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Le débat sur l’identité nationale:la Nation assure le dépassement des intérêts locaux pour atteindre des buts plus élevés

décembre 18, 2009

Le développement de l’Etat Nation français,son extension historique jusqu’à sa stabilisation à l’intérieur de frontières quasi naturelles, montre comment , avec une certaine avance sur l’Allemagne et l’Italie voisines, s’est constituée une forme stable d’unité entre une série de régions et de groupes sociaux ,dépassant des différences liées aux sphères culturelles différentes dont ils étaient issus, (monde méditerranéen et latin du Sud, celtique de la Bretagne,germanique de l’Est , etc.) La création de l’Etat centralisateur, non seulement a permis de dépasser les rivalités des grands féodaux qui suspendaient la vie politique à la lutte d’orgueil et de pouvoir des grands clans nobiliaires, mais il a donné des moyens, économiques, éducatifs,militaires,culturels, sans commune mesure avec ceux des époques antérieures.

La grandeur et le rayonnement de la France au 17ème et au 18ème siècle ,ont été liées autant à sa  puissance démographique (poids de la plus grande population européenne de l’époque), que à la cohérence des politiques publiques menées par des dirigeants préoccupés de construire les bases de la force de cet ensemble.

L’union a fait la force et a nourri les moyens d’un développement culturel, politique, qui a ébloui et bouleversé le monde. De cette unité sont nées les réalisations et les idées qui ont changé l’évolution du monde par la révolution des idées .

Le peuple français conserve la mémoire de ces moments historiques ou il a été le levier qui a  modifié  l’univers, donnant collectivement à chacun un pouvoir d’action sur la réalité qui surpasse de très loin tout ce qui pouvait se réaliser à l’échelle limitée des individus , des  régions ou des villes.

Ce levier donné à chacun par le multiplicateur qu’est la nation, incubatrice des idées dont elle fournit le milieu de culture ,et support de la force armée qui est parfois nécessaire pour  imposer les changements au monde qui s’y refuse, c’est ce qui fournit à chaque citoyen un moyen de s’élever au dessus  à la fois des petits intérêts personnels et du cercle à peine plus large des intérêts du clan, de la classe sociale ou de la corporation.

Cela a été valable à l’époque de la chrétienté dominante, ou la France a été à l’avant garde de l’ élan collectif spirituel , architectural avec les cathédrales,  guerrier avec  les Croisades . A l’époque de la Révolution Française , elle a collectivement renversé le plus intangible des ordres sociaux et des cadres de la pensée humaine.

Le contre exemple le plus évident actuellement, est celui de la faillite de nombreux états du tiers -monde, qui ne peuvent arriver à transcender l’esprit tribal ou clanique, et dans lesquels l’Etat n’est rien d’autre que une position de pouvoir accaparée soit par un individu, soit par un clan . Dans ces cas , la vie politique se réduit à cette lutte pour l’occupation d’une place génératrice d’avantages redistribués aux membres du groupe (ethnie,tribu, ) sur un mode ressemblant aux moeurs féodales avec leurs liens de clientèlisme et de népotisme , et la succession monotone d’abus qui anticipent sur les abus futurs des groupes concurrents.

Le recul de la religion dans le monde, du moins dans le monde occidental, avec celui d’une foi dans des buts autres que la simple satisfaction  pulsionnelle ,et de l’adhésion à des grands mythes universalisants, a laissé la place , en France , au 19 ème siècle et au début du 20ème à la « religion de la patrie » ( jusqu’à la guerre de 14-18 environ), qui a été la source d’une tension élévatrice transcendant les intérêts particuliers.

Le marxisme et ses retombées sociales ont joué un rôle dans la dévaluation  de cette vision unitaire d’un pays au profit d’une vision rétrécie aux intérêts d’une seule classe sociale ,justifiant  la guerre sociale intérieure (« classe contre classe »), contestant la valeur des ensembles nationaux uniquement identifiés par cette idéologie  à une mystification par les classes dominantes, prônant la solidarité d’une classe  à travers diverses nations au détriment de la solidarité entre différentes couches sociales dans un même ensemble national, historiquement, géographiquement et culturellement constitué. L’inquiétude ressentie en France devant le danger d’une « fracture sociale » , c’est à dire devant le danger d’un dénouage de la solidarité entre les groupes sociaux, montre rétroactivement l’importance que les Français accordent  à cette unité  et leur crainte des conséquences catastrophiques d’une dissolution de cette complémentarité essentielle;

Les deux guerres mondiales du XX ème siècle ont contribué, par l’horreur suscitée par la folie meurtrière  déclenchée par les nationalismes, à ce que « les nationalismes nous cachent la Nation », pour reprendre l’expression de Pierre Nora. La déconsidération de la politique coloniale qui a accompagné la décolonisation et la montée des nations nouvellement indépendantes accompagnant les défaites françaises ont participé à l’effacement de l’imaginaire guerrier qui était une des composantes de l’histoire française.

Le renouveau des régionalismes, et le sentiment de perte d’identité  lié au progrès de l’Europe, ensemble encore trop abstrait et trop administratif pour susciter le développement de valeurs propres, montrent que la Nation  a constitué un équilibre unique, à l’époque récente et actuelle, pour servir de support à la mobilisation d’énergies créatrices et d’idées qui vont au delà de la simple survie confortable.

Par là , la Nation donne forme et stimule une réflexion et une action collectives qui sans elle restent privées  d’ampleur et de moyens  dans un cadre plus petit (classe, clan…), ou bien  menacées par les impératifs de la politique de compromis entre les composantes dans les ensembles trop larges comme l’Europe actuelle, ou les empires multinationaux antérieurs.

Ce milieu fertile et fertilisant pour  le foisonnement de la pensée et des initiatives, né du creuset des  caractères de différentes régions et de différents milieux culturels et sociaux, ainsi que de la sélection des meilleurs, fait de la Nation ce qui est son immense avantage: un multiplicateur des talents et un  moteur de l’élévation des buts, tout en évitant l’abstraction de la pure universalité. Car la Nation garde quand même  quelque chose de  la relation affective des unités plus petites (famille, clan, , ethnie), par l’attachement affectif à un paysage historique, culturel,linguistique, etc. ce qui risque parfois de la faire verser dans les travers communautaristes: l’exclusion des Autres, le déni de justice à leur égard, le nationalisme agressif et belliqueux.

Elle reste pourtant actuellement le meilleur état d »équilibre entre l’abstraction universaliste détachée de tout ressort affectif et le particularisme plus ou moins tribal, position de repli en Occident ou point d’arrêt de la progression dans le Tiers Monde.

(Voir aussi sur le blog l’article : « Qu’est ce qu’une Nation? l’analyse du texte de Renan  , et « Mona Ozouf critique la conception de Ernest Renan de l’identité nationale »)

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L’état binational prôné par les extrêmistes palestiniens recouvre un projet de libanisation d’Israël

mars 30, 2009

d’après l’article de Gil Mihaely,historien et journaliste israélien, paru dans Le Monde du 21 mars 2009

Mihaely expose clairement en quoi l’idée très ancienne de l’Etat binational qui refait surface dans certains milieux palestiniens est une fausse bonne idée et de quelle façon le bon sens apparent qu’elle présente cache une négation des besoins fondamentaux humains porteuse de catastrophes et de guerres interminables.

Il explique que l’être humain n’est pas une créature seulement rationnelle,  et que  la religion et la nation sont des besoins impossibles à supprimer et qui répondent au besoin fondamental de donner du sens. »l’Etat- Nation est ce lieu irremplaçable ou s’articulent tant bien que mal le particulier et l’universel, l’individuel et le collectif.

Or, dit-il, à partir du moment ou il n’y a plus coïncidence entre Etat et Nation- soit que plusieurs nations cohabitent dans un seul Etat, soit que des nations soient dispersés entre plusieurs Etats,  cette cellule de base du système international ne fonctionne pas si bien. Si un Etat peut abriter une ou plusieurs minorités nationales, il ne peut jamais concilier deux communautés nationales d’importance égale.

Or si on peut exiger d’un Etat-nation le respect des droits de tous ses habitants, on peut difficilement lui demander de respecter des aspirations nationales  concurrentes, pas plus qu’on ne peutd’ailleurs exiger  de ceux qui appartiennent à la communauté nationale vaincue en 1948 d’accepter de gaité de coeur le drapeau, l’hymne et autres symboles des vainqueurs. Ils on pleinement le droit d’avoir les leurs. »

« Mais que serait ce fameux état binational sinon la garantie d’une frustration générale et permanente? Un Etat n’est n’est ni un ectoplasme distributeur d’allocations, ni une mairie en plus grand. Ce serait une grave erreur de négliger cette dimension anthropologique, surtout dans le contexte d’u conflit qui exaspère les réflexes nationaux de ses protagonistes. »

« Comment peut-on espérer que Palestiniens et Israéliens réussissent là ou Tchèques et Slovaques ont échoué, là où Flamands et Wallons se perdent? » Appliquée a Israël, la solution d’un seul Etat bi-national ne peut aboutir que à une libanisation et à un non-Etat. »

« Reste cependant, dit il, la question de savoir si la solution « Deux peuples, deux Etats » est encore applicable sur le terrain, compte tenu de la politique constante des gouvernements Israéliens successifs de la rendre inapplicable. En outre, dit il, l’incapacité des Palestiniens à  contrôler leur violence et à  accepter des compromis raisonnables ont créé chez les Israéliens une crispation sécuritaire visible aux dernières élections. »

« Cela dit, ajoute-t-il, si Israël a su conquérir et coloniser, il s’st montré aussi capable de se retirer des territoires occupés comme en 1982 eans le Sinaï;et en 2005 à Gaza. Bref,aussi difficile soit-elle à mettre en oeuvre,la solution des deux Etatsn’est pas seulement la moins injuste. Elle est la seule »