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SHIMON PERES sur l’Iran: »nous nous approchons de la ligne rouge ».

mars 15, 2013

Dans un entretien accordé au « Monde » du 13 mars 2013, le président israélien,  avant le discours qu’il doit prononcer devant le parlement européen à Strasbourg ou il a l’intention de demander la fin de la mansuétude dont bénéficie le Hezbollah et son inscription sur la liste des organisations terroristes, évoque l’échec actuel des sanctions à stopper l’enrichissement de l’uranium par l’Iran, chose que chacun constate. Régulièrement, à chaque échec des « négociations » avec les Occidentaux, les Iraniens franchissent un pas dans l’escalade des menaces et des provocations et annoncent la mise en service de centrifugeuses supplémentaires .

Benyamin Netanyahou avait fixé des lignes rouges en septembre 2012 à l’Assemblée générale de l’ONU. A la question de l’interviewer de savoir si « on » s’en approchait, Pérès répond « oui, nous nous en approchons », mais c’est pour diluer immédiatement la menace en ajoutant  » il n’y a pas une seule estimation en la matière: est ce une question de mois, d’années ou de plus… »

On ne peut qu’être sidéré par une telle réponse: Qu’est ce qu’une question « d’années ou plus »: une question de décennies, ou de siècles? Le président Obama vient lui même de chiffrer à un peu plus  d’un an le délai pour que l’Iran possède la bombe, et le président d’Israël l’évalue à « des années ou plus »! Cela frise la désinformation. Derrière la « prudence » des propos, on voit poindre le parti pris pacifiste qui tente de noyer les faits dans un brouillard de mots.

Que un président de l’Etat d’Israël soit tenu à la prudence diplomatique,et qu’il ne s’enferme pas dans des gesticulations sans autre effet que de pousser des alliés  à prendre leurs distances pour ne pas se laisser entraîner sans raisons impérieuses dans un conflit  dont les conséquences peuvent  être gravissimes , cela va de soi.

Mais dire « que l’on s’approche de la ligne rouge » en disant dans la même phrase que il faudra que tous les alliés tombent d’accord sur la définition de la ligne rouge (on devine que certains pays seront particulièrement difficiles à convaincre, voire impossible, et que le temps de  les persuader donnera largement le temps aux dirigeants iraniens de construire plusieurs bombes, ce qui modifiera totalement les données du problème, en placant les protagonistes devant le risque d’une attaque nucléaire sur leurs ressortissants. Quand on voit les pays plier et négocier pour une demi douzaine d’otages, et leur agenouillement devant les opinions publiques, que ce passera-t-il devant la menace de centaines de milliers de morts. Quels dirigeants politiques prendront le risque d’affronter les démagogues qui surferont sur la vague de la peur quand les Iraniens auront pour de bon la Bombe?

En fait, c’est tout le passé travailliste de Shimon Pérès qui ressort au détour de cette phrase, son rejet instinctif de la guerre, et son espoir de l’éviter par la négociation, même quand tous les signes de la réalité contredisent cette espérance. Les dirigeants iraniens n’ont pas d’autre stratégie pour maintenir le pouvoir dont ils se sont emparés que de le sanctuariser par le chantage nucléaire, ils n’ont pas d’autre tactique que de gagner du temps, du temps et encore du temps. Leur dire que la limite à ne pas dépasser sera , « peutêtre « , placée dans quelques années ou plus revient à leur envoyer un signal  d’hésitation et de crainte qui ne peut que les renforcer dans la certitude que leurs adversairesz bluffent et n’oseront pas.

La dictature religieuse qui s’est emparée du pouvoir en Iran ne pense qu’à une chose:pérenniser son contrôle total de la population iranienne, étendre son influence sur les masses musulmanes de la région, prendre la tête du mouvement de haine et de rejet de l’influence de la culture occidentale  dans un choc des civilisations qu’elle veut exacerber par tous les moyens. Son mépris de la démocratie, des droits humains et de la pensée libre n’a eu d’égal que celui des grands systèmes totalitaires: communisme et fascisme hitlérien, qui ont produit des crimes par dizaines de millions, et créé, comme cette dictature, terreur politique, crimes systématiques, sauvagerie froide camouflée derrière des idéaux.

Le délire nazi et la paranoïa stalinienne n’ont pu être  vaincus que par une force supérieure, comme toutes les dictatures qui jamais ne renoncent de leur plein gré, la Syrie en est le dernier exemples, et jamais le massacre de son propre peuple n’ a posé de problèmes à un dictateur , encore moins celui de peuples voisins.

La solution du problème palestinien est peut-être la réalisation de deux états, mais qui peut nier, voyant comme la restitution aux Palestiniens du territoire de Gaza a conduit à la naissance d’un état  terroriste, gouverné par un groupe fanatique religieux et qui sert de  base de lancement pour des centaines de missiles  contre Israël, que aucune confiance ne peut exister quant aux  intentions pacifiques des Palestiniens si ils obtiennent cet état à côté de l’Etat israélien.C’est cette évidence qui a anéanti le succès d’une organisation pacifiste comme « La Paix Maintenant », qui est apparue aux yeux des Israéliens  comme une organisation niant la réalité de la menace pesant sur Israël et passée entre les mains d’un noyau sectaire qui n’écoute qu’un seul son de cloche: celui des critiques d’Israël, et est sourd à toute remise en cause du camp palestinien.

Shimon Peres , tout en disant que il y a eu un progrès majeur dans les négociations par le fait que la droite et la gauche, en Israël, ont toutes deux admis l’idée de la solution à deux  états, reconnaît  que le précédent de Gaza a rendu les Isréliens méfiants, et que « nous devrons tirer les leçons des étapes précédentes. »

Là encore, le flou artistique de la formule permet d’envisager tout et son contraire. Car s’il est vrai que il n’existe pas vraiment d’alternative à la solution des deux états, celle ci paraît bien totalement impraticable actuellement, et les isréliens ne sont pas prêts, dans cette période de danger mortel pour leur état, à donner un « tiens » sur la sécurité en échange pour un « tu l’auras » pour la paix, très peu crédible en ces temps d’islamisme meurtrier qui s’étend comme une gangrène dans les pays musulmans.

Finalement,on peut voir  à travers les déclarations de Shimon Pérès, le malaise d’une gauche israélienne, héririère des idéaux du sionisme initial,mais décalée par rapport au pays profond qui lui a retiré sa confiance , et qui   tente de résister à la poussée extremiste appuyée sur le mouvement des colons et des extrêmistes religieux. Les formules emberlificotées de Pérès montrent comment cette gauche ne trouve plus les objectifs cohérents à la fois avec ses principes et avec la réalité, qui lui feraient retrouver la confiance de la population.