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Du nazisme à l’islamisme, la paranoia et l’hystérie ont fait le lit des dictatures folles des dernières décennies.

mars 17, 2014

Le débat sur la folie de Hitler et du peuple allemand qui l’a suivi comme celui  sur la  pathologie mentale des Kamikazes islamistes  tourne souvent au débat de spécialistes qui s’empoignent sur les termes  faute de trouver un langage commun dans leur spécialité.

La mise en oeuvre dans les nouvelles classifications internationales de psychiatrie de la notion de « troubles de la personnalité » ( personnalité paranoïaque, obsessionnelle, phobique, antisociale, etc.) a abouti à  résoudre la contradiction entre « caractère paranoïaque « et « psychose délirante paranoïaque ». Il existe donc des personnalité pathologiques, dans leur vision du monde, leur fonctionnement mental, sans pour autant qu’elles rentrent dans le cadre des psychoses, qui signifient  la perte  du sens de la réalité et de la capacité à vivre en société. Ces personnalités peuvent, pour ce qui concerne la paranoïa, rester en deçà du délire qui transforme toute la réalité, ou parfois franchir la ligne de démarcation et s’enfoncer dans le monde irréel du délire.

Ce qui est interessant dans les situations historique du développement du nazisme ou de l’islamismes, c’est justement de constater comment des peuples peuvent ne pas voir  la monstruosité des conséquences des axiomes développés par les leaders charismatiques,  et se trouver entraînés,par leur propre choix,  à donner corps , de tout leur coeur pourrait on dire , aux conséquences épouvantables  qu’elles entraînent.

Les Allemands, ennivrés de désir de revanche, et imbus du sentiment de leur supériorité, désireux d’être le peuple dominant de l’Europe, se sont saoulés de l’image de puissance et d’héroïsme  qui leur a étérenvoyée par le leader charismatique qu’était Hitler.

L’esprit de groupe, ou de meute qui a été systématiquement  développé par la propagande sans contrepoids du régime, a encouragé la satisfaction des pulsions les plus primaires (faire souffrir, puis éliminer l’adversaire, au terme d’une savante déshumanisation,être craint et tenir l’autre à sa merci, le prototype du modèle étant le gardien de camp de concentration.)Surtout, après l’élimination des intellectuels ou des religieux qui pouvaient faire entendre  des voix discordantes et un rappel des règles humaines de base, réduire le monde à un affrontement mythique binaire entre  le Bien et le Mal, supposés être représentés par les deux « races » qui constituaient le mythe intérieur de Hitler et de ses acolytes, créait les bases d’une police de la pensée ravageuse.

L’interprétation générale du monde  par ce « credo »  était acceptée par une certaine partie du peuple allemand chez qui l’antisémitisme faisait partie de la culture politique depuis le siècle précédent. ce qui exclut  qu’on puisse l’appeler délire, qui  se caractérise par le fait que personne sauf le sujet délirant ne peut croire à sa réalité.

La caractéristique de ce système de pensée était son jusqu’au-boutisme, la surenchère de haine qui se développait à chaque période. C’est cette potentialité de surenchère qui constitue le possible danger, et parfois la porte d’entrée du délire chez le paranoïaque.

C’est ce clivage absolu entre le Soi victime et le monde extérieur supposé agresseur qui est à la base de la Paranoïa, sous sa forme de trouble de la personnalité ou sous sa forme délirante. Les 4 caractéristiques  cardinales de la Paranoïa: surestimation de soi, agressivité,susceptibilité extrême et fausseté du jugement se retrouvent  au coeur de la personnalité de Hitler, mais ce qui est frappant, c’est la manière dont les Allemands ont été enthousiasmés par cette vision biaisée  du monde et fascinés par  la force de conviction del’image qu’il donnait et à laquelle ils aspiraient à ressembler.

La vision du monde de la Paranoïa est fondamentalement binaire, structurée sur le mode de l’opposition bon/mauvais et agresseur/victime. Or le monde de la politique est aussi en grande partie divisé sur ce mode, ce qui fait que les sujets paranoïaques s’y sentent naturellement à l’aise et en parlent souvent facilement le langage. Tous les systèmes dictatoriaux, qui ont abouti à des dictatures personnelles ont utilisé ces dialectiques de diabolisation de l’ennemi ( Staline et et les « vipères lubriques » trotskistes, PolPot et les ennemis de la nation Khmère, les Islamistes et « l’entité sioniste ».

Le paranoïaque pour qui l’alternative bien/mal se ramène à l’opposition complot persécuteur/ victime innocente  propose une solution simple au conflit de conscience: le Mal, c’est l’Autre.

La conscience de la complexité du problème a conduit beaucoup de gens à simplifier la question en déléguant l’option à un directeur de conscience: le prêtre, mais parfois aussi le Parti ou même l’Etat.

C’est ce dont rêvent les Islamistes ( ils l’ont fait en Iran, avec  arbitraire, tortures et exécutions sommaires):Toute autorité est réservée à Dieu ( et par défaut à ses représentants). Toutes les religions regardent d’ailleurs d’un mauvais oeil la prétention des humains à exercer leur libre arbitre, cet orgueil humain est souvent puni dans les textes sacrés (Prométhée chez les Grecs, Adam et Eve au Paradis, le Déluge, etc.

Mais la religion islamique est sans doute plus intransigeante que les autres quant à la soumission absolue des humains  au règne divin.

La dévotion sans partage exigée par les nazis à la personne de Hitler, et celle des islamistes aux décisions des « Guides suprêmes » autorise tous les crimes commis en leur nom. meurtres d’innocents, trafics, tortures, viols, tout est justifié si c’est pour »la bonne cause », celle de Dieu.

Le subtil marché qui est passé entre les fanatiques binaires au pouvoir et les foules grisées de leur suiveurs, c’est la flatterie narcissique qui leur est offerte: être du côté du manche (qui cogne), avoir le sentiment dêtre un »juste » même dans le déchaînement des plus bas instincts,  se penser supérieur vis à vis de ceux dont on a senti (ou imaginé)le mépris de classe ou de caste. C’est la revanche des imbéciles , des brutes ou des incultes sur l’intelligence et la culture. La force est glorifiée, l’esprit piétiné avec rage. L’anti intellectualisme est  mis en avant, les intellectuels persécutés (au Cambodge de PolPot, porter des lunettes signe un arrêt de mort, les intellectuels indépendants n’existent pratiquement pas dans le monde arabe.

Dans le nazisme,à la paranoïa des meneurs répond l’hystérie des suiveurs: emportés par l’ivresse du sentiment de toute puissance produit par la décharge des haines contenues et la libération de l’inhibition morale antérieure, jouissant de la transgression autorisée de tous les tabous sociaux, s’identifiant aux images de force brutale et de sauvagerie sans retenue, soutenus par l’effet de groupe qui court circuite la réflexion au profit des impulsions immédiates.  La fusion dans le groupe devient la drogue distribuée par les élites,qui satisfait  la masse désireuse d’échapper à l’étroitesse de sa vie  intime: se perdre dans le grand tout  et s’identifier à celui ci devient le boulevard offert à la mégalomanie latente et à l’orgueil contrarié des foules hystériques. La masse jouit de sa soumission à un maître dont elle pense que une part de la puissance rejaillit sur elle: elle « participe » au prestige du leader en contribuant à la réalisation de sa vision.

Dans l’islamisme, le leader suprême est tout simplement devenu Dieu lui-même. Ce n’est pas un humain déifié par le culte de sa personnalité, mais Dieu lui-même embrigadé par ses représentants.Ce n’est évidemment pas son apparence qui lui donne son aura, mais son statut divin, par définition au dessus de tous les humains, et sa place de fondateur-créateur de l’humanité, doté de l’autorité absolue.

Comme personne ne peut avoir accès à lui directement, la foi s’organise autour du Parti de ses « représentants », qui  s’appuie sur l’interprétation des textes sacrés qui leur convient, et sur qui rejaillit l’autorité suprême venue du « père fondateur de l’humanité ». De tout temps, les Eglises ont constitué des corps intermédiaires entre les Dieux et les masses, porteuses de la culture religieuse et dotées de l’aura de la culture qu’elles transmettent et dont elles sont censées incarner les valeurs. Leur pouvoir d’influences est resté lié au maillage de la société qu’elles ont réalisé et à la cohérence de l’architecture mentale qu’elles ont apporté aux populations.

Les fondés de pouvoir de ce Dieu, qui ont bien saisi que tout pouvoir donné à Dieu revient entre leurs mains , ont conçu le système d’une dictature de Dieu qui gouverne tous les aspects de la vie quotidienne comme de la vie politique. Là encore, le monde est divisé en deux blocs, celui du Bien et celui du Mal,,et est le siège d’une guerre totale entre croyants et « mécréants » qui justifie l’emploi de tous les moyens ( y compris le meurtre des innocents et l’usage de la violence contre les « dissidents »). Là encore se manifeste le clivage entre les masses, humiliées et frustrées  par la dégradation de leur prestige depuis les temps glorieux du rayonnement de leur culture,  et à qui les patrons de ce système politico-religieux  serinent qu’ils sont le sel de la terre et des opprimés à qui la revanche viendra, et les leaders qui ont poussé à la limite les développements de cette paranoïa qui aboutit au rêve d’un pouvoir universel.

Comme dans le nazisme; les masses frustrées, atteintes par une image dégradée que leur renvoie la civilisation moderne, se jettent dans l’idéologie qui leur promet la rehabilitation et la revanche. La religion fournit le matériau de  la communauté de pensée et l’appareil religieux  les cadres et un certain support logistique à l’appareil politico-religieux qui se développe. Le communisme en avait établi un modèle, apte à susciter le dévouement et le sacrifice de millons de personnes; en promettant la revanche aux « damnés de la terre ». Ce sont eux  qui ont subi la damnation des camps, de la terreur, et du pouvoir absolu des maîtres du système.

La vision du monde manichéenne et victimaire des meneurs rencontre le désir de revanche et la haine rentrée  des masses qui exultent quand on leur fournit les mythes qui leur permettent de contredire leur sentiment de non-valeur.Elles peuvent ainsi , par une conversion intellectuelle, se rallier au régime « révolutionnaire », en imaginant réécrire leur histoire et effacer la honte ou la culpabilité antérieures ( pour les délinquants par exemple, qui dans l’islamisme comme dans le nazisme, voient leur stigmatisation renversée en  héroïsation de leurs actes.).

La « désintégration » pour reprendre le titre jouant sur les mots d’un film racontant la trajectoire de  rejet de l’intégration d’un jeune beur qui finit,manipulé par un jihadiste, comme candidat  kamikaze, menace  les masses musulmanes souffrantes de leurs difficultés sociales et identitaires. La paranoïa des dirigeants islamistes propose une échine dorsale et un « reset » aux  jeunes  gens déboussolés par les contradictions entre  culture  de leurs pères et culture du pays d’accueil.

Les apôtres de la révolte contre  la civilisation ont des beaux jours devant eux. Le peuple des victimisés attend les chefs qui donneront voix  à leur ressentiment.

GB