Après Oslo: la captation des esprits par les idéologies, parfois meurtrières

L’influence d’idéologies fournissant l’appareillage théorique qui justifie le terrorisme et les passages à l’acte meurtriers pose la question de savoir qu’est ce qui constitue la force d’attraction de ces systèmes , qu’est-ce qui fait s’aligner certains sur ces discours alors que d’autres résistent et gardent leur capacité critique et la liberté de refuser la violence meurtrière qui leur est suggérée

La capacité de certains discours à rencontrer un écho dans des pans entiers de la population ,y compris dans des couches éduquées et intellectuelles,et à emporter l’adhésion et parfois  l’enrôlement de grandes masses pose la question du besoin que ces discours viennent satisfaire ou combler.

La coexistence de discours concurrents et la division de la population en grandes masses représentées sur l’échiquier politique  découlent  du fait que les grandes lignes de démarcation correspondent  à des différences dans les hiérarchies des valeurs (liberté/égalité , justice/créativité , bien-être/ puissance,etc

Les discours politiques structurent des systèmes de valeurs sociales et culturelles matérialisés dans des projets de société où s’expriment à la fois les intérêts et les cultures  de groupes sociaux, des idéaux, et des espoirs collectifs.

C’est la nébuleuse de ces représentations chez chacun qui s’articule et se met en forme . autour des choix proposés par les mouvements politiques et les idéologues des différents bords.

Les politiques , qui sont à l’affût des attentes et des désirs profonds des masses, leurs renvoient en miroir une vision rationalisée et rendue cohérente de ces désirs ( par leurs théories , leurs discours ou leur image), et les masses les chargent alors de les réaliser, avec le pouvoir qu’elles leur confient.

Ce qui était jadis unifié et porté par les institutions et la tradition , et qui structurait la vie mentale des individus  (religion,appartenances locales , éducation) est maintenant éclaté entre les différentes sous cultures politiques et intellectuelles , ce qui produit incertitude et  désorientation

Mais les politiques ne sont pas que le reflet passif de l’opinion; ils la modèlent aussi par le développement d’idées qui frappent la sensibilité et font vibrer les sentiments sociaux : empathie pour différents groupes ou au contraire antipathie pour certains , représentation du « juste » ou du » politiquement correct », etc.

Les médias , eux mêmes suivistes par rapport à l’opinion , la modèlent aussi , en diffusant à plus grande échelle encore que le livre , les idées reçues , les raccourcis qui plaisent , en partie par l’inculture des journalistes eux mêmes. Ce sont aussi des porte voix  de lobbies politiques ou idéologiques, qui délimitent des sphères d’influence  nationales , religieuses , sociologiques. dans lesquelles il n’est souvent pas question de laisser place à l’ambigüité ,ni à la contradiction , même partielle.

Dans certains pays, ce sont des territoires mentaux sur lesquels est revendiqué  le monopole, sous peine d’exclusion ou pire . La religion a été l’exemple même de cette emprise exercée sans partage sur les esprits , menaçant la libre pensée des sanctions les plus graves , de l’excommunication (= expulsion de la communauté) jusqu’au bûcher. Le recul du pouvoir de coercition religieux et de mainmise sur les esprits dans le monde occidental n’a pas eu d’équivalent dans le monde musulman ou la religion fonctionne encore , de façon obligatoire , comme la matrice des esprits.

C’est une caractéristique affolante de l’espèce humaine que elle n’arrête pas de confier à des petits noyaux de gens (Comité Central , concile ,etc.) la détermination de la pensée qui doit être diffusée , adoptée, encensée et dont tous les organes d’influence doivent reprendre l’antienne

Les mécanismes d’identification et de structuration font que sur la base de quelques assentiments se construisent des systèmes personnels , nourris par des postulats que les cultures politiques alimentent , organisent et durcissent. L’exemple en est l’alignement des représentations du monde  et  l’incorporation des raisonnements et des enchaînements  tout faits dans la logomachie marxiste ,  gauchiste ou nazie , ce qui aboutit à l’aspect stéréotypé des discours , à « la langue de bois ». Les jugements deviennent automatiques , les raisonnements impersonnels et standardisés.

Les embranchements  logiques sont fournis ,les objections contre argumentées ou omises , les systèmes de pensée se développent en réseau , fournissant des explications de plus en plus cohérentes et redondantes,  délégitimant de plus en plus les systèmes adverses ou simplement différents.

Les systèmes d’idéaux, capables de mobiliser sous l’étendard de leurs valeurs le dévouement total , l’énergie et la volonté de combat de populations entières tout en organisant le dénigrement des valeurs d’en face,  peuvent évoluer , quand ils sont instrumentalisés pour la captation du pouvoir , vers des systèmes d’emprise psychique  où des concepts très discutables ( le cours prévisible de l’histoire , le parti représentant du peuple ,  l’économie  raison dernière de toutes les structures culturelles, etc.) acquièrent  indument valeur de vérités scientifiques et d’évidences entraînant en cascade les raisonnements falsifiés et les adhésions biaisées.

L’adhésion affective à des valeurs, fondée avant tout sur la nature profonde d’une personne et  sur son histoire et ses rencontres ,  s’étaye ensuite de justifications boiteuses sur le plan véridique et rationnel , mais fournissant une certitude et une argumentation qui donnent une cohérence et une force de conviction entraînante à ce qui sans cela serait resté à l’état d’opinion vague et changeante. En effet l’argumentation logique stabilise la pensée et met à l’abri celui qui la produit , ou la reprend,  de la labilité des émotions qui rendrait les choix réversibles. L’argumentation rationnelle et l’imposition  de ses concepts sont ainsi des armes essentielles dans la lutte de l’idéologie  pour le gain et la conservation de l’opinion publique , dans la lutte continuelle pour la conquête des esprits.

Mais les gens eux mêmes sont désireux de cette stabilité de pensée et c’est pourquoi ils adhèrent facilement à des systèmes qui leur proposent des architectures toutes faites de  décodage du monde.

Le corpus de postulats qui constitue la croyance , initialement fondé sur des choix affectifs ou émotionnels , s’appuie sur des raisonnements pseudo objectifs qui font passer dans les profondeurs inconscientes  les rêves , les désirs , les identifications , les besoins qui ont déterminé au départ ces choix.

Nul besoin d’invoquer la folie pour faire référence à l’irrationnel qui irrigue en profondeur les choix soit disant rationnels invoqués par les gens pour justifier ces positions qui entraînent des choix passionnés.

C’est la manière dont les idéologies façonnent et contribuent aux identités , c’est à dire le regard porté sur soi et les autres,  qui entraîne les adhésions passionnelles , la violence  des affirmations et parfois les actes conçus comme des concrétisations des systèmes d’idées primordiaux pour les individus.

Toute la question de la suggestibilité de l’esprit humain est comprise dans  cette influence des systèmes tout faits sur les consciences individuelles.

Les individus ,pour un grand nombre d’entre eux , sont demandeurs d’une direction, d’un guide de l’existence. La raison pure ne suffit pas à trancher les apories de l’existence , elle ne peut en particulier déterminer le choix entre les valeurs concurrentes. C’est déjà une tromperie efficace des idéologies que de se présenter , très souvent ,  comme opérant un choix fondé sur la raison , alors que elles masquent le choix initial qui est celui d’un désir , souvent de nature identificatoire.

Penser librement est un travail permanent de distanciation des entreprises de suggestion qui nous environnent et se disputent l’influence et la maîtrise de nos esprits. Nombreux  sont ceux qui , pour suivre des impulsions profondes ,ouvrent leur pensée à ceux qui leurs paraissent avoir poussé plus loin que eux-mêmes leurs désirs et leurs raisonnements. Ils suspendent  ainsi leur capacité critique et risquent de devenir captifs de pensées élaborées  dans des cuisines parfois malsaines , quand ce n’est pas simplement criminelles.

GB

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