Archive pour décembre 2011

La Turquie, incapable de se regarder en face depuis presque un siècle

décembre 25, 2011

La polémique entre la Turquie et la France née de la proposition de loi votée à l’Assemblée Nationale et condamnant la négation des génocides  a pris des proportions de grave crise diplomatique entre les deux Etats. Même si on peut discuter de l’opportunité de voter maintenant un tel texte, et même si les préoccupations électoralistes ne peuvent être écartées, le fond de la question reste : le génocide des Arméniens par les Turcs est un fait historiquement incontestable, il s’est accompli dans des conditions de sauvagerie inouïe, il a été perpétré par l’Etat Turc avec la participation et la complicité de quasiment toute la population, et depuis, les gouvernements turcs s’obstinent à nier la vérité et mentent en prenant des airs offusqués quant on les met face à la vérité.

Le pays tout entier communie dans cette volonté de truquer l’histoire, considérant comme une offense à l’image qu’il a de lui même toute référence  à cette sauvagerie dont il a fait preuve.

Le fait qu’aucune conscience ne se dresse pour protester contre les crimes et les actes de barbarie commis il y a pourtant près de cent ans montre  le niveau d’immoralité et de non éducation politique dans ce pays.

Que peuvent peser les déclarations tentant de présenter la Turquie comme un parangon de démocratie et de modernité dans le Moyen Orient , quant la vérité  éclate dès que l’on touche à ce point sensible: le souci de la personne humaine n’existe pas , le souci de la vérité n’est pas plus fort que dans les régimes dictatoriaux arabes qui viennent d’être abattus, le nationalisme agressif et dominateur est toujours le seul langage autorisé, et les crimes commis en son nom sont toujours pardonnés.

La démagogie vulgaire de Erdogan qui dans ses diatribes anti françaises mêle les menaces et les mensonges ( le soi disant « genocide » commis par les français en Algérie, dont personne, même pas les Algériens, n’a jamais parlé jusqu’à aujourd’hui – ce qui ne veut pas dire que il n’y a pas eu de crimes de guerre commis dans la guerre avec le terrorisme à cette époque) montre que ce régime reste encore  prisonnier des modes moyen orientaux de gestion de la politique : terreur politique vis à vis des opposants, répression des médias (dizaines de journalistes et d’opposants emprisonnés), démagogie cynique et mensonges énormes comptant sur la désinformation pour faire passer des mensonges à la Goebbels, et, cerise sur le gâteau, la victimisation accusant celui qui présente le miroir d »‘islamophobie » – le grand slogan des islamistes  pour faire pièce à ceux qui dénoncent leurs tentatives d’extension de leur contrôle sur les populations.

La réalité est que loin de tenter de rapprocher les foules musulmanes de la démocratie, le parti islamiste qui s’est emparé du pouvoir en Turquie  contamine petit à petit la démocratie par les pratiques anti démocratiques des islamistes, qu’il y introduit une violence  et un déni de la réalité croissants, et qu’il pourrit la dimension éthique de la démocratie par le mensonge sur lequel il fonde le rapport fondamental entre l’Etat et le citoyen. C’est cette corruption éthique qui apparaît aux yeux du monde  dans le soutien complice aux génocidaires, et c’est la tache qui salit la nation turque, alors que le peuple allemend, en reconnaissant les crimes commis par lui et en son nom, a lavé son honneur et rejoint les autres nations civilisées, ce que la Turquie n’arrive pas à faire.

Accepter un pays de cette sorte dans l’Europe aurait été abaisser l’Europe toute entière  et la rabaisser au niveau de sauvagerie dont la Turquie n’arrive pas à se démarquer. La Turquie, qui a inventé -ou perfectionné – une nouvelle forme politique : celle de  la pseudo démocratie qui vide la démocratie de son contenu moral et humain, est ainsi le seul pays a avoir commis un génocide et à refuser de reconnaître ses crimes, alors que les Allemands, les Cambodgiens et mêmes les Rwandais ont fait passer en jugement leurs génocidaires. La Turquie, elle, les considère comme des victimes  et prend une attitude menaçante et arrogante quand on ose lui rafraîchir la mémoire. On comprend qu’elle soit un modèle pour les gouvernements islamistes issus du « printemps arabe »: avec ce modèle, les affaires peuvent marcher  et ce n’est pas le respect humain ou la vérité qui se mettront en travers de la mise au pas progressive de la société  et des consciences  par les religieux. La brutalité et le cynisme  étaient déja apparus dans la manipulation turque de la « flottille pour Gaza ». La violence de ses manières et de son langage laisse augurer du pire pour la suite, et l’évolution vers une dictature  de plus en plus ouverte , avec juste quelques formes démocratiques, semble de plus en plus vraisemblable. L’effort pour garder des formes démocratiques se justifiait par le désir de la Turquie d’entrer dans l’Europe et par les pressions exercées par celle-ci dans ce sens. L’abandon de cette perspective permet à la Turquie  de retrouver  librement ses traditions de despotisme oriental et ses nostalgies impériales et de se lancer dans la compétition avec les autres candidats à la domination du Moyen Orient (Iran ,Arabie , Egypte) ce qui implique de se plier aux modes politiques de la région (anti-occidentalisme, pouvoir donné à la religion, violence, mensonge et démagogie).

A quand la volonté de la Turquie d’entrer dans le club des puissances nucléaires militaires ?

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