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Le désir de mort des djihadistes les fait se placer hors de l’humanité.

octobre 30, 2016

Des dizaines de milliers d’individus, entraînant parfois avec eux femme et enfant, se précipitent comme les papillons attirés par la flamme d’une bougie vers le lieu de leur consumation  pour y mourir, dans la déflagration d’une bombe suicidaire ou sous les balles de la police ou d’une armée ennemie. Leur projet est parfois de combattre, mais avant tout de mourir, à plus ou moins courte échéance. Ayant fait ce choix, les autres choix en découlent  pratiquement logiquement. Morts en sursis,n’accordant plus d’importance à la vie, tout humanisme, qui est valeur accordée à la vie, leur paraît une faute et une faiblesse. Ils peuvent laisser libre cours à une férocité qui se libère rapidement, et jouer au football avec les têtes coupées de  leurs adversaires sans l’ombre d’un remord. Le choix qui leur reste est celui  du moment et du lieu ou ils se précipiteront dans le néant, qui pour eux n’en est pas un puisqu’ils croient gagner le paradis, pour eux, et , suprême habileté des prêcheurs qui les entraînent, aussi pour toute leur famille. Les prédicateurs qui alimentent la flamme qui va les dévorer ont ainsi réactualisé  les indulgences de l’Eglise Catholique, mises à la sauce islamiste:avec promesse de délices sexuels, ce qui est nettement plus intéressant que les concerts de musique jouée par les anges prévus par le catholicisme moyenâgeux, mais plus grossier aussi.Ce sont aussi des promesses qui ne coûtent rien, personne n’étant jamais revenu pour se plaindre,au cas ou elles ne se réaliseraient pas.

Qu’est-ce qui prédispose tant de gens  à courir vers leur mort, même si, malgré le nombre non négligeable des candidats au suicide, la grande masse des fidèles de l’Islam reste en-dehors de ce mouvement et ne suit pas les joueurs de flûte qui essaye de les attirer.

Il y a  forcément quelque chose de commun entre eux, et qui n’est pas seulement l’échec social qui en ferait des révoltés sociaux, et des combattants éventuellement, mais pas des suicidaires.Il doit y avoir une conjonction de facteurs qui pousse dans le sens de cette « voie terminale » qui les fait mourir avec (on l’imagine) le sourire aux lèvres.

L’attirance du martyre – c’est le mot qu’ils emploient pour qualifier la mort de ceux q’ils considèrent comme des héros- exprime la dimension de foi totale ressemblant à celle qui déterminait le sacrifice volontaire des saints chrétiens à l’époque des persécutions romaines. C’est ce qui explique leur cris , après leurs meurtres , de « Allah akhbar »,dernière profession  de foi, après quoi ils n’ont plus rien à dire.

Mais à la différence des martyrs chrétiens, dont le discours était un discours d’amour universel, leur discours est celui d’une haine quasi universelle, à l’exception d’un tout petit nombre de personnes, qualifiés par eux de vrais ou de bons croyants. Cette haine se déchaîne dans les massacres qu’ils mettent en oeuvre et en scène, Tuer froidement 130 personnes au hasard, parce que ils écoutent de la musique au Bataclan est l’expression de cette haine impersonnelle qui vise le monde entier. Ils se font tuer, mais après  avoir perpétré la boucherie maximum. Les martyrs chrétiens se laissaient dévorer stoïquement plutôt que renier leur foi, les djihadistes prouvent la leur en massacrant aveuglément des gens sans défense dont le seul tort est de ne pas partager leur foi.

Comme les moines du Moyen âge faisaient le sacrifice de leur plaisir pour la contemplation et la réflexion sur Dieu et renonçaient à leur existence « dans le monde »( parfois après en avoir bien profité) des musulmans cherchent à mettre leur existence sous le signe de la religion et condamnent tout ce qui n’est pas dévotion et préoccupation religieuse constante. Cette foi remplit parfois des existences vides, et permet parfois à des vies qui ont basculé dans la délinquance de se réestimer sans pour autant nécessairement sortir de la violence et de la criminalité. L’époque est propice au renouveau du religieux et celui ci se développe particulièrement dans le monde des déshérités. Partout, les intégrismes et les fondamentalismes ont le vent en poupe, et sur les marges se greffent des mouvements extrémistes qui entraînent une partie de ces nouveaux adhérents.

Retranchés du monde des vivants par leur rejet de toutes les valeurs humaines, justice, miséricorde, affection,  mais aussi gaitéet plaisir,ils vivent dans un monde rétréci dans l’attente du geste final qui donnera, pensent ils, son sens à leur existence. En fait, il couronnera  un vide par une absurdité.  Des vies dénuées de signification, d’espoir et d’intérêt se concluent par un feu d’artifice  qui mime un coup d’éclat, et ne laisse comme trace que les blessures ou les souffrances des survivants.

L’espoir de retourner en domination et terreur des vies marquées du mépris rencontré  se concentre dans le moment où ils lisent la peur dans le regard des victimes ou de leurs proches devant la mort qui va les faucher.Un bref instant, ils se sentent supérieurs à ceux qui construisent leurs vies en les ignorant. Eux ne construisent rien, sinon un espace fantasmatique apocalyptique  Ils se sentent des seigneurs par le pouvoir de faire mourir et la sensation d’impuissance à les arrêter de leurs victimes. Comme les Parques, ils ont les ciseaux qui peuvent couper le fil des destins  de ceux qui auront eu la malchance de les rencontrer et ils échappent à toute punition en prenant les devants et en se jetant eux mêmes dans les bras de la mort.

Leur jouissance maximale est dans ce seul pouvoir qu’ils détiennent un court instant:détruire quelques vies avant d’abandonner la leur. Ceux qui n’avaient aucun espoir d’exercer un quelconque pouvoir sur qui que ce soit tiennent leur revanche et se voient même faisant plier de grands états devant la menace de quelques dizaines de morts.C’est parce que leurs vies ne valent rien à leurs propres yeux qu’ils ne l’aiment pas. « Nous gagnerons parce  que vous aimez la vie et nous  aimons la mort » disait l’un d’entre eux,  reprenant sans même le savoir le cri d’un général franquiste pendant la guerre d’Espagne: « Vive la mort! ». Les drapeaux noirs de Daech comme les Burkas noires  seules tenues à être autorisées traduisent bien l’univers de mort dans lequel, comme les SS  de Hitler, évoluent les militants de cette secte

.Cette affirmation de puissance dans le pouvoir de prendre à d’autres leur bien le plus précieux, leur vie, est bien celle des désespérés qui ouvrent le feu dans les lycées ou les universités, et massacrent quelques dizaines de leurs camarades  avant de retourner leurs armes contre eux mêmes. Faute de pouvoir détruire le monde entier, ils détruisent la partie du monde la plus proche, celle dans laquelle ils n’ont pas trouvé leur place, une place. Dans le monde vide d’affection, d’émotion et de respect où ils se déplacent,il ne reste que la haine et la violence pour exprimer leur désespoir , leur refus et leur incapacité a y  prendre place.

Se tuer  et tuer des autres est  manifester leur rage devant leur échec à vivre et leur haine de ceux qui, eux, y arrivent. Ceux qui vivent leur entrée en terrorisme comme une aventure, ceux là ne cherchent pas la mort,  mais en acceptent seulement la possibilité.Ils vivent en général plus longtemps.

la jeunesse musulmane française en voie de refus de l’identité française

octobre 3, 2016

Les jeunes musulmans de la 3ème et la 4ème génération se trouvent confrontés aux problèmes de la double appartenance  au moment ou ces deux appartenances apparaissent comme directement antagonistes. L’âge des choix tranchés, le sentiment de ne pas être traités à égalité avec les non musulmans, l’échec d’une intégration sociale, les discours extrémistes auxquels ils sont soumis constamment, et l’exemple  toujours valorisé de la rébellion, prestigieuse, y compris dans la délinquance, les poussent dans la direction du rejet de la société française et de ses valeurs. Une fois ce choix fait, les justifications arrivent rapidement et la contre identification se construit rapidement à partir du moment ou il existe un séparateur entre le bien et le mal qui est « eux et nous ».  Le communautarisme est un facteur de séparation qui est seriné en permanence et qui s’appuie à la fois sur le statut de minorité visible et sur la culture clanique de la société ou les liens  et les solidarités familiales sont une protection de toujours. « tu dois soutien et solidarité à tes frères, l’Islam est le fondement de ta culture et il est supérieur aux croyances chrétiennes et aux sociétés athées,cette société te rejette et tu dois lui renvoyer son mépris et sa volonté de domination..

Identifié aux damnés de la terre, rêvant d’héroïsme, de risque et de sacrifice comme la plupart de ceux de son âge, il s’enrôle sans réfléchir à la complexité de ces notions: et accepte sans discuter le pire qui accompagne cette identité clivée de ses composantes françaises, baignant dans « l »identité heureuse » retrouvée avec l’unité débarrassée  de ses contradictions. La fraternité de l’action mêlée au romantisme de l’action clandestine, la fascination de la mort et de brûler ses vaisseaux la satisfaction de mettre ses actes en accord avec la détestation de l’autre, achèvent la transformation du jeune rebelle en militant du djihad. Il peut jouer aux gendarmes et aux voleurs pour de vrai, et s’autoriser beaucoup de transgressions puisqu’il fait partie des « bons ».

L’exemple des Panthères Noires aux USA dans les années 60/70 montre comment une révolte identitaire, celle des Noirs , a conduit à la surenchère militariste du mouvement, à son isolement  dans les excès de violence  et des revendications (programme de séparation de plusieurs états des USA, dégénérescence fasciste autour du leader noir Farakhan, dérive vers le banditisme « pour trouver des fonds, » fusion idéologique avec le tiers mondisme et défense par le bloc communiste qui jubilait de voir le tissu social américain se déchirer ( refuge à Cuba des militants traqués par le FBI pour des affaires de meurtre et de fusillades avec la police).,l’aboutissement à un discours raciste antiblanc à la tonalité complètement paranoïaque. La population noire des USA est alors partagée entre une partie qui affirme son identité de façon violente et provocatrice , et tente de bâtir une contre culture noire et une partie, autour du pasteur King qui défend les droits et l’égalité de façon démocratique et demande à s’intégrer à cette société qui la rejette en partie.La communauté noire  glissera ensuite vers des excès antisémites avec l’adoption de l’Islam par  des groupes prêts à tout pour contrer le christianisme dominant et son idéologie pacifique.

Le phénomène nouveau et  stupéfiant auquel nous assistons est le développement d’un « terrorisme de masse » , devant lequel nous sommes restés un certain temps paralysés par la surprise et l’incompréhension.. L’image sur laquelle nous restions arrêtés était celle d’un terrorisme limité à l’action d’un petit noyau décidé et qui sortait des cadres habituels de l’action politique ( comme les groupes terroristes italiens ou allemands, la Bande  à Baader,etc.Mais malgré les  cercles plus ou moins étendus de sympathisants qui les entouraient,ils ne restaient que quelques dizaines, et encore ne visaient ils que des cibles précises; Ce à quoi nous assistons est une transformation profonde de l’action politique,qui mélange foi religieuse d’allure sectaire et projet politique d’allure millénariste,action politique,action militaire et programme terroriste génocidaire, action dans laquelle les individus peuvent s’insérer à plusieurs niveaux et aussi passer d’un niveau à l’autre. C’est ce phénomène qui reste le plus étonnant, le fait que des individus sautent les étapes et passent en quelques semaines de la position de simple contestation identitaire au meurtre suicidaire par désir de se joindre au mouvement. Mais du coup, des millions de personnes peuvent avoir franchi les premiers pas du processus d’enregimentation sans que cela se remarque.Et ce sont de grandes masses de gens qui peuvent basculer dans l’action terroriste,vécue comme en continuité avec la lutte militaire et la conviction religieuse .

La jeunesse, simplificatrice et impatiente d’action,directement impliquée dans la quête d’identité,est prête à se lancer la première dans cette aventure sanglante, après avoir suivi les premières étapes de la séparation mentale avec la France. Les arrestations d’adolescents préparant des attentats se sont multipliées ces dernières semaines. D’ après une enquête de l’Institut Montaigne, citée par Alain Juppé dans  son discours à Lyon, un quart de la jeunesse musulmane  française se range du côté comunautariste  L’intégration, qui était le but de la génération précédente, après la génération qui rêvait de rentrer au pays une fois arrivée à la retraite, n’intéresse plus tellement la génération actuelle qui vibre aux succès du jihadisme mondial et qui anticipe une victoire mondiale des musulmans,, extrapolant de son expansion dans quelques pays pourris  du moyen Orient et de la réaction timorée de plusieurs des ex grandes puissances.que le vieux monde s’écroulera sous la poussée des masses musulmanes et leur ouvrira les chemins de la puissance et de la gloire. La composante imaginaire  de cette révolte prend une place déterminante dans le renversement identitaire qui s’opère sur des identités en cours de solidification. Toutes les révoltes, toutes les frustrations convergent dans cette haine de la France, soigneusement entretenue et développée  par les prêcheurs de haine qui pullulent dans ce monde quasiment fermé sur lui même. Les échecs scolaires et sociaux sont le miel des comunautaristes qui travaillent avec obstination à élargir le fossé avec le monde laïque, soucieux d’interposer l’Etat entre les citoyens et la violence religieuse et sexiste véhiculée par les sectateurs de l’Islam pur.Les sifflets qui ont couvert la Marseillaise lors d’un match France Algérie en disent plus que des longs discours.Le fascisme islamiste est en marche, et il progresse rapidement, malgré des échecs militaires indiscutables,

le terrorisme est le produit de la guerre interne à l’islam

avril 2, 2016

la question de savoir si le terrorisme a à voir avec l’islam est complètement dépassée, tant l’évidence crève les yeux, sauf pour ceux qui ont décidé une fois pour toutes de rester aveugles à ce qui ne cadre pas bien avec leur idéologie. Celle ci fait pour toujours des musulmans des victimes du colonialisme et des damnés de la terre porteurs de la misère du monde.Depuis  que l’islam violent tue en criant » Allah akbar », et  » nous avons vengé le prophète », ils ne comprennent plus rien au scénario qui s’écrit dans le sang, et ne peuvent que bêler  » pas d’amalgame ».

Car bien sur, et heureusement, la majorité des musulmans ne se reconnaît pas dans ce déferlement de haine qui s’étend partout ou il y a des musulmans. Mais la réalité est que le monde musulman est profondément divisé, depuis toujours d’abord,  mais encore plus à l’heure actuelle. La division entre sunnites et chiites est évidemment la toile de fond de cette division, mais les divisions se sont étendues dans les dernières décennies. L’axe fondamental de cette division est le rapport à la modernité et à la liberté de pensée. Le développement foudroyant  de l’intégrisme ( wahabisme prôné par l’Arabie Saoudite , dont la monarchie s’est liée de plus en plus avec la hiérarchie wahabite pour préserver sa couronne, et dont la politique de prosélytisme mondial s’est développée avec la tolérance des puissances occidentales, le salafisme  qui se développe dans les communautés musulmanes comme une traînée de poudre)  constitue avec le progrès général de la religiosité de plus en plus vécue comme un marqueur d’identité un tournant majeur de l’équilibre du monde. On pourrait dire que les masses musulmanes sont prises entre deux islam: l’extremisme radical et guerrier, et une vision tolérante et pacifique, qui a plus ou moins intégré quelques unes des valeurs libérales du monde occidental. On peut faire un parallèle avec la façon dont les masses populaires  occidentales on balancé entre l’attirance  pour le courant social démocrate, démocratique et libéral, et celle pour les partis communistes, prêts à tout pour prendre le pouvoir et le garder, et séduisant pour la jeunesse par leur radicalité. A la fois, les deux mouvements étaient ennemis mortels, et en même temps le peuple y reconnaissait des valeurs communes, et parallèlement une lutte idéologique impitoyable. La situation au sein des masses musulmanes est relativement semblable, c’est ce qui fait que on ne trouve pas de dénonciation nette, sauf de rares exceptions, des crimes commis au nom de l’islam. Peu de musulmans ont une vision claire des différences idéologiques qui séparent les grands courants de l’islam, et ils ont le sentiment que globalement c’est leur civilisation dont il s’agit, les détails étant secondaires. C’est pourquoi ils ne peuvent pas facilement condamner des actes commis au nom de la lecture littérale de leur religion, ressentant une telle condamnation comme  le résultat d’une désolidarisation avec la base même de leur foi. Seule une mobilisation des autorités religieuse pourrait clarifier les idées et le débat.

Le renouveau d’activisme et de radicalisme religieux pénètre toutes les couches de la population musulmane, La minorité agissante des radicaux entraîne dans son sillage les déboussolés et les affamés d’action, les désireux d’un guide et d’un « petit livre rouge ou vert » au nom duquel ils sont prêts à tuer ou à se faire tuer, les petits caïds en demande  de rédemption ou de famille d’accueil.. Ceux qui face à cela proclament la nécessité d’une réflexion autre que l’annonage des textes, sont une infime minorité et sont montrés du doigt comme complices du monde occidental. Car derrière la religion, c’est bien un conflit de civilisation qui commence à prendre forme . Personne ne le souhaite vraiment sauf les djihadistes, mais la ligne de partage passe de plus en plus clairement entre le projet théocratique,qui ne laisse du texte religieux que les règles à appliquer à la lettre, la lecture des décapiteurs, les femmes voilées , interdites de scolarisation, mineures à vie, les musulmans devenus l’espèce dominante, et en face les libertés démocratiques, le développement de la libre pensée, la liberté sexuelle, mais aussi l’esprit mercantile et l’inefficacté des démocraties empêtrées dans leurs grands principes.

La solution est entre les mains de ceux qui doivent éclairer le peuple au lieu de l’entraîner vers le retour en arrière et ses vents mauvais, et au premier chef les imams et les écoles religieuses: d’eux et de leur sélection dépendra en grande partie le côté  vers lequel basculeront les masses musulmanes. Mais les voix des modérés sont déjà de plus en plus étouffées par la multiplication des pressions activistes et de leurs prêcheurs de pacotille.

Un livre très éclairant de Jean Birnbaum sur le djihad et la gauche: « Un silence religieux »

mars 28, 2016

Le livre de jean Birnbaum analyse avec une très grande finesse et beaucoup de détails ce qui lui apparaît comme une constante de la pensée de gauche face au rôle de la religion aussi bien dans la politique française que dans la politique internationale: son incapacité à apprécier le poids propre du facteur religieux  dans la mobilisation des masses musulmanes, que ce soit dans les luttes d’indépendance comme la guerre d’Algérie, dans la révolution Iranienne de Khomeini , ou dans la vague d’engagements en faveur de l’Etat Islamique.

A chaque fois, la gauche se voile le face devant le fait  que l’idéologie marxiste ne reconnaît comme facteur décisif des mobilisations que le facteur des luttes sociales et sous estime constamment le pouvoir d’enthousiasme et d’entraînement de l’idéologie religieuse. Car contrairement à ce qu’est devenue la religion dans le mode occidental, la religion islamique imprègne complètement la vie des musulmans et est le repère fondamental de toute leur existence et de la plupart de leur gestes. Ainsi il détaille longuement comment les hommes de gauche qui se sont impliqués dans le combat pour  l’indépendance de l’Algérie ont refusé de critiquer les tendances proislamiques qui ont imprégné les Algériens qui ont mené cette lutte. Les Algériens eux mêmes, dont une partie  reprenaient à leur compte les illusions du discours athée dans les prises de position officielles ont fait des efforts pour masquer cette dimension qui s’est dévoilée après l’obtention de l’indépendance dans la campagne d’islamisation du pays, l’éradication de nombreuses écoles au profit des écoles islamiques, et l’élimination des organes de presse francophones. Ceux qui ont même choisi de rester en Algérie ont été peu à peu déçus ou écoeurés par le parti pris pro religieux des autorités et se sont  retrouvés pour nombre d’entre eux contraints à émigrer en France. Là encore, comme d’habitude une « omerta » a fonctionné, interdisant toute critique des figures idéalisées des  » combattants du peuple » sous peine d’être accusé de « faire le jeu de l’ennemi »

Birnbaum consacre un chapitre à la prise de position de Foucault, qui a été accusé de faire l’apologie de la révolution khomeiniste, ce qu’il conteste, mais il dit que Foucault a été fasciné par l’émergence de la révolte pure, et par l’immense énergie produite par l’élan religieux, avant que le politique reprenne les choses en main et que s’instaure la dictature de l’ossification en régime politique appuyé sur une hiérarchie politico- religieuse prête à tout pour consolider son pouvoir;

.Dans un autre chapitre ,il étudie les effets de la négation de l’importance  du religieux et du déni de l’essentialité des symboles religieux  dans les mouvements politiques: Ainsi le NPA a abouti à une crise gravissime et une forme d’éclatement à la suite de l’ambiguité de son positionnement sur la question du voile après la présentation d’une candidate voilée aux élections. De nombreux membres de ce mouvement, restés attachés à la défense des droits des femmes se sont révoltés contre la banalisation du fait par la direction et  l’abandon d’une position laïque ferme

En tout cas, il dégage l »importance du « theologico politique », et en particulier du fait que l’islam est la seule religion qui , « à l’échelle mondiale, s’impose de façon militante, se propose comme avenir  de ce monde ». Il est aussi « la seule puissance spirituelle dont l’universalisme surclasse l’internationalisme de la gauche sociale et défie l’hégémonie du capitalisme mondial. ». Il représente la force politico spirituelle dont les effets sont les plus intenses,celle dont la prétention globale rebat les cartes du monde.

Cette force autonome du religieux, « tout se passe comme si nous(étions plus capable de la reconnaître. Comme si nous avions oublié qu’elle a longtemps constitué une évidence souveraine »

Marcel Gauchet  écrit: « Ce déni, cet embarras, cette perplexité montrent en fait à quel point nous sommes sortis de la religion. Nous en sommes tellement loin que le pouvoir de mobilisation qu’elle conserve nous échappe. »

« Pendant des siècles, on ne pouvait penser aucun aspect de la vie, ni le temps ni l’espace, in les gestes quotidiens ni l’autorité légitime sans le rapporter immédiatement à Dieu. La religion enveloppait chaque existence et chaque conscience, elle structurait les sociétés, fondait la politique. Mais après une longue période de sécularisation, nous en avons perdu jusqu’au souvenir ».

« Or ce qui fait la puissance de l’expérience religieuse, c’est qu’elle donne un « sens » aux destins des croyants, une orientation commune. un certain degré Jour après jour, les prières er les rituels guident leurs corps, les récits mythiques et les forme symboliques orientent leur esprit. A  un certain degré d’enthousiasme et de partage, cette quête finit par primer sur toute autre considération.

Car la foi « ne constitue pas une doctrine abstraite, c’est un ensemble de sentiments qui engagent toute la personne du fidèle dans sa quête du divin, et qui déterminent un certain rapport au monde. Etre religieux, c’est obéir à une parole qui touche à chaque aspect de l’existence, et d’abord au corps.. Ce qui et en jeu, c’est une polarisation du sacré et du profane, du vrai et du faux, du bien et du mal, du pur et de l’impur, polarisation qui des conséquences immenses pour les croyants. » Pour lui, le djihadiste est plutôt qu’un déshérité ou un imbécile un jusqu’au boutiste de la vérité. Ce qui le relie aux autres djihadistes, ce sont des textes, des actes et une foi identique. Mais le djihadiste est aussi un fondamentaliste qui combat les musulmans qui considèrent le texte sacré comme étant à interpréter, et de diverses manières. Dans cette guerre interne au monde musulman, il est proche de la ligne « légalitaire » de l’islam contre l’islam spirituel, qui s’ossifie dans le seul respect de la charria, un ensemble de règles prétendument dictées par Dieu de toute éternité

Mais malheureusement, notre époque est celle de la domination de plus en plus étendue de cet Islam de violence et de haine,avec le soutien des groupes qui détiennent le pouvoir et dans les lieux d’enseignement de la religion

Ainsi, pour Birnbaum , le djihadisme est le raidissement sanglant de l’islam, ce qui veut dire à la fois qu’il défigure l’islam comme spiritualité et qu’il n’a pas « rien à voir » avec lui. Les djihadistes ne savent pas lire les textes qu’ils brandissent. Ils déchiffrent les mots, mais sont « incapables d’envisager la lecture comme pratique d’interprétation, comme élan vers l’autre, comme geste de vie »

L’ARMEE DES SUICIDAIRES TUEURS DE L’ETAT ISLAMIQUE

février 18, 2016

 

 

L’apparition d’une nouvelle arme utilisée par les djihadistes face aux moyens technologiques sophistiqués employés par les occidentaux (drones, interceptions de tous les messages internet et téléphoniques, etc ..) : un idiot suicidaire muni d’un couteau de cuisine, introduit le trouble et la perplexité dans les rangs de ceux qui luttent contre l’hydre terroriste.

L’utilisation d’hommes ayant accepté a priori l’idée de mourir de façon absolument certaine, sans aucune chance d’échapper modifie les principes mêmes de la guerre : la seule exception connue, avant l’invention des bombes humaines par le mouvement terroriste des tigres Tamouls du LTTE dans l’île de Colombo fut l’usage des « kamikases » par le gouvernement japonais, dans la dernière phase de la guerre nippo-américaine.

Cette initiative, fruit du désespoir japonais d’arriver à égaliser le rapport de force avec les américains dont la supériorité militaire était devenue écrasante, surprit les    Américains et s’inaugura par quelques réussites imprévues avant de produire des effets négatifs : conviction des Américains que seul l’usage de l’arme nucléaire éviterait des centaines de milliers de morts devant le fanatisme jusqu’auboutiste des japonais, destruction des dernières forces aériennes japonaises (pilotes à peine formés n’apprenant même plus à atterrir ni à naviguer.L’espoir des Japonais d’arriver à forcer les Américains à négocier la paix était complètement déréel dans la situation de disproportion complète des forces et n’exprimait que le refus de la hiérarchie militaire japonaise de faire face à la réalité de son échec total et de la nature illusoire de cette guerre qu’ils avaient déclenché.

La question de l’efficacité de cette méthode de combat a fait l’objet de recherches, mais dans l’ensemble, le « rendement » a été très faible : 3 à 4000 pilotes ont ainsi été sacrifiés avec leurs avions, et très peu de navires américains ont été mis hors de combat.,Le gouvernement a utilisé pour la propagande l’image de son élite militaire sacrifiée volontairement (les pilotes prenaient leur décision librement, mais dans un contexte de très forte pression psychologique ,le gouvernement les poussait même à écrire leurs motivations avant de s’envoler pour leur dernière mission ,et utilisait ces textes comme matériel de propagande nationaliste.)

Mais même si l’efficacité a été douteuse, ce sacrifice avait un sens :C’était la dernière carte que retournait l’Etat Major japonais, la tentative du désespoir pour renverser la situation d’infériorité matérielle et stratégique qui, sauf action imprévue conduisait à la défaite totale et à l’effondrement du régime.L’idéologie militariste, le code d’honneur,la conviction de se battre pour une civilisation pensée comme précieuse et supérieure, la conviction de défendre son peuple engagé donnaient des arguments à ceux qui faisaient le sacrifice suprême et offraient leur vie sans rémission.

L’écart est gigantesque avec les arabes qui se jettent avec un couteau de cuisine à la main ou un tranchoir de boucher sur des passants attablés dans une grande artère de Jerusalem, en blessent ou en tuent un ou deux et savent qu’ils vont finir criblés de balles dans les minutes qui vont suivre.Ceux là ne peuvent espérer aucun avantage politique de ces meurtres, ni aucun avantage militaire.Il n’y a là aucun combat comme ce peut être le cas quand un terroriste armé d’une bombe se glisse dans une position militaire ennemie et se fait sauter. Bien sur, ils auront contribué à créer une atmosphère d’angoisse dans la ville, mais ils auront aussi créé un mépris effrayant vis à vis d’eux ; les meurtres gratuits d’enfants, de femmes créent un fossé incomblable qui fait sortir ces tueurs des rangs de l’humanité.Il y a chez eux un tel mépris de toutes les valeurs humaines et au premier chef la  protection des faibles : les femmes, les enfants, les gens désarmés face à ceux qui ont des armes, que ces gens ne paraissent avoir qu’un seul moteur : une haine qui les aveugle à tout ce qui n’est pas eux et qui annule même leur désir d’auto conservation.

Les soldats de toutes les armées savent qu’on va exiger d’eux qu’ils mettent leur vie en danger, et en général, ils l’acceptent. Mais jamais il n’existe de situation ou il est annoncé que en aucun cas ils ne s’en sortiront. Et de plus, quand une mission est annoncée comme porteuse d’un haut risque de mort, il est expliqué aux soldats à quelle raison essentielle ils vont peut être sacrifier leur vie.

L’absurdité évidente des meurtres terroristes empêche qu’une raison valable justifie la mort qui va pour eux suivre l’exécution de leurs crimes. L’assassinat au hasard de gens vulnérables ne traduit que l’emprise du discours de haine dans lequel ils baignent.

Le nombre grandissant des adolescents parmi les agresseurs au couteau en Israël montre comment cet âge est propice au passage à l’acte :l’extrémisme naturel à cet âge, la propension aux actes impulsifs , la faculté à être influencé par des mentors, les incitations au meurtre permanentes qui constituent leur environnement permanent, tous ces facteurs cumulent leurs effets pour les précipiter vers l’irréparable. Mais qu’est ce qui peut justifier le suicide d’un ado de 15 ans qui vient de poignarder lâchement un ou deux Israéliens et qui détruit sa propre vie, alors qu’il n’a rien vécu ?

Un livre récemment sorti compare les terroristes a des somnambules (« les nouveaux somnambules » de Nicholas Grimaldi, chez Grasset) sans doute à cause de leur regard halluciné sur les photos d’eux que l’on peut voir dans la presse : halluciné ou vide, ils ont en effet l’air d’être dans un autre monde, leur réalité n’est pas la notre :leur réel n’a rien à voir avec celui que nous partageons. Ils sont immergés dans le monde de leur croyance, et celui-ci est incompatible avec la réalité.Des meurtres absurdes conclus au nom d’idéologies aberrantes couronnés par des morts idiotes : le monde arabe a perdu la tête et n’existe plus que à travers ses manifestations de haine tous azimuts, tournées contre les Juifs, les catholiques, les chiites ou les sunnites. Ils ne rêvent plus que de bombes tuant des masses de gens, ,de décapitations, de mise en esclavage non seulement des femmes mais de pays entiers.Des idéologues aux barbes broussailleuses travaillent avec perversité des jeunes, et les persuadent que leur communauté est en état de légitime défense et que leur Dieu est attaqué par d’horribles colonialistes, ce qui justifie qu’on massacre leurs femmes et leurs enfants et que l’honneur est de tuer les bébés parce que ces colonialistes ne méritent qu’une souffrance pire encore que celle qu’ils font endurer aux musulmans.

Le monde a connu la folie nazie, et la folie communiste, des millions de personnes sont mortes pour ces idées délirantes qui ont séduit aussi des millions de personnes. Et voici que se lève la folie du nouveau siècle, encore plus débile, mais aussi paranoiaque que les folies précédentes. Du monde entier accourent des volontaires pour mourir avec pour seule satisfaction d’entraîner dans leur perte quelques personnes qui passaient par là. Ces morts vivants, pressés d’entraîner dans leur univers de mort et d’horreur les vivants qui ne demandent que à vivre nous montrent que les forces du mal, aussitôt abattues, se reconstituent très rapidement, et que leurs germes sont une partie inextricable de notre humanité.

Les régimes totalitaires, qui persuadent les gens que l’individu n’est rien en regard de la communauté , qu’il doit tout à l’Etat ou à son groupe, formatent les gens au sacrifice total de leur vie Ainsi, avec l’aide de la propagande et du mensonge se constituent des représentations de soi désespérées ou le seul avenir radieux, hors le paradis et ses mousmées en attente de martyr, est l’application intégrale de la Chariah et le règne sans partage des ayatollahs et des sanglants émirs.

2084, une fable très ironique et magnifiquement écrite de Boualem Sansal sur une société imaginaire entièrement contrôlée par un big brother totalitariste islamiste

octobre 10, 2015

Comme il le dit  dans la présentation du livre, ce monde n’existe pas, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle: ça promet déjà! Tout est en effet parfaitement sous contrôle, dans ce qui est un mélange de Corée du Nord et d’Iran. L’Abistan,pays imaginaire dont le nom est dérivé de Abi, « délégué » de Yollah et non Allah, et est une contractionde Arabistan,

« Après la grande  guerre sainte qui avait  fait des centaines de millions de morts, selon l’enseignement officiel la victoire fut « totale, définitive et irrévocable »
« 2084 fut la date choisie en référence à la fondation de la « Juste Fraternité, la congr&gation des quarante dignitaires choisis parmi les croyants les plus sûrs par Abi en personne, après que lui même ait été élu par Dieu pour l’assister dans la tâche colossale de gouverner le peuple des croyants et de l’amener en entier dans l’autre vie, ou chacun se verra interroger par l’Ange de justice sur ses oeuvres ». « C’est au cours de ces cataclysmes qui se succédaient en réplique l’un de l’autre qu’à Dieu on donna un nouveau nom Yollah. Les temps avaient changé, selon la Promesse Primordiale, un autre monde était né, dans une terre purifiée, consacrée à la vérité, sous le regard de Dieu et d’Abi, il fallait tout renommer, tout réécrire, de sorte que la vie nouvelle ne soit d’aucune manière entachée par l’Histoire passée désormais caduque,effacée comme n’ayant jamais existé. L’Histoire a été réécrite et scellée de la main d’Abi.
Ce court extrait donne une idée de la logomachie qui a été imposée à la population.La langue de bois qui règle désormais les pensées et la vie de chaque habitant est proche de celle qui a cours dans les écoles religieuses ou dans celles du Parti. On voit s’y inscrire en palimpseste la réalité qu’elle est chargée de masquer derrière des mots grandiloquents: la Juste Fraternité est composée de clans qui se disputent férocement les morceaux du pouvoir dont ils se sont emparés et qui leur permet de mener une vie luxueuse et abritée des regards des masses misérables qu’elles s’entendent à contrôler complètement à travers une cascade d’organisations de surveillance, et d’encadrement.
Le portrait de Abi trône ainsi sur tous les murs du pays. »On savait bien qu’il était un homme, et des plus humbles, mais il n’était pas un homme comme les autres:il était le Délégué de Yollah, le père des croyants, le chef suprême du monde, enfin il était immortel par la grâce de Dieu et l’amour de l’humanité; et si personne ne l’avait jamais vu, c’était simplement que sa lumière était aveuglante. Non, véritablement il était trop précieux, l’exposer au regard du commun était impensable. Son palais, au centre de la cité interdite, était protégé par des centaines d’ommes surarmés, sélectionnés à la naissance et qu’on avait surnommés « les fous d’Abi ».
L’appareil de surveillance fonctionne de façon parfaite, sachant qu’un défaut de foi mène directement à la mort. Les formules consacrées d’adoration deviennent les lieux de passage obligés de la prise de contact et de l’échange, des appareils ultra efficaces sondent les coeurs et les consciences, à la recherche de la moindre déviation à peine esquissée dont les conséquences sur le plan social sont immédiates. Des groupes de fanatiques fonctionnent, comme les Gardiens de la Révolution ou les membres de la police des moeurs en Iran, comme des supplétifs de la police officielle, quadrillant les quartiers, dénonçant ceux qui laissent paraître des signes d’indépendance de pensée ou même d’habillement, quand ils n’exigent pas la mise à mort publique, occasion de déchaînements de haine organisée pour le plus grand plaisir et la plus grande distraction des foules « conformes ».
L’existence d’un autre monde que celui de l’Abistan est niée, car l’Abistan est tout, mais l’existence d’une frontière amène certains à douter de l’universalité du pays, d’autant que des échanges semblent exister avec cet autre monde.Des mesures sont évidemment prises pour détruire ce début d’hérésie: mutations, arrestations, disparitions, etc.. De toute façon , comme le dit le Gkabul (= le Coran nouveau) « Il n’est pas donné à l’homme de savoir ce qu’est le Mal et ce qu’est le Bien,il a à savoir que Yollah et Abi oeuvrent à son bonheur » et  » Dieu est grand, il a besoin de fidèles parfaitement soumis, il hait le prétentieux et le calculateur »: la menace est claire.
ce qu’on apercoit de plus en plus au fil du livre, c’est l’extraordinaire pouvoir de contrôle sur les esprits que donne la religion quand elle est utilisée froidement dans ce but.L’amour du dirigeant, encensé incessamment,et présenté comme omniscient et presque divin lui même, répond à la glorification incessante du personnage, doté de toutes les qualités ,même celles qui sont contradictoires. Comment ne pas aimer une personnalité aussi généreuse et intelligente. Le pas vers la soumission est franchi très rapidement, d’autant qu’il est très dangereux de laisser transparaître le moindre doute.Le douteur et toute sa famille le payent du plus haut prix. On voit comment la réécriture d’une « Bible » donne des moyens idéologiques énormes à celui qui s’empare de ce pouvoir de rédaction. Toute la pensée d’un peuple et réorientée dans le sens qui permet la désapprobation d’une pensée personnelle et qui justifie le décervelage à grande échelle. « Les esprits sont strictement réglés sur le canon officiel et régulièrement ajustés ».
Sansal va même encore plus loin dans sa critique ravageuse: il affirme, par la voix de son héros, que le système ne cherche pas à promouvoir la Foi, parce que celui qui croit en quelque chose peut un jour croire en autre chose. Il suffit qu’il ne « mécroît pas, c’est à dire que ce qui lui convient le mieux c’est l’hypocrisie: qu’il ne croit en rien, mais ne se permette pas de douter.Pas de croyance, mais l’obéissance. Comme le dit le livre d’Abi,  » la Révélation n’apporte pas plus la foi, l’amour ou la critique. Seulement l’Acceptation et la Soumission. Yollah est tout puissant, il punit sévèrement l’arrogant. »
Sansal réfléchit évidemment sur le rôle de la langue dans la soumission et même la désintégration des esprits.un de ses personnages travaille dans une « école de la langue sacrée ou il voit les effets impressionnants de la langue sur les locuteurs.travaillant avec un groupe d’élèves deshérités il voit les changements rapides induits par la langue sur l’esprit et le corps de ses élèves En un trimestre, ils se muent en croyants ardents, rompus à la dialectique et déjà juges unanimes de la société. Et la couvée, criarde et vindicative, se proclamait prête à prendre les armes et à partir à l’assaut du monde. Et de fait, physiquement aussi, ils n’étaient plus les mêmes, ils ressemblaient déjà à ce qu’ils seraient après deux ou trois terrifiantes Guerres Saintes, trapus, bossus, couturés. Beaucoup estimaient qu’ils en savaient assez et n’avaient pas besoin de plus de leçons. Au dernier jour de l’année scolaire, le pauvre K. rendit son tablier comme s’il craignait pour sa vie parmi ses élèves. Il ne connaissait pas le secret de la langue,ne le connaîtrait jamais, mais il savait son pouvoir immense.
Passons sur les détails de l’organisation de ce monde de mort que démonte minutieusement Sansal, et que son personnage perce progressivement. On y rencontre,à peine grossies, toutes les tares des régimes islamiques, frottés du totalitarisme des dernières dictatures communistes. L’avenir est sombre, même si celui qu’il nous décrit n’est pas automatique. Pour le moment, il n’est pas sous contrôle.

Pour une fois qu’un intellectuel arabe prend position dans le combat contre la violence et la déculturation qui accompagnent l’islamisme meurtrier,il faut soutenir de toutes nos forces ce combat risqué et courageux.

L’ AFFAIRE DE LA JUPE, ou la laIcité piégée par les islamistes

août 12, 2015

Après 10 ans de bataille pour interdire dans les institutions publiques les signes d’appartenance religieuse ostensibles, comme au premier chef le foulard islamique, des procès, des évictions scolaires et finalement le désamorçage réussi par les dialogues alliés à la fermeté des enseignants, voilà que les islamistes chassés par la porte reviennent par la fenêtre avec une astuce diabolique: on interdit les signes religieux d’appartenance pour éviter par exemple que les cours de récréation soient coupées en deux entre celles qui portent le foulard et celles qui ne le portent pas, mais à qui les premières et leurs amis masculins demandent de se justifier e d’expliquer pourquoi elles osent ne pas se revendiquer publiquement musulmanes, pourquoi elles sont « lâches » par rapport à celles qui affrontent  la mode , la pression sociale et la loi..

 

Et bien, l’art de contourner la loi a eu un éclair de génie et à trouvé l’astuce qui résout le problème: on va utiliser un signe tout à fait ostensible, évocateur d’une règle religieuse sans être lui même un insigne religieux, un indice qui n’est pas un signe direct. Cela aurait pu être un gant ( mais on peut exiger d’enlever gants et chapeaux dans une salle de classe.) On ne peut pas, sauf à tomber dans le ridicule,instituer une règle de longueur  de jupe. Les pervers de l’expansionnisme islamiste ont instantanément compris que l’ado qui avait élu la jupe longue comme symbole du puritanisme religieux avait rendu un service immense à l’islamisme en démontrant le risque d’impasse ou se trouvait la laïcité face aux choix infinis qui se présentaient pour ceux qui souhaitaient un signe de marquage permettant d’identifier ceux qui se reconnaissent dans l’islamisme et ceux qui n’en veulent pas. C’est la forme inversée de ce qui se passe dans les villages conquis par l’Etat Islamique: les maisons des chrétiens sont marquées d’un signe reconnaissable qui les désigne à toutes les agressions possibles (vol,viol, assassinat, etc..)Là encore, comme les nazis obligeaient les Juifs à porter l’étoile, comme les boutiques juives étaient marquées et désignées à toute personne désireuse de les agresser, le marquage préparait l’agression.Mais parallèlement les nazis se distinguaient avec leurs uniformes, leurs brassards nazis et étaient prêts à agresser tous ceux qui ne s’habillaient pas comme eux, qui ne faisaient pas partie de la « bande ».

Mais les temps ont changé avec l’ époque du foulard initial. Les filles qui étaient sous le regard et la contrainte des grands frères quand il ne s’agissait pas simplement d’une affirmation identitaire adolescente,  sont maintenant de plus en plus , pour une partie d’entre elles, partie prenante dans cette lutte où s’affrontent valeurs démocratiques et valeurs religieuses.Elles sont pour une toute petite part d’entre elles certes, encore plus extrémistes que les garçons, et plus nombreuses, aux dernières statistiques, à partir pour le djihad que les hommes, parfois plus fanatiques que ceux ci, parfois plus deshumanisées que leurs amis guerriers.

Face à cela, c’est le désordre, la contradiction et la confusion qu’on voit dans les rangs laïques. La ministre, qui soutient la décision du collège qui a exclu l’élève, est celle là même qui a décidé d’autoriser les mères voilées à accompagner les sorties des élèves, affirmant que satisfaction devait être donnée à leurs demande, »sauf en cas de volonté prosélyte évidente, auquel cas il faudrait réfléchir à la situation. »  Choisie  au gouvernement comme manifestation de l’ouverture du gouvernement aux minorités visibles, a la croisée des contradictions socialistes entre bien pensance et défense de la laïcité, elle ne possède manifestement pas l’indépendance de pensée qui lui permettrait de raisonner de manière autonome face à ce problème très complexe, et se contente d’afficher son joli minois en présentant des réformes aberrantes (suppression des classes « élitistes » bilingues,etc..)

Comment formuler la loi de façon qu’elle ne puisse être tournée en ridicule pour le plus grand plaisir des islamistes. Comment ne pas donner du grain à moudre aux ennemis de la laïcité, pas seulement islamistes,comme par exemple le New York Times, qui se gausse de la décision française, en prétendant que la France n’a rien à craindre des religions- ce qui est une contre vérité flagrante avec l’expansionnisme agressif de l’Islam, mais ne peut être entendu par des Américains qui ne peuvent concevoir une moralité sans Dieu et qui soutiennent les sectes à coup de sommes gigantesques. Car les chrétiens de tous poils et les Juifs intégristes poussent à la roue pour tenter de développer une image caricaturale de la laïcité, la présentant comme opprimant les religions. C’est vrai que tomber dans le piège de la discussion des longueurs de jupe est une erreur que les ennemis de la laîcité ne manquent pas d’exploiter. On ne pourra pas empêcher les islamistes de se trouver des signes de reconnaissance. C’est d’une autre façon, sur un autre terrain qu’il faudra combattre le poison sectaire qu’ils son en train de répandre