Archive pour janvier 2011

Mona Ozouf critique la conception de Ernest Renan de l’identité nationale

janvier 16, 2011

Dans le dernier numéro de l’hebdomadaire Le Point , consacré  à l’identité française , l’historienne Mona Ozouf écrit un article , passionnant comme tous ses écrits , dans lequel elle exprime ses regrets  quant à l’échec du débat sur l’identité souhaité par le gouvernement..

En effet , pour elle , »chercher ce qui fonde chez les Français le sentiment mystérieux d’appartenir à un ensemble et les autorise à user d’un « nous » était loin d’être sans intérêt » Et , dit-elle , » on a quelque raison de redouter une crise de l’identité nationale , vers laquelle convergent tant d’observations: pêle-mêle , la défiance accrue à l’égard de toutes les institutions autoritaires, la dilution de l’autarcie nationale dans l’Union Européenne, sa contestation par les mémoires particulières , l’extinction de toute foi dans le messianisme de la nation France . Tout contribue à nourrir l’interrogation sur notre identité ».

Pour elle , la cause principale de l’avortement  du débat n’est pas dans le couplage avec la question de l’immigration  ou dans la conception administrative d’un débat impulsé du haut vers le bas , mais dans l’adhésion généralement donnée à la formule renanienne de  la nation, »partout répétée comme un sésame: le sentiment national , à en croire ces lecteurs de Renan , c’est « le plébiscite de tous les jours » ,  une décision souveraine , un superbe geste inaugural. « Ce sont des lecteurs hâtifs , dit-elle , car  le pacte d’aujourd’hui, chez Renan , ne surgit pas comme Venus de l’écume marine. Il ne se conçoit pas sans le pacte d’hier ou d’avant -hier , il es accoté à une histoire et porté par la continuité de la tradition. Etre Français , c’est sans doute une décision , mais aussi un héritage , et compose constamment le choisi avec le reçu – ou le subi.

Cette conception volontariste atteste selon elle d’une obscure fidélité de la politique française à ses origines révolutionnaires. Mais cette allégeance porte en elle-même ses propres contraintes , remarque -t-elle : « Elle oriente la discussion vers la recherche d’une définition substantielle de l’identité. Et si on la tenait , cette formule de la francité éternelle , comme il serait facile , alors , d’en user comme d’une machine à contraindre ( en obligeant les êtres à camper sur un socle national immuable) à trier (entre bons et mauvais Français) à exclure enfin ».

Là , le discours de Mona Ozouf est parfaitement clair:  « La conscience de l’identité n’est jamais une expérience pure, sans enracinement historique , ni ancrage social. Elle est vécue et lentement apprise au travers des associations variées – parentés, voisinages, métiers, partis, églises – où s’intègrent les individus. Elle n’est jamais achevée , et constamment réinterprétée par les rencontres et les surprises de l’existence. Elle est une relation , non une essence; une alchimie , non une définition. Et le fait qu’elle soit plurielle est la meilleure garantie contre l’enfermement communautaire , ce croquemitaine contemporain. »

Peut -on être à la fois et également Breton ( ou juif ou tout autre chose) et Français?  A la fois , bien sur que oui ,puisque c’est ce que vivent sans trouble tant de Français aujourd’hui , répond Mona Ozouf . Egalement, évidemment non , et là , dit elle est le point crucial, si peu compris pourtant.

« Selon les temps et les lieux , les situations et les rôles, c’est une de ces appartenances qui tient le haut du pavé et impose de tenir les autres à leur place subordonnée. Quitte pour celles-ci à retrouver , en d’autres circonstances leur prééminence. En d’autres termes, une appartenance n’est prioritaire que relativement à la fin poursuivie et au bien escompté. Nous passons donc notre vie à arbitrer entre ces priorités , à organiser la coexistence de nos  multiples identités. Le plus humble de nos emplois du temps révèle la richesse de la donne, le tourment du choix , l’insatisfaction qu’il laisse. Bref la complexité du vivre qu’a tenté d’abolir, en vain , la simplicité ministérielle ».

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Les chrétiens persécutés en terre d’Islam et poussés au départ

janvier 8, 2011

Le phénomène qui est en train de se dérouler sous nos yeux dans les pays ou l’Islam est la confession majoritaire montre la façon dont le monde musulman , échouant totalement quant à son entrée dans la modernité , s’isole peu à peu dans son refus de la réalité et bascule progressivement dans l’intolérance , la violence , et la destructivité.

Les références à l’âge d’or de l’Islam ou il y avait une soi disant tolérance à l’égard des « Autres » dans le Califat de Crdoue  -période d’ailleurs très discutable quant à son degré de tolérance , et très limitée dans le temps comme dans l’étendue géographique, ne sont plus de mise face à la réalité d’oppression et de haine qui se développe dans les pays ou l’Islam règne dans la société.

C’est dans l’ensemble du monde musulman que la vague de violence  monte contre les « autres » que ce soit les religions autres ou les Occidentaux de façon générale.

Les attentats du Caire qui ont fait  plus de 20 morts et une centaine de blessés parmi les fidèles venus prier dans une église sont peut être inspirés par Al Kaïda comme l’affirme le gouvernement égyptien , mais ils ne sont que le point culminant d’une longue série d’agressions , de plus en plus violentes et meurtrières perpétrées dans les campagnes égyptiennes contre les membres la communauté Copte par leurs voisins , et l’attitude du gouvernement égyptien  est profondément ambigüe face à ces violences. Le gouvernement égyptien , comme le gouvernement algérien face aux islamistes en Algérie , se présente comme l’adversaire principal des forces islamistes qu’il s’efforce de contenir , et en même temps , comme les autres pouvoirs des pays musulmans , il ne cesse de reculer devant les exigences des islamistes , de leur faire des concessions et de soutenir la réislamisation grandissante de ces pays. L’inexistence de mouvements politiques de contestation dans ces régimes dictatoriaux  ou policiers , du fait de leur anéantissement par les mesures d’interdiction et d’emprisonnement , et parfois de terreur politique ne laisse plus de place à autre chose qu’a l’alternative des mouvements radicaux islamistes  que le pouvoir renforce  en ne laissant pas d’autres choix aux populations pour exprimer leur révolte ou leur souffrance.

L’assassinat au Pakistan  , le 4 janvier ,  du  gouverneur du Penjab  Salman Taseer ,parce que il avait défendu une chrétienne ,Asia Bibi, condamnée à mort pour « blasphème » ,montre la progression du fanatisme , de la barbarie , et de la haine religieuse meurtrière  et la talibanisation du monde musulman. Les islamistes ont fait un héros de l’assassin du gouverneur , son propre garde du corps , et ont même trouvé le moyen de lui passer une couronne de fleurs à la sortie du tribunal. Un des derniers partisans d’un Islam tolérant et ouvert disparaît et la peur  s’étend de plus en plus sur le Pakistan<<<<; Plus de 900 personnes ont déjà été condamnées  à mort au Pakistan pour « blasphème »  . Même si la plupart des  condamnations ont été diminuées en appel , les exécutions extra judiciaires font des ravages parmi les condamnés qui ne sont pas quittes pour autant.

Le journal Le Monde rapportait que il n’existait plus au Pakistan que une seule personnalité  , Sherry Rehman , pour oser demander la révision de la loi sur le blasphème et abroger la peine de mort prévue comme comme seule sanction dans ce cas.

Partout , les islamistes grignotent  les lambeaux de laïcité qui restent dans les pays musulmans et , dans les pays occidentaux , ils cherchent les brèches qui , sous prétexte de liberté religieuse , leurs permettraient de s’étendre et de faire pression sur leur communauté..

Ceci montre deux choses: d’abord que l’islam modéré est en recul constant devant l’islam totalitaire , agressif et conquérant  ,qui constitue de plus en plus un système hybride religieux et politique ,lancé à la conquête du pouvoir politique et idéologique  comme le communisme l’a été dans le siècle précédent . Cette idéologie de conquête, qui s’appuie sur les échecs de la civilisation musulmane  à affronter , économiquement , socialement et intellectuellement les défis de la modernité tire profit de ces échecs et  de l’absence de perspectives  politiques pour les masses déshéritées de ces pays ,et leur propose une revanche politique , avec la prise d’un pouvoir et  l’éviction par la force et la terreur des minorités susceptibles d’être des ferments de relativisation de leur hégémonie.

Ensuite , cela montre l’habileté , mêlée de perversité , des dirigeants islamistes dont le but suprême est le contrôle des esprits pour instaurer le règne sans partage de leur idéologie ,et leur aptitude à  alterner suivant les besoins de la conjoncture  , entre pression juridico légale et pression communautaire  et avancées politiques ou militaires pour conquérir des positions de contrôle des esprits. Le politique est pour eux simplement le lieu de  la concentration des moyens les plus puissants ( police , armée , pouvoir judiciaire , contrôle des établissements d' »éducation » ) qui permettent d’assurer des positions inexpugnables dans le contrôle des populations . La façon dont les grands états musulmans « laïques » (Algérie ,Egypte , Turquie ) ont en quelques années reconfessionnalisé leur système  la transformation , visible à l’oeil nu , de l’apparence de la population dans les rues , envahies par le voile des femmes et par les tenues « intégristes » des hommes , montrent l’efficacité de la stratégie islamiste qui mène de front  pression mentale et pression politique.

Tout ceci montre l’importance à la fois de ne pas céder un pouce de terrain aux pressions des islamistes , parfois secondés au nom de la liberté religieuse ou de la culpabilité post coloniale par une gauche elle même plongée dans la confusion par la décomposition de son système idéologique devant la mondialisation , et de soutenir  , sans illusion exagérée , les partisans d’un islam ouvert et tolérant ,seule alternative  pour l’avenir ,à la dérive dans la barbarie de l’islam de cette phase historique.

La fureur éradicatrice et purificatrice  nourrie de croyance religieuse qui fait rage dans ces pays évoque le climat  de terreur  inquisitoriale  des guerres de religions en Europe au 16ème siècle , mais ce sont cette fois les chrétiens qui sont la cible directe des prédicateurs qui attisent la violence des foules , violence qui ne demande qu’à trouver un ennemi sur lequel se déchaîner.

L’expérience montre que les prédicateurs ne sont pas accessibles aux raisonnements.Il n’y a que la force , de la loi ou des armes ,qui peut les empêcher de nuire , les négociations n’étant vécues par eux que comme une « pause » en attendant la reprise de leur offensive.

C’est aussi un élément dont ne peuvent pas ne pas tenir compte les Israéliens dans leur rapports avec les Palestiniens ,à un moment historique ou les islamistes ne cessent de gagner du terrain au Proche Orient.