Archives de février 2011

Les révoltes arabes et l’incertitude de la suite

février 28, 2011

Les bouleversements  qui se produisent dans le monde arabe  entraînent  des réactions complexes chez les spectateurs de ces  modifications de tout les équilibres antérieurs.

D’une façon générale , et sur le long terme, on peut penser que  la poussée formidable en faveur de la démocratie est un progrès extraordinaire, parce que il marque l’ apparition d’une issue politique à la situation bloquée auparavant dans tout le monde musulman du fait de l’absence d’alternative politique aux régimes  de dictatures politiques qui  apparaissaient comme les seul aptes  à contrôler les populations déshéritées , privées d’expression politique depuis la fin des nationalimes arabes et du socialisme.

Il y avait un cercle vicieux dans lesquels ces pays étaient enfermés : pour éviter le développement des mouvements islamistes , toutes les libertés étaient supprimées. Mais de ce fait ,l’inculture politique créait le danger de réactions incontrôlées des masses, l’islamisme devenait le seul vecteur d’expression  du mécontentement et de la frustration des masses , les pouvoirs en place  faisaient des compromis continuels avec  l’intégrisme religieux ..

Les populations,conscientes de la complicité des grandes puissances avec l’ordre établi des choses , et comprenant qu’elles étaient tenues pour facteur négligeable dans le mainien des grands équilibres politiques , diplomatiques et économiques , se sentant méprisées , tentaient de restaurer leur fierté malmenée en  accentuant leur révolte identitaire par l’accentuation du modèle islamique , archaïque ,anti démocratique , anti-occidental.

L’islamisme apparaissait comme la seule voie de revanche possible , toutes les autres formules politiques ayant échoué., comme le seul discours échappant à la résignation , à la passivité, ou  à la négation de soi.

L’intervention armée des Etats Unis en Irak ,en imposant de l’extérieur et par la force ce qui ne pouvait réussir que venant  de l’intérieur , aboutissait au contraire du but proclamé à dissuader les partisans de la démocratie dans le monde arabe , et à les faire passer pour des suppôts de l’Occident.

La conviction que le monde arabe était  constitutivement inapte  à la démocratie imprégnait tous les esprits, avec l’idée sous -jacente que les structures tribales et claniques de ces pays ne pouvaient déboucher que sur le remplacement d’un clan par un autre ,prêt à s’enrichir et à abuser du pouvoir dès qu’il en aurait acquis les moyens , à l’image de la quasi-totalité des pays africains actuels.

Il est vrai que une révolte ne fait pas la démocratie , et une révolution encore moins souvent.

Mais le fait que les revendications de liberté et de création d’institutions démocratiques soient au coeur des demandes dans les pays où les révoltes se développent laisse à penser que l’idée démocratique  a conquis beaucoup d’esprits  , que l’on croyait étrangers à ces préoccupations.

Il y a évidemment loin d’une émeute populaire à la mise en place d’un système démocratique , et les islamistes sont toujours en embuscade , prêts à profiter de toute faiblesse du système de toute faille à utiliser pour essayer de capter à leur profit l’affaiblissement des barrières qui avaient été mises à leur développement;

Mais si les masses musulmanes peuvent commencer à mettre leur espoir dans autre chose que le repli  sur la religion et l’ordre féodal que les islamistes leurs proposent , il y à une chance de sortir d’un des plus grands dangers qui menacent le monde : la constitution d’une armée de la misère , de l’inculture et de la haine , prête à se détruire pour avoir la satisfaction d’emporter le reste du monde  dans sa perte ,une armée de nihilistes que la haine de soi emporte dans la haine de toute l’humanité.

Bien sur , le danger existe  à tout moment d’une dérive de la violence accumulée et libérée ainsi.La foule reste une forme sociale instable ,gouvernée par les idées simplistes , favorable aux extrêmes, prête aux changements brutaux d’ennemis et toujours  susceptible d’être gouvernée par les rumeurs, l’excitation collective et la décharge de la violence sur des boucs émissaires.

C’est pourquoi rien ne peut être affirmé quant à la tournure rassurante de la situation tant que des institutions n’auront pas été mises en place ,et la démocratie  instituée et pas seulement demandée.

C’est ce qui agace visiblement l’extrême gauche et même une partie de la gauche dans la réserve et la position d’attente des intellectuels français vis à vis de ces révoltes , dans le fait de ce qu’ils ne s’enthousiasment pas  sans réseve  devant ce chambardement en abandonnant tout recul.

Déjà ,  Ségolène Royal balayait d’un revers de main  péremptoire et expéditif (« N’importe quoi ») ceux qui posaient la question d’une possible récupération islamiste de ces mouvements populaires.On voit bien comment certains se reprennent à rêver de schémas « révolutionnaires », qui avaient été tellement disqualifiés par l’ évolution de tous les régimes révolutionnaires ‘ de l’Urss à Cuba en passant  par le Vietnam.

Ceux là pensent que réapparaît une ouverture pour un retour  aux illusions  de leur jeunesse , une possibilité de recycler  tous les mythes sur lesquels ils ont fonctionné , tous les stéréotypes de leur pensée. Ils pensent pouvoir retrouver le magistère intellectuel qu’ils s’étaient attribué et qu’il faut exploiter la brèche.

La réalité  ne rentre pas dans ces schémas utopistes – ou froidement calculateurs pour des motifs d’élection présidentielle à venir.

Elle est que la situation présente est porteuse de très grands espoirs , mais aussi de très grands dangers. L’équilibre mondial est à la merci dun chaos qui s’installerait dans le golfe Persique ( la monarchie de Bahrein est menacée par la majorité chiite ,faisant courir le risque d’une intervention de l’Arabie Saoudite qui embraserait la région ; la Lybie ,déstructurée politiquement risque d’éclater sur un mode somalien , les révoltes tunisienne et égyptienne   ne trouvent pas encore d’expression instituée et les islamistes attendent leur heure.

La frénésie dénonciatrice qui s’attaque à ceux qui voudraient garder un peu de recul devant  les risques de la situation nouvelle montre comment l’angélisme de ceux qui ne sont pas sortis de la mauvaise conscience post coloniale est encore actif.

L’équilibre du monde est en jeu, et certains s’en réjouissent , pensant que rien de mal ne peut surgir d’un mouvement populaire , par essence , et même que  tout mouvement populaire est Le bien par définition.

La déification du peuple  est le premier pas  qui conduit au populisme , lequel ouvre la voie à la confiscation du pouvoir au profit  des démagogues qui  flattent les désirs de ce peuple.