Archive pour septembre 2011

Après Oslo: la captation des esprits par les idéologies, parfois meurtrières

septembre 28, 2011

L’influence d’idéologies fournissant l’appareillage théorique qui justifie le terrorisme et les passages à l’acte meurtriers pose la question de savoir qu’est ce qui constitue la force d’attraction de ces systèmes , qu’est-ce qui fait s’aligner certains sur ces discours alors que d’autres résistent et gardent leur capacité critique et la liberté de refuser la violence meurtrière qui leur est suggérée

La capacité de certains discours à rencontrer un écho dans des pans entiers de la population ,y compris dans des couches éduquées et intellectuelles,et à emporter l’adhésion et parfois  l’enrôlement de grandes masses pose la question du besoin que ces discours viennent satisfaire ou combler.

La coexistence de discours concurrents et la division de la population en grandes masses représentées sur l’échiquier politique  découlent  du fait que les grandes lignes de démarcation correspondent  à des différences dans les hiérarchies des valeurs (liberté/égalité , justice/créativité , bien-être/ puissance,etc

Les discours politiques structurent des systèmes de valeurs sociales et culturelles matérialisés dans des projets de société où s’expriment à la fois les intérêts et les cultures  de groupes sociaux, des idéaux, et des espoirs collectifs.

C’est la nébuleuse de ces représentations chez chacun qui s’articule et se met en forme . autour des choix proposés par les mouvements politiques et les idéologues des différents bords.

Les politiques , qui sont à l’affût des attentes et des désirs profonds des masses, leurs renvoient en miroir une vision rationalisée et rendue cohérente de ces désirs ( par leurs théories , leurs discours ou leur image), et les masses les chargent alors de les réaliser, avec le pouvoir qu’elles leur confient.

Ce qui était jadis unifié et porté par les institutions et la tradition , et qui structurait la vie mentale des individus  (religion,appartenances locales , éducation) est maintenant éclaté entre les différentes sous cultures politiques et intellectuelles , ce qui produit incertitude et  désorientation

Mais les politiques ne sont pas que le reflet passif de l’opinion; ils la modèlent aussi par le développement d’idées qui frappent la sensibilité et font vibrer les sentiments sociaux : empathie pour différents groupes ou au contraire antipathie pour certains , représentation du « juste » ou du » politiquement correct », etc.

Les médias , eux mêmes suivistes par rapport à l’opinion , la modèlent aussi , en diffusant à plus grande échelle encore que le livre , les idées reçues , les raccourcis qui plaisent , en partie par l’inculture des journalistes eux mêmes. Ce sont aussi des porte voix  de lobbies politiques ou idéologiques, qui délimitent des sphères d’influence  nationales , religieuses , sociologiques. dans lesquelles il n’est souvent pas question de laisser place à l’ambigüité ,ni à la contradiction , même partielle.

Dans certains pays, ce sont des territoires mentaux sur lesquels est revendiqué  le monopole, sous peine d’exclusion ou pire . La religion a été l’exemple même de cette emprise exercée sans partage sur les esprits , menaçant la libre pensée des sanctions les plus graves , de l’excommunication (= expulsion de la communauté) jusqu’au bûcher. Le recul du pouvoir de coercition religieux et de mainmise sur les esprits dans le monde occidental n’a pas eu d’équivalent dans le monde musulman ou la religion fonctionne encore , de façon obligatoire , comme la matrice des esprits.

C’est une caractéristique affolante de l’espèce humaine que elle n’arrête pas de confier à des petits noyaux de gens (Comité Central , concile ,etc.) la détermination de la pensée qui doit être diffusée , adoptée, encensée et dont tous les organes d’influence doivent reprendre l’antienne

Les mécanismes d’identification et de structuration font que sur la base de quelques assentiments se construisent des systèmes personnels , nourris par des postulats que les cultures politiques alimentent , organisent et durcissent. L’exemple en est l’alignement des représentations du monde  et  l’incorporation des raisonnements et des enchaînements  tout faits dans la logomachie marxiste ,  gauchiste ou nazie , ce qui aboutit à l’aspect stéréotypé des discours , à « la langue de bois ». Les jugements deviennent automatiques , les raisonnements impersonnels et standardisés.

Les embranchements  logiques sont fournis ,les objections contre argumentées ou omises , les systèmes de pensée se développent en réseau , fournissant des explications de plus en plus cohérentes et redondantes,  délégitimant de plus en plus les systèmes adverses ou simplement différents.

Les systèmes d’idéaux, capables de mobiliser sous l’étendard de leurs valeurs le dévouement total , l’énergie et la volonté de combat de populations entières tout en organisant le dénigrement des valeurs d’en face,  peuvent évoluer , quand ils sont instrumentalisés pour la captation du pouvoir , vers des systèmes d’emprise psychique  où des concepts très discutables ( le cours prévisible de l’histoire , le parti représentant du peuple ,  l’économie  raison dernière de toutes les structures culturelles, etc.) acquièrent  indument valeur de vérités scientifiques et d’évidences entraînant en cascade les raisonnements falsifiés et les adhésions biaisées.

L’adhésion affective à des valeurs, fondée avant tout sur la nature profonde d’une personne et  sur son histoire et ses rencontres ,  s’étaye ensuite de justifications boiteuses sur le plan véridique et rationnel , mais fournissant une certitude et une argumentation qui donnent une cohérence et une force de conviction entraînante à ce qui sans cela serait resté à l’état d’opinion vague et changeante. En effet l’argumentation logique stabilise la pensée et met à l’abri celui qui la produit , ou la reprend,  de la labilité des émotions qui rendrait les choix réversibles. L’argumentation rationnelle et l’imposition  de ses concepts sont ainsi des armes essentielles dans la lutte de l’idéologie  pour le gain et la conservation de l’opinion publique , dans la lutte continuelle pour la conquête des esprits.

Mais les gens eux mêmes sont désireux de cette stabilité de pensée et c’est pourquoi ils adhèrent facilement à des systèmes qui leur proposent des architectures toutes faites de  décodage du monde.

Le corpus de postulats qui constitue la croyance , initialement fondé sur des choix affectifs ou émotionnels , s’appuie sur des raisonnements pseudo objectifs qui font passer dans les profondeurs inconscientes  les rêves , les désirs , les identifications , les besoins qui ont déterminé au départ ces choix.

Nul besoin d’invoquer la folie pour faire référence à l’irrationnel qui irrigue en profondeur les choix soit disant rationnels invoqués par les gens pour justifier ces positions qui entraînent des choix passionnés.

C’est la manière dont les idéologies façonnent et contribuent aux identités , c’est à dire le regard porté sur soi et les autres,  qui entraîne les adhésions passionnelles , la violence  des affirmations et parfois les actes conçus comme des concrétisations des systèmes d’idées primordiaux pour les individus.

Toute la question de la suggestibilité de l’esprit humain est comprise dans  cette influence des systèmes tout faits sur les consciences individuelles.

Les individus ,pour un grand nombre d’entre eux , sont demandeurs d’une direction, d’un guide de l’existence. La raison pure ne suffit pas à trancher les apories de l’existence , elle ne peut en particulier déterminer le choix entre les valeurs concurrentes. C’est déjà une tromperie efficace des idéologies que de se présenter , très souvent ,  comme opérant un choix fondé sur la raison , alors que elles masquent le choix initial qui est celui d’un désir , souvent de nature identificatoire.

Penser librement est un travail permanent de distanciation des entreprises de suggestion qui nous environnent et se disputent l’influence et la maîtrise de nos esprits. Nombreux  sont ceux qui , pour suivre des impulsions profondes ,ouvrent leur pensée à ceux qui leurs paraissent avoir poussé plus loin que eux-mêmes leurs désirs et leurs raisonnements. Ils suspendent  ainsi leur capacité critique et risquent de devenir captifs de pensées élaborées  dans des cuisines parfois malsaines , quand ce n’est pas simplement criminelles.

GB

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MASSACRE D’OSLO: ACTE DE FOLIE INDIVIDUELLE OU MONSTRUOSITE DES IDEOLOGIES

septembre 12, 2011

L’assassinat de sang-froid de près d’une centaine de personnes , exécutées et parfois achevées calmement les unes après les autres , y compris des enfants , précédées d’un attentat à la bombe contre le siège du gouvernement , paraît une action tellement insensée et monstrueuse , que la question de la folie de son auteur se présente immédiatement à l’esprit .Le côté monstrueux de l’acte tend à faire penser qu’il s’agit de l’acte d’un fou , par l’établissement presque spontané de l’équation : monstruosité = inhumanité=folie.

Pourtant ,  les actes monstrueux, comme les crimes de masse et les génocides commis par différents régimes  ( régime nazi ,régime soviétique, régime cambodgien, et la liste est très longue), ne peuvent pas  se ramener uniquement à des pathologies individuelles, car ils ont entraîné dans leurs dérives criminelles des populations entières qui ont donné leur assentiment à ces horreurs ou à leur principe , sinon à leur exécution.

Or , si absurde que cet acte apparaisse , il rentre pourtant dans la catégorie des  crimes politiques, et en particulier dans la classe des  attentats terroristes. Même si il semble procéder d’une logique aberrante , il es motivé par un raisonnement qui  s’appuie sur les modes de pensée des activistes terroristes qui essaiment actuellement.: son but est de frapper l’opinion par un geste spectaculaire , il s’inspire de la pensée de groupes extrêmistes très minoritaires qui ne peuvent  espérer  se faire entendre que  en utilisant la démultiplication médiatique donnée à ce type d’actions. Les cibles ont été des cibles politiques « symboliques » : le siège du gouvernement et un rassemblement politique d’un parti qui focalisait la haine du tueur.

Bien sur , aucun parti ne préconisait l’ assassinat d’adolescents  pacifistes et  défenseurs de l’ouverture vis à vis des émigrés. Mais le discours de haine et de dénonciation qui a fait le lit de ces crimes était déjà là, en dehors du cerveau de l’assassin.

C’est ce qui fait la différence avec la folie au sens clinique  , qui , elle , se constitue d’éléments du monde interne  , produits de la raison déviée (hallucinations , troubles de la logique elle-même ), aboutissant  à une production à qui personne d’autre que l’individu pathologique ne peut apporter de croyance. Or , les postulats de base de la pensée de l’assassin  ( idée d’une attaque  et d’une mise en danger de la culture et de l’identité nationale  par la présence grandissante de populations immigrées) sont partagés par une minorité  certes , mais par une frange de la population , ce qui fait qu’il ne s’agit pas du délire construit dans son cerveau par un individu coupé du reste du monde.

La question du meurtre comme mode d’action politique est ancienne et traverse tous les débats de conscience dans les mouvements terroristes : débat sur les moyens et les fins , sur la justification du meurtre . Après , ce n’est plus qu’une question de quantité: un , dix, mille morts. Une fois que le pas du meurtre est franchi , le reste vient facilement. La frontière n’est pas entre fous et non-fous , mais entre ceux qui acceptent de tuer , et ceux qui ne s’y résolvent pas. Ce sera le cas de De Luca , qui suivra les gauchistes italiens jusqu’au bord du meurtre , mais ne franchira pas le pas , contrairement  aux terroristes  des Brigades Rouges , de la  Fraction Armée Rouge  ou de Action Directe , qui s’engageront dans la spirale du meurtre , visant des cibles de plus en plu innocentes et extérieures à leur combat.

L’assassinat de plus de 3000 américains dans l’ attentat du « nine eleven » a entraîné des manifestations de soutien et de satisfaction dans une grande part du monde musulman. Une grande part de cette population a refusé de les condamner et s’est même parfois sentie fière de ces actions.

Les exécutants de ces massacres trouvent des complicités et des approbations dans une large partie des peuples concernés.

Il existe donc une capacité de certains systèmes politiques et de certaines idéologies à  déconnecter les gens de leur humanité, et à  les conduire vers le meurtre et les comportements inhumains . En regard de cela , il existe aussi une capacité des êtres humains, hors d’un processus pathologique, à désigner un groupe comme ennemi, et même ennemi pernicieux du Bien tel qu’il est défini par certains, ce qui autorise à utiliser contre eux tous les moyens , y compris  des moyens inhumains.

Un certain nombre de définitions de l’Autre , proposées par des systèmes de croyance , (ennemi de Dieu , ennemi du Peuple , ennemi de la Révolution ,etc..) suffisent à retirer toute considération humaine aux représentants du « Mal » ainsi identifiés et justifient un combat à mort contre eux. A partir de là , se constitue une « armée du Bien » qui a tous les droits , puisque sa cause est bonne, et une quantité de gens s’enrôlent , et se vivent , avec exaltation , comme des soldats du Bien.

Mais ce qui est le plus étonnant dans cette situation , ce n’est pas que quelques esprits faibles ou quelques exaltés franchissent le Rubicon de l’action haineuse et meurtrière , c’est que des millions de gens adoptent des systèmes de pensée clivant le monde en personnes dignes de vivre et personnes indignes de vivre, que des intellectuels adoptent massivement des idéologies  (voir l’adhésion des grands intellectuels français , à peu d’exceptions près,  au marxisme dans las deux premiers tiers du siècle) dont certains développements conduisent aux crimes de masse (stalinisme ,maoîsme) sur lesquels ils s’aveuglent facilement.

La capacité de la politique à générer des systèmes de haine , à leur donner cohérence et vraisemblance qui entraînent l’adhésion,  trouve son symétrique dans la capacité humaine à aligner sa pensée sur des systèmes tout faits , à adhérer , à les reprendre à son compte et à s’en faire les défenseurs et les militants.

Ce n’est pas seulement la guerre qui est la continuation de la politique  par d’autres moyens , mais la politique qui  devient la transformation en guerre de la vie en société ,une guerre où tout devient permis pour faire triompher la cause du « Bien ».

De plus, la mise en jeu , à travers ces ensembles idéologiques , de l’identité personnelle et collective des gens explique la virulence des attitudes  qui déborde , de façon passionnelle , leurs  intérêts rationnels .

Un bon modèle pour comprendre ces mécanismes est celui des sectes religieuses où se croisent le contrôle du groupe sur l’individu et le désir de l’individu de s’intégrer et  de se fondre dans un système ou un groupe. L’un des mécanismes importants dans ces sectes est celui de la conversion. Dans cette configuration, un individu renverse sa vision du monde et la remplace par une nouvelle conception qui devient l’organisateur unique et suprême de sa vie . A partir de ce moment , tous les choix deviennent subordonnés à cette nouvelle foi , qui libère l’individu de la multiplicité et de la contradiction des valeurs et qui  lui permet de trouver son unification dans cette soumission.

C’est le principe de « l’Un » qui régule leur vie , tout se ramenant toujours à un  postulat primordial , celui de cette foi.( la soumission à Dieu ou au Parti, la supériorité ou la pureté de la race, etc.) Le fanatisme se constitue ainsi , comme un rassemblement autour de l’unicité d’une croyance  , et la haine de ce qui génère contradiction , complexité, ambigüité  des points de vue.

L’identification à une cause ou à un système de valeurs est un mécanisme  général, qui ne traduit pas la folie , mais la plasticité des consciences  et le besoin d’organiser l’attitude face au monde pour éviter  la désorientation et l’incohérence.

Certains individus et certains systèmes politiques servent,  par leur capacité de formulation et l’incarnation qu’ils en donnent , de caisses de résonance  à des désirs humains ( désir d’unité intérieure , désir de se sentir supérieur , haine des différences , envies sociales , désir d’intégration à un groupe). Ces désirs s’amplifient avec le soutien d’un système ou le prestige des institutions et passent un  degré quantitatif qui finit par leur donner un caractère monstrueux.Ce n’est pas la folie individuelle qui est alors en jeu (hormis quelques cas d’exception et le fait que certains discours favorisent l’émergence et le succès de  psychopathes avérés.)

L’identification massive du peuple allemand à Hitler , ou des masses musulmanes aux terroristes , traduit la satisfaction profonde que leur procure un discours qui les flatte ( en les considérant comme des surhommes ou des victimes ). Les aventuriers politiques savent mettre en forme ces désirs  et s’appuyer sur eux pour conquérir le pouvoir et le renforcer en appuyant sur ces points sensibles. La psychologie des foules , faite de pulsions élémentaires et d’actions spontanées et irréfléchies , est à la recherche d’une mise en forme et en cohérence. Même les intellectuels peuvent mettre en sourdine leur esprit critique et adhérer , dans l’espoir de sortir  de la complexité ou les plonge leur capacité réflexive . On peut même dire que ce sont eux qui fournissent les matériaux des systèmes dont s’inspirent ceux qui mettent en place les meurtres de masse , par goût de la construction des systèmes , quand ce n’est pas le goût de l’influence exercée.

Le fanatisme , qui nie toute autre valeur que celle de la foi concernée , est souvent inclus  dans le développement de l’idéologie  ( religion menant aux massacres de la Saint Barthelemy ou aux tueries de l’Inquisition , purges du Parti Communiste ou du Parti Nazi)  qui comprend  une clause de priorité ou d’exclusivité ( le Dieu des Juifs ayant été le premier à réclamer de son peuple l’exclusivité).

Le développement des haines par les idéologies politiques et religieuses, l’instrumentalisation des sentiments d’injustice ou de préjudice par les individus ou les groupes en quête de pouvoir, le besoin de donner un sens à son existence , et le  fond d’ hostilité rivalisante  avec tous les autres constituent le terreau sur lequel apparaissent quelques individus qui poussent à la limite les logiques de guerre totale sous-jacentes  à ces systèmes et enfoncent les fragiles barrières que l’humanité bâtit contre la sauvagerie.

Cette folie des systèmes et cet ensauvagement général ne constituent en rien une excuse ni une atténuation de responsabilité. L’humanité reste avant tout liée à la liberté de choix de chacun et à la responsabilté de ses actes. Mais la facilité d’accès aux moyens du meurtre et l’encouragement fourni par les exemples du pouvoir qu’il procure n’ont pas fini de faire germer ces projets dans les cerveaux déboussolés du siècle qui a commencé avec le 11 Septembre.

GB

LA TURQUIE EXPULSE L’AMBASSADEUR ISRAELIEN ET DEVELOPPE LA SURENCHERE ANTI ISRAELIENNE

septembre 3, 2011

La décision récente de la Turquie d’interrompre les relations diplomatiques normales avec Israël , sous prétexte du refus de celui -ci de présenter des excuses pour les citoyens turcs tués lors de la tentative de forcing du blocus de Gaza par « la flottille de  Gaza » , n’intervient pas à  n’importe quel moment . C’est juste  quand la commission d’enquête de l’ONU venait de rendre un avis très équilibré sur ces évènements ,critiquant l’excès de violence de la réaction israélienne , mais reconnaissant en même temps la légitimité du blocus et évoquant la dimension de provocation de la tentative de forçage du blocus que la Turquie , face à ce désaveu partiel de l’organisation internationale, franchit un pas dans l’escalade anti israélienne , et adopte un ton menaçant vis à vis  de l’Etat Hébreu. Elle va jusqu’à évoquer « la liberté de navigation à protéger par la force  si nécessaire » , sous entendant la possibilité d’une intervention maritime militaire de sa part, et la création possible d’un grave incident naval  continuant et aggravant  la provocation de forçage du blocus.

Ceci montre bien comment la carte de de la démagogie anti israélienne reste un mode opératoire   constant du monde islamique , auquel se rattache de plus en plus clairement le régime turc. L’anti-occidentalisme de plus en plus affiché , bien que en même temps démenti , apparaît comme un axe de plus en plus essentiel de ce régime .

On retrouve le double langage classique des mouvements islamistes qui  s’appuient sur une pseudo démocratie  pour être validés par les démocraties occidentales ,alors que ,même si ils trouvent un soutien majoritaire de leur population, ils masquent toutes les autres entorses à la démocratie (manipulations de l’opinion publique , inégalités des accès au moyens d’expression publique , menaces physiques et judiciaires contre l’opposition , privilèges accordés aux religieux dans l’éducation ,etc..).

La Turquie , qui a peu à peu renoncé à l’hypothèse d’une intégration dans l’Union Européenne , devant  le refus nettement posé  de la  France en particulier , largue de plus en plus tous les masques de civilité qu’elle avait maintenu pour cacher son orientation islamiste et remplace son rôle de candidate sage et bien intentionnée par un positionnement de plus en plus arrogant , persuadée d’être  une des futures grandes puissances du siècle , comme le Brésil ,la Russie  , la Chine et l’Inde.

Sauf que le désir de grandeur ne suffit pas à la réaliser , et que tout dépend de  à qui l’on se compare ; Il n’y a aucune commune mesure entre  les peuples continents que sont  les BRIC , leur élites intellectuelles et scientifiques  , leurs marchés immenses  et la Turquie , juste un peu plus évoluée que les pays du Moyen Orient, dont les contributions  à la science et la technique sont nulles , et qui ne se rend pas compte que développer l’islamisme est exactement le contraire de l’entrée dans un siècle ou la liberté de pensée et d’invention sera la clef de l’importance des nations.

La prise de position de la Turquie face à la révolte des Lybiens , qui s’est caractérisée par les réticences les plus grandes et l’opposition à toute intervention trop marquée  de l’OTAN , dont elle est pourtant membre, a montré la peur de l’influence occidentale , le désir de jouer contre cette influence ,tout en maintenant les apparences de l’appartenance à ce camp.

On peut imaginer la façon dont la Turquie , si elle était acceptée dans l’Europe, pèserait dans un sens anti européen dans la détermination de sa politique générale. Surtout  , l’alignement sur les forces anti démocratiques du Moyen Orient et de l’Afrique dans leurs tentatives ,plus ou moins avouées, de sauver la mise de Khadafi , montre le caractère purement formel de l’intérêt pour la démocratie de ce pays. Le discours pseudo-démocratique turc a surtout servi de paravent pour éliminer le pouvoir des militaires , certes anti démocratique , mais surtout attaché à la sauvegarde de la laïcité et seul barrage à la toute puissance des islamistes.Après le soutien à l’Iran ,dictature sauvage et rétrograde des religieux , c’est  l’essor d’une possibilité de démocratie dans un pays arabe que sacrifie  hypocritement l’islamisme turc , en essayant de chausser  les bottes trop grandes pour lui des grands pays émergents.

La logomachie agressive et prétentieuse de la Turquie montre la voie dans laquelle elle s’engage: pas celle de la modernité et de la liberté , mais celle de ses vieux démons ottomans: une politique anti européenne, la nostalgie d’une époque impériale au dessus de ses moyens , les traces d’un système de despotisme asiatique dont elle n’est pas vraiment dégagée et auquel la non admission dans l’Europe lui évite d’avoir à se confronter.

Bien sur l’Europe perd un marché de 80 millions d’habitants , mais elle y gagne la fidélité à elle même et à la démocratie dont l’usage en Turquie n’est que  la vitrine mensongère qui cache le retour de ses ennemis les plus acharnés: les islamistes. Le langage brutal , menaçant et provoquant de la nouvelle Turquie est bien , comme il l’a été dit au Parlement Allemand, celui d’un état voyou,voulant asseoir  son pouvoir régional sur  la force et la menace ,flattant les désirs des masses arabes qui rêvent  d’une confrontation aboutissant à l’éradication de l’Etat Israelien.

La violence verbale et l’agressivité anti israélienne sont là comme ailleurs le marqueur des pratiques de manipulation des masses qui sont le plus sûr indice des buts liberticides d’un régime. La Turquie , qui a été au début du 20ème siècle « l’homme malade » de l’Europe , serait avisée de ne pas confondre santé économique et santé politique : on ne soigne pas les pathologies profondes par des mouvements de menton.

GB