Archive pour janvier 2010

Le plan de paix américain au Moyen Orient

janvier 13, 2010

d’après l’article de Adrien Jaulmes du « Figaro » du 13/01/2010.

Les Américains, conscients de l’impasse dans lesquels ils se sont mis avec l’exigence d’arrêt complet de la colonisation que Netanyaou ne pouvait accorder sans faire exploser son gouvernement ( mais dont il n’était pas partisan de toutes façon), ont apparemment décidé de laisser de côté ce qui était devenu un préalable pour les Palestiniens.

Leur objectif , qui serait d’obtenir un accord final dans les deux ans, est de relancer les discussions . L’idée serait de laisser de côté pour le moment les points les plus ardus à résoudre, c’est à dire la question de Jerusalem et celle du retour des réfugiés, et à essayer dans un premier temps, dans un délai de 9 mois d’arriver à un accord sur les frontières des deux Etats.  Les frontières ainsi tracées , avec des corrections mineures et des échanges de territoires, permettraient à l’Etat Israélien de reprendre les constructions dans les parties qui lui seraient reconnues , avant la fin du moratoire de 10 mois annoncé pour la Cisjordanie.

L’élément nouveau apporté dans cet article est l’ information selon laquelle les Américains auraient commencé à évoquer des pressions financières sur l’Etat Israélien, à travers  les garanties fournies par les Américains pour les lignes de crédits.

Parallèlement, les Américains font pression sur Abbas pour qu’il renonce au préalable de gel total de la colonisation avant la reprise des pourparlers.
Les deux interlocuteurs des Américains ont leur fragilités : celle de la coalition de Netanyaou du côté israélien, celle de Abbas , déconsidéré aux yeux des Palestiniens par  l’ absence de contrepartie à ses concessions aux  Israéliens en matière de sécurité et par la corruption de son administration.

Là encore, le parti pris des mouvements pacifistes pour l’arrêt total de la colonisation, si il est justifié du point de vue du sentiment d’injustice des Palestiniens, aboutit à un alignement complet sur le maximalisme palestinien et à une justification de ne pas reprendre les pourparlers qui en définitive est une prime à l’intransigeance et au refus de tout compromis.

Inversement, le maximalisme des colons israéliens , leur refus fanatique de toute concession et la pression qu’ils entretiennent sur le gouvernement israélien risquent de produire l’effet le plus dangereux qui soit: que le s Etats Unis cessent de voir en Israël un allié privilégié et un ami précieux, mais plutôt un petit état obstiné à ne voir que son avantage à court terme et  dont une pression économique est un moyen simple de le faire plier, ce d’autant plus que les Américains ont le sentiment de chercher à faire le bien d’Israël malgré lui, puisque une cohabitation de deux états pour les deux peuples est la seule solution qui  peut éviter, peut être, une guerre à outrance sans répit jusqu’à ce qu’un jour advienne une défaite israélienne.

Ce plan a évidemment le mérite d’exister et de fournir une base aux tentatives d’avancée dans les négociations.

Mais  le fond du problème reste  que le poids du Hamas , l’affaiblissement de l’AP , la possibilité pour l’Iran de maintenir par le canal de ses affidés la menace d’une relance  du terrorisme, la prévisibilité d’un nouveau round militaire ave le Hamas certainement, et avec le Hezbollah si les extemistes de l’Iran de Ahmadinejad le décident,  rendent plus probable un pas de plus vers une nouvelle conflagration que vers la paix. Il n’est pas indispensable d’espérer pour entreprendre , mais le pessimisme reste plus justifié que l’optimisme. Les préparatifs de guerre , au Moyen Orient, ne sont pas en général un moyen  d’obtenir la Paix, et les négociations de paix ne prémunissent en rien contre la guerre.

Iran: le pouvoir, de plus en plus isolé, choisit la fuite en avant dans la violence et la terreur

janvier 1, 2010

La rapidité avec laquelle le mouvement de contestation en Iran se développe et s’intensifie étonne le monde et ouvre une période d’incertitude ou se mélangent l’espoir et la crainte du pire.

L’espoir, car pour la première fois depuis le début de l’existence de la République Islamique, le régime est inquiété par l’existence de forces qui contestent son habilitation à régenter la société uniquement sur la base des décisions des potentats religieux, sans que le peuple ne manifeste en quoi que ce soit sa volonté, et en particulier une désapprobation des orientations choisies par le « guide suprême » et son aéropage de grands prêtres.

La prise de conscience par une part grandissante de la population  de ce qu’ils sont devenus les otages d’un groupe ultra extremiste , qui est déterminé à ne tenir aucun compte de leurs aspirations ni de leurs intérêts et à les utiliser comme masse de manoeuvre  pour la réalisation de ses  fantasmes théocratiques entraîne un mouvement de panique du côté   du groupe qui a pris le contrôle de l’appareil d’Etat, qui sent le terrain se dérober sous ses pieds.

D’abord parce que c’est une déconsidération morale qui les frappe, en les démasquant de leur apparence de dirigeants respectueux des désirs du peuple,  et parlant au nom de ce peuple. Ils n’apparaissent plus maintenant que comme un groupe prêt à tous les mensonges, toutes les menaces et toutes les violences pour garder le pouvoir, et n’ayant que mépris pour ceux qui se démarquent de leur folie extremiste.

Ensuite, parce que chaque manifestation de résistance à la terreur policière et para-policière  du régime entraîne une disqualification plus grande  du pouvoir, une perte de respect pour  son autorité, et une prise de distance avec ses fondements mêmes, c’est à dire le pouvoir discrétionnaire des religieux sur le pays.

A l’étranger également, le prestige du régime « fort » des ayatollahs est ébranlé par la  vision de sa  difficulté à contrôler sa population ,et par le spectacle de l’inquiétude qui le saisit, alors qu’il est au pouvoir depuis trente ans.

Sur le plan diplomatique international, l’extrême agressivité du régime, ses menaces , ses insultes , et ses provocations continues, signent de plus en plus la nature ultra-religieuse de ses déterminations, la volonté de puissance étant de plus en plus visiblement l’expression  des buts d’expansion idéologique qui priment sur tout le reste aux yeux de la petite secte dogmatique qui  contrôle le pays. De cela, les autres pays sont obligés de tenir compte, d’abord dans la réduction des illusions qui existaient sur sa capacité à « faire des choix raisonnables ».

En effet, face aux considérations idéologiques religieuses, les paramètres « rationnels »(  économie, intérêt national, bien être de la population ) sont d’une importance insignifiante aux yeux de ceux pour qui  l’important est la venue de l’Imam caché et la mise en oeuvre du règne de Dieu.

Il y a eu une volonté systématique des gouvernements occidentaux de refuser de voir ce qui était parfaitement visible: la nature idéologique  et irrationnelle du régime iranien.  La volonté de croire  à une continuité profonde de la politique iranienne au delà des  orientations idéologiques a conduit à un déni de la réalité: celle de la cohérence profonde  du régime avec  l’idéologie  intégriste qui en est l’âme et qui le structure de part en part. C’est le propre de cette idéologie de mettre toutes les considérations au second plan  derrière la volonté d’étendre le règne de Dieu.

Il en est résulté un contresens sur la nature et les intentions du pouvoir iranien, qui ont conduit à penser possible de conclure un « arrangement » avec celui-ci. Le contre sens était l’idée que la religion était mise au service d’une politique de puissance, qui n’était que la continuation sous une autre forme de l’ « éternelle » volonté de puissance de la Perse intemporelle, un peu comme si l’URSS n’avait pas été un régime dépendant plus de l’idéologie communiste et de son expansionnisme logique plutôt que  de l’ancienne Russie;

Or, ce n’est pas la religion qui est mise au service de la politique en Iran , mais l’inverse:la politique est mise au service de la religion et ce choix entraîne comme conséquence  une indifférence à la réalité, qui doit se soumettre au système religieux ou bien être combattue, et même détruite. De plus , comme dans tout système idéologique, la conviction de se battre pour le « Bien » entraîne l’autorisation d’avoir recours à tous les moyens, et même tous les crimes, ce qui aboutit très souvent  au minimum à des dictatures féroces (il n’est pas question de laisser une chance au « Mal » de reprendre le pouvoir qu’on lui a ravi) , parfois à des génocides (nazisme, meurtres de masse de la paysannerie en URSS, génocide du peuple cambodgien par les Khmers rouges  au nom d’un « maoisme » poussé à des extrêmes de délire imbécile).

C’est ce qui constitue le danger de la phase actuelle.

Car les observateurs de l’Iran  pointent la volonté actuelle du clan Ahmadinejad de faire évoluer le régime vers une dictature militaro-policière , ce dont témoigne la place de plus en plus décisive attribuée aux Gardiens de la Révolution , qui prennent une part de plus en plus importante dans les décisions politiques, tout en acquérant le contrôle direct de certains secteurs économiques, comme la SS , elle aussi garde prétorienne du régime , dans la dernière période du nazisme, gérait des pans entiers de l’économie allemande .

Le parallèle avec le nazisme doit être examiné, non à cause du négativisme et de l’antisémitisme ouvertement étalé par Ahmadinejad, mais à cause du nihilisme recelé par l’idéologie du système (indifférence à la vie humaine , exaltation du sacrifice, absence d’autre stratégie que l’escalade  de la menace )

Il existe donc un danger que le régime se transforme en  dictature militaro -théologique, et que la terreur prenne encore une dimension plus terrible que celle qui existe actuellement.

La menace agitée par le procureur de Téhéran d’inculper les dirigeants de l’opposition pour « défi à Dieu » pour cause de manifestations pendant l’ Achoura ( période pendant laquelle la police, qui a ouvert le feu ,  et les milices auraient fait plus d’une centaine de morts) donne la mesure à la fois du danger qui menace l’opposition et du délire dans lequel s’engage le pouvoir.

L’autre danger est celui de voir les dirigeants iraniens tenter de provoquer un conflit à l’extérieur pour tenter de ressouder la population dans un réflexe nationaliste. La guerre Iran-Irak avait été pour eux une aubaine de ce  point de vue. Il est sur que ils y pensent et gardent cette carte en réserve, si les choses empirent encore pour eux. Il leur suffirait de créer un incident aérien ou naval (les nazis avaient bien fabriqué un faux incident de frontière avec la Pologne pour justifier en apparence, auprès avant tout de leur propre population, l’invasion de la Pologne.) ou bien  de donner au Hezbollah la consigne de lancer des roquettes sur Israël pour mettre toute la région en feu.

De  toute façon, il est évident que les Iraniens au pouvoir actuellement ne cèderont pas sur l’accès au nucléaire militaire , maintenant encore moins que auparavant, puisque la possession  de la bombe serait pour eux , comme pour la Corée du Nord, un gage d’inexpugnabilité, ce qui est leur objectif minimum.

Par contre des sanctions économiquement efficaces pourraient  précipiter la contestation , si des difficultés économiques s’ajoutaient au difficultés politiques.

Il y a donc une course contre la montre qui double celle de l’effort iranien pour acquérir la bombe le plus rapidement possible : celle qui produirait un changement de régime  remettant en cause  la trajectoire dotant l’islamisme radical de la puissance atomique jointe à la folie de son discours expansionniste. Mais les enjeux sont tellement essentiels pour le camp islamiste que l’on peut être sur qu’il utilisera tous les moyens et la violence la plus extrême pour ne pas être privé de ce qui une des seules cartes efficaces dont il pourrait disposer.

Désemparés par la perte de toute prise sur le processus qui s’est enclenché, les islamistes n’ont le choix que entre deux solutions : lâcher du lest en se séparant de leur clan le plus extremiste et en sacrifiant  ceux qui se sont disqualifiés aux yeux du pays, mais il est probablement trop tard et les extremistes qui ont peu à peu noyauté les centres de pouvoir et de décision ne se laisseront pas mettre sur la touche sans se battre.. et ils disposent des milices , des services secrets et  de la force armée des gardiens de la Révolution.

Ou bien , ils utiliseront cette opportunité pour écraser par la terreur toute capacité d’opposition et constitueront un régime d’oppression et de terreur impitoyable pire que celui qui existe déjà, et prêt à toutes les folies  que peut  nourrir  le délire collectif fanatique dans lequel ils sont enfoncés.

Le monde à connu, après la folie hitlérienne et les dizaines de millions  de morts qu’elle a entraîné, quelques exemples de  délires meurtriers absurdes qui ont entraîné  des meurtres de masse inouïs, la palme revenant sans doute aux Khmers rouges  avec lesquels le port d’une paire de lunettes suffisait à équivaloir à une condamnation à mort.

La folie qui s’est emparée d’une partie du monde musulman, décidé à soumettre la société et le monde à ses croyances et à les imposer par la force  si la conviction ne suffit pas, est porteuse du plus grave danger qui menace l’humanité depuis la défaite de la dernière idéologie qui visait elle aussi à s’imposer au monde entier: celle du communisme , qui n’a laissé derrière elle que des  affairistes cyniques et des pays  dont l’étoffe sociale a été rongée par la peur , le mensonge et la délation.

L’échéance qui approche sera capitale: ou bien  la seule tentative aboutie de prise du pouvoir par les islamistes sera vomie par ceux qui l’ont portée à ses débuts et depuis une génération, ou bien elle obtiendra une position d’inexpugnabilité d’où elle menacera sans relâche la paix et la liberté dans le monde entier.