sur l’identité nationale: la Nation incarne des valeurs dans un mode de vivre ensemble

novembre 8, 2009

Le lancement par le ministère de l’identité nationale , de l’intégration et de l’immigration d’un débat sur la question de l’identité nationale a  soulevé  dès sa création des réactions très diverses allant de la méfiance à priori à l’intérêt profond, mais un sondage a montré une certaine lucidité chez les gens interrogés: ils sont une majorité à considérer que la relance de cette question, à ce moment précis, répond à des objectifs politiciens: mettre la gauche en difficulté et la diviser face à ces questions qu’elle n’a pas pensé depuis des dizaines d’années et ou elle est particulièrement vide d’idées et de propositions, et cela à la veille des élections régionales, tout en enlevant au Front National l’exclusivité du thème  national. Et en même temps , ils sont une majorité également à trouver intéressante et fondée, à l’époque présente, la réflexion sur  cette question, qui relaie une interrogation profondément actuelle, à l’heure de la mondialisation, de la mise en place de l’Europe, et des communautarismes , sur la spécificité et les limites de la particularité française.

D’emblée, le débat reprend  pour bases l’opposition  entre les deux visions  traditionnellement opposées de la Nation: l’opposition entre la vision de Renan , issue de la vision rationaliste et universaliste des Lumières,  fondée sur l’adhésion renouvelée à une conception citoyenne , c’est à dire un projet commun, donc une communauté de destin voulue et choisie, et la conception « romantique »  à l’allemande, ou ce qui est  considéré comme primordial,est le « Volkgeist », l’âme du peuple fondé sur la langue, les traditions, la religion, les mythes reçus et ayant constitué l’ héritage qui s’est sédimenté dans le caractère national.

La différence évidente entre ces deux conceptions est que la deuxième exclut de l’identité nationale ceux qui, étant des arrivants plus récents, n’ont pas dans leur identité les mêmes sédiments que les nationaux « de souche ». Ils  restent , dans cet esprit , des nationaux incomplets, et finalement, toujours des suspects de ne rejoindre que superficiellement les valeurs des « anciens » nationaux .

C’est une conception de l’identité « essentialiste » ou l’on a ou pas  un héritage qui fonde la qualité de Français , ou d’ Anglais, de naissance. On est bien là dans une opposition entre identité de choix et identité d’origine, qui rejoint évidemment le conflit entre droit du sang et droit du sol. On voit aisément comment une telle conception peut dériver vers une vision raciste de l’appartenance nationale. On voit également ce qu’a de fondamentalement conservateur l’idéologie du « Volkgeist », puisque, l’homme étant considéré comme avant tout un héritier, le sens principal de son existence est de préserver et transmettre cet héritage. Il devient ainsi un gardien, de trésors certes, mais tourné vers le passé ou sont placées toutes les valeurs essentielles

On peut, pour figurer cette opposition , la transposer dans ce qui se présente sur le plan de l’identité d’un individu isolé.Là aussi on peut définir l’identité d’une personne par ses caractères   hérités : le tempérament naturel, les dons du milieu social dans lequel il a évolué, en fait, toutes ses déterminations.

Pourtant, ce qui fait dans les conceptions modernes la valeur fondamentale d’un individu, et sa dignité, c’est le fait  qu’il dispose d’une capacité de choisir librement d’accepter ou de refuser ces dons de la nature, de l’histoire et de la société, en fonction  des valeurs qu’il choisit de privilégier ,  selon une hiérarchie  dont il est seul à pouvoir juger, et qui peut changer  selon les époques de sa vie.

Ce qui est présenté par les tenants du Volkgeist romantique comme un déterminisme auquel il faut se soumettre, est vu par les tenants de la vision de Renan, celle des Lumières, comme une adhésion libre à un système de valeurs. Le paradoxe de la vision romantique de l’identité nationale, qui conduit directement à un nationalisme exclueur  et agressif à l’égard des minorités et des étrangers, c’est que elle prend le caractère qu’elle critique dans les communautarismes: la communauté  s’arroge des droits sur les individus, définit une identité modèle à laquelle ils doivent se conformer, les interpelle sur leurs écarts avec ce modèle. Elle décrète quelles sont les valeurs conformes à  la défense  , la perpétuation et l’extension de la communauté. Elle stigmatise ceux qui s’en écartent.

Pour éviter de se perdre dans le déterminisme essentialiste des mystiques de l’âme du peuple , il faut séparer ce qui est l’identité de chaque français -qui comporte , individuellement,des traits d’attachement , variables dans leur extension,  au patrimoine culturel, historique, langagier et religieux de la France, constituant par là leur sentiment national, et ce qui est  la  particularité des valeurs françaises, sur lesquelles existent un consensus essentiel qui réunit les différentes couches de la population .

Ces valeurs sont celles d’une démocratie profondément enracinée dans tous les aspects de la vie sociale  et dans toutes les institutions de la France (équilibre des pouvoirs judiciaire, éxécutif et législatif, liberté de parole, de manifestation, d’association, réalisant un immense réseau de la société civile équilibrant le pouvoir de l’ Etat, limitant et contrôlant le pouvoir de la police, de l’armée, contrebalançant (partiellement) le pouvoir des forces économiques.

C’est l’existence  de puissantes aspirations égalitaristes, manifestées dans les différents évènements révolutionnaires de l’histoire, coexistant avec une idéologie méritocratique et des structures souvent très hiérarchiques héritées de l’ancien régime,qui constituent un équilibre ménageant ces contraires.

C’est la laïcité qui a permis de préserver le goût de la liberté de penser et l’esprit de tolérance malgré les mouvements passionnels, et qui a permis le dépassement   et la séparation du politique et du religieux, plus que dans aucun autre pays.

C’est une forme de tolérance de l’autre qui s’est inscrite dans l’universalisme de la vision politique  française, issue du rationalisme et de l’universalité des valeurs des Lumières, et qui à fait de la France un porte parole des droits universels dans un monde soumis  à la dictature des intérêts particuliers.Les valeurs politiques  incarnées par la Nation Française se ramènent finalement à des valeurs morales: égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains, caractère primordial de la liberté pour chaque individu, nécessité d’une solidarité entre les êtres humains à l’opposé de l’égoïsme et de la loi du plus fort.

Cet ensemble de valeurs est le ciment profond  des groupes de la nation française. Il prend la forme d’un équilibre richement nuancé entre des valeurs parfois contradictoires, qui s’est approfondi et ancré au fil des générations et qui aboutit à une forme d’art de vivre ensemble dont on voit l’effet de l’ absence chez certaines nouvelles nations. Il peut être ébranlé par des moments de crises , de clivage, ou  les passions dressent les uns contre les autres ou donnent à  certains le sentiment qu’ils sont oubliés du reste de la nation.

Il est ce qui fonde le sentiment d’être privilégié par le fait d’être Français. Il est le produit de l’évolution  de la Nation  depuis ses origines, et il intègre aussi bien les éléments religieux  ( reconnaissance de l’égale dignité des êtres humains par la religion, souvenir des ravages  créés par les guerres de religion) que les éléments révolutionnaires ( traditions de révolte du peuple, traces de la révolution de la pensée créée par l’abolition de l’Ancien Régime, souvenir des abus de la Révolution).

Le système politique , social et culturel de la France constitue un tout. Il est un mode de réalisation de valeurs humaines ( liberté, raison, universalité) , et de promotion de ces valeurs qui donne un prolongement dans la réalité aux valeurs intérieures de chaque français.

Etre Français, se reconnaître et se vouloir Français est une façon d’adhérer au parti de la liberté, de la raison universelle, de la tolérance, et cela même si certains français ne sont ni rationnels, ni amis de la liberté, ni tolérants.

Il y a eu des périodes ou des Français, au nom de la France, trahissaient ces valeurs et l’identité  intemporelle de la France (Vichy par exemple). Mais  l’identité de la France n’a pas été changée par cette période sombre. L’identité de la France n’est donc pas réduite à un gouvernement ou un autre, mais elle résume les choix fondamentaux sur le long terme,les valeurs qui perdurent et structurent le pays sur la durée.

C’est aussi une inquiétude sur la possibilité de rester fidèle à ces valeurs qui naît de l’apparition  en France de minorités qui contestent ces valeurs mêmes (laîcité, liberté de pensée, universalisme) au nom de valeurs opposées. C’est la raison  qui rend  attentifs et fermes  sur les critères de ce qui est  dangereux pour la préservation de ces principes fondamentaux. L’inquiétude qui se développe vis à vis de l’immigration, comme vis à vis de l’intégration européenne naît, dans les deux cas , de la crainte de ce que le poids de la démographie joue dans le sens d’une modification insidieuse du consensus sur ces valeurs, partagées  mais pas forcément explicitées.

Pour la première fois dans l’histoire de la Nation, apparaît un risque que le consensus soit modifié sans que les Français aient à se prononcer sur cette évolution. Or,  ce consensus sur les valeurs ne veut pas dire que les Français soient d’accord sur tout (on en est évidemment très loin), mais qu’ils partagent ce dénominateur commun, qui donne son unité à la nation, et donc aussi sa force.

C’est pourquoi formuler ce qui est le noyau même de l’unité et de la spécificité française à de l’importance, aussi bien relativement aux formes de l’acceptation des populations désireuses de devenir françaises que par rapport aux limites acceptables des renoncements de souveraineté nécessités par l’intégration européenne. Il n’y a pas lieu de s’en effrayer en craignant que se mettent en place des moyens d’exclure sur un mode xénophobe, si  la formulation qui fait sortir de l’ineffable  pose au contraire simplement les règles du vivre ensemble qui évitent le développement  de réactions extremistes, et si elle pose au contraire clairement les raisons que l’on peut avoir de partager  cette histoire avec ceux qui se reconnaissent dans les fins du peuple français.

Parallèlement, rien n’interdit d’ajouter aux valeurs partagées par la Nation d’autres valeurs plus particulières, qui peuvent être celles de groupes plus restreints (attachements régionalistes, religieux, politiques) Ce que la nation demande, ce n’est pas l’exclusivité, mais la non contradiction avec ces valeurs fondatrices.

(Voir aussi sur le blog l’article : « Qu’est ce qu’une Nation ?  » , l’analyse du texte de Renan , et « Mona Ozouf critique la conception de Renan de l’identité nationale )