Archive for the ‘notes de lecture’ category

La volonté de puissance nihiliste , point commun du terrorisme islamiste et de la terreur nazie

mars 28, 2010

Klaus Mann , le fils de Thomas Mann ,  dans un de ses écrits anti -nazis publié sous la forme d’un recueil intitulé « Contre la barbarie » , racontait comment il s’était par hasard  trouvé assis dans une brasserie munichoise à quelques mètres de Hitler et s’interrogeait sur la façon dont le monde avait pu laisser un personnage aussi minable développer son système de crime et de folie . Il faisait déjà preuve d’une immense lucidité, à l’époque ,  en dénonçant sans relâche  les lâchetés et les bassesses des intellectuels qui se ralliaient ou faisaient preuve d’ambigüité vis à vis  du discours mensonger, criminel et ennemi de toutes les valeurs spirituelles et civilisées tenu par les nazis , et en révélant les deux ressorts fondamentaux de Hitler  ( dont il disait , reprenant la critique d’un autre , qu’il n’y avait pas à en faire la caricature tant il était lui-même sa propre caricature):

– un égocentrisme monstrueux, dont il avait lu la présence dans ce regard froid et vide qu’il avait croisé dans cette brasserie

–sa volonté de détruire tout ce qui l’entourait.

Dans sa lucidité prémonitoire, Klaus Mann avait perçu  ce qui était fondamental dans le nazisme , derrière le bazar idéologique raciste et nationaliste : le fait que tout cela pouvait être  toujours abandonné d’un instant à l’autre si la recherche du pouvoir l’exigeait – et malheur à l’idiot qui prenait au mot  ces idées ou ces déclarations. Les seuls nazis intelligents étaient ceux qui comprenaient que tout cela n’était que l’habillage nécessaire à la pure volonté de puissance , qui s’exprimait d’ailleurs  dans le discours  idéologique sur les êtres supérieurs et les êtres inférieurs , et dans le pouvoir absolu de vie et de mort résumé  dans le mot ou le geste -gauche -droite – qui dans les camps décidait de la vie ou de la mort des êtres humains.

La volonté de puissance nue, exprimée  dans le sadisme des rapports à l’intérieur du système lui même , comme dans l’idéologie débile du surhomme ,et dans la réduction  de l’existence aux purs rapports de force , ne pouvait conduire que à l’anéantissement de l’Autre indéfiniment renouvelé.

Klaus Mann l’avait parfaitement compris en disant très tôt après la guerre que même si les nazis avaient gagné la guerre contre les Américains et les Russes , , ils se seraient trouvé d’autres adversaires à combattre ( y compris dans leurs rangs s’il le fallait) par ce que justement la volonté de puissance ne s’éprouvait que dans l’anéantissement de l’autre répété à l’infini.

En même temps , la compréhension fulgurante qu’il avait eu , en un regard , de la minabilité de Hitler  donnait la clef de cette volonté de puissance exacerbée jusqu’au crime de masse: la « banalité du mal »  développée par Hannah Arendt était  l’effet de la médiocrité humaine  fondamentale de ces nazis  et du refus de se reconnaître en elle : La galerie de médiocres grotesques des dirigeants nazis est édifiante : Eichmann , le bureaucrate obséquieux ,Himmler , le « surhomme » grassouillet ,  Goering , l’obèse vaniteux , etc… Tous ces hommes, pour avoir le sentiment d’exister , ont choisi de se surpasser dans le Mal, à défaut d’être capables du Bien. C’est ainsi que se constitue une collection de cas de nihilistes , ivres d’orgueil et de toute puissance , choisissant d’être par le pouvoir de tuer , de détruire , de terroriser,et d’anéantir et jouissant de ce pouvoir.

C’est là que gît la nature perverse du nazisme et du terrorisme : ils sont pur plaisir de dominer , de maîtriser  , de faire souffrir et de détruire l’ Autre , pure jouissance tirée  de la haine déclenchée par le fait que l’ Autre existe malgré eux et mieux qu’eux.

On rejoint par là la thèse de H.M. Enzensberger sur le « perdant radical »  qu’il définit comme celui  qui a l’impression  de n’avoir aucune des raisons de de satisfaction qu’ont les autres ( réussite personnelle , familiale , sociale ) -le raté intégral qu’était Hitler , peintre raté et clochardisé – et qui est envahi par la rage et la haine contre les autres qui ont réussi ou qui ont au moins une part de satisfaction dans la reconnaissance d’un statut valorisant quelconque : machisme de certains groupes , orgueil des « petits blancs » de faire partie d’une « race supérieure » ,etc.

C’est ce qui se passe dans l’univers des terroristes islamistes , ou l’on voit se dessiner une opposition entre les petits soldats que l’on envoie se faire sauter,  qui croient  dans le fatras idéologico- religieux qu’on leur administre , et sont poussés par la rage et l’humiliation de leur sentiment de non existence , et la haine de voir les autres exister tranquillement à côté d’eux, et  les dirigeants , qui vivent une épopée du Mal , jouissent de faire irruption sur la scène de l’Histoire et des médias , prennent la mesure de leur puissance par les difficultés des démocraties à trouver la parade à  leurs techniques de meurtres de plus en plus raffinées ( les dernières trouvailles étaient les explosifs cachés dans l’anus des terroristes et  les explosifs liquides injectés dans la poitrine de femmes -kamikases).

Là encore , on retrouve  dans l’idéologie d’Al Kaïda (à distinguer du simple intégrisme musulman) des similitudes avec l’idéologie nazie : la domination de la religion musulmane  comme but à remplacé la domination de la race germanique , le « complot »  sionisto-américain  a remplacé le complot judéo-ploutocratico américain , la démocratie est méprisée comme il y a 60 ans et ses faiblesses  exploitées cyniquement .

La seule différence est la détermination des puissances occidentales – malgré l’existence d’un courant pacifiste dans les pays européens qui refuse l’idée de se battre contre le danger et préfère se fermer les yeux , à l’image des munichois de 1938 , inconscients des immenses souffrances qu’allaient leur infliger – en plus du déshonneur – leur lâcheté et leur aveuglement.

Comme à l’époque des nazis , il n’existe pas d’alternative. La lutte ne cessera que par la destruction de l’un des protagonistes.

Klaus Mann disait que « Hitler n’était pas un génie du Mal ni un surhomme diabolique.Il était simplement  d’une méchanceté peu commune et un peu cinglé ».

On peut ajouter que les hommes  sont souvent prêts à suivre ceux qui flattent leurs pulsions insatisfaites , ce que savent  tous ceux qui veulent le pouvoir , et que Hitler avait compris quelles étaient celles de la masse du peuple allemand, comme les dirigeant terroristes islamistes  comprennent les frustrations  , les humiliations et les souffrances des masses musulmanes. La volonté de puissance est une composante  fondamentale de l’humain. Elle rejoint quand elle devient un but en soi la pulsion de mort imaginée par Freud ,pulsion de haine et de destruction , et de lutte contre l’Esprit.

Le terrorisme islamique de notre époque montre que les masques que peut prendre la recherche perverse de cette jouissance  sont infiniment variés et renouvelables et que tous les peuples peuvent céder à l’appel des sirènes séductrices de la volonté de puissance , même les plus cultivés et les plus éduqués , comme les peuples européens de l’entre -deux- guerres.

Publicités

LA DERNIERE UTOPIE , un livre de Caroline Fourest sur les menaces qui pèsent sur l’ universalisme

mars 12, 2010

Une utopie se meurt, l’universalisme: c’est la conclusion que tire Caroline Fourest en disant que cette ambition au coeur de la révolution Française, gravée dans le marbre de la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948, lui semble à bout de souffle.

Aux Nations Unies, certains états invoquent des « circonstances nationales » pour ne pas appliquer les droits de l’homme, et le « respect des religions »pour limiter la liberté d’expression. Au nom de la « diversité » des politiques cultivent le droit à la différence contre le droit à l’égalité. Au nom de la résistance à l’impérialisme, des militants amalgament universalisme et néo-colonialisme. Au nom de la tolérance , on tolère le fanatisme..

Peut-on tout tolérer -l’excision et l’infanticide –  au nom des coutumes ? Faut – il organiser des créneaux non mixtes dans les piscines ? Retirer les sapins de Noël des places publiques ?

Comment être antiraciste sans tolérer l’intégrisme, refuser la confusion multiculturaliste et la tentation monoculturaliste?

Droit à la différence ou droit à l’indifférence:

CF examine  la façon  opposée dont l’antiracisme s’est constitué en France et dans les pays anglo-saxons.

Elle remarque entre autre chose la façon dont en France ,le rapport à l’identité  à été lié  plutôt à l’idée de choix de vie fondé sur un libre arbitre (cf Renan et l’idée de nation et les conceptions philosophiques existentialistes) plutôt que à l’idée d’une nature  biologique ou constituée  principalement du legs des générations antérieures.

Revenant sur le succès récent du terme de « diversité » , elle montre comment la volonté manifestée par  le gouvernement à un moment d’introduire le terme dans la constitution aurait eu , si le Conseil  Constitutionnel ne s’y était pas opposé, pour effet d’orienter dans un sens plus « différentialiste » les politiques publiques , favorisant le droit à la différence plutôt que celui à l’indifférence.

La question des statistiques ethniques, souhaitée par le gouvernement, montre comment dans tous les secteurs, l’influence des modèles anglo-saxons , supposés affronter la question des différences ethniques avec plus de courage que  en France, a poussé dans un sens corrigeant l’universalisme républicain et le faisant glisser vers le modèle multiculturel  anglo-saxon.

Les lobbies communautaristes se sont engouffrés dans la brèche, espérant trouver dans  ces statistiques  des arguments leur permettant d’exercer une pression pour obtenir une proportionnalité avec les chiffres des populations « particulières » , avec  à la fois un argument « égalitariste » (tant de membres du groupe nécessitant un nombre proportionnel d’élus,  un pourcentage égal d’admis dans les universités, les directions d’entreprises et finalement dans toutes les professions,), et une menace  électorale sous jacente.

On a vu ainsi le CRAN , se présentant comme le représentant des Noirs en France, défendre les statistiques ethniques contre les mouvements antiracistes ,  en s’appuyant d’ailleurs sur des statistiques  fantaisistes, surestimant largement l’importance de la communauté noire en France

Ce problème rejoint celui de la « discrimination positive »,  où , là aussi , le gouvernement a commencé par envisager des mesures à l’américaine avant de revenir à des positions plus républicaines, c’est à dire visant à corriger les inégalités sur la base de critères sociaux et économiques et non communautaires ( exemple: l’admission d’élèves venant de milieux défavorisés  dans des grandes écoles non par des places automatiquement réservées ou un concours spécial, mais par la mise en place de moyens de soutien plus adaptés ( bourses, tutorat, classes de préparation adaptées ).

Inversement, les excès de l' »affirmative action » montrent les dérives possibles de ce système . La loi, en Union Sud Africaine qui  interdit d’embaucher un Blanc si un Noir à les compétences pour l’ emploi, a pour but initial de lutter contre le chômage de masse des Noirs, en partie consécutif à l’Apartheid antérieur, mais elle  conduit à la mise au chômage  et à la misère des petits blancs sans qualification. De plus , la loi a été biaisée en qualifiant les Chinois de « Noirs », sous prétexte que dans l’apartheid ,ils étaient rangés dans la catégorie de métis, alors que cette loi permet en fait, non pas de réparer l’injustice subie, mais d’embaucher les centaines de milliers de chinois émigrants récents avec l’implantation de la Chine dans le pays.

 »  Comment faire société, comment maintenir un minimum de valeurs communes tout en répondant à l’inflation de dérogations demandées au nom de la culture ou du du religieux ? » s’interroge CF Il  y a bien longtemps remarque -t-elle que la plupart des sociétés humaines ne sont plus des tribus homogènes. La nouveauté vient du fait que » la coexistence culturelle ne se fait plus par la force,la conquête ou la colonisation, mais de plus en plus sur la base du consentement. Ce qui  oblige à penser le pacte entre minorités et majorité là ou la norme et le rapport de force l’imposaient jadis. Où mettre le curseur pour respecter la diversité sans défaire l’unité.Répondre à ces questions suppose d’arbitrer entre différents types de liberté comme la liberté d’expression et la liberté religieuse; mais aussi d’arbitrer entre les priorités des différentes communautés lorsque les intérêts d’une minorité entrent en collision avec ceux de la communauté nationale ou avec ceux d’une autre minorité au sein de l’espace national ».

Sur la  question de l’équilibre entre langues régionales et langue nationale ,  reprenant la question ouverte par Mona Ozouf dans son livre  remarquable »Composition française  » (voir article sur le blog), CF exprime un point de vue partagé entre résistance à l’uniformisation et crainte de voir les particularismes régionaux menacer l’idéal commun. Ce problème rejoint celui de la coexistence entre langue nationale et langue des migrants. Elle cite l’exemple de la Californie ou plus du quart des habitants sont hispanophones, beaucoup exclusivement: une société peut elle se permettre de laisser un trop grand nombre de citoyens ne pas maîtriser la langue commune? N’est ce pas le meilleur moyen de conduire à la ghettoïsation des migrants et de les rendre vulnérables à l’exploitation?

Elle conclut que l’enseignement de la langue d’accueil est une condition sine qua non de l’égalité et de l’universalité, ce qui justifie la décision prise part de plus en plus de pays européens (Pays bas , France, etc.) d’imposer des tests de langue comme condition pour émigrer.. Elle remarque également le changement de contexte lié au fait que , contrairement à l’émigration de la génération précédente, la nouvelle n’envisage plus vraiment le retour au pays , ce qui à l’époque avait entraîné un programme d’apprentissage de la langue du pays d’origine, qui est tout à fait à contre-temps maintenant ou les enfants d’émigrés se retrouvent dans un entre-deux identitaire ou la double culture est plutôt source de déchirement.

Communauté et communautarisme :

CF  oppose les deux notions, la communauté n’étant rien d’autre qu’un regroupement sur la base d’une identité ou d’affinités culturelles , alors que le communautarisme est une démarche plus radicale conduisant à se regrouper dans le rejet des autres ou des règles communes, au point de vouloir déroger à l’universel.

Les exemples abondent du désarroi des institutions confrontées à ces demandes communautaristes qui se présentent sous le visage d’expressions  de la liberté religieuse et qui grignotent l’espace  des libertés publiques (demandes d’horaires de piscine interdits aux hommes ou réservés à ceux qui portent des tenues dites « pudiques » au sens religieux, refus de soins en urgence si il s’agit d’un médecin homme pour une femme,( plusieurs hôpitaux anglais se sont dotés d’une burka chirurgicale!)etc.

Le modèle d’intégration en débat:

CF reprend la définition donnée par Emile Durkheim de l’intégration: « Un processus par lequel une société parvient à s’attacher les individus, les constituant en membres solidaires d’une collectivité unifiée ». Elle rapproche cette définition de celle produite par le Haut Conseil à  l’intégration : »Sans nier les différences, en sachant les prendre en compte sans les exalter, c’est sur les ressemblances qu’une politique d’intégration met l’accent afin, dans l »égalité des droits et des obligations,de rendre solidaire les différentes composantes ethniques et culturelles de notre société, et de donner à chacun, quelle que soit son origine, la possibilité de vivre de cette société dont il a accepté les règles, dont il devient un élément constituant. ». CF souligne que ce modèle français d’intégration ne signifie en aucun cas la négation des différences, mais insiste pour que tous les citoyens se sentent partie prenante de la société. Ainsi, dit-elle , l’intégration se présente comme un juste milieu entre l’assimilation – cette contrainte normative poussée à l’excès-et l’absence de projet commun, sans lequel une société humaine se résume au partage de la richesse économique.

La confusion entre intégration et assimilation vécue comme uniformisation ne touche pas que les citoyens ordinaires.Le tableau que CF dresse  des positions prises par les sociologues face à ces questions , au coeur de leurs pratiques et de leurs réflexions, est effrayant par l’aveuglement , les parti-pris idéologiques, les préjugés, la fermeture aux réalités  et la foire d’empoigne dépourvue de toute objectivité qui caractérise  les points de vue dans ce secteur des sciences humaines.Entre l’assimilationnisme « franc » de Emmanuel Todd qui propose la fusion complète par exemple des Juifs dans la population , et le communautarisme revendiqué d’un Tobie Nathan , pour qui il n’existe pas  » de souffrance du migrant en dehors de son groupe » et pour qui tout universalisme est « une forme de domination occidentale » (sic) existent des innombrables intermédiaires.

CF insiste sur le fait que un certain multiculturalisme, qui il y a 20 ou 30 ans s’était développé en réaction au côté abstrait et conservateur du républicanisme de l’époque, n’a pas pris en compte les nouveaux défis et les nouveaux rapports de force qui traversent la société:percée de l’intégrisme,dégradation du vivre ensemble, montée des pressions communautaires sur les individus, recul du droit des femmes dans les quartiers populaires.Aujourd’hui  ou des mouvements réellement communautaristes et rétrogrades  veulent être tolérés au nom du respect des cultures et de la religion, le credo républicain vise moins à conserver une norme dominante qu’à protéger les acquis émancipateurs.. Dès lors, il change de sens et devient plus progressiste que normatif. Un certain nombre de sociologues refusent de revoir leur grille de lecture et hurlent de façon pavlovienne contre toute  exigence envers une minorité comme s’il s’agissait toujours d’une injonction raciste , xénophobe ou néocolonialiste.

Le Canada , berceau du multiculturalisme :

CF lui consacre une étude fouillée et au passage examine les théories du chantre canadien  et international du multiculturalisme: Charles Taylor , philosophe et homme politique de gauche (candidat aux élections): celui- ci a bâti tout un système philosophique qui distingue trois stades dans l’histoire mondiale des sociétés:: les sociétés hiérarchiques de l’Ancien Régime, valorisant l’honneur; l’idéal universaliste, valorisant au contraire l’égale dignité. Le troisième stade,tout en maintenant une dose d’universalisme, doit selon lui reconnaître « l’authenticité » comme étant la base de » l’idéal moderne ». « Avec la politique d’égale dignité , ce qui est établi est censé être universellement le même, un ensemble identique de droits et de privilèges; avec la politique de la différence, ce que l’on nous demande  de reconnaître, c’est l’identité unique de cet individu ou de ce groupe, ce qui le distingue de tous les autres.

On reste confondus devant le simplisme ridicule de la vision de l’histoire et la réduction des problèmes  de constitution des sociétés à un seul critère psychologique :celui d’un équivalent  de la crise d’originalité adolescente  , à la recherche d’une petite différence qui fonde  une identité en recherche d’elle même; La dimension vague du concept d’authenticité , dont on devine qu’il fonde une normativité de la collectivité restreinte ouvre la porte à tous les essentialismes suspects  (volkgeist, âme du peuple, voix du sang ,etc.) et à toutes les obligations de conformité (pour être un Allemand authentique, ou un musulman ou un juif authentique).

La polémique sur les signes extérieurs religieux; le problème du voile.

CF montre comment la bonne volonté  multiculturaliste se transforme en passoire face à des revendications religieuses radicales. « Empruntant le visage du minoritaire et l’accent du culturel, les exigences les plus intolérantes, notamment contraires à l’égalité hommes- femmes et à la liberté d’expression brouillent sa grille de lecture »

« Ainsi, le voile s’inscrit dans une reconquête politique qui défie le processus de libération des moeurs en proposant le sexisme comme réponse à la convoitise. Il est revendiqué par des mouvements qui veulent imposer cet uniforme pour mieux unifier les différentes communautés musulmanes sous la bannière d’un islam radical. Contrairement au pendantif en forme de croix , le voile  ne pose pas que la question de la laïcité, mais aussi celui de  l’égalité hommes-femmes. »

« Confrontée à un voile de plus en plus politisé et revendicatif au sein de l’école publique, la commission Stasi avait choisi de soutenir en priorité les élèves dont les convictions s’approchaient le plus de l’idéal républicain: celles qui ne souhaitent pas porter le voile à l’école et redoutaient de se voir accuser de « trahir » si ce voile était alors toléré.. Ce pari de la République a été gagné. Un nombre infime de lycéennes et de collégiennes ont choisi de quitter l’école publique et la loi a largement contribué à apaiser le climat scolaire ».

Pour éclairer ces différences d’approche dans les rapports avec les minorités religieuses et culturelles , CF examine encore la différence de relation entre l’Etat et la religion aux USA et en France. Aujourd’hui , la plupart des pays reconnaissent et subventionnent les religion , USA en tête. La France , elle, « ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte ».  En France la République a du s’arracher à une monarchie de droit divin et donc à la religion.. L ‘Amérique, au contraire sert de refuge à toutes les religions et sectes persécutées. Aux USA, les intégristes peuvent s’identifier aux « pères fondateurs » et le religieux conserve une part de supériorité morale sur le politique. En France, depuis Voltaire, ceux qui veulent mettre le loi de Dieu au-dessus de celle des hommes sont considérés comme des « fanatiques ». Ainsi s’opposent le  « freedom  from religion  » ( se libérer de la religion) de la France et le  « freedom for religion »  (liberté de religion) des Etats-Unis. Contrairement à la laïcité de la reconnaissance (américaine) , la laîcité française ne suppose pas un état neutre ,  mais un état au service de l’émancipation et de la citoyenneté.

Pour conclure CF revient sur ce qui constitue l’ axe de son livre: le fait que les revendications émanant de minorités victimes de racisme ou de ségrégation ont changé de sens avec l’apparition de mouvements réactionnaires ou intégristes , dont l’intolérance trompe la vigilance avec d’autant plus d’impact que la religion n’est pas seulement une culture, mais un système de valeurs pouvant entrer en concurrence avec la loi.

« Si le croyant opte pour une vision intransigeante de sa foi et entend placer  ses convictions religieuses au dessus des lois communes , ce n’est pas à l’Etat mais à l’intransigeant de s’accommoder », sinon « la tolérance sert à tolérer l’intolérance ».

COMPOSITION FRANCAISE, un livre éclairant de MONA OZOUF, sur les contradictions entre l’universalisme républicain et les particularismes identitaires

juin 14, 2009

Comment vivre l’articulation entre l’attachement à la patrie et les fidélités aux groupes communautaires, la dette envers la nation et celle envers les racines concrètes quand elles ne coincident pas  avec l’histoire collective  nationale, c’est la question posée par Mona Ozouf à travers sa propre histoire, dans l’autobiographie qu’elle publie aprés ses travaux de recherches historiques.

C’est cette » tension entre l’universel et le particulier, entre l’esprit national et le génie des pays qui la composent « que Mona Ozouf décrit comme ayant été ressentie tout au long de son enfance bretonne, marquée par la volonté de rester fidèle au combat d’un père instituteur militant infatigable de la cause bretonne, mort très précocément, ce qui la laisse vivre seule entre sa mère, institutrice elle aussi, et la grandmère, figure très forte de l’attachement à la langue et à la tradition bretonnes,  en même temps que l’école ,ou elle réside, est  le relais de l’idéologie centralisatrice française et du républicanisme.

Avec la religion se constitue un trio de croyances concurrentes, disparates, que son existence sera occupée à tenter de rendre compatibles et sur lesquelles elle axera sa réflexion historique en particulier sur la Révolution Française, dont elle sera une spécialiste reconnue.

Elle parlera ainsi de « croyances désaccordées » et d’une « existence à codes multiples » dont résultera « un perpétuel inconfort » qui constitue l’exemple même des conflits d’appartenance que peuvent vivre des minorités au sein des nations, les Juifs par exemple.

« Où donc était le Beau, le Vrai, le Bien, s’interrogeait-elle. Entre l’Ecole, la Maison et l’Eglise, quelle voix écouter. L’école, « au nom de l’universel , ignorait et en un sens humiliait la particularité. Et la maison, au nom des richesses du particulier, contestait l’universel de l’école qu’elle soupçonnait d’être menteur: l’école ne professait elle pas en réalité sans le dire une particularité aussi, la française,qu’elle enveloppait , ou dissimulait, dans le manteau de l’universel. »

« La liberté de l’école était sans équivoque possible la liberté des individus, obtenue par l’abstraction des différences; celle de la maison était celle d’un groupe humain particulier, la liberté des Bretons,à nulle autre pareille,une liberté collective proche du privilège; et quant à l’égalité, que l’une et l’autre semblaient célébrer d’une même voix, celle de l’école était celle de la ressemblance, qu’elle nous invitait continument à développer, en mettant de côté tout ce qui pouvait nous particulariser;celle de la maison était celle du droit égal des hommes à  exprimer leurs différences et même à les accentuer dans leurs aspérités provocantes. L’égalité, ici, en cela bien différente de celle de l’école, était l’abolition de l’injustice faite aux différences. »

Mais cette constatation d’un antagonisme se nuance toujours chez Mona Ozouf d’une réserve et d’une prise en considération que l’opposition n’est pas si tranchée que au premier regard.

« Egaux et  semblables, égaux parce que semblables, comme le professait l’école; ou égaux et dissemblables, pour faire valoir nos dissemblances comme le professait la maison?… « Un écheveau de perplexités que je ne suis pas sûre de débrouiller aujourd’hui », écrit elle.

Sa carrière de chercheuse commencera donc par une recherche et une réflexion sur l’école républicaine, mais aussi sur la Révolution Française et la façon dont l’universelle patrie des droits de l’homme se substituera  » à la bigarrure d’une société d’ordres » et dont l’idéologie de Lumières opposera « à l’empirisme historique le projet d’un système politique issu non de l’histoire, mais des spéculations de la raison, seule capable de fournir à tous des principes clairs et incontestables ». La République, « une et indivisible », se substitue à l’empilement de singularités juridiques, linguistiques, culturelles,à la juxtaposition de libertés inégales,un univers social fait d’une pyramide de corps ou les individus n’avaient d’existence qu’à travers leurs appartenances. »

… »La Révolution n’a cessé de  manifester sa répugnance à concevoir qu’il y ait des mondes différents et différemment régis. Elle fustige continûment le multiple. C’est cette allergie à la dualité qui sert à Robespierre à justifier, le 18 juin 1793, l’expulsion des Girondins.. « Un peuple qui a deux espèces de représentants cesse d’ëtre un peuple unique »

« Toute appartenance, par conséquent,est vue comme une prison; l’émancipation ne peut alors être pensée que comme un arrachement. Les particularités, pour les révolutionnaires,appartiennent au passé, à la longue sédimentation des habitudes, à un temps immémorial, à tout ce qu’on peut ranger dans l’ordre obscur et confus de la coutume, dont doit triompher le génie clair et simple des principes. A leurs yeux, on ne peut légitimer aucune décision en invoquant l’histoire: le passé ne peut en rien éclairer l’avenir ».

« Avec pareille vision des particularités, entraves au patriotisme,obstacles à la constitution d’un homme universel, ferments criminels de discorde, le seul impératif que comprenne la pensée révolutionnaire est de les repousser à l’extérieur de l’espace national: l’Etre Un fabrique de la scission, la passion d’unir ne se comprend pas sans son versant d’exclusion. »

Mona Ozouf s’intéressera aux témoignages des voyageurs et des administrateurs envoyés dans les provinces par la Révolution, et qui découvriront l’influence de la langue sur le comportement des hommes: »ils découvriront qu’il y a des langues âpres et laconiques, comme le breton, qui développent chez leurs locuteurs des passions abruptes et encouragent l’esprit de secession. Il y a des langues rapides et passionnées, comme l’Occitan parlé en Bigorre, qui fait les tempéraments irréfléchis et les passions vives, ce qui leur fait découvrir que les « patois », c’est à dire ces langues locales, sont connexes avec le « génie » d’un peuple « (c’est à dire leur personnalité, leur tempérament, leur rapport au monde et leurs valeurs).

Ils font comprendre » pourquoi la Révolution tolérait si mal la mauvaise grâce montrée par les terroirs à  son entreprise d’homogénéité. Nul ne l’ a mieux dit, nous dit elle, que Benjamin Constant: « Les intérêts et les souvenirs qui naissent des habitudes locales contiennent un germe de résistance que l’autorité ne souffre qu’à regret, et qu’elle s’empresse de déraciner. Elle a meilleur marché des individus, elle roule sur eux sans effort son poids énorme sur le sable. »

Etudiant cette Révolution , elle découvre que l’idée républicaine n’a pas eu qu’un seul visage, au contraire.

« Le premier de ces visages est un groupe, une secte républicaine formée autour du couvent des Cordeliers, qui rêve d’une communauté soudée par la vertu, et dont le rêve d’une démocratie immédiate, permanente et fusionnelle est moins sous tendu par le sentiment de l’égalité des êtres que par celui de leur similitude. Aucune place ici pour la reconnaissance du particulier: on postule d’emblée la volonté unitaire du peuple. L’unité cordelière, supposée conjurer la déliaison des individus, est autoritaire et étatiste, imposée d’en haut et identique pour tous.

L’autre groupe, formé autour de Brissot et des députés fréquentant le salon de Mme Roland,n’ a pas le fétichisme de l’unanimité, se méfie des rituels qui fabriquent une fausse unité émotionnelle.Pour lui,la formation d’une opinion publique cohérente est aussi importante, mais ne peut s’imposer d’en haut. Elle est une résultante, qui se fabrique de bas en haut, à partir du fourmillement des opinions individuelles. L’intérêt commun doit se dégager de l’irréductible diversité des intérêts individuels. »

Elle découvre donc « des résistances à une république jacobine à l’intérieur même du projet républicain, et l’existence d’hommes attachés à une autre république, plus accueillante aux dissidences et aux particularités que la république du « jacobinisme émeutier ». »

Dans la réflexion qu’elle mènera sur la 3ème République et sur Jules Ferry,décentralisateur, admirateur des libertés locales anglo-saxonnes, et donc espérant qu’il puisse exister en France,face à l’Etat, le contrepoids d’une société autonome, riche comme en Angleterre d’une presse libre  pour enseigner aux individus leurs droits, d’associations pour les défendre, de meetings pour les proclamer « .

« Il essaye « , dit elle , « de bâtir une République unifiée sur une liberté qu’il tient pour principielle:les hommes , selon lui, doivent être laissés libres d’errer, car la liberté, fut elle payée de l’erreur, est plus désirable que le bien. »

La loi de 1901 sur les associations créera le troisième terme entre l’Etat et le citoyen, redonnant à la société,divisée en groupes particuliers et traversée d’intérêts divergents, la capacité de s’exprimer. Ainsi la République assouplira -t-elle le modèle jacobin, en prenant appui sur les particularités locales (statut religieux de l’Alsace Lorraine,laïcité non intégriste entraînant des compromis: aumôniers dans les lycées,calendrier scolaire aligné sur les fêtes religieuses, carrés religieux dans les cimetières,etc.);

Pourtant, dit elle, malgré ce siècle de compromis accordés aux groupes particuliers, la République n’a pu se défaire de son surmoi jacobin: « Le culte de l’Un, coeur même du jacobinisme,a survécu à l’aménagement empirique de  la politique jacobine. »

Thermidor avait pourtant porté un coup terrible à l’idéologie jacobine, en dénonçant le lien entre l’abstraction et l’inhumanité. Mais Mona Ozouf constate la victoire » dans l’ordre de la mémoire et des symboles, de l’imaginaire du jacobinisme.

C’est ce qui fonde sa critique du « républicanisme » français actuel, dont elle souligne  » la volonté de renouer avec un âge d’or, largement mythifié, de la politique républicaine et de recomposer son bloc de certitudes. »

« Les articles de cette foi renouvelée sont pour elle que  l’espace public est peuplé d’individus rationnels, dégagés de tout lien antérieur. Que leurs particularités doivent être réléguées dans la sphère privée. Qu’il est non seulement possible, mais hautement souhaitable de faire partager à tous les citoyens une même conception de la vie bonne, dans la définition de laquelle l’Etat doit jouer un rôle prépondérant. »

 » Ce républicanisme mythique doit son regain de séduction et d’énergie  à l’alternative qu’il semble offrir à la tièdeur des sociétés modernes, où les individus cherchent le bonheur dans leurs attaches et activités privées, et se détournent de la vie publique. Se dire républicain aujourd’hui, c’est souvent affirmer qu’il existe une foi capable de renverser celles qui se sont écroulées, au premier rang desquelles le marxisme. C’est avant tout, en oubliant tout ce que le républicanisme a emprunté à la tradition libérale, se proclamer antilibéral. »

Après cette critique générale des  mythes du néorépublicanisme, Mona Ozouf s’attaque à l’épouvantail du communautarisme brandi par les Républicains pour remplacer l’ Eglise comme adversaire mobilisateur: « On brandit la menace communautariste chaque fois qu’un individu fait référence à  son identité en réclamant pour elle une manière de visibilité ou de reconnaissance sociale. On suppose alors qu’il valorise sa culture particulière au détriment de son humanité commune, qu’il plaide pour sa tribu, et pour elle seule, qu’il annonce une France éclatée, infiniment divisible, déchirée entre intérêts affrontés, mémoires jalouses, inexpiables discordes. »

« L’exagération dramatique est partout dans la présentation du communautarisme par ses adversaires républicains. Et d’abord dans sa définition même. Dans le miroir républicain,la communauté est une prison qui exerce un contrôle absolu et exclusif sur ses membres: une entité close, compacte et cadenassée, telle qu’ils sont soustraits à toute influence extérieure, pris dans la fascination identitaire des origines, sans jamais pouvoir ni les contester ni les quitter.Les voilà réduits à  se confondre avec la norme du  groupe, codamnés à n’établir de rapport avec l’ensemble national qu’à travers l’autorité communautaire, voués à n’user jamais du « je », mais d’un « nous » péremptoire, impérieux, étouffant. Le pire est que ces possédés n’ont pas conscience de cette contrainte  et se complaisent dans leurs chaînes. La conséquence de cette dévotion est la guerre de toutes les identités les unes contre les autres. Derrière cette présentation dramatique se cache la peur de l’immigration maghrebine et la menace que l’Islam  (est censé faire peser) sur l’identité française. C’est désormais sur le modèle de cette communauté de croyants qu’on pense toutes les autres communautés , si différentes soient elles. »( ce qui ne dispense pas  de penser la spécificité de cette menace. Mona Ozouf en dit plus un peu après à propos de la polémique autour du  » voile ».

Toutes ces interrogations dit-elle peuvent être ramenées à  sa question essentielle: « faut-il penser qu’entre l’obligation d’appartenir et la revendication d’indépendance nulle négociation ne peut s’ouvrir? qu’entre les attaches et la liberté il y a une invincible incompatibilité? L’interrogation est d’autant plus insistante qu’en réalité chacun de nous abrite en lui l’une et l’autre de ces exigences. »

« En chacun de nous, poursuit-elle, existe un être concaincu de la beauté et de la noblesse des valeurs universelles, séduit par l’intention d’égalité qui les anime et l’espérance d’un monde commun, mais aussi un être lié par son histoire, sa mémoire et sa tradition particulière. Il nous faut vivre, tant bien que mal entre cette universalité idéale et ces particularités réelles.

Or « sous la plume des pourfendeurs du communautarisme, tous les vocables qui désignent identité, appartenances,racines évoquent pour eux l’étroitesse, l’enfermement, la servitude, voire la faute

On ne peut donc selon eux, devenir humain qu’en niant ce qui nous individualise et qu’au prix de l’arrachement  à nos entours immédiats ».

« Pareille conception si on la pousse à  son extrême logique est vertigineuse, car elle tient que toutes les attaches sont des chaînes:la fidélité aux êtres qu’on aime,la pratique d’une langue, l’entretien d’une mémoire, le goût pour les couleurs d’un paysage familier ou la forme d’une ville, autant de servitudes. Dans ses versions les plus exaltées, elle voit dans toute détermination une limite et un manque.Mais que serait un individu sans déterminations? Nous naissons au milieu d’elles, d’emblée héritiers d’une nation, d’une région, d’une famille, d’une race, d’une langue, d’une culture. Ce sont elles qui constituent et nourrissent notre individualité. »

Or, « dans une société de la division, de la contradiction , de la mobilité, aucune appartenance n’est exclusive, aucune n’est suffisante  à assurer une identité, aucune ne saurait prétendre à exprimer le moi intime de la personne, si bien qu’on peut se sentir à la fois ,français, breton,,chercheur, fils, parent, membre d’un parti, d’une église, d’un syndicat ou d’un club. Chacun doit composer son identité en empruntant à des fidélités différentes.

« Reconnaître la pluralité de ces identités croisées, complexes, hétérogènes, variables, a plusieurs conséquences de grande importance. Pour commencer, la multiplicité s’inscrit en faux contre l’enfermement et la secession identitaire. Dans un paysage aussi mouvant, l’identité ne peut plus être ce qu’on nous décrit comme une assignation à résidence dans une communauté culturelle immuable, une prison sans levée d’écrou. »

« La multiplicité, par ailleurs nous interdit de considérer les identités comme passivement reçues. Certes bien des groupes auxquels nous appartenons n’ont pas été volontairement élus par nous. Mais précisément, leur foisonnement même nous invite à ne pas les essentialiser, nous entraîne à les comparer, ménage pour chacun de nous la possibilité de la déprise; car cette part non choisie de l’existence, nous pouvons la cultiver, l’approfondir, la chéri; mais nous pouvons aussi nous en déprendre, la refuser, l’oublier. L’appartenance n’a plus tout uniment le visage de la contrainte, elle n’est plus la marque autoritaire du collectif sur l’individu. Elle peut même être la signature de l’individu sur sa vie. »

Ainsi termine t-elle-, nous pouvons nous reconnaître comme participant d’une humanité commune,,non pas bien que, mais parce que, différents. Nous découvrons et respectons l’autre dans sa particularité sans que celle ci  remette en cause le partage d’un espace commun.Nous nous reconnaissons dans ce que nous ne sommes pas, et peut-être moins en faisant appel à la raison universaliste qu’ à l’imagination. »

Ce livre constitue ainsi un contrepoint au texte célèbre de Renan, « Qu’est ce qu’une Nation? », qui montrait comment une nation se construisait dans le dépassement des particularismes et l’oubli des blessures infligées à ces particularismes, pour aboutir à une synthèse supérieure.

L’époque actuelle, marquée par la mondialisation et l’effacement accéléré des traditions, produit le retour d’une réflexion sur la « chair » des individus, pour reprendre le terme de Finkielkraut, cette histoire  qui les a modelés et à laquelle ils tiennent comme au plus précieux d’eux-mêmes, faite de souvenirs, de liens, de formes particulières de sociabilité, et sans laquelle l’existence perd toute sa part affective et émotionnelle,et se réduit  à un schéma abstrait vide de sentiment. Les systèmes politiques qui ont voulu réduire les hommes à ces schémas théoriques ont produit des monstruosités (nazisme, soviétisme, maoisme, polpotisme, etc., se sont tous accompagnés d’une forme de terreur politique, et d’une condamnation de l’individu, supposé s’effacer pour se consacrer entièrement au bien commun, à vrai dire identifié au bien de l’Etat.). Mona Ozouf exprime parfaitement la façon dont le dégagement de la coutume est ambigu  dans sa signification, porteur à la fois de libération et de désafférentation,  comment la droite et la gauche ont souvent mis en opposition ce qui nécessite, comme elle l’appelle, une « négociation », et  comment la défense et la protection de l’identité individuelle et collective est une protection contre l’inhumain.

L’état binational prôné par les extrêmistes palestiniens recouvre un projet de libanisation d’Israël

mars 30, 2009

d’après l’article de Gil Mihaely,historien et journaliste israélien, paru dans Le Monde du 21 mars 2009

Mihaely expose clairement en quoi l’idée très ancienne de l’Etat binational qui refait surface dans certains milieux palestiniens est une fausse bonne idée et de quelle façon le bon sens apparent qu’elle présente cache une négation des besoins fondamentaux humains porteuse de catastrophes et de guerres interminables.

Il explique que l’être humain n’est pas une créature seulement rationnelle,  et que  la religion et la nation sont des besoins impossibles à supprimer et qui répondent au besoin fondamental de donner du sens. »l’Etat- Nation est ce lieu irremplaçable ou s’articulent tant bien que mal le particulier et l’universel, l’individuel et le collectif.

Or, dit-il, à partir du moment ou il n’y a plus coïncidence entre Etat et Nation- soit que plusieurs nations cohabitent dans un seul Etat, soit que des nations soient dispersés entre plusieurs Etats,  cette cellule de base du système international ne fonctionne pas si bien. Si un Etat peut abriter une ou plusieurs minorités nationales, il ne peut jamais concilier deux communautés nationales d’importance égale.

Or si on peut exiger d’un Etat-nation le respect des droits de tous ses habitants, on peut difficilement lui demander de respecter des aspirations nationales  concurrentes, pas plus qu’on ne peutd’ailleurs exiger  de ceux qui appartiennent à la communauté nationale vaincue en 1948 d’accepter de gaité de coeur le drapeau, l’hymne et autres symboles des vainqueurs. Ils on pleinement le droit d’avoir les leurs. »

« Mais que serait ce fameux état binational sinon la garantie d’une frustration générale et permanente? Un Etat n’est n’est ni un ectoplasme distributeur d’allocations, ni une mairie en plus grand. Ce serait une grave erreur de négliger cette dimension anthropologique, surtout dans le contexte d’u conflit qui exaspère les réflexes nationaux de ses protagonistes. »

« Comment peut-on espérer que Palestiniens et Israéliens réussissent là ou Tchèques et Slovaques ont échoué, là où Flamands et Wallons se perdent? » Appliquée a Israël, la solution d’un seul Etat bi-national ne peut aboutir que à une libanisation et à un non-Etat. »

« Reste cependant, dit il, la question de savoir si la solution « Deux peuples, deux Etats » est encore applicable sur le terrain, compte tenu de la politique constante des gouvernements Israéliens successifs de la rendre inapplicable. En outre, dit il, l’incapacité des Palestiniens à  contrôler leur violence et à  accepter des compromis raisonnables ont créé chez les Israéliens une crispation sécuritaire visible aux dernières élections. »

« Cela dit, ajoute-t-il, si Israël a su conquérir et coloniser, il s’st montré aussi capable de se retirer des territoires occupés comme en 1982 eans le Sinaï;et en 2005 à Gaza. Bref,aussi difficile soit-elle à mettre en oeuvre,la solution des deux Etatsn’est pas seulement la moins injuste. Elle est la seule »

La « religion civile » de la Shoah, concept nouveau de l’antisionisme

mars 6, 2009

Un nouveau concept est en train de se développer dans les milieux critiques de la politique israelienne, en particulier dans les milieux intellectuels pacifistes , israeliens ou européens, qui se trouvent mis en porte à faux par la désaffection de la population israelienne pour le discours oecuménique des pacifistes, devant la montée de la violence extremiste islamiste, et la confirmation de l’existence d’une frange palestinienne qui ne cache pas son refus d’admettre l’existence d’Israel, et qui revendique une guerre à mort.

Le livre de georges Bensoussan, »Un nom impérissable », développe la thèse suivant laquelle le sionisme, privé de « légitimité » par l’épuisement de l’idéal socialiste initial et de la mythologie de la construction d’un homme nouveau, tenterait d’en retrouver une en développant un nouvel appareil mythologique autour d’une identité victimaire, centrée sur l’évènement historique de la Shoah.

Ce livre rejoint la thèse de Esther Benbassa, « La souffrance comme identité » qui développe avec complaisance une thèse semblable :celle de l’autoperception du peuple juif comme communauté de souffrance, de la description de l’histoire juive comme « une vallée de larmes culminant dans l’holocauste »,et de la définition du peuple juif par Hermann Cohen comme « peuple de la souffrance ».

Le corollaire immédiat de cette thèse -et à mon avis peut-être le moteur même de la recherche-, c’est que cette vision du monde entraîne les Juifs dans une « tour d’ivoire morale » qui les rend insensibles… à la souffrance du peuple palestinien (présentée elle comme réelle a côté d’une sorte d’auto-apitoiement permanent sur un mythe de souffrance qui serait la face inversée d’une élection, donnant droit à tous les hors-droits imaginables-vieux mythe antisémite du peuple qui se croit non soumis aux obligations communes)

Il y a dans la façon dont certains se font les procureurs implacables du sionisme sur le plan des idées, la poursuite du refus fondamental de ce sionisme qui ne peut plus actuellement s’exprimer ouvertement. Comme ils n’osent pas remettre en cause le fait accompli du sionisme, ce qui conduirait à l’idée gauchiste d’ un état démocratique bi -national dont tout le monde sent bien qu’il est un nonsens même plus politiquement correct, ils expriment leur rejet de ce nationalisme par des critiques de tout et de son contraire.

On reproche au sionisme d’avoir ignoré la Shoah, et après, de lui donner une place trop importante. On lui reproche d’avoir nié la faiblesse juive, et après on lui reproche d’identifier les juifs à cette faiblesse. On lui reproche sa dureté, de ne faire que des victimes autour de lui, et maintenant , de larmoyer sur les souffrances juives.

Finalement, rien ne trouve grâce aux yeux de ces historiens, qui rejoignent les « nouveaux historiens « israeliens dans leur travail de ‘déconstruction » qui leur permet d’être aussi vierges de toute compromission morale que remarqués pour leur « courageux anticonformisme ».

Leur conceptions générales, plus ou moins orientées par une construction intellectuelle « de gauche », ne sont pas vraiment compatibles avec un mouvement nationaliste comme le sionisme; ce nationalisme ne peut trouver aucune place dans leurs grilles de lecture, et si ils l’admettent du bout des lèvres pour ne pas se couper des peuples et des autorités morales qui le comprennent intuitivement , cette acceptation les met en contradiction avec tous leurs schémas de pensée, ce qu’en tant que intellectuels, ils supportent particulièrement mal.

L’identité juive ne se résume pas à la persécution, la culture juive est une des plus anciennes et des plus importantes du monde , mais, politiquement, le destin juif a été un destin d’angoisse et de négation , de persécution et d’exclusion, dont les Lumières n’ont pas suffi à les extraire. On ne peut oublier que les raisons de la naissance du rêve sioniste ont été les conditions épouvantables d’existence des Juifs de l’Est, et les poussées d’antisémitisme en Europe Occidentale.C’est le fait politique du nationalisme juif qui est inadmissible pour des gens qui ne peuvent admettre que la lutte des classes ou la révolution comme issue moralement concevable à un malheur politique. Le nationalisme, sauf pour les pays colonisés, ne rentre pas dans leurs cadres de pensée

Le fondement de la légitimité de l’Etat Israelien reste là:L’antisémitisme polonais de 1967 qui a conduit à l’émigration les derniers juifs ou presque de Pologne date quand même de 20 ans après la naissance d’Israel,il n’y aplus de vie possible pour les juifs dans le monde arabe; comme le disait le rabbin Eisenberg: »Tout ça n’est pas grave. Il n’y a de danger pour les Juifs que dans deux endroits: Israel et la Diaspora.

La bataille qui s’engage dans la période actuelle entre Israel et ses adversaires, est au moins autant une bataille dans le champ des idées que dans le domaine des armes. Le combat des Arabes depuis le début de l’existence d’Israel est celui d’une affirmation de l’illégitimité de celui-ci, au nom de la légitimité ( apparue ensuite) du nationalisme palestinien.Or, ces deux légitimités sont égales, c’est pourquoi il faudra un compromis,faute de quoi on s’acheminera vers une lutte à mort .

Présenter les juifs comme des oppresseurs impitoyables et en même temps larmoyant sur leur sort, vise à les déconsidérer et à les déligitimer dans une opinion déja très orientée par la victimisation médiatique du peuple palestinienà laquelle participent les démagogues variés du monde antioccidental,qui usent et abusent de la vision moralisatrice qui est si efficiente dans le monde occidental et pas du tout dans le leur.

La société israelienne vit certainement une crise morale et politique avec l’accentuation de ses lignes de division internes, mais elle veut continuer à vivre;

Le sens de son existence est d’abord le droit qu’elle a d’exister en vertu du principe du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, qui est exactement aussi valable pour eux que pour les anciennes colonies parvenues à l’indépendance, et d’affirmer leur identité dans cette liberté. La contestation de ce droit, directe ou camouflée, doit être combattue sans relâche, y compris chez ceux qui cherchent à plaire à tout le monde , même à leurs ennemis.

« BEAUFORT » UN SUPERBE ROMAN SUR LES SOLDATS ISRAELIENS AU LIBAN PAR RON LESHEM

mars 6, 2009

Ce roman superbe , inspiré de très près par la réalité rapportée à l’auteur par le chef de l’unité décrite dans le livre, décrit la vie d’une unité d’élite de l’armée israelienne qui garde le château de Beaufort, château médiéval occupé par le Hezbollah jusqu’à l’offensive menée au Liban par l’armée israelienne commandée par Ariel Sharon en 1982 et qui avait abouti, après avoir chassé le Fatah et Arafat de Beyrouth, à l’occupation du Sud Liban jusqu’en 2000, année du retrait volontaire de l’armée israelienne.

Le livre raconte avec une justesse de ton extraordinaire le monde intérieur et les rapports de ces soldats, entraînés à une guerre d’offensive et d’audace, contraints de s’enterrer dans des abris bétonnés et de subir passivement les bombardements et les attaques imprévisibles et meurtrières d’un ennemi qu’ils ne voient jamais.

Il décrit dans une langue exceptionnelle d’intensité et de vérité les sentiments d’amour profond, d’intensité affective qui lient ces jeunes gens, à peine sortis de l’adolescence, et dont la vie est risquée en permanence, à la merci d’une roquette ou d’un missile contre lesquels n’existent pas de parades. Seule la chance décide qui va vivre ou mourir.Le chef de l’unité à peine plus âgé que ses soldats, dévoré de l’envie de se battre, doit en permanence maintenir cette volonté de combattre qui est la fierté de cette unité et qui se heurte aux conditions passives qui leur sont imposées par leur mission de garde, et qui s’amplifient quand la perspective d’un repli pour des raisons politiques se précise de plus en plus.

La coexistence des blagues juvéniles, des préoccupations amoureuses de cet âge, du sentiment d’être une avant garde vitale pour la protection d’Israel,avec l’excitation du combat, la rage contre un ennemi qui frappe en restant hors de portée, la détresse immense quand un copain- un ami plus proche que ne peuvent l’être tous les proches, quelqu’un pour qui on peut donner sa vie, et qui peut donner la sienne pour vous- est tué à quelques mètres de soi, tout cela crée un univers incommunicable au reste des mortels. L’intensité des sentiments , la force des liens créés dans un petit groupe, le langage commun qui les soude, mélange de formules consacrées, de code de complicité, la référence implicite à l’honneur qui impose au risque de l’existence la solidarité absolue ,le refus de l’abandon du blessé ou même du corps de l’ami mort, constituent un monde qui s’oppose à la vulgarité et à l’individualisme de la société banale pour laquelle ils se battent.

La décision politique du retrait du Liban va ébranler cette acceptation du sacrifice possible en en remettant en cause la justification-pourquoi partir maintenant et pas avant-, en rendant impensable d’être le dernier mort de cette guerre que le pays commence à désavouer.La pression médiatique des pacifistes, l’hystérie des mères, le lâche soulagement qui s’étend, ébranlent la conviction intérieure de ces jeunes qui se sentent isolés du pays qu’ils étaient prêts à défendre au prix de leur vie.

La fierté née de ces risques extrêmes survivra à la fin de l’aventure, à la séparation du groupe, au souvenir des amis perdus, et à l’entrée dans la vie adulte et dans le quotidien.

Du livre, en attendant le film qui sortira prochainement, subsistera l’image de ces garçons , de leur courage évitant les phrases grandiloquentes, de leur capacité à se battre pour des valeurs que le pays n’est plus unanime à partager, et pour lequel ils illustrent la formule de Renan: »Une nation est une grande solidarité faite des sacrifices que l’on a faits et de ceux que l’on est disposés à faire ».

LE TEXTE DE LA LICRA CONTRE L’OFFENSIVE DES PAYS MUSULMANS ET DES DICTATURES CONTRE LES DROITS DE L’HOMME

décembre 14, 2008

Les démocraties doivent résister à l’offensive idéologique conjointe des pays musulmans et dictatoriaux.

L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme par l’ONU et la destruction de ces principes par la même ONU? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée.

A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001, la Conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations Unies, dans la ville même ouy Gandhi avait commencé à exerccer son métier d’avocat. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés les « Mort à l’Amérique! » et « mort à Israël! », et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et les violences contre les femmes.

Alarmée par les graves disfonctionnements ainsi mis en lumière au sein de sa commission des droits de l’homme, l’ONU inaugurait en juin 2006 un tout nouveau Conseil des droits de l’Homme (CDH) censé remédier à de si préoccupantes dérives. Aujourd’hui, le constat est plus qu’amer: c’est à la consécration même de ces dérives que nous assistons dans la perspective du forum dit de Durban2 qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l’élaboration officielle de nouvelles normes marquera, si celles-ci sont gravées dans le marbre d’une nouvelle et très particulière « déclaration des droits de l’homme », la mise à mort de l’universalité des droits.

Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s »y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s »y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales.

Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs.Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain.

Une triple alliance composée de la Conférence des Organisations islamiques (OCI) représentée jusqu’à ce jour par le Pakistan, du Mouvement des non-alignés, ou Cuba,le Vénézuela et l’Iran ont un rôle central, et de la Chine avec la complaisance cynique de la Russie_ oeuvre ainsi à la mise en place d’une véritable révolution prétendument « multiculturelle ». Ainsi le rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines du racisme, Doudou Diène, d »clare d’ores et déja qu »énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une tradition esclavagiste et colonialiste et que la loi française contre le port  de signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman, renommé « islamophobie occidentale ».

La confusion des esprits est à son comble quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion. C’est une menace radicale contre la liberté de penser qui est en train d’être cautionnée par l’ONU. En assimilant au racisme toute critique des dérives de ceux qui parlent au nom de l’Islam, parce que supposée relever d’attitudes néocolonialistes, les porte-paroles de cette nouvelle alloance serrent un peu plus le garrot qu’ils ont passé au cou de leurs propres peuples et sapent les fondements d’une civilité très chèrement acquise en Europe depuis les guerres de religion. En septembre 2007, la haut-commissaire aux droits de l’homme, participait à une conférence à Téhéran consacrée aux « droits de l’homme et à la diversité culturelle ». Portant le voile, comme la loi de la République islamique l’exige, la Haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé des principes à venir, ainsi résumés: »offense aux principes religieux considérée comme raciste ».

Bien pire,dès le elndemain,vingt et un iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël,pays membre de l’ONU,créé par cette dernière. Interrogée sur son silence, la haut-commissaire a justifié sa passivité par le respect de la loi iranienne, auquel, en temps que juriste, elle s’estimait tenue, et par souci de « ne pas offenser se shôtes ». Charbonnier est maître chez soi. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des Nations en 1933, pour se soustrairre à toute critique d’une institution internationale impuissante, mais dont les principes n’étaient au moins pas dévoyés comme ceux de l’ONU aujourd’hui.

Les grands crimes politiques ont toujours  eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte. De Mein Kampf à Radio Mille Collines, de Staline à Pol Pot, les exemples abondent pour confirmer la nécessaire extermination de l’ennemi du peuple, au nom de la race,au nom de l’émancipation des masses laborieuses ou au nom d’un ordre supposé divin. Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues d' »avenir radieux » ont ouvert grand la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’ Histoire fut commis.

Face à  cette stratégie, les Démocraties, d’abord soucieuses de leur balance commerciale, font preuve d’une extraordinaire passivité. Que pèse le sort du peuple thibétin face aux enjeux des exportations vers la Chine. Quel est le prix de la liberté pour Ayaan Hirsi Ali, ex-députée  néerlandaise après l’assassinat de son ami le réalisateur Théo Van Gogh, accusé d’avoir blasphémé l’islam dans son film « Soumission »? Les exemples s’additionnent qui, de Taslima Nasreen à Salman Rushdie, de Robert Redeker à Mohamed Sifaoui, apportent la preuve que l’intégrisme islamique impose sa loi par la terreur. Combien d’Algériens, de femmes au Maghreb, au Proche Orient, en Turquie, au Pakistan ont déja payé du prix de leur vie le refus de se soumettre à l’obscurantisme religieux?

Si par malheur l’ONU devait consacrer l’imposition de tels critères, si le blasphème devait être assimilé au racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si la loi religieuse devait s’inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le racisme, qui n’a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue.

L’assemblée générale de décembre 2007 a déja entériné des textes condamnant des formes d’expression considérées comme diffamatoires de l’islam. L’enjeu est clair, il est mondial, c’est de la défense des libertés de l’individu qu’il est question.

Soit les démocraties se ressaisissent, à l’exemple du Canada, qui vient d’annoncer son refus de participer à la conférence de Durban 2, estimant « qu’elle risquait d’être marquée par des expressions d’intolérance et d’antisémitisme », et cessent de s’abstenir ou de voter des résolutions contraires à l’idéal universel de 1948, soit l’obscurantisme religieux et son cortège de crimes politiques triompheront, sous les bons auspices des Nations Unies. Et lorsque les paroles de haine seront transformées en actes, nul ne pourra dire: « Nous ne savions pas ».

Premiers signataires:

Elizabeth Badinter, Adrien Barrot, Patrice Billaud, Pascal Bruckner, Jean Claude Buhrer, Chala Chafik, Georges Charpak, Christian Charrière-Bournazel, Bernard Debré, Chahdortt Dvajan, Jacques Dugowson, Frédéric Ensel, Alain Finkielkraut, Elizabeth de Fontenay,Patrick Gaubert, Claude Goasguen, Thierry Jonquet, Liliane Kandel, Patrick Kessel, Catherine Kintzler, Claude Lanzmann, Michel Laval, Barbara Lefèvbre, Corinne Lepage, Malka Markovich, Albert Memmi, Jea-Philippe Moinet, Jean-Claude Pecker, Philippe Schmidt, Alain Seksig, Mohamed Sifaoui, Antoine Spire, Pierre-André Taguieff, Jacques Tarnero, Michèle Tribalat, Michèle Vianes, Elie Wiesel, Michel Zaoui;

Signatures de soutien à ce texte par e-mail à: licra@licra.org

Liste complète des signataires à:www.licra.org