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Mohamed Merah: la culture de la haine comme facteur essentiel du choix d’un embrigadement

mars 24, 2012

La mort du tueur de militaires français et d’enfants juifs clôt le suspense de la semaine passée et ouvre le temps de la réflexion  sur ces évènements: comment un jeune homme qui n’apparaît pas plus fou que la moyenne des jeunes des banlieues s’enfonce-t-il  dans un système d’idées qui ne débouche que sur le meurtre  suicidaire  de personnes innocentes et non impliquées.

Qu’est ce qui rend possible cette trajectoire mentale , qu’est ce qui  fait que certains peuvent suivre cet itinéraire , et d’autres pas. Certains éléments paraissent jouer un rôle essentiel:

D’abord , l’existence d’un environnement des jeunes beurs des banlieues qui est un véritable chaudron d’idéologies ou s’affrontent et cohabitent  différents systèmes. Les uns prônant l’effort pour s’intégrer , essayer de réussir et adopter les codes de la société environnante, démocratie , laïcité et égalité des femmes , les autres prônant le rejet de la culture environnante, le repli sur la religion et la solidarité communautaire ,et la haine de la Nation  ou ils vivent.

Les choix que font ces jeunes peuvent être liés à leurs expériences de vie : réussite ou échec scolaire avec l’humiliation qui peut en découler,réussite ou échec de l’insertion professionnelle, accès à la culture française et à sa richesse ou rejet et retrait dans la culture communautaire.

Mais à ces âges ou l’on se cherche, et ou l’on n’est pas très modéré le plus souvent ,la tentation peut être forte de choisir les valeurs du ghetto qui les entoure: le prestige du rebelle , du révolté , la culture de la force qui compense le sentiment d’infériorité sociale, la haine de l’ordre établi à travers la Police ou les institutions de l’Etat.

A partir du moment ou la balance penche de ce côté , le déséquilibre peut aller en augmentant: le rejet de la société environnante crée ou augmente un vide de normes et de valeurs qui nécessite le surinvestiisement des valeurs communautaires : le monde apparaît scindé entre amis et ennemis , même « frères » et ennemis ; c’est une guerre qui commence , dans un système de plus en plus manichéen: le choix initial , porté par le ressentiment qui l’irrigue , se redouble de la haine que l’on porte à l’ennemi qui est « l’anti-soi ».

La religion est alors mise en place de ce qui structure l’appareil de pensée des jeunes paumés: le sentiment de culpabilité lié aux  petites pratiques délinquantes se mue en un sentiment de restauration morale et de réhabilitation qui lui même entraîne un reconnaissance envers la religion qui permet cette revalorisation de soi.

Il s »agit d’une conversion , même si la religion était déjà là, mais pas dans cette place centrale. Désormais , toute le vie , si apparemment dépourvue de sens et de but  jusque là, est rendue cohérente, justifiée, embellie.

A partir de là , comme dans toute conversion,la religion devient l’unité de mesure de toute chose , la vie n’a plus d’autre finalité que de mettre en actes cette religion.

Parallèlement , apparaît la place  pour des guides en religion,des « maîtres » qui guident le néophyte su la voie de la « compréhension » de cette religion.Là ou le cadre familial, plus ou moins désagrégé comme chez  Merah, a fait défaut , le soutien personnel et le cadre de la religion remplacent la structuration par  l’exemple et l’entourage familial.Les agents recruteurs et les manipulateurs ont la voie libre, et vont pouvoir à la fois attiser la haine des candidats croyants envers la société environnante , leur présenter comme un devoir religieux de combattre -sans pitié- des adversaires définis comme ennemis de Dieu , développer l’idéologie du djihad comme une guerre glorieuse , l’aventure possible en ce siècle, la revanche de toutes les humiliations, l’accès à une vision héroïque d’eux mêmes.

Qu’il s’agisse de jeunes à la dérive ,ayant pénétré les mondes de la délinquance ( Merah est passé par la prison, qui est une forme  de stigmatisation , même si elle est méritée ), poussés par le ressentiment et la haine de se ressentir méprisés ou exclus , trouvant une armature pour leur pensée dans la religion ,ou que ce soit des personnes plus éduquées, mais toujours baignant dans la haine de la société, et trouvant  une possibilité de faire carrière dans cette haine , un processus s’engage, ou l’identité se structure autour d’une représentation du monde comme espace d’une guerre à mort , ou l’ennemi ne mérite ni considération , ni compréhension , seulement la destruction.

C’est ce qui constitue la « radicalisation » dont on parle tant: Peu à peu, l’ennemi est deshumanisé , considéré comme quelque chose qui n’ a pas le droit à la considération humaine , c’est l' »AntéChrist », l' »antiDieu », ce qu’étaient les Juifs pour les Nazis; Tous les moyens sont bons pour faire triompher la cause, qui se ramène souvent  à exister médiatiquement. L’ennemi est un Satan, une incarnation du Mal et le monde doit être débarassé de sa présence souillante.

Le point de départ,  la haine ,qu’elle soit liée à des expérience douloureuse ou à une personnalité de type paranoiaque (tempérament agressif , haine profonde , rigidité peronnelle , projection sur l’autre des responsabiblités)qui a sous tendu le choix , entre les différents systèmes d’idées, de celui qui justifiait ce sentiment, aboutit  à un renforcement de celle ci jusqu’au passage à l’acte  quand tous les barrages empêchant le meurtre ont sauté;

La terrorisme est dan son essence un système d’idées qui légitime le meurtre comme moyen d’action politique et tout son appareillage est destiné à convaincre ses adhérents de la valeur morale de ces meurtres.C’est une éducation , ou une rééducation qui prépare à donner la mort.

On est donc là bien loin de la folie individuelle , même si les déséquilibrés -ou les personnes à l’équilibre fragile- constituent des recrues naturelles pour ces mouvements.

Les réseaux islamiques constituent une véritable « école de la haine » ,où l’éducation de la haine est poursuivie systématiquement, martelée  et répétée indéfiniment. Mais il faut bien comprendre que ce sont  les choix du postulant qui sont premiers , inspirés par la haine et le ressentiment initiaux. Comme des étudiants choisissent leur filière d’études et ensuite adoptent les valeurs de leur monde professionnel, les individus qui choisissent d’écouter prédicateurs et instructeurs du djihadisme y trouvent fondamentalement un écho à leurs sentiments les plus profonds : ressentiment contre la société ,volonté d’effacer une part de leur existence considérée comme « nulle »et de la remplacer par un « être nouveau »,construire un nouveau récit de leur vie , au prix éventuel de celle ci. Les officines islamistes proposent un produit tout fait , une identité neuve comme un faux passeport, à des gens qui ne veulent plus de leur identité réelle. Des jeunes  violents,déjà en rupture avec la société , peuvent être encouragés à approfondir cette rupture et recevoir des certificats d’héroïsme pour des actes barbares qui leur donnent un (bref)sentiment de toute puissance . La difficulté  de soutenir l’identité mélangée  des immigrés ou des beurs, la nécessité d’une capacité d’élaboration  de cette  situation génère des désirs de simplification, qui trouvent chez certains l’issue d’une réduction identitaire à un seul des termes. Ceci leur procure  le sentiment d’une sortie miraculeuse des contradictions angoissantes antérieures par ce  renversement radical.

Le monde est simplifié par une opposition manichéenne entre le Bien et le Mal. Le sentiment de toute puissance donné par la possession des armes et le « droit » de tuer  produit une exaltation qui efface le sentiment d’être un « perdant radical ». Le candidat djihadiste peut se transformer en machine à tuer, jouir de la crainte qu’il suscite , avoir l’illusion de tenir tête à des états puissants, et se perdre dans la rêverie d’un monde purifié par l’éradication de ceux qui ne partagent pas son système d’idées , ennemis directs ou reste de la population considérée comme  complice , enfants compris.

La radicalité est toujours simplification , refus des complexités et des pluralités. Ceux qui choisissent de voir uniquement la face sombre du monde peuvent devenir des monstres, tueurs « fous » qui à un moment, sortent de l’humain qui ne les a pas apprivoisés. Des esprits pervers s’emploient à les y pousser. « Le Monde »  du Weekend  , en faisant sa Une  sur l’interrogation : fait divers ou fait politique ,tente de tordre le cou à la réalité: un attentat terroriste meurtrier, fait au nom de AlKhaida , n’ezst pas un fait divers , c’est un fait politique .Tenter de faire comme si il y avait un doute , comme si le terrorisme islamiste pouvait se ramener à un malaise social , et à une dureté de la société vis à vis des pauvres immigrés fait partie du déni pratiqué par la gauche ,et est un cheval qu’elle aurait bien voulu pouvoir enfourcher dans l’affaire Merah, dans la bataille des présidentielles.Dépitée de ne pas voir se confirmer ses premières hypothèses attribuant les attentats à l’extrême droite, la gauche se réfugie , pour une partie d’entre -elle , dans la mauvaise foi qui attribue à l’inéquité sociale la cause , et l’excuse, du terrorisme. On ne se refait pas

GB