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Le désir de mort des djihadistes les fait se placer hors de l’humanité.

octobre 30, 2016

Des dizaines de milliers d’individus, entraînant parfois avec eux femme et enfant, se précipitent comme les papillons attirés par la flamme d’une bougie vers le lieu de leur consumation  pour y mourir, dans la déflagration d’une bombe suicidaire ou sous les balles de la police ou d’une armée ennemie. Leur projet est parfois de combattre, mais avant tout de mourir, à plus ou moins courte échéance. Ayant fait ce choix, les autres choix en découlent  pratiquement logiquement. Morts en sursis,n’accordant plus d’importance à la vie, tout humanisme, qui est valeur accordée à la vie, leur paraît une faute et une faiblesse. Ils peuvent laisser libre cours à une férocité qui se libère rapidement, et jouer au football avec les têtes coupées de  leurs adversaires sans l’ombre d’un remord. Le choix qui leur reste est celui  du moment et du lieu ou ils se précipiteront dans le néant, qui pour eux n’en est pas un puisqu’ils croient gagner le paradis, pour eux, et , suprême habileté des prêcheurs qui les entraînent, aussi pour toute leur famille. Les prédicateurs qui alimentent la flamme qui va les dévorer ont ainsi réactualisé  les indulgences de l’Eglise Catholique, mises à la sauce islamiste:avec promesse de délices sexuels, ce qui est nettement plus intéressant que les concerts de musique jouée par les anges prévus par le catholicisme moyenâgeux, mais plus grossier aussi.Ce sont aussi des promesses qui ne coûtent rien, personne n’étant jamais revenu pour se plaindre,au cas ou elles ne se réaliseraient pas.

Qu’est-ce qui prédispose tant de gens  à courir vers leur mort, même si, malgré le nombre non négligeable des candidats au suicide, la grande masse des fidèles de l’Islam reste en-dehors de ce mouvement et ne suit pas les joueurs de flûte qui essaye de les attirer.

Il y a  forcément quelque chose de commun entre eux, et qui n’est pas seulement l’échec social qui en ferait des révoltés sociaux, et des combattants éventuellement, mais pas des suicidaires.Il doit y avoir une conjonction de facteurs qui pousse dans le sens de cette « voie terminale » qui les fait mourir avec (on l’imagine) le sourire aux lèvres.

L’attirance du martyre – c’est le mot qu’ils emploient pour qualifier la mort de ceux q’ils considèrent comme des héros- exprime la dimension de foi totale ressemblant à celle qui déterminait le sacrifice volontaire des saints chrétiens à l’époque des persécutions romaines. C’est ce qui explique leur cris , après leurs meurtres , de « Allah akhbar »,dernière profession  de foi, après quoi ils n’ont plus rien à dire.

Mais à la différence des martyrs chrétiens, dont le discours était un discours d’amour universel, leur discours est celui d’une haine quasi universelle, à l’exception d’un tout petit nombre de personnes, qualifiés par eux de vrais ou de bons croyants. Cette haine se déchaîne dans les massacres qu’ils mettent en oeuvre et en scène, Tuer froidement 130 personnes au hasard, parce que ils écoutent de la musique au Bataclan est l’expression de cette haine impersonnelle qui vise le monde entier. Ils se font tuer, mais après  avoir perpétré la boucherie maximum. Les martyrs chrétiens se laissaient dévorer stoïquement plutôt que renier leur foi, les djihadistes prouvent la leur en massacrant aveuglément des gens sans défense dont le seul tort est de ne pas partager leur foi.

Comme les moines du Moyen âge faisaient le sacrifice de leur plaisir pour la contemplation et la réflexion sur Dieu et renonçaient à leur existence « dans le monde »( parfois après en avoir bien profité) des musulmans cherchent à mettre leur existence sous le signe de la religion et condamnent tout ce qui n’est pas dévotion et préoccupation religieuse constante. Cette foi remplit parfois des existences vides, et permet parfois à des vies qui ont basculé dans la délinquance de se réestimer sans pour autant nécessairement sortir de la violence et de la criminalité. L’époque est propice au renouveau du religieux et celui ci se développe particulièrement dans le monde des déshérités. Partout, les intégrismes et les fondamentalismes ont le vent en poupe, et sur les marges se greffent des mouvements extrémistes qui entraînent une partie de ces nouveaux adhérents.

Retranchés du monde des vivants par leur rejet de toutes les valeurs humaines, justice, miséricorde, affection,  mais aussi gaitéet plaisir,ils vivent dans un monde rétréci dans l’attente du geste final qui donnera, pensent ils, son sens à leur existence. En fait, il couronnera  un vide par une absurdité.  Des vies dénuées de signification, d’espoir et d’intérêt se concluent par un feu d’artifice  qui mime un coup d’éclat, et ne laisse comme trace que les blessures ou les souffrances des survivants.

L’espoir de retourner en domination et terreur des vies marquées du mépris rencontré  se concentre dans le moment où ils lisent la peur dans le regard des victimes ou de leurs proches devant la mort qui va les faucher.Un bref instant, ils se sentent supérieurs à ceux qui construisent leurs vies en les ignorant. Eux ne construisent rien, sinon un espace fantasmatique apocalyptique  Ils se sentent des seigneurs par le pouvoir de faire mourir et la sensation d’impuissance à les arrêter de leurs victimes. Comme les Parques, ils ont les ciseaux qui peuvent couper le fil des destins  de ceux qui auront eu la malchance de les rencontrer et ils échappent à toute punition en prenant les devants et en se jetant eux mêmes dans les bras de la mort.

Leur jouissance maximale est dans ce seul pouvoir qu’ils détiennent un court instant:détruire quelques vies avant d’abandonner la leur. Ceux qui n’avaient aucun espoir d’exercer un quelconque pouvoir sur qui que ce soit tiennent leur revanche et se voient même faisant plier de grands états devant la menace de quelques dizaines de morts.C’est parce que leurs vies ne valent rien à leurs propres yeux qu’ils ne l’aiment pas. « Nous gagnerons parce  que vous aimez la vie et nous  aimons la mort » disait l’un d’entre eux,  reprenant sans même le savoir le cri d’un général franquiste pendant la guerre d’Espagne: « Vive la mort! ». Les drapeaux noirs de Daech comme les Burkas noires  seules tenues à être autorisées traduisent bien l’univers de mort dans lequel, comme les SS  de Hitler, évoluent les militants de cette secte

.Cette affirmation de puissance dans le pouvoir de prendre à d’autres leur bien le plus précieux, leur vie, est bien celle des désespérés qui ouvrent le feu dans les lycées ou les universités, et massacrent quelques dizaines de leurs camarades  avant de retourner leurs armes contre eux mêmes. Faute de pouvoir détruire le monde entier, ils détruisent la partie du monde la plus proche, celle dans laquelle ils n’ont pas trouvé leur place, une place. Dans le monde vide d’affection, d’émotion et de respect où ils se déplacent,il ne reste que la haine et la violence pour exprimer leur désespoir , leur refus et leur incapacité a y  prendre place.

Se tuer  et tuer des autres est  manifester leur rage devant leur échec à vivre et leur haine de ceux qui, eux, y arrivent. Ceux qui vivent leur entrée en terrorisme comme une aventure, ceux là ne cherchent pas la mort,  mais en acceptent seulement la possibilité.Ils vivent en général plus longtemps.