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LA FIN DE L’ETAT ISLAMIQUE (SUITE)

juillet 18, 2017

La reprise de Mossoul, la mort quasi certaine du chef autoproclamé de Daech, Al Bagdadi, le siège de Rakaa qui ne laisse aucune chance aux djihadistes pris dans la nasse, annoncent la fin du califat, c’est à dire du territoire mythique consacré à la vision extremiste de l’islam qui donnait les moyens d’un  état  à ce fantasme musulman d’une base pour la conquête du monde.

Mais à peine cette nouvelle donne stratégique mondiale vient elle de commencer à être prise en compte que déjà les avertissements fusent de partout:La défaite  militaire de Daech n’est pas  la fin de Daech, qui prépare sa mutation. La capacité de nuisance de Daech est certes beaucoup diminuée, ses moyens financiers réduits massivement, ses menaces sur les états fragiles de la région ont perdu de leur vraisemblance, son recrutement a fléchi, mais….

les sources du recrutement mondial de djihadistes sont toujours présentes et actives. Car le recrutement  de « croisés » de cette croisade armée, symétrique des croisades occidentales au moyen orient autour de l’an mille, est toujours quelque chose de vivant dans le monde islamique ou elle vient combler les désirs d’une jeunesse  qui ne se reconnaît pas dans la culture occidentale qui l’entoure. C’est ce fond  de revendication « identitaire » qui s’est développé pendant toute la première moitié du XX ème siècle à travers les nationalismes des peuples du tiers monde. Ce nationalisme soutenu à travers le communautarisme qui en était la forme « light »  a pris conscience de la  nécessité de  trouver une idéologie mobilisatrice, devant la division et l’impuissance produites par l’idéologie  du nationalisme pan-arabe. C’est à ce moment que le courant mondial de revivification du religieux c’est développé dans le monde entier, apparaissant dans le monde musulman   comme le socle culturel sur lequel devait s’appuyer toute résistance à l’idéologie occidentale. Les djihadistes ont ainsi trouvé le détonateur parfait pour mettre à feu tous les désirs refoulés de domination, toutes les frustrations identitaires, en proposant une épopée rêvée, une conversion à une idéologie unifiante  appuyée sur le formidable moteur émotionnel de la religion.

Seule la religion permet la mobilisation extrême  des individus, jusqu’au fanatisme pour certains. Le fanatisme a  toujours été une des formes de la croyance religieuse dans le monde musulman, que ce soit le temps des »hashishin » (les assassins) du 14 ème siècle, ou le temps du Mahdi au Soudan au19ème siècle. La guerre Sainte a toujours été utilisée  comme moyen de mobilisation contre un ennemi étranger. La conception wahabite commandant une lecture uniquement littérale des textes saints prédispose à l’obéissance aveugle aux soi disant commandements divins , donc, comme tout fondamentalisme, au fanatisme.

C’est pourquoi le soutien aux Saoudiens, qui ont permis le développement mondial, dans l’Islam Sunnite, du wahhabisme, par les moyens matériels énormes qu’ils lui ont fourni, est une stratégie ambiguë, partagée entre la lutte contre ceux qui ont fourni l’armature conceptuelle du terrorisme  et la lutte contre les chiites,leurs ennemis mortels, créateurs du premier état théocratique musulman et ennemis mortels, eux aussi, de la civilisation occidentale.

Or, justement, la fin de Daech  ne signifie nullement, au  contraire, la fin des conflits ethniques, religieux et politiques dans la région L’ Iran, à travers sa filiale du Hezbollah,continue à viser la domination militaire et politique de la region. Devenu l’allié indispensable de Assad dont il commence à contrôler la politique, il est aussi l’allié des Russes qui participent massivement à son équipement militaire qui monte en gamme et à son entraînement.

Le but du Hezbollahet des Iraniens était la réalisation de l’arc Chiite de Bagdad à Beyrouth, ce qui permettait d’amener les armées du Hezbollah et de l’Iran au bord de la frontière israélienne. Israël a d’ailleurs annoncé qu’une telle progression des armées hostiles serait considérée comme un « casus belli » et déclencherait des représailles massives.

Alors que les troupes du hezbollah, appuyées par les troupes au sol russes et par l’armée de Assad avaient écrasé et obligé au retrait les troupes  rebelles qui leur faisaient face, réalisant leur rêve d’une position stratégique capitale dans la prochaine guerre avec Israël, un évènement a produit un coup de théâtre dans la région: les observateurs ont vu des avions débarquer dans la ville clef de Deraa des troupes de la police militaire russe, équipés seulement d’armes légères. et les troupes du hezbollah  et d’Assad se retiraient avec leur matériel lourd (chars, canons, camions; on ne sait pas  si ce retrait portait sur 30 ou 50 km. En tout cas, c’est manifestement le résultat des négociations entre Américains et Russes et éventuellement Turcs et Syriens, pour réaliser le projet russe de zones   de désarmement partiel qui ont abouti à ce résultat. Il semble que l’Iran ne soit pas d’accord avec l’établissement de telles zones qui l’empêchent de réaliser son projet de contrôle militaire et politique de la région, mais en tout cas, le Hezbollah s’y et plié.

Cette situation de zone de  limitation des armements ( pas de bombardements) a un côté rassurant, mais à moitié seulement. Bien sur, elle consacré l’influence déterminante de la Russie sur les acteurs de la région: c’est le plan russe qui est la seule avancée actuelle, mais Israel aurait préféré que ce soit un des armées rebelles alliées avec lui  ou les Américains qui contrôlent la bordure de sa frontière, mais les américains auraient été une cible immédiate s’il s’étaient établis dans la région ce à quoi ils ne tiennent pas du tout.
En même temps confier la garde de la bergerie à un loup n’a rien de rassurant: les russes équipant, entraînant et  combattant aux côtés du Hezbollah , ils détiendront le bouton remise à feu du conflit qu’ils pourront utiliser comme moyen de pression sur  Israël et aussi sur les USA, pour des raisons qui peuvent être tout à fait extérieures au conflit du Moyen Orient ( sanctions économiques, conflit ukrainien, etc.

En tout cas , l’heure est à la montée des périls pour Israël, qui a toujours lutté pour ne pas confier à autrui les clefs de sa défense et qui risque de se trouver enfermé dans la valse infernale des intérêts et des ambitions contradictoires des acteurs de la région

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