Archive for the ‘nazisme’ category

La disparition de Joseph Mengele, un livre de Olivier Guez, chez Grasset

août 28, 2017

Le roman de la traque de Joseph Mengele, »médecin d’Auschwitz »,  est un livre basé sur les faits réels sur lesquels l’auteur a enquêté et qu’il a complété par la reconstruction du caractère et des pensées de ce criminel de masse, emblème de la férocité autant que de la bassesse des nazis.

Le suspense est magistralement soutenu jusqu’à la fin, et réalise comment une vengeance s’est réalisée  dans la transformation en enfer minable de la fin de la  vie de ce criminel, contraint de se cacher et de s’enfuir perpétuellement, gouverné par une seule terreur: celle d’être reconnu par un survivant d’Auschwitz et d »être abattu par un commando de « vengeurs » ou capturé par le Mossad, comme son alter ego  Eichmann, etemmené en Israel pour y finir pendu.

La trouille, il n’y a pas d’autre mot , a envahi toute l’existence et les pensées de cet ancien bourreau qui a régné sur la vie et la mort de centaines de milliers de juifs passés par le camp de la mort. L’une des surprises  produites par ce roman, c’est de découvrir l’absence totale de remord, et au contraire la variété des discours de justification qu’il peut produire.  Comme le dit l’auteur, il y’a eu une rencontre entre l’ambition énorme , une absence de scrupules totale,  et une idéologie venimeuse qui lui a fourni un alibi total  pour son projet de notoriété dans le domaine scientifique pour laquelle il n’avait pas l’ombre d’une qualification. Les expériences démentes auxquelles il s’est livré à travers des crimes atroces montrent le niveau de nullité scientifique et de bêtise criminelle auquel il se trouvait. IL voulait être un savant reconnu et n’est arrivé qu’à être un monstre stupide, encouragé certes par les autres idiots qui l’entouraient et étaient promus aux plus hauts postes scientifiques et universitaires par le triomphe d’une idéologie qui faisait la synthèse de toutes les idées fausses et malsaines de l’époque (eugénisme,  sociologie darwinienne,  etc. )Les maîtres du régime étaient eux mêmes à la recherche d’une validation scientifique de leurs propres divagations, et prêts à flatter n’ importe quel gourou qui défendrait leurs fumeuses et criminelles idées.

Ce qui est intéressant dans ce livre , c’est la façon dont Mengele s’autopersuade de l’importance de sa  « mission » ( =prouver les théories insanes racistes du nazisme) et dont il peut parer les actes les plus ignobles de qualificatifs nobles en rapport avec une tâche scientifique.. Le point de départ paraît clairement le désir narcissique du personnage qui a adopté sans réserve  une théorie qui le qualifie de « soldat » alors qu’il n’est  que du niveau d’un laborantin qui développe des élucubrations et qu’en fait de soldat, c’est un lâche trouillard qui transpire  sang et eau à la pensée d’une vengeance de ses victimes.

La minimisation de ses crimes quand il est sommé de répondre aux questions de son fils qui voudrait l’entendre exprimer des regrets, n’est qu’un camouflage. La théorie nazie a bien rempli son rôle de déshumanisation complète des Juifs pour lesAllemands, aux yeux de qui il ne sont que des insectes à écraser .La correspondance est parfaite entre l’homme pour qui  seul son intérêt compte et donc pour qui l’autre n’existe pas et une théorie qui défend les droits du plus fort et stigmatise la pitié comme une faiblesse indigne.

C’est de l’écart entre ce désir d’être admiré et les capacités réduites du personnage que naît le projet démentiel qui efface toute notion d’humanité, ne laissant que l’orgueil sans bornes qui nécessite de fermer sa conscience à toute pensée qui le contredit ou le réduit.
On arrive là aux frontières de la paranoïa, avec ses caractéristiques: surévaluation  de soi, susceptibilité, agressivité, fausseté du raisonnement.

Un autre intérêt du livre est sa description de la colonie nazie dans plusieurs pays d’Amérique Latine , en particulier l’Argentine ou il décrit impitoyablement le rôle de Peron et sa sympathie active pour les nazis, son rêve jusqu’à la défaite de 1945 d’une alliance avec l’Allemagne nazie contre les Etats Unis. Les réseaux nazis, riches et puissants en influence, organisent la défense des nazis ayant fui l’Europe, et tissent un réseau efficace de complicités qui freinent ou sabotent les recherches lancées contre les « pointures » nazies. Ensuite ce sera la lutte contre les guérillas et les partis de gauche, menées par les dictatures militaires, qui recrutera ses auxiliaires dans ces réseaux nazis. Puis, petit à petit, les nazis vieilliront,  constateront que le monde et l’Allemagne change, et leur espoir d’un « 4ème Reich  » s’effacera, ils mourront les uns après les autres, les dictatures disparaîtront et la solidarité nazie s’estompera.

Restera la description de la fuite de Mengele, toujours plus isolé, mais en partie par sa faute à cause du mépris qu’il témoigne à presque tous, qui ne sont pourtant pas pires que lui. IL finit auto enfermé dans une ferme perdue dans la forêt, puis, chassé par ses hôtes qui ne l’ont accepté que à cause de l’argent donné par sa famille et ne le supportent plus, vieillard cacochyme, au corps déglingué par la panique, à la limite de la démence, sans avoir pu établir de lien avec son fils qui ne l’a presque jamais vu. Un cancrelat, qui n’a jamais pu prendre le moindre recul par rapport à ses rêves de toute puissance que le régime nazi  a flatté à une certaine époque avant que sa médiocrité n’occupe le devant de la scène.

GB

 

Publicités